LETTRE DXVI
A LA MÈRE PAULE-JÉRONYME DE MONTHOUX
SUPÉRIEURE A NEVERS
Souffrir patiemment les sécheresses. — Ne pas s'attacher à son propre jugement. — L'humilité attire les grâces de Dieu.
VIVE -j- JÉSUS.'
[Chambéry], 29 janvier [1624].
Ma trés-bonme et chère fille,
Vous pouvez toujours fort librement m'écrire ce que le cœur vous dictera, et je m'essayerai de correspondre toujours à votre chère confiance filiale, autant qu'il nie sera possible et très-cordialement, car je vous assure que vous êtes bien ma très-chère fille.
Je vois que votre esprit a peine de s'appliquer à l'oraison, ne le forcez point; souffrez doucement ces sécheresses et distractions; elles ne font point de mauvais effets, puisque votre esprit n'en est ni inquiet ni chagrin. Contentez-vous de cela, et que vous marchiezavec le soin de pratiquer la vertu fidèlement, selon les occasions que la très-adorable Providence vous en présentera. Surtout, ma très-chère fille, mortifiez cette inclination de vouloir être
crue en vos sentiments et conseils, et tâchez de ne point réfléchir sur le passé ; mais, aux vues qui vous arrivent des manquements que vous y avez faits et que vous faites encore, humiliezvous fort, car c'est la vraie vertu qui attire les divines et trèsnécessaires grâces de notre bon Dieu. Tâchez aussi d'adoucir votre âme, vos paroles et vos actions autant qu'il vous sera possible, vous rendant suave, supportant le prochain, et bonne, tant qu'il vous sera possible : voilà ce que Dieu veut de vous. Sa Bonté nous fasse la grâce de le servir en cette vie selon son bon plaisir, et de le louer éternellement en sa gloire. Ma toute très-chère fille, je vous conjure d'invoquer souvent la divine Miséricorde sur moi, et que nos bonnes Sœurs me fassent celte charité, je vous en supplie de tout mon cœur, qui est entièrement vôtre en Noire-Seigneur; qu'il soit béni.
La Règle qui donne liberté aux Sœurs de quelque pénitence pour la nécessité, avec conseil, la donne aussi à la Supérieure ; mais l'esprit de notre Bienheureux Père aimait singulièrement la suite de la communauté.
Conforme à une copie gardée à la Visitation du Mans.
LETTRE DXVII (Inédite)
A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE
SUPÉRIEURE A DIJOV
Invitation rie se rendre à Annecy pour le service et l'utilité de la Congrégation.
vive -j- JÉSUS.'
[ChambéVy, 1624.]
Ma bonne et très-chère fille,
Je vous ai écrit amplement, et envoyé des lettres de M. le président pour Mgr de Langres, et des miennes pour préparer votre retraite; nous attendons voire réponse, afin que, selon cela, nous prenions le jour de voire départ; car il faut que vous
ne précipitiez rien, et aussi que nous nous accommodions à la commodité de nos Sœurs les Supérieures de Grenoble et Lyon que je désire voir avec vous à Nessy pour ma consolation, et encore pour l'utilité de notre Congrégation, si au moins il se peut comme je l'espère de la bonté de Dieu. Oh Dieu i quelle douce consolation à mon âme de revoir ma très-chère grande fille, avec ses deux premières compagnes de Lyon, et un peu à loisir ! Je pense qu'encore que vous ameniez notre Sœur M. -Marguerite [Milletot], il ne faudra pas laisser d'amener notre Sœur M. -Elisabeth [Sauzion] et la laisser à Lyon; car je craindrais que la maison de Dijon ne fût trop chargée, d'autant que la Supérieure qui ira, mènera une compagne, et nous en avons ici prou ; je le dis à la Mère de Lyon que vous l'y laisseriez en passant, ou du moins qu'elle la ramènerait, car j'espère que vous nous la ramènerez, celte petite Mère. M. votre père se porte fort bien, à ce que m'assure M. le prieur. II y a apparence d'une grande moisson ici et de bons sujets. Je salue, mais de tout mon cœur très-humblement, votre bon Mgr de Langres, le cher cousin et nos pauvres Sœurs, et le cœur de ma chère grande fille, oui, chère fille surtout.
