‹ Lettres (volume 3)Chapitre 240 sur 351 · MA PAUVRE TRÈS-CHKRE FILLE · texte numérisé non relu

MA PAUVRE TRÈS-CHKRE FILLE

Votre cœur a bien touché le mien, puisqu'il y a quelque incertitude de vous tirer de là. Dieu aidant, vous nous verrez bientôt; nous vous mènerons Sœur F.-J. [de Villette] et Jeanne- Françoise, afin que si Dieu dispose d'elles pour le bien deMonfferrand, on les y emploie, sinon vous les enverrez avec celles qui [mois illisibles]. Or, ce que je pense que vous devez faire en attendant, c'est de témoigner absolument à ces messieurs-là [de Montferrand] que vous désagréez tout à fait leurs procédés, et que si par force ils veulent retenir votre corps contre la volonté de Dieu et ses desseins sur vous, ils n'auront pas votre

cœur, et que vous vous démettrez de votre charge, sans plus vous en mêler, vous tenant retirée dans votre cellule pour vaquer à vous-même. Je remets toutefois le tout à votre prudence; nous verrons enfin ce que Dieu voudra, et nous nous y joindrons de bon cœur; cependant, demeurez en parfaite paix, ma très-chère fille. Je n'ai pas trouvé la lettre de Monseigneur au paquet. Vous n'aurez que ce billet; car, Dieu aidant, nous dirons le reste. Adieu donc pour huit ou dix jours. Nous partirons d'ici samedi et serons dimanche à Moulins.

[D'une autre main.] Notre très-chère Mère me commande de dire à Votre Charité, que puisque vous avez tant de difficulté de trouver moyen de venir à Moulins, qu'elle vous ira prendre, mais que vous teniez tout prêt, et qu'elle n'y veut séjourner que le moins qu'elle pourra.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Chambéry.

LETTRE CCCLXXI {Inédite)

A LA SOEUR MARIE-AIMÉE DE BLONAY

ASSISTAXTE-COMMISK A LVOV

Envoyer Sœur Anne-Louise de Villars à Montferrand. — Visite canonique.

vive -J- jésus!

[Xevers, avril 1622.]

Oh! certes, sans loisir tout à fait, je vous dis pourtant que vous êtes très-chèrement ma fille. Tenez votre cœur haut, et ne vous regardez point, mais Dieu, dépendant absolument de lui. Il faut envoyer notre Sœur Anne-Louise à Montferrand, on l'y veut du tout. Il ne faut pas mander à Montferrand que notre Sœur [M.-Jacqueline Favre] est destinée pour Dijon ; mais que c'est M. son père qui la veut voir, comme en vérité aussi l'on parle d'une maison à Chambéry où on la destinera, quoique, cependant, elle sera un peu à Dijon. Elle n'est nullement nécessaire

à Montferrand ; on verra si l'on pourra la retirer, ou ce que

l'on fera.

Mais, savez-vous comme il faut recevoir le prélat, en procession ', lui préparer un beau siège dans le chœur, lui mettre les Règles en mains. Dieu vous assistera; il faut faire cette action avec grande solennité et dévotion.

Dieu soit béni!

Conforme à l'original gardé aux archives de la Visitation d'Aimecy.

LETTRE CCCLXXII

A LA MÈRE ANNE-CATHERINE DE BEAUMONT

SUPÉRIEURE AU PREMIER MONASTERE DE PARIS -

Il faut nommer une Sœur pour s'acquitter des commissions des autres monastères de l'Ordre. — Regret de voir une jeune personne infidèle à l'appel de Dieu. — Projet d'une seconde fondation à Paris. — Ne faire aucune concession contre la Règle. — Estime pour le Révérend Père Binet, Jésuite.

vive -J- jésus!

Xevers, 5 avril IG"22.

