‹ Lettres (volume 3)Chapitre 265 sur 351 · LETTRE DXIV · texte numérisé non relu

LETTRE DXIV

A MONSIEUR MICHEL FAVRE

CONFESSEUR DES RELIGIEUSES DE L.1 VISITATION' d' ANNECY

Quelques détails sur la nouvelle fondation.

vive -J- JÉSUS !

[Chambéry, 1624.]

Mon cher Père,

Dieu vous bénisse de ses très-douces et saintes consolations. Je vous remercie des papiers que vous m'avez envoyés pour nos Sœurs d'Avignon; elles les recevront et votre lettre dans peu de jours.

Notre petit ménage croît tout bellement; nous avons deux fort honnêtes filles qui voudraient déjà être dedans, mais leurs mères s'opposent fermement, dont leur ferveur croît. Il y en a aussi deux jeunes de douze ans qui font merveille en leurs petites ardeurs; c'est la petite de M. d'Aiguebelette et de M. de Rohan ; prou d'autres encore, mais qui sont plus éloignées. Voilà nos nouvelles; si vous me faites part des vôtres et de celles de nos Sœurs et du noviciat, j'en serai bien aise.

Pour AI. Pernet, je lui ai écrit suivant ce que Mgr l'évêque me dit. Le bon M. Maurice est passionné et tout cordial à nous assister. Je serai bien aise que nos Sœurs montrent grande confiance au bon Père Jésuite.

Bonsoir, mon très-cher Père, je suis toute vôtre en Xotre- Seigneur. Qu'il soit béni !

Conforme à l'original gardé aui Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE DXV (Inédite) A LA SOEUR MARIE-AIMÉE DE MORVILLE

A MOULINS

Humble aveu de la Sainte; sa maternelle et prudente condescendance. — Tendres reproches et alfectueux appel à une vie plus exemplaire.

vive -\- JÉSUS !

[Cliambéry, 1624]

Ma très-chère fille,

J'avais répondu aux lettres de M. de Palierne et aux vôtres, et ne leur donnai pas mon adresse ordinaire ; ains je priai notre Sœur de Lyon de les envoyer par autre voie, car M. de Palierne me l'avait écrit. Il y a environ quinze jours qu'elles me revinrent aux mains, et je les jetai parmi quantité d'autres, parce qu'elles n'étaient plus de saison. Voilà une vérité, en voici une autre : soit, que mes lettres dernières n'ont point de date, vous le dites et je le crois; mais croyez aussi, ma trèschère fille, que c'est par pur oubli, car je vous proteste que je n'y ai entendu aucune finesse, et je vous les écrivis tout de bon. Vrai encore que je n'ai écrit ni à Mgr l'évêque d'Autun, ni à M. Tachon ; et plût à Dieu que je me fusse trouvée là tandis qu'ils y étaient !

0 ma fille ! et où est votre esprit et où sont tant de saintes inspirations ? où vos vœux? où les respects de votre vocation? Ma fille, ma très-chère fille, oh Dieu ! se faut-il ainsi abandonner à ses passions? Hélas! vous dites que je vous ai abandonnée, vous voyez parla vérité que je vous ai dite s'il est ainsi. Et puis, estimez-vous que je vous abandonne, quand je vous remontre doucement et maternellement? que voulez-vous que je fasse ? que je vous concède des choses que je ne dois, ni ne puis; car que diraient les Supérieurs ? et puis, ne dois-je pas tenir la balance juste ? Je vous ai priée de vous contenter de la libre possession de vos privilèges, et de nous mander franchement si

l'on vous y troublait; car cela vous étant promis, on ne veut ni ne doit vous y contrarier en façon quelconque. Mais au reste, ma très-chère fille, de vouloir au delà, certes, ce serait trop. Encore faut-il que vous considériez la condition et le lieu où vous êtes; carde vouloir écrire et recevoir des lettres sans distinction et sans être vues, demeurer quasi à l'ordinaire dans un parloir, n'avoir pas la simplicité de l'habit, du parler, ni de l'action religieuse, qu'est-ce que tout cela, ma très-chère fille, sinon vous dissiper entièrement? Certes, il ne fallait pas faire des vœux de Religion en une telle compagnie, pour puis vouloir vivre à la séculière. Pardonnez-moi, ma très-chère fille, je vous parle peut-être trop librement pour la disposition où vous êtes; mais ma conscience me nécessite, et certes l'amour que je porte à votre chère âme me presse bien d'un fort désir de vous voir retourner à votre résolution, que nous fîmes étant à Moulins; et quand je vois vos privilèges, je suis étonnée que vous désiriez quelque chose au-dess\is de cela. Contenlez-vousen donc, ma très-chère fille, je vous en supplie et conjure au nom de notre bon Dieu. Que si vous le faites, assurez-vous que nos Sœurs vous rendront toutes sortes de devoirs, et la Supérieure ne prétendra jamais de vous vouloir assujettir comme une autre Sœur; car cela serait déraisonnable, puisqu'on vous a concédé des privilèges contraires.

Sans la fondation de Chambéry, nous serions allée passer l'hiver auprès de vous, et j'ai confiance que vous m'eussiez vue de bon cœur, car Dieu sait que j'ai un véritable désir et affection de votre consolation, et que de tout mon pouvoir je voudrais vous servir. Que s'il vous plaît de venir vers nous, vous en recevrez des témoignages certains, et je vous en conjure. Que si vous ne voulez pas, vous savez que vous avez liberté d'aller à Nevers; ou bien nous irons là au printemps, s'il plaît à Dieu; et cependant, tâchez de demeurer en paix, et alors vous connaîtrez combien je désire votre vrai bien et la sincère affection que mon

âme a pour la vôtre. Que si tous ces moyens ne vous agréent pas et que vous vouliez vous retirer d'avec nous (ce qui me fâcherait fort), il sera raisonnable de vous rendre ce que vous avez donné. Mais, ma très-chère fille, si vous me croyez, vous aurez bien d'autres pensées, etj'espère que Dieu vous inspirera, ainsi que j'en supplie sa Bonté de toutes les affections de mon âme, avec lesquelles je vous embrasse et chéris en Notre-Seigneur très-sincèrement; et en cette volonté je demeure toujours toute vôtre en Notre-Seigneur. Qu'il soit béni !

Conforme à une copie gardée aux Archives de la Visifation d'Annecy.

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