LETTRE DIX
A LA MÈRE B1ARIE-AIMÉE DE BLONAY
SUPÉRIEURE A LVO\
Heureuse mort de la Sœur Françoise-Blandine. — Retour de la Sainle à Annecy,
et consolation que lui donne l'avancement spirituel des communautés qu'elle a
visitées.
vivk -j- JÉSUS !
[Annecy] décembre 1623.
Nous voici arrivées heureusement, grâce à notre bon Dieu, qui m'avait privée de la consolation d'accompagner ma pauvre Sœur Blandine ' à son heureux passage. Je l'aimais certes particulièrement, car c'était une petite âme tout angélique; elle a témoigné sa véritable vertu en sa très-grande douceur, patience et résignation. 0 ma vraie très-chère fille, qu'elle est heureuse de jouir de la seule désirable présence de son Dieu !
Certes, je m'en suis revenue toute contente d'auprès de vous et de vos chères filles, et je trouve bien du bon avancement en toutes nos petites maisons. Nos Sœurs sont fort aises de nous revoir, car elles sont bonnes.
Voilà nos Coutumiers, je n'ai le loisir d'ajouter ce que je vous dis; je vous prie, envoyez-en une copie à notre Sœur la Supérieure de Marseille, et des Directoires, car il nous faut écrire quantité d'autres choses. Simon veut partir demain de grand matin, de sorte que je ne puis envoyer les Mémoires que vous désiriez pour M. P. Pierre.
Bonsoir, ma très-chère fille; priez pour celle qui vous tient chèrement au milieu de son cœur. Je salue toutes nos Sœurs et, s'il vous plaît, tout à part notre bon M. de Saint-Nizier. Envoyez-nous son attestation. Dieu soit béni éternellement !
Conforme à l'original gardé à l'ésêché d'Annecy.
* Sœur Françoise-Blandine de la Croix, ange d'innocence, qui décéda au premier monastère d'Annecy à fàge de dix-sept ans, le 18 décembre 1G23, après cinq mois de profession. (Année Sainte, XII volume.)
A LA MÊME
Envoi de mémoires pour la rédaction d'une Vie de saint François de Sales.
VIVE -j- JÉSUS !
[Annecy] 26 décembre 1623.
Ma Fille,
Voilà la lettre pour le Père de la Rivière. J'envoie tout au long notre histoire de Saint-Claude au Révérend Père général des Feuillants; ce n'est pas sans répugnance, mais on me l'a commandé. On lui envoie tous les Mémoires pour la vie. Je suis grandement consolée qu'il la fasse. Faites-les tenir bien sûrement et bien prompfement. Bonsoir, ma très-chère fille; tout le monde est couché, et je n'ai pas dit Vêpres. Dieu soit bénil
[P. S.] Vous fermerez ces lettres, s'il vous plaît, et envoyez ces papiers au Révérend Père général des Feuillants. Les lettres du Père général vont droit à Paris. Ressouvenez le Révérend Père provincial de notre Mémoire. Jour de saint Etienne.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE DXI
A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLONAY
SUPÉRIEURE A LYON
Il faut tendre incessamment à la générosité et à la pureté du divin amour. — Documents pour la Vie de saint François de Sales. — Entretenir d'affectueux rapports avec la Supérieure d'Avignon, — Ne pas faire de nouvelles fondations sans avoir pris conseil.
vive -J- Jésus!
Annecy, 9 janvier 1G24.
Ma très-chère fille,
Nous reçûmes seulement hier vos lettres. J'aime certes le cœur de vos chères filles, et les supplie de n'admettre point de tendretés, car les Anges qui aiment tant ne pleurent jamais. Je ne pense pas que la plupart des nôtres d'ici me laissent partir sans pleurer, mais elles sont pourtant bonnes, je dis extrêmement bonnes, douces, simples et amiables. Que voulez-vous, il [les] faut aimer et supporter, car encore suis-je, ce leur semble, plus leur Mère. 0 ma fille, il faudrait avoir la générosité de notre Saint, et, je vous supplie, tendons-y incessamment et à la pureté de ce divin amour.
Nul loisir, ma fille, de faire ce que vous désirez, mais Dieu l'inspirera mieux à ceux qu'il a destinés pour écrire la Vie de cet homme angélique. J'ai bien envoyé au Père général des Feuillants, par le commandement de Mgr l'évêque, comme Dieu me remit entre les mains de notre Bienheureux Père. Tenez j voilà le brouillard que j'en fis, mais renvoyez-le-moi, afin que si on le voulait je n'aie plus la peine de l'écrire. Si je puis, j'écrirai à notre Sœur la Supérieure d'Avignon ; écrivez-lui sou-
vent, et faites qu'elle vous écrive, et la portez à la douceur et patience et à croire ric-à-ric le conseil du Père Maillan. Demandez, je vous prie, une copie de leur Bulle d'établissement et si on ne leur conserve pas le cher petit Office , car il faut être ferme là-dessus. Oh ! Dieu soit béni de tout !