Ma très-chère Soeur,

Il me semble déjà qu'il y a longtemps que je ne vous ai

écrit; car véritablement mon esprit retourne incessamment

vers cette chère troupe qui est parfaitement chérie de mon

cœur; je la regarde en gros et puis en détail, et toutes les

1 Pour la visite canonique.

2 La Mère Anne-Catherine de Beaumont-Carra, d'une illustre famille de Chambéry, fut reçue au monastère d'Annecy par saint François de Sales, et jugée digne, peu après sa profession, d'accompagner la Bienheureuse Mère de Chantai à la fondation de Bourges, puis à celle de Paris, où elle lui succéda comme Supérieure en 1622. « Les richesses spirituelles qu'elle » cachait dans son cœur [dit saint Vincent de Paul) , se répandirent alors avec » tant d'abondance, qu'il lui fallut établir un deuxième monastère dans cette » grande ville pour recevoir toutes les âmes qui se présentaient. » Les doctes et les grands réclamaient également ses conseils, et Anne d'Autriche attribuait à ses prières le succès des armes du Roi contre les hérétiques. Mais,

pièces m'en sont chères. Mais particulièrement, ma très-chère Sœur, mes yeux s'arrêtent sur vous, qui m'êtes si intime ; puis sur ma petite Angélique [Lhuillier], que j'aime si cordialement, sur nos pauvres anciennes que j'embrasse tendrement, sur notre aimable jeunesse qui est chèrement logée dans mon cœur; Dieu bénisse toute cette troupe! Tenez-vous bien saintement joyeuse avec ces chères filles; ouvrez-leur maternellement votre cœur, afin qu'elles vous ouvrent filialement les leurs.

Oui, ma très-chère fille, vous ferez très-bien de commettre une Sœur qui ait la charge des affaires et commissions de nos autres maisons qui s'adressent à vous; il faut que ce soit une fille cordiale et vigilante. Je vous sais bon gré d'être ainsi affectionnée à servir nos maisons ; mais d'autant que l'abord est très-grand à Paris, il faut être soigneuse de retirer l'argent des commissions ; cela donnera plus de liberté aux monastères de s'adresser à vous ; ce que je ne dis pas pour forclore certains petits présents de cordialité , pour preuve de quoi je vous supplie de m'envoyer votre petit livre de Y Abnégation intérieure.

11 est certes vrai, ma très-chère Sœur, que notre Sœur [A.-M. Rosset] est une âme vraiment bonne et sainte; mais, comme m'écrit Monseigneur, elle est toute propre à donner grande édification dans une communauté, et néanmoins n'a aucun talent pour le gouvernement, ce qui ne déroge rien à sa vertu ; car tous ne sont pas apôtres, ni prophètes : le Saint- Esprit a diversité de dons.

en vraie fille de la Visitation, la Mère Anne- Catherine fut heureuse d'être soustraite aux dangers des honneurs. Promptement rappelée à la solitude de sa pauvre cellule d'Annecy, elle obtint de rentrer dans les exercices du noviciat; puis, cette vive lumière, après avoir été placée sur la croix que Notre-Seigneur lui avait montrée comme un chandelier d'honneur, alla éclairer les monastères de Grenoble , Pignerol et Toulouse, y fit germer les fruits précieux que produit toujours cet arbre de vie, et s'éteignit icibas, le 30 janvier 1050, pour resplendir éternellement au ciel.

(Iles des XII Mères de la Visitation.)

Vous ne sauriez croire, ma très-chère fille, la compassion que je porte à cette demoiselle qui perd sa vocation religieuse, pour l'appréhension qu'elle a de dire ses coulpes. Oh vrai Dieu ! qu'elle trouvera bien d'autres mortifications dans le inonde, où ce pauvre cœur n'aura jamais un vrai contentement ni repos ! Je voudrais, si c'était la volonté de Dieu, lui acheter avec mon sang le courage qui lui est nécessaire pour l'assurance de son bonheur, car je l'aime tendrement.

Quanta notre très-bonne madame la marquise de Dam pierre, je crois que c'est la volonté de Dieu que son dessein de faire une seconde maison dans Paris réussisse ; mais il ne se faut pas presser; la somme qu'elle offre est petite pour Paris. Monseigneur et unique Père, à qui j'en ai écrit, m'a fait réponse que la vertu de cette dame est grande et riche ; qu'il chérit parfaitement cette àme, et qu'il sera très-aise que pour son bonheur éternel elle fasse une si bonne œuvre.

