‹ Lettres (volume 3)Chapitre 239 sur 351 · RANGÉES PAR ORDRE CHRONOLOGIQUE · texte numérisé non relu

RANGÉES PAR ORDRE CHRONOLOGIQUE

LETTRE CCCLXII

A LA MÈRE PAULE-JÉRONYME DE AlONTHOUX.

SUPÉRIEURE S XEVERS

Mal qu'entraîne la mélancolie. — Les réprimandes doivent être tout à la fois graves , fermes et suaves.

VIVK f JÉSUS !

[Paris, janvier 1622.]

Il a fallu laisser passer ces grands et saints jours [de Noël] sans vous écrire. Je supplie notre bon Dieu d'être notre joie éternellement, et vous, ma très-chère fille, de ne jamais vous laisser aller à la mélancolie sous quelque prétexte que ce soit, car cela gâterait tout voire ménage, qui doit être manié avec une parfaite douceur. Je suis grandement marrie de la mauvaise intelligence de notre chère M. N***, Je crains fort que cela ne paraisse aux Sœurs, et qu'elle ne s'en découvre au dehors, ce qui nuirait; mais, toutefois, il faut se reposer et confier en la divine Providence et demeurer là en paix ; car

aussi bien toules nos craintes et mélancolies ne servent qu'à tout gâter et nous chagriner. — Vous prenez à cœur un peu trop ces contradictions, ma très-chère fille ; vous devez ne faire semblant aucun de la plupart de ces choses-là, et même quand j'aurais repris une fois une Sœur d'un défaut qui n'est pas important pour le bien de l'esprit, et que je verrais que cela la contristerait, je ne lui en dirais plus rien, si ce n'était en particulier, quand je la verrais bien disposée, et cela fort cordialement par forme de prière; car enfin, ma très-chère fille, il faut traiter avec nos Sœurs comme avec nos compagnes, je veux dire avec les anciennes, et celles qui nous sont données pour aides aux œuvres de Dieu; car, de vrai, elles sont nos coopératives ; eh! pourrions-nous faire toutes seules?

Voilà donc, ma très-chère fille, comme nous les devons regarder, et, quand elles feront des manquements, il faut plutôt user d'une douce et cordiale remontrance en particulier, que non pas de réprimandes et d'avertissements secs; et, véritablement, il faut ainsi traiter tant qu'il se pourra avec toutes. Que nos remontrances soient suaves, graves et fermes, mais accompagnées d'humilité, de douceur, et non jamais de sentiment ni d'esprit tranchant. Ma fille, je pense que Dieu a voulu que j'aie écrit ceci, car je ne le pensais pas, et [c'est] hors de notre sujet, qui n'est enfin que sur le malentendu de cette bonne Sœur. Il y a bien du manquement en son esprit, et partant nous sommes résolue de vous la changer et la Sœur sa compagne, et vous mener ma Sœur M. -Constance ', qui est une vraie vertueuse fille ; mais, ma fille, ne leur en faites rien paraître, et la gagnez par douceur, sans vous assujettir toutefois à ses inclinations, qui sont contraires à l'esprit de votre maison. Oh! patience ) ma très-chère fille, je suis bien aise de

1 Sœur Marie-Constance de Bressaicl, alors à Paris; ce projet ne s'effectua pas.

ce que vous ne vous laissez point abattre le courage. Je sais que vous avez le naturel un peu sec ; combattez cela surtout, ma fille, et, pour Dieu, faites votre gouvernement avec une extrême douceur et suavité. Vous verrez que toutes les filles en iront plus gaiement et fidèlement. Je vous ai bien recommandée à Noire-Seigneur ces grands jours, ma très-chère fille, et votre troupe, que je salue cordialement.

Conforme à une copie gardée à la Visitation du Mans.

LETTRE CCCLXIII (Inédite)

A LA SOEUR MARIE-AIMÉE DE BLONAY

ASSISTAXTE-COMMISli A LYOS

Soumission filiale à la divine Providence. - Recommandations pour l'envoi des

Règles.

[Paris], 11 janvier 1622.

