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LETTRE DC1V

A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLOMAY

SUPÉIIIECRE A LYON

Profonde humilité de la Sainte; son dévouement pour l'Institut. — La vertu solide a son fondement en Dieu. — Le Goutumiern'a pas besoin d'approbation, puisqu'il est l'œuvre de saint François de Sales.

vive f jésus!

[Chambé'ry] 16 février [1625].

Ma très -chère fille,

Le temps m'a été long aussi bien qu'à vous; car assurez-vous que si je suis la vraie Mère de votre cœur, vous êtes bien la plus cbère fille du mien, mais je n'ai eu plus tôt [un moment pour écrire].

Je crains que Mgr l'archevêque ne réponde pas selon notre Règle. Peut-être que M. le grand vicaire n'eût pas fait difficulté de faire l'élection, puisque vous pouvez être réélue. Oh bien ! Dieu conduira tout. Oui, ma très-chère fille, l'humilité et la fidèle persévérance à servir les âmes purement pour Dieu gagnent tout , car Dieu assiste celles qui ne prétendent que son bon plaisir. Croyez, ma fille, qu'encore que j'aie une grande répugnance à tant aller, néanmoins, Dieu m'aidant, j'irais de tout mon cœur servir jusqu'à la moindre de nos pauvres Sœurs. Mais si vous saviez, ma fille, comme je suis peu de chose; je me vois et me sens aucune vertu, ni jugement; néanmoins, il plaît à Dieu que l'on croie autrement. Je vois bien que sa Bonté daigne se servir de moi; mais certes, je n'ai pas de quoi me rien approprier du bien qui arrive. Dieu ne me le permet pas aussi. Obi que les croix et les humiliations sont utiles en celte vie, ma très-chère fille!

Je crois que si l'on pense que ma présence peut servir à nos pauvres Sœurs d'Avignon, il faudrait seulement l'agrément de Mgr l'archevêque de là; mais il faudrait manier cela délicate-

ment, parce que les Italiens répugnent fort aux sorties des femmes religieuses. Je recommanderai l'affaire à Mgr de Bourges. Je crois qu'il passera à Lyon et vous verra. Si Dieu veut que je puisse servir nos maisons en les voyant, hélas! sa Bonté sait avec quel cœur je le ferai. Il en disposera les moyens et l'occasion.

Je suis fort consolée du bon état de votre maison; mais, ma fille, prenez garde que la vertu de vos filles soit solide, je veux dire que leur fondement soit en Dieu, qu'elles obéissent pour Lui seul, et que leur paix et observance ne regardent que Dieu ; car quelquefois l'amour que nous portons à nos Supérieurs et leurs vertus sont les motifs de notre paix; de sorte que, lorsque nous ne les avons plus, nous nous trouvons toutes changées, et voyons que notre vertu était en elles et non en nous; notre fondement était en elles et notre motif, et non en Dieu. Hélas! je n'ai que trop d'expérience de ceci. Inculquez-leur fort la vraie vivante vertu qui subsiste partout et en toute occasion, parce qu'elle a toujours son fondement et sa prétention à plaire et contenter Dieu seul. — Cette petite Sœur se mûrira avec le temps, s'il plaît à Dieu; il faut l'attendre patiemment, et ne se pas troproidir contre elle, ni [contre] ses prétentions et défauts.

Prou d'autres avec Mgr de Langres ont approuvé le Coutumier, quoiqu'il ne soit nullement requis. — Si cela vous incommode, ne donnez point les vingt pistoles, ne donnez que ce que vous voudrez. Nous ferons deçà le mieux que nous pourrons. — Nous avons déjà mandé que ce serait bien fait de retrancher [une partie] de votre cloître. Celui de Nessy est plus long que large. Mon Dieu! que j'aime la petitesse dans la suffisance ! — Notre Sœur de Riom se plaint de n'avoir reçu son Coulumier; je l'ai envoyé il y a longtemps.