Je suis très-aise que vous ayez la petite N***, mais ne lui donnez l'habit qu'à quinze ans. Il se faut garder, surtout à Paris, d'accorder aucune gratification qui contrevienne à l'Institut; rendez votre force invariable en cela. Faites parler à cette bonne dame par le Père qui la conduit, afin que son désir s'ajuste à la raison.

Véritablement, c'est un trésor pour vous que les prédications du Révérend Père Binet. Envoyez-moi quelque recueil de son sermon de la Passion ; je n'ai jamais ouï un esprit plus conforme en solide dévotion à celui de Monseigneur [saint François de Sales], en la conférence particulière des choses de l'âme*

Ne suivez point tant ce désir d'austérités, outre-passant la Règle; ce n'est pas par là que Dieu vous veut ; souffrez ce qu'il lui plaira et vous tenez en l'union de sa volonté. Découvrez votre cœur au Révérend Père Binet, lui faisant savoir votre nouveau combat; il vous confortera. Regardez le moins que vous pourrez vos maux et vos allégements ; mais regardez Dieu,

qui veut que vous lui soyez une grande servante. Nos chères Sœurs de céans le servent fort fidèlement ; elles sont pauvres, mais de grande observance. La gloire en soit à Dieu, auquel je suis toute vôtre.

LETTRE CCCLXXIII (Inédite)

A LA SOEUR MARIE-AIMÉE DE BLONAY

ASSIST.IXTIi-CU.MMISi: A LVO.V

Les autorités de Montferrand refusent de laisser partir la Mère Favre.

vive f jésus!

[XeversJ, 8 avril 1622.

La petite Mère d'ici me presse fort de vous écrire, ma trèschère > et je le fais de bon cœur, car enfin vous êtes la fille de mon cœur; mais je n'ai loisir que pour vous dire que la pauvre Mère de Montferrand est fort tracassée par ces messieurs de là, qui s'opposent si absolument à son départ. Cela nous tient en peine pour Dijon, où il est requis d'avoir une fort brave Supérieure ; mais peut-être que Dieu les changera. Elle m'a écrit qu'il est besoin de renvoyer une fille qui ne joint pas bien à la prétendue Supérieure de Montferrand, et que, si elle s'en va, il faudra nécessairement notre Sœur Anne-Louise en la place. Nous leur mènerons notre Sœur F. -Jéronyme et Jeanne-Françoise ; si quelques-unes leur sont propres, on leur laissera, et vous enverrons toutes les autres. Je vous prie, ma très^chère fille, faites trouver bon au Supérieur le renvoi de notre Sœur J. -Françoise ; il a été expédient de l'ôter de Bourges pour les raisons que je vous dirai.

Je voudrais bien trouver de vos nouvelles à Montferrand ; nous y serons au plus tôt, Dieu aidant, car nous espérons de partir demain d'ici. Dieu nous fera la grâce de vous conter

toutes les nouvelles de nos monastères. Cependant, vivez toule à Dieu.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy,

LETTRE CCCLXXIV [Inédite)

A LA MÊME

Nouveaux arrangements pour l'arrivée de la Mère Favre à Dijon.

vive •]- jésus!

[Xevers], 11 avril 16-22.

Ma très-chère fille, nous n'irons pas à Monlferrand, ni n'aurons , pour le coup, la Supérieure; mais j'espère qu'elle viendra incontinent après qu'elle aura reçu l'obéissance de Monseigneur; et, partant, soyez diligente de lui envoyer ce paquet, car c'est aussi pour faire partir nos Sœurs, espérant de nous rencontrer toutes, à la fin de ce mois, à Dijon '. Il faudra aussi faire tenir notre Sœur Anne-Louise prèle. Voilà tout pour ce coup. Je n'ai point parlé encore de notre Sœur F. -Jéronyme. Dieu vous bénisse, ma très-chère fille. Amen. Pardonnez-nous le port de ce paquet. Je vous prie, ma mie, que nos lettres soient portées sûrement et promptement.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

1 En quittant Ne vers, accompagnée des Sœurs Anne-Marie Rosset et Marie-Gaspard e d'Avisé, la Vénérable Mère de Chantai, par ordre de saint François de Sales, se rendit à Alonne, où elle devait attendre près de madame de Toulonjon, sa fille, les coopératrices qui lui seraient envoyées d'Annecy pour la fondation de Dijon : ce furent les Sœurs Marie-Marguerite Millelot, Françoise-Augustine Iirung, Paule-Jéronvme Favrot et Péronne-Marie de Benno, cette dernière du rang des Sœurs domestiques.