Ma très-chère fille,

Jésus notre doux Sauveur comble votre chère âme et celles de toutes vos filles de son très-saint amour ! Tenez toujours votre cœur haut, ma fille, dans celte éternelle Providence, humble et absolument soumise à son gouvernement.

Sur ce déclin, j'ai fort peu de loisir. Envoyez-nous les futaines que nous vous avons demandées, au plus tôt. Nous vous avons envoyé des Règles ; envoyez-en à Montferrand et à Valence 5 mais, ma fille, faites-les toutes regarder, pour voir s'il n'y a point deux feuilles semblables , et, en ce cas, renvoyez les feuilles superflues et nous vous enverrons celles qui manquent. Je salue nos très-chères Sœurs, madame de Boissieux, et, si j'ose, je fais très-humble révérence à Mgr l'archevêque et mille salutsàM. de Saint-Nizier. Adieu, ma fille; priez pour nous, je vous prie, afin que nous accomplissions le désir de Dieu en nous. Amen.

Conforme à l'original gardé au* Archives de la Visitation d'Ailitccy.

LETTRE CCCLXIV (Inédite)

A LA MÈRE JEANNE-CHARLOTTE DE RRÉGHARD

SCPHRIP.URE A MOtILÎXS

Attente des ordres de saint François de Sales.

VIVE 7 JÉSUS

[Paris, jauvier 1622.]

Oh! loué soit notre bon Dieu, qui vous a rappelée de ce mal si soudain et mortel ! Je vous prie, conservez-vous. Nous enverrons vos deux cents livres à mademoiselle d'Asy, et j'espère en la miséricorde de Dieu que nous vous porterons votre affaire, puisque le Roi revient.

J'attends mon obéissance de Monseigneur pour partir. J'espère qu'il nous enverra M. Roland ou M. Michel. Nous ne pouvons partir toutefois avant le milieu de février. Nous dirons tout, étant avec vous, et je crois qu'il sera expédient de renvoyer notre Sœur Françoise-Jéronyme [de Villelte] à Lyon. Elle en a quelque inclination, je l'écris à Monseigneur. Je ne sais ce qu'il me commandera de faire pour le service de Dieu et de nos maisons, auxquelles certes je suis fort inutile ; mais ma très-chère Sœur ne laissera pas de m'aimer pour cela. Ne faites aucun semblant de ce que je vous dis de notre Sœur Françoise- Jéronyme; mais, je vous en prie, et m'en mandez votre sentiment. Je ne sais si j'ai quelque autre chose à vous dire , car j'avoue que je n'ai le loisir de revoir vos lettres, ni de vous plus écrire d'ici à mon départ, sinon qu'il fût bien nécessaire.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE CCCLXV [Inédite)

A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE

SUPÉRIEURE A MOXTFERIIAXD

Résister aux sollicitations des personnes qui veulent la retenir à Montferraud. — Des processions. — Prochain départ de Paris.

VIVE \ JÉSUS

[Paris], 24 janvier [1622].

Ma très-chère fille,

Il ne faut plus de réplique, puisque vous el noire bonne Sœur M*** jugez que notre Sœur Anne-Louise fde Villars] sera propre, je vais écrire qu'on vous l'envoie.

Je suis en peine de l'humeur où se mettent ces messieurs de Monlferrand '. Je crois que vous aurez écrit à Monseigneur, et le remède qu'il y faut apporter de faire parler M. votre père. Je dis à M. de Maussac que nous irons ensemble à Dijon; mais que l'on traite d'une fondation à Chambéry , comme il est vrai, qu'il y a longtemps qu'on en parle, et que l'on vous destine là pour la consolation de M. votre père. Dieu les adoucira; car ii est expédient pour sa gloire que tout se passe doucement et suavement.