Dieu soit béni!
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Chambéry.
LETTRE DXVIII (Inédite)
A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLONAY
SUPÉRIEURE A LYON
Choix d'un confesseur pour la Visitation de Chambéry. — Conseils pour la Supérieure d'Avignon. — Désir de réunir les premières Mères de l'Ordre, pour mettre la dernière main au Coutumier.
vive f JÉSUS !
[Chambéry] 7 février [1624].
Dieu soit béni! Ma très-chère fille, je serais bien un peu mortifiée si mes lettres du commencement de janvier étaient
perdues; car il y en avait une fort grande pour le Père de la Rivière. Je crois que vous aurez reçu celle que je vous écrivis partant de Nessy, et encore celle d'ici avec le plan; de tout il faut se résigner. — Mais vous ne me dites point, ma très-chère fille, si vous avez reçu l'argent de madame de Vigny. J'attends de le savoir pour lui en faire les remercîments. — Croyez que je suis mortifiée avec vous de la mortification du bon M. Pernet, Mgr de Genève me dit tout à fait que nous ne le prissions pas, qu'encore qu'il soit bon, il ne serait propre pour nous ; mais je ne lui ai osé dire si ouvertement. Dieu nous a pourvues ici d'un très-homme de bien ', curé de cette paroisse, qui tient à grand honneur et consolation de nous confesser, et dire ou faire dire notre messe à point nommé, et cela par pure charité. C'est un trait de la douce Providence de Dieu. Notre Bienheureux Père l'aimait fort, et Monseigneur d'aujourd'hui nous le conseilla.
Je lui réponds ce que je puis de cette fondation de Màcon.
Croyez-le, certes, ma très-chère fille, je pense que je les lairrai
aire, sans m'en plus mêler. Ces difficultés me font tant plus
de dégoût des conditions que cette bonne dame nous demande.
Je crois que vous aurez reçu celle que j'ai écrite à notre Sœur la Supérieure d'Avignon. Il m'est venu en pensée que peut-être la difficulté qu'elle fait de recevoir cette principale femme qui est là, pourrait retarder Mgr l'archevêque à les établir; car, si j'ai bonne mémoire, il me semble que le frère ou parent de cette femme a grand crédit vers Mgr l'archevêque, et vous savez que l'on peut faire jouer tels ressorts. Or enfin, nous ne saurions faillir en cette affaire, tandis que l'on se gou-
1 « Le bon M. Maurice Maupéau, ecclésiastique que notre Bienheureux Père aimait fort pour sa grande vertu et piété et pour l'affection qu'il portait à la Visitation, quitta sa cure, qui était d'un très-bon revenu, afin d'avoir plus de loisir pour être confesseur de nos chères Sœurs et les servir plus facilement. »
(Histoire inédite de la fondation de Chambêry.)
ANXÉE 1624. 251
vernera par le conseil du Père Maillan, auquel \ous devez demander ce que vous devez [faire], et nos Sœurs doivent patienter, puisqu'elles font leurs exercices.
Si notre lettre au Père de la Rivière est perdue, je vous supplie, ma très-chère fille, de lui envoyer une copie de l'écrit comme Dieu me remit entre les mains de notre Bienheureux Père. Je salue très-chèrement le Révérend Père provincial et le bon M. de Saint-Xizier, et nos pauvres Sœurs que j'aime de tout mon cœur. Dieu soit béni!