LETTRE CCCLXXV

A LA MÈRE JEANNE-CHARLOTTE DE BRÉCHARD

siriirtiELRE a moulins

Arrivée de la Sainte à Dijon. Empressement des habitants à la visiter. — Son exactitude à l'OfGce malgré la presse des affaires.

VIVE j- JÉSUS !

[Dijon], 11 mai 1622.

Ma très-chère soeur ma mie,

Nous voici arrivées à Dijon ' fort heureusement, grâce à Notre-Seigneur. Dimanche, le Très-Saint- Sacrement fut exposé à petit bruit; tout Dijon nous visite, de quoi nous nous passerions bien. Nous sommes logées en la paroisse Notre-Dame, à la Verrerie, où les dames de ce quartier sont passionnées de nous retenir; nous ne savons encore s'il y aura moyen de les contenter. Nous sommes cependant dans un logis fort étroit, où il n'y a point de vide qu'une petite cour.

Nous vîmes M. Tachon passant à Autun ; je lui proposai la visite [régulière], le séjour de votre bonne Sœur 2, et l'entrée de madame de Chazeron ; il me promit de me faire sa réponse : je l'attends, si toutefois il ne vous la fait tenir. Il me montra la reconfirmalion de notre établissement, auquel j'ai trouvé quelque chose à dire, qu'il m'a promis de réparer comme nous voudrions. Je lui enverrai à cet effet une copie comme il le faut, avec un peu de loisir.

5 C'est le 8 mai 1622 que sainte Jeanne-Françoise arriva à Dijon. « Elle y fut reçue avec vénération (disent les anciens Mémoires). Une foule de peuple l'accueillit à l'entrée de la ville et l'accompagna jusqu'à la petite maison où elle destendit avec ses filles. La presse était si grande qu'il fallut une heure pour faire un trajet d'un quart d'heure, et les acclamations si fortes et si unanimes, qu'on n'entendait point rouler le carrosse. »

2 La Sœur aînée de la Mère de Bréchard, Religieuse bénédictine, dont la maison était tombée en décadence; elle fut reçue au monastère de Moulins, et soignée dans sa vieillesse avec une parfaite charité. (Histoire inédite de la fondation de Moulins.)

Mandez-moi comme vous vous portez ; et, si rien ne se fait à Riom, si l'on pourrait vous tirer de là, sans rien gâter, surtout au cœur de notre très-chère Aimée [de Morvillej que je salue très-chèrement, et toutes nos Sœurs, n'ayant le loisir de davantage; car l'on m'attend au parloir, où je souffre certes, car je ne m'y aime point, comme vous savez.

Je n'ai perdu aucun Office, nonobstant leur presse, qui, j'espère, ne durera pas toujours. Ma très-chère Sœur ma mie, je suis toute à vous. Mille saluts aux amis, surtout àM. de Palierne.

Conforme à l'original gardé aux Archives tic la Visitation d'Annecy.

LETTRE CCCLXXVI (Inédite)

A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE

SUPKBIKURE A MO.YÏPKUKAXD

Détails sur la maison Je Dijon. — Espoir d'èlre bientôt réunies. — Sollicitude pour le monastère de Lyon.

VIVE y JÉSUS !

[Dijon], mai 162-2.

Ma très-chère lille mon enfant, nous n'avons reçu que la vôtre du 17 mars; Dieu amènera peut-être l'autre, s'il lui plaît. Vous ne pouvez relarder votre départ plus loin que ce que vous m'écrivez, lime tarde, certes, que vous soyez ici, où vous faites besoin, et puisque les affaires de notre chère madame de Dalet sont hors d'espoir, avancez le plus que vous pourrez. Ma trèschère filie, la maison de Montferrand vous doit reconduire oit elle vous a prise, et celle de Lyon de même; or il n'y a guère pins loin de venir ici que d'aller à Nessy; j'en écrirai à notre Sœur de Lyon, afin qu'elle pourvoie à cela.