1 Malgré le soin que prenait la Mère Favre de s'effacer aux regards des créatures, sa réputation de sainteté se répandit bientôt, et de toutes parts on recourait à ses lumières, on réclamait ses conseils. « Dieu bénit tellement cette espèce d'apostolat (disent les anciens Mémoires) , qu'en peu de temps le pays changea de face. » — « Toute la province, écrivait madame de Dalet, est embaumée de la verlu de cette Mère, qui est l'admiration de tout le monde. » Aussi, déjà en 1621, les magistrats ayant appris qu'il était question du prochain départ de cette éminente Supérieure, supplièrent saint François deSales de la laisser àMontferrand. Le Bienheureux Fondateur accorda un sursis ; mais, l'année suivante, rétablissement du monastère de Dijon étant résolu, il intima à sa grande fille l'ordre de s'y rendre. Nous verrons dans la suite des Lettres de sainte Jeanne-Françoise de Chantai , les efforts faits pour retenir la Mère Favre en Auvergne, et la générosité qu'elle déploya pour se rendre où l'appelait la volonté divine.

Je crois que c'est une équivoque de celle quia écrit le directoire des processions, car l'on a coutume de les faire devant la sainte messe ', et il est vrai aussi qu'il n'y a que ce qu'il faut de temps jusqu'à dîner, pour tout; mais il suffit aussi, et les Sœurs, en ce cas, ont liberté de faire devant Tierce l'oraison que marque la Règle après None. Je suis fort pressée, ma trèschère fille, car sur ce déclin mille affaires se trouvent. J'attends mon obéissance pour partir environ le 20 février. Je séjournerai en nos maisons autant qu'il faudra; je ne sais encore si nous vous irons prendre; j'attends l'ordre que l'on nous donnera. Dieu vous comble de grâces, ma très-chère fille, et toute voire chère troupe. Si je puis, je ferai un billet à la très-chère Sœur M.-C. , sinon ce sera pour une autre fois.

Dieu soit béni!

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Cbambéry

LETTRE CCCLXVI

ASSISTAXTE-COMMISE A LYO.V

Eloge du Père Boavoisin, de la Compagnie de Jésus.

vive f jésus!

[Paris, janvier 1622.]

[La moitié de l'original a été coupée.] Oh\ que vous voilà bien contente de ravoir le bon Père Bonvoisin qui vous a déjà fait et vous fera encore, je m'assure, de très-belles et utiles prédications! Il ne nous en a fait qu'une, mais elle en vaut bien deux douzaines; c'est que nous ne l'avons connu que fort tard. Or sus, nous attendons de vos nouvelles. Notre Sœur de Alonl-

1 Le Coulumier fixa dans la suite le temps et la manière de faire les processions.

ferrand dit qu'elle voudrait bien avoir la petite Sœur Anne- Louise [de Villars], mais il faut peut-être attendre, et voira quoi se résoudra la fondation de Dijon. Cependant caressezbien ce bon Père, auquel nous sommes fort obligées pour la sincère affection qu'il a à notre Institut. Ma fille, que le doux Jésus, notre cher Maître, vous donne la parfaite imitation de ses saintes vertus. Dieu vous bénisse et nos très-chères Sœurs, à part les affligées. Je suis vôtre, vous le savez bien.

Conforme à l'original gardé aux Archives delà Visitation d'Annecy.

LETTRE CCCLXVII {Inédite)

A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE

SUPÉRIEURE A MONTFF.RRANT»

La Sainte a reçu son obéissance pour quitter Paris. — Il vaut mieux se fortifier dans l'esprit de l'Institut que multiplier les fondations.

[Paris], 12 février [1622].

Ma très-chère fille,

Monseigneur m'a envoyé l'obéissance par M. Roland de vous aller prendre à Monlferrand, pour vous mener à Dijon; mais, à ce que je vois, il y a un nouveau dessein, plein de conditions qui ressentent fort l'esprit humain. Or, ma très-chère fille, ce n'est pas à moi de résoudre cela; vous verrez et vous ferez ce que Monseigneur vous ordonnera. Pour vous dire mon sentiment, je crains même, selon le jugement de M. de Maussac, que l'une des maisons n'empêche de faire l'autre : il m'a dit que les Pères de l'Oratoire ont voulu faire ainsi et qu'ils ont tout gâté. Peut-être serait-il mieux de bien laisser former la maison commencée, tant pour le temporel que pour le spirituel, que d'en commencer une nouvelle, et de se bien former et fortifier en l'esprit de l'Institut que de le tant dilater tout a coup. Je vous

annonce, ma très-chère fille, que je crains fort que la perfection de l'Institut ne se diminue et affaiblisse par ce moyen; et qui pourrait différer, ferait très-bien, si je ne me trompe; toutefois, je m'en rapporte à ce que Monseigneur trouvera le meilleur, je me contenterai de faire fort prier Dieu de lui inspirer ce qui sera de sa très-sainte volonté.

