A PARIS
Cordiale et mutuelle affection; promesse de prier pour la famille de Coulanges. — Condoléances au sujet de la mort de leur petite-fille, seconde enfant de Celsc- Bénigue.
VIVE j JÉSUS !
[Annecy, 1625,]
Madame ma très- chère soeur,
Votre leitre, toute pleine de douceur et de suavité de notre amour, me donne beaucoup de sujet de consolation. Béni en soit
notre bon Dieu qui a fait notre sainte alliance! Or sus donc, ma très-chère Sœur (car, je vous supplie, n'usons plus du nom de madame, puisque Dieu nous donne des affections correspondantes à notre très-chère alliance), vivons, je vous supplie, en cette confiance et franchise. Certes, le respect m'avait ainsi retenue à user de ce mot de Sœur; mais la simplicité sera dorénavant plus convenable et agréable à la confiance de notre amitié.
J'accepte de tout mon cœur le parti que vous m'offrez, ma très-chère Sœur; oui, je vous supplie, ayez soin de tout ce qui regarde le temporel de ce cher fils, et je me charge de prier continuellement pour le bonheur de votre très -honorable famille, afin qu'il plaise à Dieu de la faire prospérer en toutes sortes de vrais biens. Il me tarde infiniment de savoir des nouvelles de notre tant aimée et tant aimable fille; croyez que mon esprit est attentif sur elle et que je la porte toujours au milieu de mon cœur. Dieu lui donne un heureux accouchement, et à vous, ma très-bonne et très-honorée Sœur, le comble de toute grâce céleste. En celte affection, je demeure invariablement, madame ma très-chère Sœur, votre, etc.
[P. S.] Or sus, ma très-chère Sœur, il faut bénir Noire-Seigneur de ce qu'il lui a plu mettre celte chère petite en paradis, où éternellement elle louera sa Bonté et priera pour ses chers père et mère. ïl en donnera d'autres, s'il lui plaît; mais ne pensez pas que ma fille m'en soit un brin moins chère, ni tout ce qui vous appartient. Et pourquoi cela? la pauvre petite n'en a-t-elle pas le plus grand déplaisir? C'est assez de consolation de la savoir en santé, et d'en espérer bientôt une autre, Dieu aidant. Je prie soigneusement pour M. votre cher fils, et pour toute votre chère famille.
LETTRE DCXV (Inédite)
A MONSIEUR L'AVOCAT PIOTON
A ÉVIAN
Préparatifs à faire pour la fondation d'Ei ian.
vive y jtfsus!
[Chanibéry, atril 16"2ô. ]
Monsieur,
[De la main d'une secrétaire.] Notre très-honorée Mère arriva mardi dernier heureusement, grâce à Noire-Seigneur. Elle nous a commandé de faire réponse à celle qu'il vous a plu prendre la peine de nous écrire. Nous vous envoyons donc le mémoire comme il faut les meubles. Néanmoins, vous ferez faire selon la commodité du lieu et légèrement, au moins les treilles [grilles] qui suffiront de bois pour le commencement. Si, pourtant, la place n'est pas commode pour faire celle du chœur des Sœurs tant grande, les frais ne seront pas si grands de la faire de fer. Poulies sièges, il ne faut que des bancs pour maintenant dans le chœur, sinon uue assez grande chaire [chaise] pour la Supérieure et une semblable pour le chapitre. Quant aux lits, il sera bon d'en faire faire huit ou dix, et autant de petites tables, et des petits sièges faits comme des tabourets, et quatre ou cinq petits bancs pour asseoir les Sœurs en la chambre des assemblées.
