‹ Lettres (volume 3)Chapitre 235 sur 351 · LETTRE CCCLX · texte numérisé non relu

LETTRE CCCLX

A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE

SUPÉRIEUBE A MONTFERRAND

Conduite à tenir à l'égard d'une prétendante qui manque d'humilité et de mortification.

vive -J- jksus!

[Paris, 1621.]

Dieu vous donnera son esprit, ma très-chère fille, et sera votre conseil pour le regard de cette bonne veuve. Mais, puisque vous désirez que je vous en dise mon sentiment, je prie Dieu qu'il me l'inspire.

Ma très-chère fille, il me vient [en l'esprit] que généralement nous ne devons point faire d'état de l'étonnement que nous reconnaîtrons aux âmes sur les difficultés de notre manière de vie. Certes, je ne sais personne si bien ferrée qui, voyant cette soumission et exactitude extérieure, n'en reçoive un peu d'ébranlement. Il faut que nous soyons fort adroites pour élargir les cœurs et leur donner un grand amour et estime des vertus, par le moyen desquelles nous imitons vraiment

notre doux Seigneur et Maître. Or, cette bonne veuve a, ditesvous, la volonté puissante et un grand soin de sa santé, et un esprit plein de raisons, et qui en veut savoir de toutes choses. 0 Dieu! ma très-chère fille, elle a bien de la besogne; c'est pourquoi, à mon avis, il la faut traiter par discours et essayer de la guérir, lui découvrant doucement ses maladies sans lui en donner de l'étonnement. Si vous m'en croyez, vous ne lui ferez pas connaître que cela vous dégoûte , ni qu'elle en doive entrer en découragement; mais si, au contraire, elle reçoit bien la lumière que vous essayerez de lui donner, espérez de votre part, et lui faites espérer aussi en la bonté divine, que si elle entreprend de vouloir servir Dieu en vérité, par une parfaite observance de ces deux paroles * de Notre -Seigneur : La douceur et humilité de cœur, qui sont répandues en toutes nos Règles, elle pourra [devenir] et deviendra une très-grande servante de Dieu et utile à sa gloire ; mais il faut qu'elle fasse une forte résolution, et qu'elle connaisse bien ses défauts, autrement elle serait troublée et troubferait la maison. Il vous la faut traiter fort cordialement , lui témoignant un grand désir et amour de son bien, et lui faisant goûter le bonheur des âmes humbles et soumises. Donnez-lui du temps suffisamment, et prenez l'avis du Père N. .. avec confiance.

Conforme à une copie gardée aux Archives de la Visitation d'Annecy.

fiOO LETTRES DE SAINTE CHANTAL.

LETTRE CCCLXI

ASSISTANTE-COUUISE 3 LYON

Décè» de madame de Gouffier. — Les afflictions sont un effet de la divine miséricorde.

VIVK y JÉSUS !

[Paris, 1621.1

Ma très-chère fille,

Notre pauvre très-chère Sœur de Gouffier est allée à Dieu fort heureusement , après avoir souffert avec grande douceur, patience et résignation, une violente fièvre pourpreuse, l'espace de trois semaines. Priez, et faites faire les prières ordinaires des Sœurs pour le soulagement de cette chère âme, et en avertissez nos Sœurs de Valence. Certes, ma fille, cette mort a bien touché mon cœur ; mais voilà qui nous apprend à toujours mieux faire ce qui est de notre devoir envers Dieu.

Il n'y a remède, il faut souffrir doucement les contradictions des Supérieurs; un jour, s'il plaît à Dieu, l'on pourra bien donner le voile noir à cette bonne Sœur N***. Je salue trèschèrement M. votre Supérieur, toutes nos Sœurs, et, à part, notre pauvre Sœur Jacqueline[-Elisabelh] , laquelle je conjure derechef de tenir son âme eh patience et en repos sous la volonté de Dieu, et qu'elle ne permette point à son pauvre esprit de discourir sur cet accident de sa fille1, ni penser qu'elle porte en ce mal le faix et la punition de ses péchés; elle verra un

1 Sœur Jacqueline-Elisabeth Daniel, veuve Colin, avait obtenu, en entrant au monastère de Lyon, d'y faire élever sa fille. ;< Cette enfant (disent les anciens Mémoires) était un petit ange si sage et si modeste, que la digne Mère de Chantai la prenait souvent pour son assistante du parloir. Aussitôt l'âge requis, celte petite privilégiée reçut avec le voile de novice le nom de Sœur Anne-Claude. Les épreuves intérieures devinrent son partage pendant plusieurs années. En 1623, elle fut employée à la

jour que cette affliction est un effet de la douce miséricorde de Dieu, qui fait souffrir cette àme innocente pour sa gloire, et le profit de ceux qui la servent pour Dieu. Qu'elle ne fasse point de chimère là-dessus, et qu'elle tienne son esprit soumis sans rechercher des raisons. Ma fille, je suis vôtre.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

fondation d'Avignon, et, en 1641, à celle de Tarascon, où elle termina saintement une vie de soixante-quinze ans de fidélité à Dieu et à la Règle. »

(Année Sainte, XII0 volume.)

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