Je voudrais bien, ma très-chère fille, avoir un de ces taffetas où le cœur de notre Bienheureux Père a été, et qui fut détrempé de la liqueur que l'on dit qui en sort.

Quant au Coutumier, il me semble vous avoir déjà écrit, que vous ne parliez nullement de le faire approuver; cela n'est point requis; ce n'est pas un ouvrage de fille, ni à mépriser. L'ouvrier est approuvé de Dieu et des hommes. — Je salue toutes nos très-chères Sœurs du meilleur de mon cœur. — Je pense que nous passerons ici le Carême; vous avez prou peine pour l'adresse de nos lettres, mais tout est pour Dieu. — Notre Mgr de Genève se rend un digne prélat. — Tout va bien à Nessy et ici, grâce à Dieu. Qu'il soit à jamais béni 1 Faites tenir, s'il vous plaît, la lettre de M. Guichard.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy .

LETTRE DCV {Inédite)

A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE

SUPÉRIEURE A DIJ0\

Maladie de Mgr l'évêque de Langres. — Joie de la Saiute en voyant les progrès de son frère dans la perfection. — > Désir de la Sœur de Morville.

vive -J- jrésus!

[Chambéry, 1625.]

Votre vrai très-bon et très-cordial cœur, que je chéris uniquement, s'est tout répandu dans le mien par la lecture de voire lettre. Dieu soit béni et glorifié es souffrances de ce digne prélat, votre bon Père [Mgr de Langres], et en sa convalescence, et en tout ce que vous m'en dites! Dieu soit béni encore, et toujours davantage glorifié, en la vertu et es saintes résolutions de notre bon Mgr l'archevêque l, la piété duquel fait fondre mon cœur. Et Dieu soit béni finalement et éternellement en toutes choses et en particulier du retour à vous de mon bon cousin, qui est le meilleur et le plus sincère cœur qu'il est possible.

1 La Sainte continuait à désigner ainsi Mgr André Frémyot, son frère, bien qu'il eût quitté son archevêché,

J'espère en Dieu que vous serez si adroite autour de lui et si maternellement charitable, que vous reprendrez sa confiance; il lui faut cela, ma fille vraiment très-chère. Que votre bon tout cordial cœur fasse cela dexlrement, car certes il mérite d'être aidé pour le singulier amour qu'il vous porte ; il me témoigne mille affections envers vous. Dieu soit loué!

Je confesse, ô ma fille, que mon cœur serait fort consolé de vous ressavoir en sa franchise et confiance première.

J'écris sans haleine, car le messager demande sa réponse à même temps qu'il, donne ses lettres. Notre Sœur Marie-Aimée etses parents emploient tout ce qu'ils peuvent pour vous avoir à Moulins ; mais quelle apparence, ma chère fille, de vous aller derechef tirer de là? que dirait Mgr de Langres? que deviendrait cette maison mon sentiment ne peut être cela; mais il la faut exciter au bien, à l'humilité et mépris du monde et d'elle-même. Il faut finir. Si j'avais le loisir, j'écrirais à votre bon Père Mgr de Langres, mais nul moyen.

Dieu soit béni !

Vous êtes mauvaise, ma chère fille; oubliez ces brouilleries passées. Votre chère mère1 dit qu'elle n'a pas le loisir d'écrire davantage de lettres. Salut à tous [ceux] qui m'écrivent, et à la Sœur de N***.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Chambéry.

1 La présidente Favre.

LETTRE DCVI {Inédite)

A LA SOEUR MARIE-FRANÇOISE HUMBERT

MAITRESSE DES NOVICES, A ANNECY

Il faut former les novices à la mortification et au recueillement. vive j- jésus!

[Chambéry] 5 mars [1625].

