A MADAME DE VIGNY
fémoignages d'amitié. — II faut être fidèle à ses exercices de piété et attendre patiemment la visite de Notre-Seigneur.
VIVE y JÉSUS !
[Riom] 8 décembre [1623].
Ma très-chère Soeur ma mie,
Le lemps m'était bien long de savoir votre arrivée à Dijon. Je loue Dieu qui vous y a conduite heureusement. Croyez, ma très-chère Sœur, que j'ai un grand ressentiment de l'affection que vous me portez et de tous ses bons effets, et que votre amitié m'est plus chère que je ne le puis dire. Conservez-lamoi, ma très-chère Sœur, et votre confiance tout entière, je vous en conjure, car elle m'est à consolation, comme je l'ai aussi que vous chérissiez l'amour que je vous porte, duquel je ne vous dis autre chose, sinon qu'en vérité il est au delà de ce que vous en pouvez penser, et que vous serez conservée au milieu de mon cœur comme ma très-chère et très-bonne Sœur que j'aime très-parfaitement.
Tenez votre esprit content dans la volonté de Dieu, je vous en supplie, et avancez doucement en sa sacrée dilection, faisant vos petits exercices fidèlement et attendant patiemment la visite de Notre-Seigneur.
Il me tarde de savoir ce que vous avez fait avec M. votre frère. Dieu, par sa bonté, le dispose afin de vous laisser en paix. — Faites-moi ce bien de saluer de ma part nos bonnes et chères
1 Madame de Vigny, bienfaitrice du monastère de Dijon, était venue
passer quelques mois à Lyon , auprès de la Mère de Blonay ; c'est à son
retour en Bourgogne que sainte Jeanne-Françoise de Chantai lui adressa celte lettre.
amies dont les noms sont en mon cœur, vous les savez toutes. Et nos pauvres Sœurs professes, embrassez-les tendrement de ma part, je vous en prie, ma très-chère Sœur, et la petite cousine Bouhier. Je suis pour jamais et d'une affection entière, ma très-chère Sœur, votre, etc.
LETTRE DVII (Inédite)
A LA MÈRE MARIE-HÉLÈNE DE GHASTELLUX
SIPÉRIKURE A MOULINS
La Sainte annonce son départ de l'Auvergne.
vive ■{■ JÉSUS !
Riom, 8 décembre 1623.
Nous avons employé ici nos quinze jours, ma très-chère fille, Dieu soit glorifié de tout! nous allons nous retirer. Je suis sans aucun loisir; notre chère Sœur [la comtesse] de Dalet vous dira nos nouvelles. Je ne puis écrire au Révérend Père recteur, mais certes je l'honore et révère comme un digne serviteur de Dieu. Il me tarde de savoir de vos nouvelles, ma très-chère fille. Soyez fort courageuse, patiente, supportante, et pleine de douceur. Je salue nos pauvres Sœurs que j'aime tant, et le bon M. de la Coudre1. Voilà [ce] que j'écris à madame de Morville; si Dieu a donné la persévérance à notre bonne Sœur, envoyezlui. Bonsoir, ma très-bonne et très-chère Sœur. Dieu soit béni! Jour de Notre-Dame.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
1 Vénérable prêtre d'Orléans qui, s'étant souvent offert à la sainte Vierge pour la servir à jamais, entendit une voix intérieure lui dire : « Va, et te donne au service de mes filles. » Se laissant conduire à l'esprit qui le poussait, il alla se présenter à la Visitation de Moulins, où il remplit pendant dix-sept ans la charge de confesseur ordinaire avec un admirable dévouement, et mourut en réputation de sainteté.
LETTRE DVIII (Inédite)
A LA MÈRE ANNE-CATHERINE DE BEAUMONT
SUPÉRIEURE AU PREMIER MONASTÈRE DE PARIS
Succès du voyage de Moulins. — Communiquer volontiers ce qui est de l'Institut aux autres Ordres pour leur utilité. — Il ne faut pas, sans de graves raisons, recevoir des prétendantes à l'insu de leurs parents. — L'esprit gêné et contraint n'est nullement l'esprit de Visitation.
