‹ Lettres (volume 3)Chapitre 212 sur 351 · SI · texte numérisé non relu

SI

\P. S.] Demandez, s'il vous plaît, à Monseigneur, s'il jugera à propos que l'on fasse une ou deux petites chapelles dans nos églises, à côté, comme faisant la cloison du grand autel. Je salue en tout respect Mgr de Chalcédoiue , s'il est venu, et le Père dom Juste.

Conforme à l'original gardé aux Archiues de la Visitation d'Annecy.

LETTRE CCXCVÎ

A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE

SUPÉRIEURE A HO.VTFERRAXD

Espoir de la revoir bientôt. — II faut mépriser les attaques de l'envie et marcher avechumilitédansunefidèleobservance. — La détermination de travailleret souffrir pour Dieu, avec le soin de faire avancer les âmes, est un grand trésor. — Incliner du côté de la médiocrité et de la pauvreté pour les revenus et les bâtiments. — Annonce de l'impression des Directoires.

vive ■{- JÉSUS !

[Paris], 6 novembre 1620.

N'en faites jamais conscience de m'écrire, ma très-chère tille; car, certes, ce m'est une douce consolation de vous ouïr un peu par vos lettres. Et pour n'en point mentir, je serais mortifiée si vous me la retiriez, tant vous êtes toujours davantage, ce me semble, ma très-chère grande fille, mais cela, certes, d'une sorte très-spéciale, et je voudrais bien en avoir une douzaine de semblables ; mais patience, il se faut contenter dece que Dieu nous donne. Nous espérons de voir ici Monseigneur avec M. le prince cardinal1, et nous résoudrons ensemble de notre retour. Pour moi, je fis hier une agréable imagination que je trouve fort à propos : je pensais que je vous irais reprendre à votre Montferrand pour vous ramener à Lyon , là faire élire la Supérieure, car vous le seriez déjà pour Turin,

1 Le prince cardinal de Savoie. Ce voyage à Paris n'eut pas lieu.

et partant il faudrait changer de ton; cela n'irait-il pas bien? il me semble qu'oui, ma très-chère fille. Oh! si Dieu nous destine cette consolation, je le supplie que ce soit à sa gloire. Amen.

S'il y a quelque esprit qui vous plaise fort, qui soit bien fait et bonne vocation, prenez-le, je vous prie, et Dieu [vous] bénira pour cela. Ah! que voilà bien l'esprit de notre cher Père, de dissimuler ces petites mouches que l'envie fait voler partout; elles essayent de nous piquer, mais n'y prenons pas garde, allons notre train avec une solide humilité et une trèsparfaite fidélité à nos observances; Dieu sera pour nous. Envoyez-moi la copie de celte lettre du digne Père. C'est beaucoup en peu, ma fille, que l'accroissement de la détermination de faire et souffrir pour Dieu, cela n'est pas tout seul; cela, avec le soin d'avancer les filles, est un grand trésor. Il est vrai, partout les Pères Jésuites nous obligent fort, je désire que nos maisons en soient fort reconnaissantes.

Ma fille, nous avons un soleil [ostensoir] duquel je suis fort contente, et n'en voudrais pas un plus grand, car je désire bien fort qu'en tout, nous aimions la médiocrité; et, en ce qui regarde les bâtiments et revenus, j'incline plus du côté de la pauvreté que des richesses. Le soleil coûte cinquante ou cinquante-deux écus, et un calice, [qui] sera fort beau avec sa patène, pour quarante ou cinquante écus aussi; enfin, pour quatre-vingt-dix ou cent écus, vous aurez deux gentilles pièces, de quoi se contenter; mandez-moi ce que je ferai. — Ma fille, il faut mettre un tronc en votre église, qui soit petit, et n'y mettez point de titre d'écrit dessus, comme on fait en certains lieux.

Oui, ma fille, faites tout ainsi que les Directoires des cérémonies le marquent, la dernière main y est; nous les allons faire imprimer, et si l'on nous donne le loisir, je vous enverrai les menues cérémonies-. — Il faudra, à part, faire le vœu comme il est dressé, entre Dieu et votre âme, et puis dire: Je renouvelle, ci

la suite, comme il se fait maintenant, lorsque vous serez prête

à communier; mais je vous écrirai un billet.

Il faut avoir patience pour Dijon; mais ces bonnes gens sont justement bien mortifiés. Certes , je vous porterais volontiers envie d'avoir entretenu le bon Religieux de Saint-Charles ; mais ce sera notre entretien en vous entretenant s'il plaît à Dieu. Le cœur me rit, ma fille, et j'espère cette consolation. Toutes nos Sœurs vous saluent chèrement, et moi, très-cordialement nos Sœurs Claude -Marie [de la Martinière] et Anne -Françoise | Chardon]. Adieu, ma toute très-chère fille, que j'aime comme la vraie fille de mon cœur. Dieu vous fasse la grâce de le servir sincèrement!

