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LETTRE DXXIII

A LA MÈRE JEANNE-CHARLOTTE DE BRÉCHARD

SUPÉRIEURE A moM

La prière, la douceur et le bon exemple profitent plus que la "sévérité. — Ou demande une fondation à Brioude. — Respect envers le confesseur.

VIVE f JÉSUS !

fChambéry], 18 février 1624.

Vous avez bien raison, ma pauvre très-chère Sœur, de res-sentir plus l'imperfection de nos Sœurs que toutes vos autres peines ; certes, tout est doux aux âmes religieuses, pourvu que le soin de plaire à Dieu par une exacte obéissance vive et règne au monastère , car toujours la divine Bonté a soin de telles âmes. Je leur écrirai ce que Dieu me donnera, et je Le supplie de parler Lui-même à leurs cœurs. Je pense, ma très-chère Sœur, qu'en les reprenant il ne faut pas que vous vous montriez sensible, car la douceur, les prières, le bon exemple, et surtout la sainte oraison, profiteront plus que la sévérité; on s'accoutume à ce bruit- là comme les enfants au fouet. Or, je sais que toutes ont bonne volonté. Je ne redoute que cette pauvre Sœur M. Dieu la veuille toucher, s'il lui plaît. On connaît les gens à l'œuvre; vous pourriez donc employer notre Sœur M. -S. au no-

viciât. Pour Dieu, que l'on dresse bien les novices à la douceur, simplicité et soumission, et qu'on leur inculque qu'elles ne doivent chercher autre perfection que celle-là par une parfaite observance.

Vous faites fort bien de conserver la bienveillance de M. l'official. Certes, je suis fort marrie de ce que cette mauvaise intelligence continue. — Je prie Dieu qu'il donne patience à votre bonne dame et à sa famille; je serais très-aise qu'elle put avoir la consolation d'entrer parmi vous; je ne vois rien qui l'en puisse empêcher, se rendant bienfaitrice de la somme que vous me dites, qui est assez suffisante. Vous verrez ce que notre bon Père en a ordonné dans le Coutumier de la Supérieure, que nous joindrons à l'autre en les faisant imprimer; au moins, on en laissera peu.

Je réponds à notre Sœur de Montferrand pour la fondation de Brioude, car elle m'en écrit au long. Ces dames, qui en ont tant de désir, devraient pourvoir pour l'entretien des Religieuses, car il y a fort peu là de grandes difficultés, puisqu'on dit que les Glles assemblées sont si bonnes. Serait-ce que les habitants n'aimassent pas nos Sœurs, parce qu'elles n'instruiront pas les jeunes filles ? — Je salue très-humblement madame de N. que j'honore grandement. — Vous faites bien de faire remettre les autorités ordinaires à votre confesseur, car la Règle le dit; mais, pour Dieu, ma très-chère Sœur, observez bien le respect qu'elle ordonne qui lui soit rendu, non-seulement en sa présence, mais en son absence, usant toujours de mots respectueux et de prières.

Vous voulez que je vous dise toujours mes pensées, et que je répète que vous ne vous montriez point sensible sur les défauts des Sœurs, n'usant point de paroles [rudes], mais usez d'encouragements et de prières cordiales; et quand il faudra corriger et donner des pénitences, montrez qu'il vous fâche et faites cela avec un amour de charité, et, comme la Règle dit,

blâmant le défaut, supportez la défaillante, et vous verrez que cette méthode est de Dieu et qu'elle profitera à vos filles. Votre cœur m'est si bon, que je sais qu'il recevra de bonne part ceci, puisqu'il part de l'affection sincère de celle que Dieu vous a donnée sans réserve.

Nous voici à Chambéry dès un mois; nous y sommes au grand contentement de tous; nous avons prou de filles; Dieu y répande sa sainte bénédiction !

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

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