VIVE f JÉSUS !
Lyon, 14 décembre 1623.
Nous sommes partie de Moulins avec assez de consolation, grâce à Dieu, espérant que sa divine Bonté sera glorifiée. J'ai prié ma Sœur la Supérieure de Moulins de vous écrire l'affaire tout au long. Je ne désapprouve pas l'action de notre Sœur N***j toutefois, nous sommes disposée, s'il le faut faire. La crainte que l'évêque ne donne une autre Supérieure, [proposant] des Sœurs qui n'auraient pas les années de Religion, n'est pas recevable, ce me semble, ma très-chère fille, et toujours il est probable que celle qui aura fait l'établissement sera continuée, ou au moins on élirait quelqu'une des Religieuses qui y auraient été employées. Je pense qu'il n'y a pas de danger de laisser faire [plusieurs mots illisibles].
Ma très-chère fille, la charité se communique volontiers; prêtez hardiment nos Règles et ce qui est de l'Institut, pour l'utilité des autres Religions [Ordres], pourvu qu'ils soient discrets. Prenez le conseil du Révérend Père Binet pour la réception de ces filles qui veulent entrer à l'insu de leurs parents : cela se peut, mais il y a quelquefois des occasions qui doivent être considérées. De même, prenez avis pour M. N. : ce prélat est bon, mais il a certaines maximes qui ne sont pas goûtées de tous.
Oui, les novices portent leur mortification tout le jour ex-
cepté aux Offices, et celles qui ont rompu quelque chose aussi ; mais peut-être que je l'ai considéré sévère pour l'été; cela est de peu d'importance. - — Mon Dieu, que je suis consolée de la vertu de notre pauvre Sœur M. -Dorothée [de Monsors] ! Je la salue amoureusement, comme au contraire la petite N*** me fait grande pitié; vous la donnez à un hon maître que le Révérend Père Binet. Dieu par sa bonté lui donne lumière ! — Il sera bon d'écrire une fois l'année à Mgr de Genève, ou deux au plus, un peu de vos nouvelles.
Notre Sœur N*** a toujours son grand cœur et veut que je l'aime et estime bien fort; c'est pourquoi elle doit être fort tranquille de l'opinion que vous m'écrivez ses défauts, qu'au reste vous faites parfaitement votre charge : je lui vais mander que ses résolutions ne tendent pas aux petites pratiques, sans lesquelles on ne peut parvenir aux grandes vertus.
Vous aurez su ce qui s'est passé à Moulins et à Riom où enfin la fondation s'est faite, grâce à Dieu, et j'espère que notre Sœur [Marie-Aimée] demeurera en paix à Moulins; de la recevoir à Paris, il s'en faut bien garder. — Je suis étonnée de ce que l'on dit à Paris, que nos Sœurs ont l'esprit gêné : une seule de toutes nos autres maisons n'a cette réputation, ni le fait aussi. N'a-t-on rien ajouté au Directoire spirituel? conférez-le au moins, et vous le verrez; puis les avis qui sont à notre Coutumier montrent comme il en faut user; faites voir le tout au Révérend Père Binet, le tout, si vous le trouvez à propos, je laisse cela à votre jugement et à son loisir; je lui écrirai un mot en allant, ici je n'ai le loisir. Je vous prie, ma très-chère fille, priez notre Sœur de Villeneuve, ou autre de vos amies, de nous vendre cette enseigne; mais si vous n'en tirez au moins trois cents écus, ne la donnez pas que vous ne m'en ayez avertie.
Bonjour, ma très-chère fille, c'est sans loisir, afin de la donner à M. de Blamiens qui la vous remettra. Dieu soit béni!
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Toulouse.