‹ Lettres (volume 3)Chapitre 319 sur 351 · A LA MÈRE MARIE-GASPARDE D'AVISE · texte numérisé non relu

A LA MÈRE MARIE-GASPARDE D'AVISE

SUPÉRIEURE A CHAMBÉRV

1 Ile l'exhorte à exercer courageusement sa charge, et à se confier en Dieu.

vive -J- JÉSUS.'

[Rumilly, 1625.]

Vrai Dieu ! serons-nous toujours parmi les enfances? et après avoir demeuré cinq ou six ans à la Visitation à recevoir tant de solides documents, demeurerons-nous toujours dans l'exercice de l'amour de nous-mêmes? car tous vos sentiments et réflexions inutiles ne sont qu'amour-propre et non point, comme vous pensez, celles de la perfection des autres ; car si

une moins capable mille fois que vous était en votre charge, vous n'auriez point tous ces soins et tristesses ; vous n'éplucheriez point son ignorance et insuffisance, vous croiriez que puisque les Supérieurs lui auraient commis cette charge, Notre- Seigneur lui fournirait ce qui lui serait nécessaire pour y profiter. Faites-en de même pour vous , et prenez garde que tacitement vous ne détourniez la divine Providence de dessus vous, et ne censuriez ceux qui vous gouvernent de sa part. Je sais bien pourtant que votre volonté supérieure ne voudrait nullement cela; mais la tentation que vous avez vous porte à le faire. C'est pourquoi je vous supplie de retirer votre esprit de telles fantaisies, vous humiliant profondément sous la conduite du Seigneur et des supérieurs qu'il vous a donnés.

Rendez votre obéissance avec une parfaite simplicité, fidélité et allégresse ; car tandis que vous regarderez ce que vous faites et ce que l'on pense de vous, vous perdrez le temps que Dieu veut que vous employiez autour de sa bonté et de ses chères épouses. Bon Dieu! ma fille, qu'il faut bien agrandir votre courage et se déterminer pour rendre de grands services à Nôtre-Seigneur ! Il faut donc, dorénavant et sans remise, laisser à sa bonté le soin de votre perfection et de tout ce qui vous regarde, et embrasser celui de son saint service, et puis, qu'il vous emploie à ce qu'il lui plaira. Vraiment, que nous doit-il importer que l'on nous mette en la charge de directrice ou de Supérieure ? Laissons charger nos épaules de ce qu'il plaira à Dieu mettre dessus. Travaillons fidèlement et joyeusement, selon notre petit pouvoir, et nous confions qu'il fera en nous sa sainte volonté pour notre bonheur et celui des autres. C'est affaire au Maître de mettre en main de son serviteur de quoi exécuter sa volonté.

Vous direz, ma fille, que je suis bien sèche; mais aussi n'avez-vous pas tort de vous amuser après ces sentiments? Ah! certes, il ne le faut plus faire. Soyez donc joyeuse dans votre

charge, et je suis consolée. Sortez de vous-même et demeurez toute en la divine volonté. Je souhaite que vous soyez courageuse pour porter toutes les charges que l'obéissance vous imposera; tenez-vous humble et attentive à Dieu, et II vous inspirera ce que vous aurez à dire à ceux du dehors. La simplicité, la franchise, la rondeur, la bonne foi, valent mieux que toute la sapience du monde. — Votre, etc.

LETTRE DCLVIII (Inédite)

A LA MÈRE ANNE-MARIE ROSSET

ASSISTANTE A ANNECY

Il faut sacrifier ses inclinations a l'obéissance. — Support du prochain.

vive •}• jésus!

[Rumilly, 1625 ]

Je suis marrie, ma très-chère Sœur, de ce que vous manquâtes de condescendance à nos deux bonnes Sœurs, et de ce que vous avez toujours ces fortes inclinations à ces choses extérieures. Je vous prie de les mortifier, et me croyez, que l'abjection vous est plus nécessaire qu'aucune chose. Pour le reste, allez votre train, et vous contentez du bon plaisir de Dieu. Je suis fort marrie de la faute de notre Sœur N. Je vous prie, ne la heurtez point; car j'aime mieux que vous la supportiez, que de la vouloir faire plier, et qu'elle manque de soumission ; car cela la rend toujours plus abattue.

J'écris à Mgr pour notre bonne J. B. Si Tonne peut la retirer

là , nous la retirerons ici en attendant. Je salue toutes nos

Sœurs et notre bon M. Michel, de tout mon cœur, et les

amies.

Dieu soit béni!

Conforme à une copie faite sur l'original par la Mère Rosset elle-même. Archives de la Visitation d'Annecy.

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