Nous sommes pauvres ici, grâce à Dieu; mais toutefois rien ne nous manque, Dieu merci. Il y a une cordiale et sage veuve de bon lieu qui se veut retirer avec nous en qualité de bienfai-

trice; elle donne deux mille écus, ses meubles, et s'entretiendra. Nous avons reçu deux bonnes filles et prou de prétendantes; mais l'importance est de les bien choisir; à mon avis, ce que vous trouverez ici vous agréera.

Nous fûmes hier, avec Mgr de Langres, pour choisir des places '; nous avons peine à trouver ce qu'il nous faut, mais Noire-Seigneur y travaillera pour nous. On nous conseille de prendre patience et de nous accommoder en la maison qui joint celle-ci, laquelle est assez commode pour le commencement; cette bonne damoiselle y emploiera ce qu'elle nous donne et plus encore, de sorte que nous serions logées pour cela, et au bout de trois ou quatre ans, si plus tôt nous n'en sortons, elle nous rendra nos deux mille écus ; chacun juge quece parti est à notre avantage. Le mal est que le jardin est fort petit; les cours sont fort agréables : enfin Dijon est fort serré ; on n'y a su trouver une maison de louage capable pour nous mettre. Celle où nous sommes est petite, sans jardin, ni cour, qu'une qui n'est* guère plus grande qu'une table, tirée d'un bout. Je ris de bon cœur en vous disant ceci; à quoi il faut ajouter qu'il nous faut monter au-dessus de la maison pour avoir un peu d'air; cela ne nous empêche pas d'être gaies et contentes, Dieu merci. Et gardez-vous bien, ma grande fille, de vous dégoûter pour cela; oh! non, je vous prie, tout le monde qui sait que vous venez ici s'en réjouit; mais moi, mon unique grande fille, j'ai . un si grand contentement en cette espérance et attente, que je ne vous le puis exprimer. Mon Dieu, quelle douceur ! me revoir un peu avec ma toute chère fille, il me fera grand bien; mais qui sont ces craintifs esprits qui disent qu'il ne me faut pas dire des paroles d'affection? je ne suis point de leur parti, n'en soyez point aussi, ma fille ; nos cœurs ne pourraient souffrir cela.

1 Mgr Sébastien Zamet, évêque de Langres, dont Dijon dépendait alors, se rendit remarquable par sa piété et son zèle pour les bonnes œuvres. Sainte de Chantai l'honora toujours d'une particulière estime.

Mgr de Lyon a peine de ce que vous ramènerez [mots illisibles] ; ils ont fracassé je ne sais quoi de la Sœur N***. Je crains que celte maison ne déchoie fort si l'on ôte notre cadette; ils ne l'ont point élue; si vous pouviez faire cela en vous déposant de supériorité '. Voyez, en votre passage, mais n'y arrêtez guère pourtant, et me mandez encore de vos nouvelles avant que vous partiez. Et que deviendra le dessein de madame de Chazeron? Je salue, mais très-chèrement, votre succédrice. J'ai toujours regret de n'avoir pas vu votre troupe; je ne laisse de l'aimer et saluer très-chèrement, et les bonnes amies. Je suis enfin, mais de tout mon cœur, entièrement vôtre.

Dieu soit béni!

Je vous prie d'obtenir de nos Sœurs qu'elles me fassent cette grâce, de prier fermement et persévéramment pour mon fils usqu'à ce qu'il soit tout gagné à Notre-Seigneur.

Conforme à uuc copie de l'original gardé à la Visitation de Chambéry.

LETTRE CCCLXXVII

A LA MÈRE JEANNE-CHARLOTTE DE BRÉCHARD

BUPKRIBURE A MOIXIXS

Prière de composer deux cantiques sur des sujets indiqués. — L'Introduction à la vie dévote doit guider dans l'examen de la retraite annuelle.

VIVE f JÉSUS !

[Dijon], 1622.