Dieu vous bénisse, ma bonne et chère Sœur, et toutes nos chères Sœurs novices! Je suis bien consolée des bonnes nouvelles que vous m'en mandez. "Certes, l'unique moyen de faire progrès en la vraie vertu, c'est la mortification etle recueillement. Portez-les toujours fort à cela, ma très-chère fille, et Dieu répandra ses saintes grâces sur vous toutes. Soyez bien saintement joyeuse et généreuse en votre exercice. Je suis de tout mon cœur toute vôtre en Notre-Seigneur. Qu'il soit béni !

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE DCVII

A LA SOEUR ANNE-MARIE ROSSET

ASSISTANTE A ANNECY'

La Sainte lui annonce son prochain retour.

VIVE -f- JÉSUS.'

[Chambéry mars 1625.J

Ma très-chère Soeur,

Je n'entendais pas que vous vous abstinssiez de me parler de nos Sœurs et de la maison, ains seulement que les affaires temporelles vous les écrivissiez à notre Sœur l'assistante. — Je suis fort en peine d'Antoine. J'ai écrit à M. Michel qui m'en a fait savoir quelque chose. — Mgr de Genève m'avait mandé, il y a quelques jours, qu'il serait bon que je retournasse. Je le ferai le plus tôt qu'il se pourra, quoiqu'il m'écrive que je fasse tout

à loisir ce qui est ici requis. Je pense que nous ne pourrons aller qu'après le jour de Pâques ; mais aussi nous partirons incontinent après.

Il faudra supporter l'infirmité de cette pauvre veuve '; elle a un cœur bon et franc, mais elle ne sait pas encore la leçon de contrevenir à ses inclinations. Je vous renvoie la cession de notre pauvre Sœur Marie-Thomassine, en laquelle il n'y a rien à dire. Je prie nos Sœurs de vous dire le reste.

Bonsoir, ma très-bonne et cbère Sœur, et mille saluts à toutes nos pauvres très-chères Sœurs auxquelles je souhaite incessamment un saint accroissement en humilité, douceur et simplicité, par une exacte observance. Je me recommande à leurs prières. Nos Sœurs d'ici font du tout bien à mon gré. Dieu soit béni qui m'a rendue toute vôtre !

[P. S.] Donnez à M. Maurice l'argent du Père dom Juste, et le caressez bien avec M. Pioton, lequel est un digne homme qui nous oblige fort. Logez-le chez M. Michel.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE DGVIII (Inédite)

A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLONAY

SUPliRIEl'RE a LYO.V

Diverses affaires. — Les Pères Jésuites revoient les Lettres de saint François de Sales; confiance qu'on doit leur témoigner. — Du silence en Carême.

vive -j- jésus!

Chambéry, 20 mars 1625.

Ma très-chère Soeur, Ce peut bien être une faute du Coulumier que les bancs sont si bas auprèsdes tables; mais il les faut faire comme vous juge-

1 Sœur Marie-Elisabeth Fenouillet, veuve du peintre qui, par une innocente supercherie, triompha de l'humilité de saint François de Sales et obtint de tirer son portrait.

rez plus à propos et conformes aux tables. — Je trouve les vitres où il y a des boulons plus belles que les autres. — Nous appelons contrats permanents les contrats d'achat, de change et de fondation; car ceux des filles et de constitution de rentes ne le sont pas, d'autant qu'ils se peuvent rompre. — Pour les Epîtres [de saint François de Sales], il y a bien deux mois qu'elles sont entre les mains des Pères Jésuites; mais la grande multitude de leurs affaires est cause qu'ils ne les ont pas encore vues. Ils m'ont promis de me les rendre le second jour de Pâques, et je les porterai à Nessy, et le plus tôt qu'il me sera possible, je les vous enverrai; car mon affection ne s'endort point en cette affaire.