[De la main de la Sainte.] Mon cher frère, nous voici de retour, Dieu merci, et je m'attendais bien de recevoir une grande lettre de notre nouvelle maison de la Visitation d'Evian. Je pense que tout s'y doit préparer selon la petitesse du lieu et légèrement, car quand nous serons là, nous verrons s'il faudra s'accommoder dans la maison présente pour longtemps ou pour peu de temps. Je pense donc que quelques petits baluslres de bois pour le chœur et parloir pourraient suffire à ce commencement. Toutefois, je remets tout à votre prudence; il me larde de
savoir de vos nouvelles et de savoir les choses s'avancer; car je désirerais que l'on y pût aller avant les grandes chaleurs, tant à cause du voyage que pour la nécessité d'éclaircir les Sœurs et les mettre un peu au large, craignant que les chaleurs, étant ainsi pressées, n'en fissent plusieurs malades; car nous sommes quarante-quatre sans celles que nous attendons, qui feront près de cinquante. C'est trop pour ce monastère qui est petit. Dieu conduise tout à sa gloire!
Vous savez, mon très-cher frère, que nous sommes vos Sœurs de cœur sincère et vos servantes très-obligées.
Conforme à l'original gardé aux Archives delà Visitation d'Annecy.
LETTRE DCXVI
A LA MÈRE PAULE-JÉRONYUE DE MONTHOUX
SUPÉRIEURE A NEVERS
Congratulation sur le bon état de sa communauté. — Il faut prendre un soin raisonnable du temporel. — La franche et généreuse charité est la bonne odeur des maisons religieuses. — Bulle en faveur du petit Office de Notre-Dame. — Envoi d'un recueil des Coutumes d'Annecy.
vi vk -J- jésus!
[Annecy, 1625.]
Dieu soit béni, ma très-chère Sœur mon enfant, des bonnes nouvelles qu'il m'a données de vous et de votre chère maison! Certes, j'avais pensé de maladie sur vous; or sus, ma trèschère petite, je vois que le divin Sauveur et souverain Maître vous donne de bons sujets de le servir et pratiquer les vertus ; certes, il n'y a rien d'aimable en cette vie que ce bonheur-là, ma très-chère fille; et parmi tout cela vous comptez toujours quelques âmes d'élite, je veux dire des âmes [douées] de bonnes dispositions pour notre manière de vie. Oh! le grand bien, ma fille, tout dépend de ce bon choix, et vaut mieux une âme fidèle à son Dieu qu'une douzaine de lâches; avec cela, je vois que vos petites affaires s'accommodent. Dieu soit béni de tout/
Hélas ! mon enfant, il n'y aurait nulle raison de diminuer la pension de notre Sœur Bonsidat, et je vous assure que je n'ai pas une ombre de mémoire d'avoir jamais ouï parler de cela. Nous devons tant à M. Bonsidat, que nous devons traiter avec lui avec la douceur et respect que nous pourrons; mais il doit bien croire, ce me semble, que si ce n'était cela, sa fille ne serait pas gardable; or, je prie Dieu qu'il vous en donne bon conseil, et je crois bien que vous ferez bien de vous en résoudre avec l'avis des personnes capables. On voit prou que cette fille ne sera jamais que ce qu'elle est, et qu'il ne faut rien espérer de cet esprit-là. 0 mon Dieu! que de consolations je ressens de voir votre chère àme si déterminée de vivre au-dessus d'ellemême! Certes, j'aime qu'on ressente, mais que l'on ne consente pas, parce qu'un acte fait parmi la violence d'une nature vive en vaut cent autres faits sans répugnance.
Le train de vos filles me plaît bien; vous faites merveilleusement bien de les tenir en exercice. Ce bon Père Barnabite m'en a dit merveille, et de la charité que vous avez exercée envers lui. Mon Dieu ! que j'en ai été contente! car, voyez-vous, outre la charité que l'on fait au prochain, on profite grandement par la bonne odeur qui se porte partout. — Je laisse à nos Sœurs à vous dire nos nouvelles, et au bon M. Michel, que je prie vous écrire comme Dieu nous a fait la grâce que notre dernier Bref est conservé , et que , nonobstant les nonpareilles difficultés , nous l'avons obtenu franc de la charge du grand Office, qu'à toute force on nous voulait donner pour toutes les fêtes. On poursuit la perpétuité, et pour tous les monastères. Après cela nous ferons faire le Directoire, où l'on mettra la copie de la Bulle, afin qu'on la suive et qu'on demeure en repos en toutes les maisons
pour cela1 Si la chère madame de Villeneuve est encore
là, je la salue avec tous les amis, et surtout nos pauvres Sœurs,
4 Les Bulles défmilives ne furent expédiées que dans l'été de l'année suivante.
42i LETTRES DE SAINTE CHANTAL.
que j'aime très-chèrement; et à vous, ma très-chère petite, je demeure sans réserve vôtre en Notre-Seigneur.