Je vous dirai encore que je refuse tout plein de fondations aux villes de deçà, pour cette raison; et, si je suis crue, on laissera encore quelques années engraisser et fortifier les âmes en la solidité de la vertu, avant que de les tirer du sein de leur mère.

Nous espérons toujours de partir d'ici le 21 de ce mois, et pourrons être à Moulins sur la fin de mars. Il sera nécessaire, ma très-chère fille, en tout cas, que je sache si ce sera à propos que j'aille à Monlferrand; je vous supplie de le considérer devant Dieu et de me le mander franchement; que s'il y faut aller, ce sera pour vous prendre, ou bien pour vous mener les filles que vous demandez; car j'emmène notre Sœur J.-Francoise à Aloulins, de laquelle aussi il faut décharger la maison de Bourges; comme aussi [dites-moi] si vous enverrez quelque équipage pour cela. Enfin, ma très-chère fille, vous m'avertirez de tout ce que vous désirez que je fasse en cela, et tout franchement; cependant vous savez ce que je vous suis.

Conforme à une copie de l'original partie ù la Visitation de Chambéry.

LETTRE GCCLXVÏII (Inédite)

A LA SOEUR MARIE-AIMÉE DE BLONAY

ASSISTANTE-COHHIS8 A LYOX

Chercher une Supérieure pour Valence. — Les tribulations sont des trésors.

VIVE •}• JÉSUS

[Paris, février 1622.]

Je viens de recevoir voire lettre. J'espère que Dieu garantira notre pauvre Sœur [la Supérieure] de Valence ' ; si toutefoisDieu en dispose, je crois qu'il y aurait peine de trouver une Supérieure à Nessy, car il faudra des filles pour Dijon ; mais notre Sœur N. y pourrait aller, ou de Grenoble. Je crois qu'il y a quelques bonnes lilleslà, écrivez à la Supérieure. Il faudra prendre loisir de considérer pour notre Sœur Marie-Jacqueline; je crois que ce serait encore pis de l'ôler de Lyon. 11 faut beaucoup aimer les croix et tribulations que Dieu nous envoie; [cej sont des trésors. La Supérieure de Montferrand demande la Sœur A.-L, [de VillarsJ. Voyez s'il se pourra, et soyez courageuse, toujours au-dessus de tout, et nue de ce qui n'est point Dieu. 11 soit béni.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visilaliou d'Annecy.

LETTRE CCCLXIX (Inédite)

A LA MÊME

Déposition de la Mère Anne-Marie Rosset. — Départ pour Nevers.

Bourges , 26 mars 1622.

Ma très-chère fille, Ne vous attendez pas à des lettres de moi maintenant, car je n'ai nul loisir. Nous voici à Bourges : la petite Supérieure a été

1 La Mère Claude-Marie de la Martinière, alors très-gravement malade.

déposée. Je pense que nous l'emmènerons, et peut-être la Sœur Jeanne-Françoise [Etienne], pour accompagner notre Sœur Françoise-Jéronyme [de Villette], si les desseins d'Auvergne ne font changer de résolution; car je n'en sais point de nouvelles et ne sais encore qui sera Supérieure à Dijon. Ma fille, prions Dieu qu'il accomplisse en tout sa très-sainte volonté et nous serons heureuses. Il n'est pas besoin d'envoyer la Sœur Anne-Louise qu'on ne le mande. Nous parlons le lendemain de Pâques pour Nevers ; de là, à Moulins. Je salue chèrement M. de Saint-Nizier et nos Sœurs et tous ceux qu'il vous plaira.

Dieu soit béni!

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE CCCLXX (Inédite)

A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE

SUPÉRIEURE A MO.VTFERR4M)

Comment triompher des obstacles qui s'opposent à sa sortie de Montferrand et se rendre promptement où l'appelle la volonté divine.

vive -J- jésus!

Nevers, 2 avril [1622].

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