Je vous prie de faire tenir sûrement l'argent de M. de Champagne, à Nessy. Voilà votre décharge, ma fille. M. de Champagne a tort de se plaindre, je vous en assure, mais les personnes du monde sont faites ainsi. — Mgr de Bourges a différé son voyage pour cause du péril des passages d'Italie qui sont pleins de gens d'armes. — L'on fait ainsi à Nessy; prou de personnes vont faire des vœux et les rendre par actions de grâces, mais ils ne disent rien, sinon par hasard quand on les enquiert; Noire- Seigneur fera connaître ce qu'il Lui plaira.

Il est vrai que lorsque le Révérend Père provincial passa ici, nos Sœurs prirent grande confiance en lui; parce qu'elles savaient ce qu'il avait été à notre Bienheureux Père, et celles qui lui ouvrirent leur cœur, ce fut par spéciale grâce, pour déclarer quelque chose qu'elles avaient oublié en leur confession générale ; mais non faute de confiance en notre Bienheureux Père. Oh! ma fille, quand vous ne serez plus à Lyon, nos Sœurs trouveront bien que dire aux confesseurs extraordinaires; mais c'est bien la vérité, qu'en la plupart de nos maisons les filles ne savent que dire, surtout à Nessy et ici, car on va fort à la bonne foi; mais je les porte à s'ouvrir à ces bons Pères pour correspondre à leur charité, ainsi que nous dit notre Bienheureux

Père à Lyon; mais ne vous mettez point en peine pour cela.

Madame de Granieu, de Grenoble, grande servante de Dieu, et l'intime de feu notre Bienheureux Père entre les femmes mariées, m'écrit le grand bruit et parlement qu'a causé à Grenoble la sortie ' de madame Cotin ; cela donne atteinte à nos maisons, et c'a été la cause pourquoi on ne l'a pas reçue de deçà. Elle a tort de nous et d'elle encore; elle m'avait promis de patienter et de servir son mari, déjà à moitié mort, jusqu'à ce qu'il le fût tout à fait. Les Révérends Pères Jésuites avaient approuvé mes raisons et accordé qu'elle patienterait; cependant l'on a usé des autres moyens. Dieu convertisse tout à sa gloire ! Notre Bienheureux Père ne lui eut pas conseillé cela, car jamais il ne l'a voulu faire, si, y a-t-il plus de dix ou douze ans qu'elle avait cette fantaisie et l'en pressait. Je ne vous dirai rien de son esprit, car elle m'a témoigné une grande ardeur de sa retraite pour son seul salut, à quoi je lui avais répondu solidement. Je crois que je vous dois dire qu'il la faut bien éprouver, car elle a toujours eu la réputation d'être violente et impérieuse; mais néanmoins elle a toujours pratiqué la dévotion.

Il est silence [en Carême] dès huit heures et demie jusqu'à la récréation, et dès l'obéissancejusqu'à troisheures; mais jamais nous n'aions manqué de le continuer jusqu'à quatre heures; car en celte heure l'on fait la lecture, et il est bienséant que ce soit en silence, et le reste du temps se passe de même. Je crois que c'était l'intention de notre Bienheureux Père que l'on fit ainsi ; car que ferait-on de mieux, les Sœurs ne se devant assembler qu'à quatre heures?

Je m'oubliai, l'autrejour, de vous remercier de votre taffetas2, ma très-chère fille. Je le fais de tout mon cœur, mais il n'est pas

1 Sa sortie du monde pour se retirer à la Visitation de Lyon. 3 Qui enveloppait le cœur de saint François de Sales.

gras comme l'on m'avait dit qu'il devenait. — Votre tabernacle serait trop petit de quatre pieds, ou votre pied est plus long que le nôtre. Celui de céans en a plus de cinq, et il est trop petit. Bien, nous le ferons faire comme celui [d'Annecy] qui l'est un peu plus, mais d'une architecture admirablement belle. Je crois qu'il est déjà fort avancé. M. le chevalier Balbian m'a dit que vous pouviez donner l'argent à M. Lumaque, mais je vous dirai quand. C'est trop, ma fille, pour être si fort pressée. Vous savez ce que je vous suis.

Couforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Auuecy.

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