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LETTRE XXXII

A LA MÊME

Pressant désir de voir achever les Constitutions de la Visitation. — Tendre sollicitude pour la communauté d'Annecy. — Détails de construction et de provisions de ménage.

VIVE y JÉSUS?

Lyon, 9 juillet 1615.

Ma très -chère Soeur ma mie,

Vous jouissez maintenant de la consolation de cette chère présence de mon très-honoré Seigneur; voilà donc votre peine levée. Il s'en est allé avec beaucoup de désir de travailler pour nos Règles ' , qu'il rendra fort courtes selon le désir de Mgr l'archevêque [de Lyon]. Je crois qu'il passera encore à Annecy ces deux mois de juillet et d'août; car il dit qu'aux grandes chaleurs il a plus de loisir pour être moins visité; j'en serais bien aise, afin qu'il achevât ce béni livre tant désiré et attendu.

Je crois que mon terme de partir d'ici, et retournera Annecy, sera après avoir remis à l'imprimeur ce trésor si précieux pour être communiqué au monde. Si vous avez donc tant de nécessité et de désir de ma présence, comme vous me le mandez, contribuez par vos prières et tout le soin et diligence qu'il vous sera possible, afin que ce bon et très-cher Seigneur de mon cœur ait beaucoup de temps pour achever cet ouvrage, puisque toutes les heures du jour qu'on lui laissera franches peuvent être employées à cela, la chose ne requérant pas maintenant une si grande attention. Le grand. Dieu ne veuille permettre que la chose prenne plus long train; toutefois, sa trèssainte volonté soit faite en tout et partout.

Cependant, ayez bon courage, ma très-chère Sœur, nous

1 La Sainte donne ce nom aux Constitutions.

46 LETTRES DE SAIXTE CHAXTAL.

serons tout étonnées quand nous nous trouverons au mois de septembre, et puis Dieu nous consolera. Vous pouvez penser le désir que j'ai de retourner ; il est certes incomparable, ma mie; mais Monseigneur n'avait point entendu cette grande nécessité de ma présence de delà, comme vous me l'écrivez, de sorte qu'il a jugé plus utile , pour la satisfaction de certains esprits, que je demeurasse le temps susdit ici, que de retourner plus tôt par delà, et je fais bien nos petites affaires. J'espère en la bonté de Dieu, et au bon courage de cette si chère Sœur de mon cœur, que ce temps passera doucement. Je retournerai, Dieu aidant, en la vraie saison où il y aura plus d'affaires pour les nécessités de la maison, et alors je déchargerai de tout mon pouvoir ma pauvre petite Sœur; elle n'aura plus rien à faire qu'à animer le cœur de ses chères novices au saint amour de leur Époux, et à caresser sa pauvre Mère qui l'aime tant. Mais n'oubliez [pas] les confitures pour les pauvres, les fruits secs en quantité tant qu'il se pourra, la provision de beurre et de fromage au mois de septembre; ma Sœur Anne-Jacqueline [Coste] aidera en tout cela.

Je suis un peu étonnée de ce que vous me mandez qu'il n'y aura de blé que jusqu'à la fin de ce mois; car la provision allait jusqu'en septembre; vous n'avez peut-être pas fait payer celui qui était dû, ni remplacer ce que l'on avait avancé pour les maçons : oh ! quoi que ce soit, il en faudra acheter quand il en sera besoin, et plutôt du vieux que du nouveau pour ces deux premiers mois, après lesquels, voire plus tôt, mon fils, peut-être, vous en pourra secourir de celui qu'il doit, attendant le dequoi et la saison propre à faire les provisions.

Faites que ma Sœur Marie-Marguerite [MilletotJ écrive que l'on nous fasse tenir ici sa pension, et qu'elle demande hardiment l'aiguière et la robe qu'on lui a tant promises ; [il] n'y aura point d'excuse pour le port, il est facile et aisé d'ici à Dijon.

Il faut aller fort doucement avec ma pauvre Sœur Marie-Madeleine [de Mouxy]; je crois qu'enfin elle pensera à ce qui lui est nécessaire.

Je vous écris fort à la hâte par Monseigneur. C'est une nécessité inévitable que de faire les sacristies, achever l'église, et faire la clôture de la petite cour; car vous savez qu'il se faut élargir, et puis nous sommes à la fin. Pour ce qui est de la continuation des bâtiments, il faut attendre et voir ce que l'on pourra quand nous serons par delà. Si l'on achète les maisons, ainsi que Monseigneur me mande, et puis le jardin des Pères, ce sera prou de besogne à la fois.

Je salue de tout mon cœur mes très-chères et bienaimées Sœurs; Jésus soit leur tout, et leur tout soit Jésus! Amen.

Je salue aussi le cher fils AI. Michel [FavreJ, tous nos amis et ouvriers. J'envoie deux peignes pour mes filles, de la laine rouge, deux aunes d'étamine pour couvrir un corps de robe à Francine, et de l'étoffe laide et fort chère pour un corps de cotte et les manches, pour achever l'été, avec des couvre-cou ; je ne me fie plus à personne pour choisir ce qu'il lui faudra, j'emporterai, Dieu aidant, de quoi la vêtir.

Bonjour et bonnes vêpres, ma très-chère et bonne Sœur; il est près de midi, nous sortons de table, car Mgr de Lyon, à son accoutumée, est venu à près de dix heures, et puis la bonne madame deSaint-Chamond. Priez fort pour moi, qui suis, certes, misérable. Le grand Dieu ne laisse pourtant d'accomplir sa très-sainte volonté en nous! Amen.

Dieu soit béni à jamais! Amen.

Conforme à l'original gardé aui Archives de la Visitation d'Annecy.

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