[P. S.] Je n'ai jamais pensé à me priver de la consolation de servir nos maisons, mais oui bien à n'avoir la charge d'une famille particulière. Dieu me rende digne de l'obtenir. Un salut à part et très-cordialement à nos Sœurs Françoise-Jacqueline [de Musy] et M. -Marthe [Bachelier], qui m'ont écrit; mais je ne puis rendre le réciproque. Dieu les bénisse! Je les aime particulièrement pour le grand amour qu'elles vous portent. Ma très-chère fille, je sens mon cœur tout joint au vôtre.
Je m'oubliais de vous dire que j'envoie nos Coutumes que j'ai toutes écrites, au moins ce me semble. Vous verrez s'il y a quelque chose d'oublié; ce seront celles qui ne se pratiquent qu'en des occasions rares. Le bon M. Michel a voulu que je vous envoyasse la copie de ce que j'écris à ma Sœur la Supérieure de Grenoble. Elles ont un Père spirituel, tout spirituel, et que notre Bienheureux Père a dressé; c'est un excellent homme.
Conforme à une copie gardée aux Archives de la Visilalion d'Annecy.
LETTRE DCXVII {Inédite)
A LA MÈRE ANNE-CATHERINE DE BEAUMO.MT
SUPERIEURE AU PREMIER MONASTÈRE DE PARIS
Aptitude de la Sœur de Bressand pour le gouvernement. — Ou peut recevoir une enfant comme bienfaitrice. — Obtenir de l'assemblée du clergé de France des lettres d'instances pour solliciter l'introduction de la cause du vénérable Fondateur en cour de Rome.
VIVE f JÉSUS !
Annecy, 25 avril 1625.
Ma très-chère fille,
Je vous prie, ne me faites jamais d'excuses de votre franchise à me dire vos sentiments, car c'est en cela particulièrement qu'il
me semble que vous êtes ma très-chère fille. Certes, [j'ai] ce sentiment que notre Sœur M. -Constance [de Bressand] fera bien si nos Sœurs d'Orléans en font élection , et [je] suis très-aise qu'elle n'ait plus tant de vue sur ses défauts et ceux des autres; ce n'est pas un esprit pour s'échapper, et je crois que l'autorité lui élargira le cœur sans dissolution. Dieu bénisse tout ! Votre discrétion vous fait bien user de la communication des Règles ; je crois que sans une apparente et utile occasion il ne les faut pas donner. — Oui, ma fille, l'on peut prendre comme bienfaitrice celte petite innocente, et plût à Dieu que toutes nos fondatrices et bienfaitrices le fussent. Je pensais que vous dussiez faire ce second couvent plus tôt pour retirer ces bonnes âmes qui ont tant de bons désirs.
