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LETTRE DCLIX

A LA MÈRE ANNE-CATHERINE DE BEAUMONT

SUPERIEURE AU PREMIER MOXASTÈRE DE PARIS

Ne pas s'empresser pour l'entrée des reines et des princesses. — Fondations proposées à Pont-à-Mousson et à Chartres. — Comment pratiquer l'article de l'instruction des séculières. — L'humilité attire de grandes grâces.

VIVE f JÉSUS !

[Annecy, 1625.J

Certes, ma fille, il ne faut pas garder de séculières dans le monastère, sinon pour des grandes et légitimes considérations, selon l'ordre des Supérieurs, excepté les fondatrices et bienfaitrices, car celles-là sont en parlie du corps de la Congrégation. Je sais bon gré à nos chères Sœurs de ne s'étonner ni empresser pour l'entrée des reines et princesses dans leur monastèrela présence du grand Roi et de la souveraine Reine du ciel nous doit tenir en une continuelle posture et contenance dévote, plus, sans comparaison, que la présence de tous les potentats de la terre. Je loue Dieu de ce que par tous nos monastères je trouve nos Sœurs fort modestes ; ce m'est une marque qu'elles se tiennent bien en la présence de Dieu.

Savez-vous bien, ma fille, que madame de Haraucourt, l'une des plus grandes dames de Lorraine, nous a envoyé un homme exprès, nous offrant une notable somme pour établir une de nos maisons (c'est au Pont-à-Mousson), sans vouloir autre condition que son entrée seule? Nous n'avons encore rien résolu, ni point donné de parole entière, car en telles affaires il est bon de ne se pas presser, toutes choses s'en disposent mieux. — Quant à vous, ma très-chère fille, je ne crois pas que vous deviez remettre votre fondation de Chartres, ains, s'il se peut, vous la devriez commencer avant le départ de Mgr dudit lieu. J'affectionne cette ville-là, à cause de la divine relique qu'elle possède, de la chemise de Notre-Dame et Maîtresse.

Quant à cette dame qui désire nos Sœurs avec surcharge de l'Office, cela ne se peut, étant contre l'Institut; mais on lui doit accorder ce qu'elle désire pour l'instruction des jeunes filles, si en la ville où elle nous veut établir il n'y a point d'Ursulines. Notre Bienheureux Père ne retrancha cet article de l'instruction des séculières, que pour ôter tout ombrage et toute jalousie, car ce saint homme aimait la paix sur toutes choses. Or, vous savez, ma fille, comme cet article se doit pratiquer; ce n'est pas en tenant des pensionnaires séculières dans la maison.

Je réponds à ma Sœur selon ma petite connaissance, qu'il faut qu'elle coupe les ailes de son esprit humain, afin qu'il n'aille pas si vite ni si haut. Hélas! quelquefois nous pensons avoir de grandes lumières de Dieu, et au bout de tout, ce n'est qu'ouvrage de notre entendement propre, et recherche de notre nature, ce que je ne dis pas pour cette chère fille, mais parce qu'il me vient ainsi en vue. Il faut que cette chère âme se tienne grandement simple et humble devant Dieu ; c'est le moyen d'assurer les grâces que nous recevons de sa Bonté, et d'en attirer de plus grandes. Je vous en souhaite autant qu'à moi-même, étant de tout mon cœur votre, etc.

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