A LA MÈRE MARIE-FRANÇOISE HLMDERT
SUPÉRIEURE A ÉVIAN
Ne pas se plaindre de sa pauvreté aux personnes du dehors. — Prévision pour la fondation de Resançon.
vive f jésus!
[Annecy], 6 novembre [1626].
Ma très-bonne et chère fille, Nous voici arrivée [de Lorraine], grâce à Dieu, et en bonne santé, très-désireuse de savoir comme vous faites au spirituel et au temporel, afin qu'en tout ce qui nous sera possible nous
passai en son conseil privé. Le 13 août 1G26, notre chère Mère Anne-Catherine de Beaumont alla faire la fondation avec nos Sœurs Anne-Marguerite Guérin, Claire-Marie Amaury, Claire-Madeleine de Pierre, Marie- Agnès Le Roy, Marie-Euphrosine Turpin, Marie-Monique de Saint-Von, toutes professes du premier monastère de Paris, et Jeanne-Marie de la Croix de Fésigny, professe d'Annecy. » (Histoire inédite de la fondation du deuxième monastère de Paris.)
1 Celle de Sœur Marie-Angélique de Grolée de Chàteaufort.
vous aidions; car, ma très-chère fille, tout le monde crie que vous êtes si mal et si pauvre que rien plus. Je le pense bien; mais pourtant je voudrais que ceux de dehors n'en sussent rien, ni ceux du dedans, excepté celles qui ont charge des affaires; cela nuit grandement et dégoûte les filles, et les parents de les vous donner. Dites-nous donc, à nous seule, voire besoin, et nous y donnerons tout le secours qui nous sera possible et de bon cœur.
On vous pourrait envoyer notre Sœur J. -Françoise [Copier] pour mettre un peu en train votre ménage, et d'ici à quelque temps on la pourra retirer avec encore une autre de vos Sœurs pour l'envoyer à Besançon. Cependant, celle que vous enverrez ici se dressera, s'il se peut, et me dites laquelle de vos professes vous pourriez juger propre pour Besançon; et de plus, si vous avez là quelque Sœur qui put faire votre charge de Supérieure, en cas qu'on vous voulût employer ailleurs. Mais de ce dernier point, je vous supplie de n'en rien dire; seulement, ma trèschère fille, répondez-moi avec toute franchise et confiance. — Je salue toutes nos très-chères Sœurs, que je chéris cordialement, et notre bon M. Pioton aussi, auquel je ne puis écrire pour ce coup.
Nous croyons de passer en Piémont à la fin de ce mois, et de vous envoyer d'ici là deux filles, dontl'uneest une bonne âme, et il faudra que M. Pioton se tienne prêt pour l'aller quérir. On vous fera aussi tenir ses linges [trousseau]. Voilà tout ce que mon peu de loisir me permet d'écrire, ma très-chère fille. Dieu vous comble de Lui-même! Je suis toute vôtre.
Dieu soit béni!
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE DCCXXXVI
A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE COMPAINJ
SUPÉRIEURE A MOXTFERRAXD
Remercîment des secours accordés au monastère de Riom. — Avis favorable pour la fondation de Saint-Flour. — En quoi doit consister la finesse d'une Religieuse de la Visitation. — Concession du petit Office et approbation des Constitutions. — Rapide et merveilleuse diffusion de l'Institut. — Concours toujours plus fréquent au tombeau du saint Fondateur; nombreux miracles dus à son intercession.
VIVE -j- JÉSUS !
[Annecy, 1626.]
Ma bonne et chère fille,
La grande franchise avec laquelle vous assistez spirituellement et temporellement nos chères Sœurs de Riom m'oblige tout particulièrement à chérir votre bon cœur, quoique j'en aie plusieurs autres sujets. — Je ne vois rien quedebon enlafondation que l'on vous propose à Saint-Flour; j'y remarque beaucoup de choses désirables, et une spéciale Providence de Dieu sur votre maison.
