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LETTRE XXVI

A LA MÊME

Avis relatif aux constructions et aux provisions. — Haute estime de la direction de son Bienheureux Père. — Approbation d'un changement d'emploi et autres détails. — Désir d'avoir un recueil des Entretiens.

vive f JÉSUS !

Lyon, 28 avril 1615.

Mais comment vous écrire, ma très-chère et bien-aimée Sœur, puisque voilà que l'on vient de demander les lettres? Je ne puis relire les trois vôtres, auxquelles je répondrai à la première occasion; il me souvient pourtant que vous me demandiez si l'on fera des greniers sur l'église. Si cela n'accroît guère la dépense , il ne sera que bon , puisque l'on ne saurait avoir trop de vide en telle maison ; mais pour couvrir les parloirs du même toit de l'église et de notre chœur, je ne sais si ce sera à propos; je trouverais les pentes difformes, [sans compter] le jour qu'on perdrait pour notre chœur; mais je m'en rapporte à ceux qui entendent mieux cela que moi. M. de la Roche2,

une hôtellerie, appréciait beaucoup cette aine naïve, d'une foi et d'une énergie peu communes. « Que ma Sœur Anne-Jacqueline ne croie pas que » je puisse la mettre en oubli, écrivait-il un jour; ah ! non, vraiment, elle » est trop ma fille et la favorite de mon bon Ange. »

1 Sœur M. -M. Milletot, que la Sainte nommait ainsi par affection.

2 Gouverneur du château d'Annecy, père de la Sœur Claude-Agnès Joly de la Roche.

M. Flocard ' en pourront dire leur avis, après celui de mon

très-honoré et très-cher Seigneur.

Quant aux pots ou autres instruments pour faire résonner les voix, ce n'est pas trop mon sentiment, sinon qu'il fût bien approuvé de Monseigneur.

Ma très-chère amie, je vais tous les jours plus découvrant l'incomparable grâce que Notre-Seigneur nous a faite de nous avoir rangées, soumises et remises à ce trésor de sainteté, mon très-digne , très-unique et très-aimé Père. Je vous prie, ne cessons jamais d'en remercier, louer et aimer cette souveraine bonté. Oh! quelle gràee! Dieu nous en fasse jouir longuement et saintement! Vrai Dieu, ma mie! comme je la ressens et l'estime ! mais aussi comme je chéris ce Seigneur ! qui le comprendra?

Quant au vin, si la nécessité le requiert , il en faut acheter, sinon, comme je ne le pense pas, il faudra attendre le nouveau, qui, à mon avis, coûtera toujours moins, et il sera bien à propos de traiter avec les frères de la bonne Sœur Françoise- Gabrielle [Bally], doucement, et de faire les modérations que leur pouvoir et bon naturel désireront, plutôt que de traiter exactement.

Certes, ma mie, je suis bien touchée de ces deux petites et tant chères filles qui ont ainsi tant d'incommodités; il faudra bien en avoir du soin, et faire tout ce qui se pourra pour leur soulagement.

Vous avez bien fait de retirer cette pauvre infirme du tracas de la sacristie, encore que ce soit une charge qui ne doit guère peser à l'assistante, la sacristine devant avoir un amour si soigneux et diligent, que son aide lui doit être quasi inutile, sinon autour des grandes fêtes; mais, hélas! cette chère sacristine, puisque nous parlons d'elle, il la faut un peu saluer tout à

1 Président au conseil du Genevois à Annecy. Saint François de Sales l'aimait spécialement.

part, car je l'aime bien. Si elle savait le désir que mon cœur a de voir le sien rempli de douceur, affabilité et humilité, elle ferait, je m'en assure, beaucoup de pratiques de ces saintes vertus afin de me donner consolation, car elle est grandement de mes amies.

Ne vous peinez pas pour faire ces recueils ' ; ils me seraient Irès-utiles et agréables, mais je vous vois tant occupée que je vous plains; ni ne pressez non plus mon très-cher tout bon Père de faire l'entretien, puisqu'il est tant accablé et que ce livre le presse si fort 2.

Hélas ! mon enfant, vous avez là un portrait muet, et je suis ici une idole morte; vous êtes bonne d'aimer tout cela. Faites par vos prières que mon Dieu me rende digne de vos chères amitiés, que je chéris précieusement.

De vrai, l'ardent amour de votre cœur me tire comme à vous la larme des yeux. Eh! Seigneur, faites que nous vous aimions parfaitement, et nous en vous, uniquement.

Nous avons eu plus de loisir que je ne pensais, mais il ne faut pas abuser de la courtoisie de cet honnête garçon qui est venu prendre mes lettres; je finis donc en vous saluant toutes, mes très-chères et bien-aimées Sœurs, mais d'une affection la plus sincère et cordiale qu'il m'est possible , suppliant la divine bonté répandre sur vos cœurs l'abondance de ses suavités et grâces, afin que nos vertus soient des vertus véritables, cordiales, solides et constantes.

Adieu, mes très-chères Sœurs; je vous embrasse toutes trèsamoureusement. Je vais vous écrire tous les jours que j'en aurai le loisir, car j'y ai une grande consolation et à recevoir de vos lettres. Et vous, ma très-chère Sœur ma mie , je vous embrasse tout particulièrement, et suis d'une affection vraie et entière toute vôtre en Jésus.

1 Recueil des Entretiens et Instructions de saint François de Sales.

2 Le Traité de V Amour de Dieu, qui fut imprimé l'année suivante, 1610.

Mille saluts à tous nos amis et amies, et tout à part à M. Michel, mon cher fils.

Vive Jésus! qu'il soit béni à jamais!

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy,

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