Ma très-chère fille, J'ai confiance que si votre cœur et celui de nos Sœurs se purifient bien, et se fondent tout en Dieu par un entier aban-

1 La Sainte ignorait encore que Sœur Marie-Aimée de Blonay avait êlé élue Supérieure vers le milieu d'avril, à la grande joie de tout le monastère et des Supérieurs ecclésiastiques, qui comprirent enfin l'impossibilité d'obtenir le retour de la Mère Marie-Jacqueline Favre.

donnement et confiance en sa sainte Providence, qu'il vous aidera; mais ce n'est pas cela dont je vous veux entretenir, ayant à vous prier de nous faire deux cantiques; que l'un soit sur la confession de notre néant, misère et insuffisance, de laquelle néanmoins l'àme se réjouira, étant consolée de ne trouver en elle aucune chose pour s'appuyer, et de se voir nécessitée de se jeter toute entre les bras de la divine miséricorde, toute consolée de n'avoir point d'autre sagesse et suffisance que la sienne, et que tout son bonheur et son salut est entre ses mains; vous entendez bien ce que je veux dire.

Pour l'autre, je désire que vous le fassiez sur ces paroles : Que rendrai-je au Seigneur pour les biens qu'Urne fait! Que la première partie fût d'actions de grâces des incomparables miséricordes qu'il a faites à ce néant : que l'àme n'a rien, que dorénavant elle ne cherchera plus rien sur la terre que Dieu et son bon plaisir, ni prétendra rien au ciel, sinon lui. Voilà, ma chère fille, de la besogne; faites-la moi bien, et faites que l'àme parle toujours à son Dieu tendrement et s'adresse à Lui seul.

Je vous prie, ne violentez jamais votre attention, car les fruits en sont pénibles et infructueux. Il ne faut pas non plus revoir par le menu les choses passées, sinon quelquefois confusément, pour nourrir la très-sainte humilité. Pour les examens annuels, il les faut faire fort simplement, suivant la méthode de celui de Philothée qui aidera à donner lumière. Tenez votre esprit le plus tranquille auprès de IVotre-Seigneur qu'il vous sera possible; je dis en tout temps. Vous savez mieux tout ceci que moi, ma très-chère fille.

Nous avons été reçues ici avec un grand applaudissement, grâce à Dieu. Il me semble que nous sommes comme des petits oiseaux dans un nid, sous le seul couvert et appui de la divine Providence qui nous regarde de ses yeux paternels, et qui se plaît de nous voir sans autre appui. Voyez, ma fille, si cette douce chanson spirituelle que je vous ai demandée ne viendrn

pas à propos et sera chantée suavement. Mon Dieu, quel bonheur de vivre ainsi! Il fâche pourtant bien à la servante, cette misérable partie inférieure, qui voudrait des choses sensibles et palpables pour s'accoiser et reposer. Ma fille, soyons toutes à ce Sauveur; attachons-nous à Lui et à l'observance des Règles. Votre, elc.

LETTRE CCCLXXVIII {Inédite) A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLONAY

SUPÉRIEURE A LYON

On ne doit pas permettre aux séculiers de s'immiscer dans les affaires de la maison. C'est au Chapitre d'élire l'assistante. — Projet de deux nouvelles fondations.

vive \ JÉSUS !

[Dijon, 1622.]

Ma très-chère fille,

Que vous dirai-je sur ce que vous me demandez de nos deux Sœurs? [cej sont de bonnes filles; il sera plus à propos que je remette à vous en entretenir de présence que par lettres. Elles n'ont nulle disposition pour les charges d'autorité. Vous ne devez pas laisser disposer de la disposition du dedans de votre monastère à ceux du dehors ; c'est au Chapitre à élire l'assistante.

Il me semble que par ma lettre je faisais assez entendre à Mgr l'archevêque le sujet du retour de notre Sœur F.-J. [de Villette], car étant à Paris il m'en parla, et qu'elle lui avait écrit et témoignait qu'elle désirait retourner à Lyon, n'étant contente à Moulins. Le reste se dira aussi, car je ne voudrais rien celer à Mgr l'archevêque quand j'aurai l'honneur de le voir.