Vous m'obligerez bien, ma chère fille, de prendre vos soulagements; pour Dieu, faites-le toujours le plus fidèlement que vous pourrez, vous ne sauriez davantage me contenter. Je crains que l'air de cette maison ne vous soit pas propre; si vous faites ce grand couvent, peut-être vous y trouveriez-vous mieux. Enfin, je vols que Dieu dispose cette chère fille H. -Angélique [Lhuillier] pour gouverner cette maison, et dans un an elle sera entrée dans sa cinquième année de profession, et partant pourra être proposée pour l'élection ; mais Dieu vous inspirera sa volonté. Cependant, si notre pauvre Sœur la Supérieure d'Orléans revient, comme nous croyons, vous pourrez [prêter] notre Sœur M. -Constance; car, toutes choses bien considérées, je ne vois pas que vous puissiez mieux faire, et crois qu'elle fera trèsbien. — Si notre chère Sœur de Villeneuve veut employer sa charité pour aider à faire la chapelle pour mettre le saint corps de notre Bienheureux Père, nous en serons bien aises, parce que nous n'avons rien à faire de si pressant que sa chapelle, nous semblant que cela lui est requis. — Pourquoi non, ma chère fille, ne pouvez-vous pas laisser les officières en leur charge, si vous jugez qu'elles y fassent bien, proposant l'élection de celles qui
le doivent êlre? — Si les Sœurs se contentent de vous parler par écrit, laissez-les faire : je pense même que cela ne vous nuit point ; mais je crois qu'il serait bon de leur faire savoir que celles qui voudront pourront parler à l'assistante \
Je sais bon gré au bon Père [saint Vincent de Paul] de vouloir quelque cbose de vous, ma fille toute très-chère; faites-lui donc ces petits ouvrages qu'il désire. — Dernièrement, je vous fis un billet bien à la hâte pour vous prier d'obtenir de Mgr de Paris une lettre au Pape, pour rendre témoignage de l'estime qu'il a de notre Bienheureux Père, ensuite de quoi, et sur ce qu'il a appris que Dieu opérait beaucoup de merveilles par son intercession, qu'il supplie le Pape de donner un commissaire pour examiner les grâces et miracles qui se sont faits; et, au bout de la lettre, qu'il plaise à Sa Sainteté de confirmer l'Institut de la Visitation dont le Bienheureux est Fondateur, ajoutant quelques paroles en notre faveur. Que si vous avez là d'autres prélats, il serait extrêmement utile d'obtenir d'eux la même lettre, s'entend sur le même sujet; car chacun doit la faire selon son sentiment. Surtout, obtenez-en une de Mgr de Nantes. Je sais que vous avez tout crédit sur ce seigneur.
Au reste, ma vraie très-chère fille, j'ai eu un grand contentement à lire ce que vous me dites de votre état intérieur, surtout de ce qui s'y passe pendant le fort de votre mal. Oh! quel bonheur a une âme d'avoir toujours ainsi son Dieu présent, avec des sentiments si purs et si tendres en sa conformité et union! Je vous dis encore que vous ne laissiez faire guère de choses à voire esprit, et que vous suiviez toujours cette unité et simplicité.
J'ai appris qu'il se fait à Paris une assemblée du clergé de France; pour Dieu, ma très-chère fille, faites tout votre pouvoir pour obtenir le plus de lettres que vous pourrez pour le sujet
' La Supérieure étant malade.
susdit; il n'y a point de façon à faire cela, sinon que chacun dise, selon son estime et son style, ce qu'il pense du Bienheureux, de sa doctrine, de ses prédications, des fruits de ses livres, de ses rares vertus et perfections. Si, d'aventure, vous n'avez pas reçu le billet qui faisait mention de ceci, je vous prie d'écrire à nos Sœurs d'Orléans, Bourges et Nevers, tout ce que dessus, afin qu'elles obtiennent des lettres de leurs prélats, et que tous n'oublient pas le mot favorable pour la confirmation de notre Institut. Au reste, ma très-chère fille, dites-moi si, en cas que notre Sœur Marie-Constance ne serait pas employée à Orléans, comme l'on m'écrit, parce que Mgr d'Orléans désire que noire Sœur [de la Roche] achève son temps, si vous ne nous la donnerez pas bien pour Moulins, où je crois qu'elle profiterait aussi, quand vous l'auriez bien instruite touchant notre Sœur Marie -Aimée, à laquelle je fais semonce de venir ici. Dites-moi, le plus promptement que vous pourrez, réponse de ce point, et faites, ma très-chère Sœur, que nos Sœurs en leurs prières fassent continuelle mémoire du bon Père dom Juste et des affaires qu'il est allé poursuivre.
C'est sans loisir que j'écris; mais, ma chère fille, vous êtes et serez à jamais ma très-chère et unique fille, de laquelle le cœur est tout mien, comme aussi je suis toute à vous. Mille saluts à notre chère Sœur H.-Augélique et à toutes.
Dieu soit béni!
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Toulouse.
LETTRE DCXVIII (Inédite)
A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLONAY
SlTlilUULRE A LVOX
Emoi de lettres. — De l'élection de la Supérieure; choix des officières.