[P. S.] Faites tenir nos lettres sûrement et promptement, et les fermez sans en point oublier. J'attends toujours votre grande lettre que vous me promettez, Nous ferons venir ici la Mère de Dijon. Je désire entièrement qu'elle vous prenne en passant, car j'ai jugé nécessaire que nous conférions ensemble. Je mènerai aussi la Mère de Grenoble. Il me semble que cela serait de grande utilité et que cette assemblée se fit à Annecy . J'en prévois mille biens ; assentez-le [obtenez le consentement] de M. deSaint-Nizier, car ce ne sera que pour peu de semaines, et le recommandez à Dieu.
[Veuillez me dire] si mes lettres du premier de l'an sont parvenues.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE DXIX (Inédite)
A LA MÈRE MARIE-HÉLÈNE DE CHASTELLUX
SUPÉRIEURE S MOULINS
Il n'est rien qu'on ne doive souffrir pour sauver une âme et conserver la paix. — Aimer le mépris et se reposer en Dieu.
vive — jésus!
[Chambéry], 7 février [1624].
Que voulez-vous, ma très-chère fille, il faut prendre d'un méchant payeur ce que l'on en peut avoir. Ne faites point sem-
blant de ces petits manquements de paroles qui ne tirent pas conséquence. J'estime beaucoup qu'elle conserve le désir de nous venir trouver, et qu'elle ait quelquefois de si vifs et pénétrants remords de conscience, comme elle me témoigne par sa dernière lettre. Confortez-la le plus cordialement que vous pourrez et la supportez suavement. J'espère que Dieu nous aidera si elle vient, comme elle me promet et témoigne le désirer passionnément.
Elle se doute que madame de Morville nous écrit et nous à elle; cela la tient en grande peine; ne lui témoignez pas de le savoir, ni rien de ce que je vous dis; mais voyez si vous lui pourrez dire quelque chose de cela pour sa consolation. Il faut un peu tolérer les menées de ce bon homme, et patienter jusques à ce que l'on voie si elle exécutera son dessein de venir; car ce remède guérirait tout. Enfin, pour sauver une âme et avoir la paix, qu'est-ce qu'il ne faut pas souffrir et patienter ?
Payez, je vous prie, généreusement les salières d'argent. Si Dieu l'amène à nous , on pourra reprendre sur sa pension quelque chose; car, pourvu que nous tirions ce qui sera requis justement, vous pourrez réparer du reste les frais qui se sont faits. Bref, ma très-chère fille, traitez si noblement avec elle qu'elle n'ait aucune juste prise sur vous. Il faut que mademoiselle de Morville fasse moyen de retirer la nièce; mais de la retirer à Paris et non à Moulins, s'il se peut. Vous faites trèsbien de ne pas faire semblant de toutes ses dépenses; cela ne durera pas, Dieu aidant, et sa bonté vous bénira, n'en doutez point; ayez en elle une entière confiance; ne soyez point en souci de vos indemnités, je vous en prie, tout sera rompu assurément.
Oui, ma très-chère fille, il faut aimer le mépris et l'embrasser chèrement partout où il nous sera [présenté]; il ne le faut pas mépriser, mais le chérir et caresser, sans s'amuser à le regarder; tenez toujours vos yeux fichés en Dieu, parmi toutes
sortes de peines et difficultés; ne laissez point charger votre esprit de craintes, de soins ni d'appréhensions, ni même de sollicitudes; faites ce que vous pourrez doucement, et gardez invariablement votre paix. Dieu accourra à votre secours, si vous vous reposez en Lui de toutes choses et tenez vos yeux fichés sur sa Bonté; c'est ce que je vous désire et à toutes nos chères Sœurs que je salue de tout mon cœur.
Nous sommes ici à Chambéry dès trois semaines; nous avons reçu trois fort bonnes filles. Dieu soit béni qui m'a rendue tout entièrement vôtre, ma très-bonne et très-chère fille.
[P. S.] Pour chose quelconque n'ébranlez point votre paix, mais faisant ce que vous pourrez, confiez-vous en Dieu. Il conduira le tout à votre profit.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.