A LA MÈRE JEANNE-MARIE COMPAIN
SUPÉRIEURE A ftVIGKON
Défaut à corriger dans sa communauté. — De l'éducation des novices. Utilité des contradictions.
VIVE -j- JÉSUS !
[Annecy, 1626.]
Ma très-chère fille,
J'adore la bonté de Dieu, et la devrais et désirerais admirer avec un profond anéantissement de moi-même, de voir qu'il ne dédaigne pas de faire tirer quelque utilité de ma chétiveté. Bénite soit donc éternellement cette bonté qui nous a fait tirer un si bon fruit de notre entrevue M
Entre les défauts de votre communauté que vous devez retrancher, l'un est cette crainte d'être reconnue défaillante, parce qu'elle est contraire à la sainte humilité qui nous est enseignée comme nous étant uniquement nécessaire, et nous dérobe l'un de ses plus précieux fruits qui est l'amour de notre propre abjection, laquelle ne peut être pratiquée plus utilement que lorsque nos défauts sont connus. Je crois que vous faites bien de continuer la conduite que vous avez commencée sur ma Sœur votre assistante. J'espère qu'avec cela on la conduira enfin où Dieu la veut, et que nous la désirons; mais, au nom de Dieu, tenez la main qu'elle fasse son devoir autour des novices, et qu'elles soient conduites à une grande douceur et générosité d'esprit, mais suavement : c'est le bonheur d'une maison religieuse que les novices soient bien élevées, et aux vérités de la foi et aux solides pratiques de leur vocation. Pour ce qui est de
1 La Mère Jeanne-Marie Compain, sœur de la Supérieure de Montferrand, s'était rendue à Lyon pour voir sainte de Chantai à son retour de Lorraine, et conférer avec elle des intérêts du monastère d'Avignon.
ma pauvre Sœur N. , je suis consolée qu'elle se tienne en son devoir envers vous. Dieu permet que ces petites tricheries lui passent par l'esprit pour l'exercer, et pour vous exercer avec elle. Mais que vous faites bien, ma très-chère fille, de regarder tout ce qui vous arrive, et ces petites peines, dans la volonté de Dieu; toutes choses grandes et petites nous viennent de cette part, car c'est un baume précieux que ce divin vouloir qui nous doit rendre toutes sortes d'événements doux et suaves.
Il y a bien de quoi se contenter, ma très-chère fille, de voir le bon succès de ces chères Sœurs N. N. qui se sont rangées à notre Institut. Je suis particulièrement comblée d'allégresse de celui de ma Sœur N. Que Dieu est bon, ma très-chère fille! Cette fille l'éprouve déjà : pour un peu de détermination et de violence qu'elle s'est faite, voilà que la douceur de Dieu lui fait goûter la suavité de sa présence et l'utilité de sa lumière. Qu'il lui fasse la grâce de la bien suivre et de s'abandonner sans réserve à sa bonté. — Ma pauvre très-chère fille, vous devez toute votre vie bénir Dieu de vous avoir retirée de l'embarras où vous avez été. Or bien, celui qui ri a pas été tenté, que sait-il, dit l'Ecriture sainte, qu'il riait été au combat? après quoi il est avisé pour éviter les périls. Je prie Dieu qu'il vous tienne toujours de sa sainte main. Cheminez humblement, mais fidèlement sous cette douce conduite.
Faites votre gouvernement avec grande charité, patience, douceur et humilité, mais dans une sainte fermeté, tâchant de toucher les âmes, et les animer au bien, et non de les abattre. Ne désirez point d'être déchargée, que quand Dieu l'ordonnera. Il soit béni! Je suis de cœur, sans réserve, votre, etc.
LETTRE DCCXL (Inédite)
A LA MÈRE MARIE-HÉLÈNE DE CHASTELLUX