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE CCXCVII

A LA AIÈRE JEANNE-CHARLOTTE DE BRÉGHARD

SCPÉRIErni! A MOULINS

Indécision sur les privilèges que réclame la Sœur de Morville comme fondatrice. — Encouragements et conseils pour la direction de cette novice; ne jamais la laisser au parloir sans assistante.

vive -}■ jésus!

[Paris], 27 novembre 1620.

Patience, ma pauvre vraie très-chère Sœur, tout vient à point à qui veut attendre. Il est vrai , ses parents d'ici ' veulent aussi qu'elle ait les mêmes privilèges à Nevers qu'elle a à Moulins, et que la mère et les sœurs entrent dans ces monastères, tandis qu'elle y sera, lorsqu'elles iront la voir. J'ai tout mandé à Monseigneur et l'ai fort prié de nous répondre, car ils font instance là-dessus ; ils ratifieront le contrat incontinent que l'on aura réponse, je tiendrai main à cela.

1 Les parents de Sœur Marie-Aimée de Morville.

J'écris derechef à notre petite Supérieure de Nevers, pour le payement des trois mille francs et le renvoi des tapisseries et lacis [filet]. La pauvre madame de Gouffier nous exerce ; je n'oserai certes lui dire que vous ne lui donnez point d'argent, elle en a un besoin extrême ; faites un effort, je vous prie, s'il y a moyen. Si nous avions moyen, croyez que nous ferions l'avance de tout notre cœur, mais en vérité nous sommes fort courtes, et sur le traité d'une petite maison de seize mille écus, sans la suite qui en exigera au moins deux mille, comme je pense pour l'accommoder; mais nous verrons si nous aurons crédit, car il faut jouer d'emprunt à bon escient.

Non, ma très-chère Sœur, il ne faut plus le Veni, Creator, ni VAve, maris Stella.

Certes, si cette veuve est un esprit bien fait et bien appelé, prenez-la; deux mille francs, n'est-ce pas honnêtement en ce pays-là? Au reste, nous avons remué tout ce que nous avons pu pour votre affaire; mais la fin est que les deniers que vous demandez sont dans l'état des deniers ou de la recette , et en vain l'on demanderait. Je vous assure, mon enfant, que je mériterais d'être un peu chapitrée. Mon Dieu ! que de douceur j'espère recevoir auprès de votre cher cœur, qui m'est en véritable vérité si très-cher et si très-tendre que rien plus! Or sus, Dieu nous veuille donner cette consolation; j'espère que ce sera parmi cet été, s'il lui plaît, j'en ai bien envie. Vous fîtes grande charité à cette pauvre petite [Mère] de Nevers; je m'occupe à leur envoyer quelques filles , mais avec mille peines à cause de l'éloignement, et s'ils n'ont pas grand cas, il me tarde qu'elles soient soulagées des filles du bon M. Bonsidat '•

Oh! certes, c'est une grande compassion de voiries instabilités de cette pauvre Sœur 2. Dieu, par sa bonté, la fortifie ! De

1 Elles sortirent enfin, n'ayant pas de vocation. * Sœur Marie-Aimée de Morville.

montrer nos lettres, cela ne se peut; néanmoins, si cela lui devait profiter, il faudrait donc que nous missions toujours un billet à part dedans. Mon Dieu! que je vous plains, ma trèschère fille, devenez sainte, je vous en prie, car vous en avez toute occasion, et Dieu vous en fasse la grâce! mais soyez au moins bien paisible, tranquille et joyeuse parmi vos épines, Dieu vous y fera trouver les roses; j'en supplie sa bonté par tout ce qu'il estpuissantauciel et en terre. — Je ne voudrais nullement la laisser seule au parloir, si ce n'était avec quelque bonne amie de la maison ou quelque Religieux; mais encore est-il meilleur que non, à cause que la Règle est exacte, il le faut être. Tout ce que vous pouvez faire, c'est de lier son cœur au vôtre par une grande franchise et cordialité; elle témoigne par ses lettres de vous aimer et estimer toujours grandement, et Dieu le veuille! ce sera son bonheur.

Vous avez maintenant des lettres de Monseigneur; l'on ne dit plus rien de leur venue; toutefois, si le roi passe ici l'hiver, il y a bien de l'apparence. Il est tard, mon enfant, je suis lasse; je lui vais écrire un mot et à M. de Palierne. Dieu soit votre force, voire vertu, votre paix et votre consolation! Ainsi sera-t-il, je l'en supplie de toute mon âme, qui est certes à vous sans

réserve.

Dieu soit béni!

[P. S.) J'ai reçu vos trois lettres depuis quatre jours.

Un cordial et très-cher salut à notre très-chère fille Jéronyine [de Villetle]; j'aime son cœur maternellement; elle le sait bien et il est vrai.

Conforme à une copie gardée aux Archives de la Visitation d'Annecy.

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