LETTRE XXV
A LA SOEUR JEANNE-CHARLOTTE DE RRÉGHARD
ASSISTANTE ET MAITRESSE DES NOVICES A AXXECV
La Sainte désire voir ses filles progresser dans l'amour divin et la perfection des vertus. — Détails de construction.
vive -j- jésus!
Lyon , 14 avril 1615.
Enfin , il n'est pas croyable combien j'aime tendrement et fortement le cœur de celte pauvre Jeanne-Charlotte; mais vous êtes faite d'une sorte que si j'en disais davantage, vos yeux en verseraient des larmes. Eh! mon doux Sauveur, faites que toutes ces chères affections que j'ai pour cette fille et pour toutes ses chères Sœurs soient conservées dans le sein de votre paternelle dilection ! que ces cœurs que vous avez assemblés soient des lis en pureté, afin, mon Dieu, que vous y preniez vos délices, et qu'aidées de votre divine présence, nous puissions toutes ensemble, et tous les moments de notre vie, vous offrir les sacrés parfums d'une sainte humilité , mortification et parfaite obéissance.
Ma très-chère bien aimée Sœur, voire, toutes mes chères Sœurs, puisque je vois l'impossibilité de vous pouvoir écrire particulièrement, comme en vérité je le désire, je l'avais résolu et m'y sens obligée, excusez-moi donc et recevez le salut très-cordial que vous offre votre pauvre très-indigne Mère, laquelle en vraie vérité vous chérit, aime et honore plus que maternelle-
ment, et vous conjure de persévérer saintement, voire, de croître tant qu'il vous sera possible au très-saint amour de Celui qui nous a aimés jusqu'à donner sa propre vie afin que nous l'aimions. 0 Sauveur I faites-nous un peu goûter quelque chose de cette tant profonde et incompréhensible charité, et si nous faites vivre et mourir en elle, pour elle et par elle, que nous serions heureuses !
Vous m'excuserez donc, mes très-chères Sœurs, pour cette fois; et ne laissez de me consoler toujours de vos lettres, car certes elles me sont fort chères et agréables, vous n'en doutez pas, je m'en assure. Redoublez un peu vos prières à ces grands jours pour nous autres et pour ce petit dessein.
Or sus, que dirons-nous, nous deux? Il faut revoir vos lettres. Non, ne vous peinez pas pour les Règles de la directrice, c'est une trop forte besogne pour vous maintenant, et puis nous avons ici la même traduction que celle de AI. Michel. — Ne vous mettez point en peine, ma mie, de notre santé d'ici. Je me trouve bien forte, Dieu merci, et vous êtes en partie cause de quoi je n'écrirai pas davantage, parce qu'il approche midi , et il faut dîner afin d'être prête pour voir Algr de Lyon ' qui viendra tantôt. Sa venue , Dieu aidant, raccourcira ma demeure ici, car je m'en vais bandera faire tout ce qui est nécessaire pour l'établissement de cette maison.
Mon très-cher Seigneur vous dira toutes nos nouvelles , et vous continuerez à baiser sa chère bénite main que j'aime tant, toutes les fois qu'il ira chez vous. Hélas! qu'est-ce qu'il y a au monde de comparable à ce tant digne Père? Vous êtes bien-
1 Denys de Marquemont, archevêque de Lyon, suscita bien des embarras à rinstilut naissant , par les changements qu'il voulait y introduire. Saint François de Sales, avec sa bénignité accoutumée, sacrifia ses plus chères intentions, telles que la visite des pauvres, le titre de simple Congrégation, mais il tint ferme en ce qui concernait le but essentiel qu'il s'était proposé, celui de faciliter la réception des personnes faibles et âgées.
Mi LETTRES DE SAINTE CHAXTAL.
heureuse de le voir de vos yeux, et je me console en ce bonheur, attendant que j'en jouisse moi-même. Je lui écris une petite raillerie; car j'étais en joie en finissant ma lettre. Il faut finir, l'heure me presse.
Il est vrai qu'il y a de la peine d'entretenir le bon AI. Mingon, mais il est si nécessaire que vous le saurez bien faire; que si je puis, je lui écrirai un mot. Il est très-nécessaire d'amasser les matériaux qu'il faut, avant les œuvres, et de pourvoir au tout pour les voûtes. Je suis bien aise de quoi le fonds est encore bon pour les bâtiments.
Quand bien l'on s'accorderait avec M. le Fiscal, il ne faudrait pas toucher à cela; cela s'entend si mon très-cher Seigneur ne le commandait.
M. Coulon me tient en tutelle, je n'ai point encore reçu l'argent de ce côté-là , ni les mémoires. Pour le coup ! des dentelles à Françoise. Je vous ai déjà mandé que nous en avions envoyé il y a longtemps !. .. Les laines que vous aviez encore demandées pour ma fille de Thorens, si elles sont perdues, renvoyez un autre mémoire.
Je suis fort aise de savoir que notre église s'avance. Je salue nos pauvres ouvriers et tous nos amis et amies, spécialement notre M. Michel, mon bon fils; le Père dom Simplicien, je lui écrirai une autre fois; le Père Blanc '. Faites mes honneurs et mes excuses partout. — Adieu, ma mie ma très-chère et bienaimée Sœur; mille saluts encore à toutes ces chères pauvres filles. Le doux Jésus soit l'honneur , l'amour et le cœur de votre cœur! Amen.
Un mot à part à ma vieille Sœur Anne-Jacqueline [Coste ']. Je l'aime de tout mon cœur.
1 Dominicain d'Annecy, ami de saint François de Sales.
2 Anne-Jacqueline Coste fut la première Sœur tourière de la Visitation. Ainsi qu'on le verra, elle était fort aimée de sa B. Fondatrice. Saint François de Sales , qui l'avait connue à Genève lorsqu'elle servait dans
Un salut tout à part à ma chère Agnès [Joly de la Roche], à la pauvre grosse ', à ma petite Marie-Avoye et à la bonne Sœur Marie-Madeleine [de Mouxy] ; je leur écrirai sans faillir. Dieu soit béni à jamais! Amen.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.