Pour ces deux fondations, certes, ma très-chère fille, je ne vous en puis dire autre chose sinon ce que notre Bienheureux Père me dit, et qui est dans le Coutumier, c'est très-considérable ; néanmoins, ne sachant pas la qualité des villes, ce que je vous puis dire, c'est de consulter avec les Pères et M. de Saint-Nizier, leur remontrant ce que dit le Coutumier. Ils ont connaissance des villes et du secours que les filles pourront avoir. Le conseil qu'ils vous donneront sera solide, suivez-le; mais il en faut avertir Mgr l'archevêque, et disposer tout pour cela. Fortifiez vos filles, car surtout il faut qu'elles soient solides. Je suis bien aise de ce que notre Sœur M. -M. ait rapporté son bon cœur. Faites saluer le Révérend Père provincial et le faites ressouvenir des Mémoires qu'il nous a promis. Nous allons dimanche à Chambéry.
Ma fille, je fais ce que je peux, et vous vous courroucez toujours. Oh ! tenez, voilà le plan où il y a des fautes; mais les maîtres les ajusteront bien. Fermez bien mes lettres et m'aimez bien toujours. J'espère que Dieu nous conservera notre chère Sœur d'Avignon. Dieu soit béni, etc.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE DXII (Inédité)
A LA MÈRE ANNE-CATHERINE DE BEAUMONT
SUPÉRIEURE AU PREMIER MONASTÈRE DE PARIS
La reconnaissance doit faire concéder aux bienfaitrices séculières tout ce qui est aulorisé par la Règle. — Obligation pour une Religieuse de restreindre, autant que possible, ses rapports avec sa famille. — Veiller à ce que la directrice tienne les esprits des novices dans une sainte liberté.
VIVE j JÉSUS !
Annecy, 14 janvier 1624.
Ma très-chère fille,
Il est Vrai, il faut faire tout ce qui se pourra pour la consolation de madame de Villeneuve; j'étais résolue de lui en écrire, et lui avais promis, mais ma mémoire me fait faute souvent. C'est un cœur qui est tellement à nous qu'il mérite, et pour sa vraie bonté, que l'on traite très-franchement et confidemment avec elle. Voyez donc, avec l'avis de M. Blanc et du Père Binet, ce qui se pourra tandis que les filles seront à marier; car c'est ce qui tient empêchée la mère, et l'empêche d'aller chez vous, d'autant qu'elle ne doit plus laisser ses filles que le moins qu'elle pourra sans sa présence. Alontrez-lui votre cœur trèscordial.
Or, je pense bien que lorsque nous fîmes ce contrat, nous ne savions pas les privilèges des fondatrices, et que peutêtre cela empêcha de parler des filles, mais je n'en ai pas claire connaissance. Somme, en telle occasion chacun met dans les contrats ce qu'il veut; mais voyez, comme je vous le dis, ce qui se pourra faire pour sa consolation avec l'avis, car certes elle le mérite, et me semble juste, tandis qu'elles seront filles [de les laisser entrer avec leur mère]; mais de la laisser aller au chapitre, cela est contre la coutume et ne se doit pas. On se donne ' des libertés sous bon prétexte qui méritent retranchement; je voudrais assurément savoir si cela est. Je n'ai su plus tôt vous répondre parce que nous n'avons reçu votre lettre qu'hier, v. 16
Je sais bien ce que vous êtes, et quel est votre bon cœur pour moi; certes, aussi Dieu m'a donnée à vous sans réserve. Je vois que tout y va bien dans ce cœur, et que Dieu le manie à son gré : laissez-vous toujours entre ses mains et tenez votre àme au large, je vous en supplie. Faites aussi, je vous prie, que les filles ne soient point trop contraintes, car je suis étonnée de ce que l'on dit que nous gênons les esprits; par toutes les maisons les filles ont une sainte et innocente liberté, sans aucune contrainte. Il faut prendre garde que les maîtresses donnent cet esprit-là. Je vous réponds courtement, parce que nous sommes sur notre départ pour Cbambéry. Je ne pense pas que M. Route soit votre fait, après l'avoir fort bien considéré; dites-le confidemment au Révérend Père Binet.
Voilà enfin le portrait de notre Bienheureux Père : il est fort bien. Vous en avez un de Dijon. Je salue ma petite Angélique [Lhuillier] , que j'aime de tout mon cœur, et toutes nos Sœurs et les amis; c'est sans loisir.
Dieu soit béni!
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Toulouse.
LETTRE DXIII