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LETTRE DXXIV

A LA MÈRE MARIE- AIMÉE DE BLONAY

SUPÉRIEURE A LYOM

La Sainte s'excuse d'écrire quelques notes sur ses rapports avec son Bienheureux Père. — Précieuse mort de la Supérieure d'Avignon.

VIVE -J- JÉSUS

[Chambéry] 22 février [1624].

Ma très-chère fille,

Nous avons enGn reçu votre paquet où était la lettre du Révérend Père provincial. Dieu me veuille délivrer de l'orgueil qui me donne tant d'aversion à faire ce qu'il me dit. Il me fâche fort de faire voir ce que je suis en comparaison de ce que l'on en pense, puisqu'on veut que je l'écrive. Seigneur Jésus! ma très-chère fille, que suis-je et quelles sont mes actions pour donner de telles pensées? Si Dieu me donne le loisir, je le ferai, si mes raisons représentées ne sont reçues.

Je ne sais d'où procède que vos lettres me sont si tard rendues; faites-y mettre ordre, si vous le jugez utile. Notre Sœur la Supérieure de Grenoble m'a dit le décès de notre pauvre Sœur d'Avignon1, et la grande vertu que celte sainte àme a té-

1 La Mère Marie-Claire de la Balme, professe de Lyon, courut avec tant de générosité à l'odeur des parfums du céleste Epoux, que, selon la parole de nos Livres sacrés , en peu d'années elle fournit une longue car-

moignée à son passage. Je ne puis douter qu'elle ne jouisse de celte souveraine Bonté qui l'avait tant favorisée. Il me tarde de savoir comme tout cela ira et que deviendront ces pauvres chères filles. — Il faut adresser le paquet d'Auvergne à notre Sœur de Riom. Ma très-chère fille, dites-moi si nous ne pouvons pas avoir le bien de vous voir à Nessy et quand il sera le plus facile.

Mon Dieu ! et madame Daloz ne payera-t-elle point? Le terme de payer cette maison [de Chambéry] s'approche, et je ne sais avec quoi. Ma fille, obligez-nous de la faire presser, et faites observer ce que dit la Règle; mais, je vous en prie et conjure, ma très-chère fille, notre nécessité nous presse pour payer cette maison. — Bonsoir, ma très-chère fille. C'est un plaisir de voir l'empressement de la bonne Sœur de Grenoble qui est ici venue pour les affaires de leur monastère, car elle est au bout de ses six ans [de supériorité]; or, nous vous verrons et en parlerons ensemble, je le désire, ma très-chère fille. Dieu soit béni! Je salue nos Sœurs et votre chère âme.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

rière. « Cette âme angélique et de délices aux Anges (est-il dit dans les anciens Mémoires) arriva à la plus haute perfection par la pratique de la maxime de notre Vénérable Fondateur, qu'elle avait précieusement recueillie de sa bouche : Ne rien désirer, ne rien refuser. » Elle y trouva l'instrument d'un mystérieux martyre, le secret de cette immolation constante qui seule peut transformer la créature et lui permettre de s'écrier : Ce ri est plus moi qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi. Les croix de tous genres qui accueillirent la Mère Marie-Claire à la fondation d'Avignon, où elle fut envoyée en 1623, achevèrent en elle l'œuvre divine; aussi le Seigneur se hâta de moissonner cette belle âme, mûrie au soleil de la tribulation. Vers la fin de janvier 1624, elle allait continuer au milieu des joies de la patrie le cantique virginal entonné dans les ombres de l'exil. Un reflet des splendeurs célestes se répandit sur sa dépouille mortelle, qui non-seulement demeura longtemps sans corruption , mais encore « était odorante à merveille ; les membres restèrent flexibles, les lèvres vermeilles, le visage béatifique ». Plus de dix mille personnes vinrent lui baiser les pieds en glorifiant Dieu, toujours admirable dans ses Saints. (Vies de IX Religieuses de la Visitation, par la Mère de Chaugy.)

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