Je loue Dieu de vous savoir en cet état de paix; demeurez-y très-simplement, et, tant qu'il vous sera possible, agrandissez voire courage, confiance et abandonnement en cette divine

ANNKli 1622. 23

Providence : c'est le lieu de repos et d'assurance; toujours vous avez é(é attirée à cela.

Vous me parlez de la fondation de Saint-Etienne; est-ce une bonne ville? Y a-t-il des Jésuites? car c'est grande pitié de mettre de pauvres Religieuses à ces petites villes où il n'y a point d'assistance spirituelle. Toutefois, si l'on s'y est engagé, Dieu pourvoira à tout. Mais vous me parlez aussi d'une autre fondation que veut faire madame N***. Vous ne m'en avez jamais parlé clairement. De quel côté sont ses pensées? En quelle ville veut-elle qu'elle se fasse? car pour la fondation de [mots illisibles], je la trouve bien suffisante avec l'ameublement. Avezvous des filles pour fournir tout cela? car, ma très-chère fiile, il faut qu'elles soient bonnes et solides.

Il y en a encore de bonnes à Nessy; on nous en a envoyé quatre pour cette ville. Nous y laisserons notre Sœur Anne- Marie [Rosset], et je pense que notre Sœur de Montferrand y viendra me dégager. Aussitôt qu'elle sera ici, nous nous retirerons et aurons la consolation de vous voir, Dieu aidant. Je salue toutes nos Sœurs, en particulier notre Sœur F. et notre Sœur Jeanne-Françoise à qui je ne puis écrire. C'est une bonne Sœur. Je salue notre bon et très-cher M. de Saint-Nizier, et votre madame qui veut être fondatrice.

Dieu soit béni!

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Toulouse.

LETTRE CCCLXXIX

A MONSIEUR DE NfEUCHÈZE

so>; NEVEU '

I! faut, en possédant les richesses périssables, ne pas se laisser posséder par elles.

vive \ jiisrs!

[Dijon], 8 juin [1622].

Si je ne vous ressouviens de voire vieille faute, mon trèscher neveu, je cours fortune que vous en perdiez la mémoire; Paris est assez grand pour cela. Je ne le crois pourtant pas; car j'ai trop de preuves de votre bon naturel.

Mais que faites-vous dans ce grand Paris, et parmi tant d'honneurs et délices mondaines? Oh! je vous supplie, mon cher enfant, de vous tenir armé, tant qu'il vous sera possible, afin que la trop grande affection de ces choses-là ne touche point votre cœur. Mon Dieu ! que je hais tout cela, et n'ai-je pas raison, mon très-cher neveu, puisque nous voyons ordinairement qu'il ne reste point de pensées aux hommes, ni d'affection pour les biens éternels, tant ils s'enfoncent dans la jouissance de ces choses périssables! Oh! pour Dieu, mon très-cher neveu, ayez soin, mais je dis un soin très-fidèle, de votre chère âme, afin que si bien vous possédez beaucoup de ces choses temporelles, elles ne vous possèdent pas pour cela; mais visez vilement et saintement au-dessus de tout cela. Mon très-cher neveu, c'est du cœur ce que je vous dis; je crois que vous le recevrez ainsi; puis, je suis de toute mon affection et serai à jamais très-désireuse de vous obtenir, si je puis, de la divine bonté, le comble de ses saintes bénédictions, afin de jouir en cette vie de sa grâce et en l'autre de sa gloire. Voilà mon souhait pour vous, mon trèscher neveu, qui suis sans fin, votre très-humble tante et servante.

[P. S.\ Permettez-moi de saluer très-chèrement, le très-bon

1 Voir la note de la lettre CXXVI.

M. Robert Dapanton ' et tout le reste de votre compagnie. La chère Sœur Parise • prit l'habit le jour de saint Claude; Mgr de Langres le lui donna, et fit toute îa cérémonie. Elle vous salue de tout son cœur et la défunte Mère de Bourges 3, et toute la petite famille, au nombre de neuf filles; et, si elles osent, elles vous supplient toutes de faire la révérence de leur part à Mgr l'archevêque.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Lyon.

