‹ Lettres (volume 3)Chapitre 234 sur 351 · LETTRE CCCLVIII · texte numérisé non relu

LETTRE CCCLVIII

A MADAME DE TOULONJOX

S.i FILLE

Obligation pour une jeune femme de réprimer ses fantaisies et son goût jpour la toilette.

vive -J- jésus!

Ma très-chère fille, voilà un habit tout complet des plus beaux et des plus riches qui se puissent faire. Si votre frère était bien riche, il eut fort désiré d'accomplir [acquitter] voire mémoire, mais il vous supplie de vous contenter de sa bonne volonté, puisqu'il ne peut davantage. Contentez-vous fort aisément d'un habit complet fort honnête comme celui-ci ; mais vous l'avez tant désiré que l'on a voulu vous contenter. M. de Toulonjon m'écrit que vous n'avez pas un seul habit que celui que vous portez; je m'en étonne, parce que, depuis dix-sept mois, vous en avez quatre de soie et la robe de l'habit à fleurs, que vous m'aviez écrit que vous avez. Mais, ma chère Françon, que faut-il croire, je vous en prie? Oh ! Dieu vous bénisse, ma fille, soyezconlente et témoignez

que vous êtes fille de père et de mère qui ont toujours grandement été raisonnables, paisibles et constants en leur parfaite amitié : c'est ce que je vous désire.

Je suis pressée. Mille saluts à vos chers parents. N'attendez point votre frère, il ne peut y aller et je ne le veux pas; vous avez mon neveu. Courage, ma fille, et n'ayez point de fantaisies ni de niaiseries d'enfance, vous attachant et vous troublant pour des riens. Dites et priez instamment M. de Toulonjon de me tenir prêt l'argent d'un habit. Je crois que les parties monteront à près de cinq cents livres ; je ne puis les avoir maintenant pour les donner; ce sera aux premiers jours, car je ne voudrais nullement demeurer ici engagée. Je suis fort pressée. Dieu vous bénisse, ma très-chère Françon.

Conforme à une copie de l'original flardé à la Visitation de Lyon.

LETTRE CCCLIX

A LA MÈRE JEANNE-CHARLOTTE DE RRÉCHARD

SL'PKBIELRE A BOULINS

Il aut exercer la supériorité avec un esprit de très-profonde humilité, et ne jamais recevoir un sujet dépourvu de la crainte de Dieu et de la souplesse de caractère.

Je suis touchée de votre touche; mais il faut tout jeter au pied du crucifix, et me faut souffrir que je vous dise toujours (parlant en vérité à moi comme aux autres), qu'il faut exercer nos supériorités avec une très-profonde humilité, avec un esprit reposé, tranquille et non tranchant: voilà à quoi et vous et moi, ma très-chère fille, devons butter; car, ne vous en déplaise, il y a longtemps que je crois que nous avons un peu le naturel conforme, quoique, en vérité, je dis que vous l'avez meilleur que moi. Avec cela, suivons nos Règles, et elles nous mèneront bien

loin et bien droit au ciel. Enfin, tant qu'il se pourra, il faut être indifférente et dépendre de la divine Providence, sans nous jamais troubler quand tout devrait renverser.

Ma très-chère fille, il nous faut être fermes pour n'admettre aucun esprit en qui l'on ne voie de la crainte de Dieu et de la souplesse. Dieu ne nous manquera pas quand nous ferons notre devoir avec pleine confiance en sa bonté. Cette fille de petit esprit, si elle est si bonne et qu'elle profite des enseignements, surtout si elle est obéissante, je la recevrais. (La copie porte ces mots : le reste a été coupé.)

Conforme à une copie gardée aux Archives de la Visitation d'Annecy,

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