VIVE y JÉSUS !
[Annecy], 25 avril [1625].
Ma très-chère fille,
Si AI. le président FJocard va à Paris, fermez toutes nies lettres et les lui remettez, afin qu'il les distribue par les monastères où il ira, et surtout donnez-lui celle de madame de Nemours, sinon envoyez-la à la Alère de Paris, la priant de la lui faire donner par leur confesseur ou par ma fille; et les autres lettres, donnez leur adresse, s'il vous plait. Je n'ai loisir de plus dire. Nous enverrons le livre par le premier voiturier; on le vend ici.
.le salue derechef nos bons Pères qui sont là, surtout notre Révérend Père Maillan et le Père recteur de Chambéry. — Prenez garde à l'esprit de madame Cotin; pour sa fille, si elle est fervente pour recevoir l'habit et l'esprit propre, ne la différez [pas] longuement. — 11 n'y a point de façon à l'élection que ce qui est marqué. Pour la profession de foi, il faut dire simplement : a Je proteste de croire tout ce que la sainte Eglise nous « enseigne, et veux vivre et mourir en icelle. » 11 n'y a nul doute que vous ne soyez réélue. Si vous ne savez à qui donner votre voix de celles qui sont chez vous, donnez-la à une d'un autre monastère. Pour vos officières qu'il faut élire, vous proposerez celles qui sont déjà en charge et confirmerez les autres. Oh Dieu! il s'en faut bien garder de mettre en charge ces esprits vains et pleins de prudence mondaine. Inculquez toujours la vraie simplicité. Je finis; Dieu soit béni! Sans loisir. Donnez au Père nos lettres pour [la] Provence.
Conforme à l'original gardé aux Archives tic la Visitation d'Annecy.
LETTRE DCXIX {Inédite)
A LA MÈRE JEANNE-CHARLOTTE DE BRÊCHARD
SUPÉRIEURE .1 ItloU
L'amour de Dieu et du prochain doit fleurir dans la communauté. — Les âmes vertueuses attirent de grandes bénédictions autour d'elles.
vive f jksus!
[Annecy], 25 avril 1625.
Ma très-chère fille,
Puisque celte dame est entrée, je n'ai rien à dire, sinon à prier Dieu qu'il lui rende utile la charité qu'on lui fait, comme je l'espère de sa bonté. Je vous plains de la peine que vous avez de cette pauvre N. Vous ferez fort bien de la faire [parler] à quelque Père Jésuite. Ma toute chère fille, qu'il nous faut être fermes pour n'admettre tels esprits, ni aucun en qui l'on ne voie de la crainte de Dieu ! Sa Bonté ne nous manquera pas quand nous ferons notre devoir avec pleine confiance en elle. Aimez Dieu sincèrement ; faites que vos filles l'aiment el qu'elles s'entr'aiment uniquement, et vous verrez que sa Bonté bénira votre patience et confiance. Mais, pour Dieu, ma très-chère fille, que ce cordial amour règne entre nous. Certes, ces bonnes M*** ont grand tort si elles ne sont innocentes en leurs intentions, comme je le veux croire; mais néanmoins, ma très-chère fille, ayez patience, et vous souvenez de ce que noire saint Père | François de Sales] écrivit sur un pareil sujet à notre Sœur la Supérieure de Nevers : «Qui aura le plus d'amour sera le plus riche. »
Vous faites bien de recevoir ces deux filles de vertu. Certes, jamais il ne faut refuser telles âmes, ce sont celles qui appellent les bénédictions dans les monastères. Soyez douce, tranquille et tout humble, simple, parmi vos travaux et tracas. Consacrez tout à Dieu, et II tiendra compte jusqu'à la plus petite de vos actions et les vous rendra utiles pour l'éternité, qui est notre
souveraine espérance. Je suis ici dès dix jours; mais, à ce commencement, avec beaucoup d'accablement.' Vous êtes et serez à jamais ma très-chère toute bonne Sœur.
Dieu soit béni!
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE DCXX (Inédite)