LETTRE XXXIII
A MONSIEUR MICHEL FAVRE
CONTESSEIR DE SAINT FRANÇOIS DE SALES ET DES RELIGIEUSES DE LA VISITATION DANXKCY '
Consolation de l'âme unie à Dieu. — Estime et éloge de quelques Religieuses.
vive -j- JÉSUS.'
Lyon, 12 septembre 1615.
Mon très-cher fils,
J'écris à ces deux bonnes dames de Sainte-Claire pour obéir à votre désir et à mon devoir encore ; mais j'ai si peu de loisir qu'il me faut souvent excuser, et vous prie bien fort , mon bon fils, de ne cesser à me mander des nouvelles de Monseigneur, des vôtres et de celles de nos pauvres Sœurs; vous savez comme cette petite troupe-là m'est chère. Maintenant que Monseigneur n'y est pas 2, je les plains un peu; mais le grand et souverain Consolateur ne nous manque jamais, quand volontiers et amoureusement nous nous contentons de lui seul.
Je vous remercie de l'avis que vous me donnez, lequel j'emploierai si dextrement, Dieu aidant, que l'on ne s'en apercevra point.
Je vous prie, mon très- cher fils, puisque vous me connaissez suffisamment pour avoir une pleine confiance en moi, parlez-moi toujours nettement et sans crainte, spécialement quand il y va du bien de cette pauvre petite troupe de filles, le repos et tranquillité desquelles m'est si cher. Bientôt Dieu nous
1 Pieux ecclésiastique auquel saint François de Sales avait confié le soin de sa conscience, et que, dans la suite, il donna pour confesseur à ses filles. M. Michel exerça cette charge pendant vingt-trois ans, avec une sagesse, une humilité et un dévouement admirables. Sainle de Chantai l'honorait fort ; et lui, de son côté, la vénérait comme sa mère et avait même obtenu qu'elle le nommât son fils.
* Le B. Évêque était à Thonon pour y installer les Révérends Pères Barnabites.
rassemblera, s'il lui plaît pour sa gloire, tout étant en fort bon train ici, Dieu merci. Ces trois professes sont des filles d'or, et toutes les novices de vraies petites colombes. Certes, il y a ici une aimable petite troupe, le grand Dieu en sera glorifié, s'il lui plaît. Ma Sœur Marie-Jacqueline [Faire] est une digne et très-sage fille, et qui conduit tout cela avec une grande douceur et prudence. Je vous dis ceci à vous, mon bon fils, pour votre consolation , afin que vous en remerciiez Xotre-Seigneur et le suppliiez continuellement de les faire toutes persévérer. Je vous prie, mon fils, écrivez-moi amplement pendant l'absence de Monseigneur et confidemment. Faites bien tous mes honneurs vers M. le prévôt1 et ces autres messieurs de Saint- Pierre2, et à tous nos autres amis et amies que vous jugerez à propos, mais tout à part au bon M. Mingon, à nos pauvres maîtres et à la chère Sœur Anne-Jacqueline [Coste], qui ne se souvient plus de me faire des recommandations; elle se contente de me bien aimer sans le dire. Mon bon et cher fils, croyez que vous êtes toujours mon cher fils, et que je suis toute vôtre en Jésus et Marie.
Frémyot.
Par hasard ce bon prêtre nous a donné l'occasion d'envoyer vos lettres, desquelles nous ne savions que faire. Le frère Adrien est fort en souci de sire Pierre. Je vous conjure qu'au plus tôt je sache des nouvelles de Monseigneur, par Chambéry ou autrement.
Conforme à l'original gardé aui Archives de la Visitation d'Annecy.
1 Louis de Sales, cousin germain du saint Évêque, et son collaborateur dans les missions du Chablais.
8 Les chanoines de la cathédrale de Genève, résidant à Annecy.