LETTRE CCCLXXX [Inédite)

A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLOXAY

SUPÉRIEURE A LYON

Conseils pour la fondation de Saint-Etienne.

vive -\ JÉSUS !

[Dijon, 1622.]

Je vous ai fait réponse, ma très-chère fille, et mandé qu'il fallait aller à Saint-Etienne, et pour cela choisir de bonnes filles qui soient zélées à l'observance et fort unies entre elles. Je suis marrie que je n'aie su plus tôt l'avancement de ce monastère, parce que je vous eusse envoyé la façon des meubles, des grilles et tournoirs; mais il n'y a remède. Nous avons toujours l'espé-

1 Ancien précepteur du jeune baron de Chantai.

2 Sœur Claire-Marie Parise, dont la Providence s'était servie pour procurer la fondation de Dijon, était une âme profondément humble et si fervente, qu'étant encore dans le monde, elle avait demandé à Dieu d'avoir toujours quelque chose à souffrir pour son amour. Le Seigneur l'exauça, et sa vie fut un continuel martyre intérieur, ce qui pourtant n'altéra jamais la joie et la tranquillité de son âme. Après avoir donné tous ses soins à l'érection du monastère de Dijon, elle fut envoyée à la fondation de IJeaune, en 1632, et y mourut en odeur de sainteté.

3 Sœur Anne-Marie Ilosset , que la Sainte nommait joyeusement : la défunte Mère, parce qu'elle avait été déposée de la supériorité à Bourges.

rance de nous voir environ le mois de septembre, si notre Sœur Favre vient au temps qu'elle m'a mandé, et que nous ayons une maison; car nous avons bien de la peine à trouver ce qu'il nous faut. Toutefois, il y a de l'apparence que dans peu de jours nous nous résoudrons d'en prendre une qui nous accommodera bien, si les espérances réussissent. Nous ferons ce que nous pourrons avec la grâce de Dieu, et nous lui lairrons le soin principal comme à Celui qui peut tout, et qui a soin de ses servantes.

Que vous avez été heureuse de voir ce vrai bon serviteur de Dieu! Quand je serai à Lyon, avisez-moi, je vous supplie, de lui écrire. Je salue très-chèrement nos Sœurs, et surtout votre chère àme que j'aime de toute la mienne, et je n'oublie pas M. votre bon confesseur. Voilà donc un mot à Monseigneur, mais faites le tenir sûrement.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE CCCLXXXI (Inédite)

A LA MÈRE JEANNE-CHARLOTTE DE BRÉCHARD

SUPÉRIEURE A MOULINS

Prudence et sollicitude de la Sainte pour une àme faible.

VUE y JÉSUS.'

Dijon, 24 juin 1622.

Ma très-chkre soeur,

Je vous ai fait réponse à toutes vos lettres précédentes par M. de Murât, de Riom. Ce messager me presse si fort, que je n'ai loisir de respirer.

La bonne Sœur M. -Marguerite me demande de la faire aller à Lyon; j'en écrirai afin que si les Supérieurs l'agréent, notre SœurM.-J. l'y mène; car de la faire venir ici, ce n'est pas une fille de fondation; de la mènera Nessy, vous savez qu'il y

en a une qui suffit pour exercer les autres. Chaque maison a sa croix; cette bonne fille-là ne sera pas meilleure ailleurs qu'à Moulins. Je ferai mon possible [pour] que notre Sœur la laisse à Lyon, et nous en amène une de Lyon ici, pour faciliter, sinon je ne sais [ce] que l'on pourra faire. De parler de payer sa pension, ce n'est pas cela qui met en peine, ains son seul esprit, qu'elle portera partout avec elle. Au reste, ma très-chère Sœur, j'ai bien peur que cela n'ouvre la porte de semblables tentations à d'autres, mais Notre-Seigneur aura soin de fout; je le supplie vous bénir, et combler de toutes ses saintes grâces, et toute votre chère famille que je salue de tout mon cœur, surtout notre chère Sœur AI. -Aimée [de Morville]. Je lui écrivis l'autre jour.

Ce messager ne me donne aucune patience. Jour de saint Jean.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

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