Ma chère fille, apprenez à cette bonne Sœur que toute notre finesse doit être à bien faire notre devoir, et à nous tenir humbles, nous confiant entièrement en Dieu; car sans doute II ne nous manquera jamais. Fortifiez bien nos Sœurs en ces deux points, surtout celles que vous destinez au nouvel établissement. Ce me sera une très-grande consolation si nous nous pouvons voir; maisje ne puis encore assurer la chose. Il me suffit d'espérer ce bien, en obéissant à lavoionté de Dieu que je crois le vouloir, età celle de Mgrde Genève qui m'a aussi signifié le désirer.
Nous avons reçu notre Bulle pour le petit Office à perpétuité. Nous avons aussi l'approbation de nos Constitutions avec ordonnance de service, de même à perpétuité. Il ne faut rien que cela pour s'établir par tout le monde; et, quand nous ne l'aurions pas obtenu , il n'y avait plus de difficulté en nos affaires
étant reçues du Roi et du parlement de Paris, et établies dans les principales villes de France. Nul de Messeigneurs nos prélats ne fait la moindre ombre de difficulté de nous recevoir. Bénissons Dieu, ma fille, qui a fait sortir un si grand arbre d'un petit grain de moutarde; je veux dire, d'un si petit commencement, une Congrégation qui se va étendant partout.
Bénissons encore sa Bonté qui manifeste notre saint Fondateur partant de merveilles. Il faut tirer de bonnes attestations des miracles que vous m'écrivez : la conversion du huguenot est surtout signalée. C'est chose ravissante d'ouïr réciter les grâces que Dieu fait partout par l'intercession de ce sien fidèle serviteur. Il ne se peut dire le grand concours qu'il y a à son sépulcre de toutes parts et des pays étrangers. Encore à l'heure que je vous écris, il y a un abbé et quelques ecclésiastiques et religieux de Suisse, qui sont venus rendre grâces de quelques miracles signalés faits par l'intercession de ce Bienheureux. Cela doit redoubler notre soin et affection à la pratique des enseignements qu'il nous a laissés.
Je vous sais bon gré, ma chère fille, de vous résoudre à bâtir; car, outre la commodité temporelle, il y a une grande utilité pour le spirituel, dont une once de profit, s'il faut ainsi dire, vaut mieux que cent millions de livres de profit temporel. — Je suis en peine aussi bien que vous de l'extrême pauvreté de notre monastère de N! Ce ne fut jamais par mon avis que cette fondation fut faite, et je ne sais comme quoi on la pourra maintenir; car de faire des quêtes par nos maisons pour cela, c'est de quoi je n'ai pas le courage, sachant que presque tous nos monastères sont pauvres ; et ceux qui sont le mieux rentes ont bien de la peine à rouler à cause de la misère du temps, et de la peine que l'on a d'être payé.
LETTRE DCCXXXVII
A LA MÉKE MARIE-ADRIENXE FICHET
SUPÉRIEURE A RUMILLV
Affaires matérielles. — Chois d'un confesseur.
[Annecy, i6'26.J
[Les premières lignes manquent dans l'original,] Vous ne devez vous étonner des larmes de la pauvre Sœur Bernarde: elle a raison de pleurer ses parents, qui sont très-bons. Nous en avons eu céans qui ont bien fait comme cela; mais les larmes sont sitôt taries. — Il n'est pas encore nécessaire de rehausser vos murailles, puisque le maître n'y est pas, et il vous faut faire votre puits dans votrejardin, parceque ce seraunjourune cour; mais rien ne presse, puisque vous n'avez pas le maître maçon.
Vous verrez le Révérend Père Bertrand qui recevra vos confessions annuelles, ou, s'il manque, notre chère Mère [de ChàtelJ vous enverra M. Michel. — Ne vous étonnez pas si vous ne pouvez trouver l'emprunt que vous désirez. Dieu vous aidera; il faut avoir patience; en tout commencement il faut souffrir. Nous avons passé obligation en votre nom de onze cents florins avec le père de ma Sœur Marie-Marguerite. M. Ducrest a reçu l'obligation, laquelle il vous faut retirer. On a prié M. de Sauvigny de faire la charité de prendre soin de cette affaire.
[De la main de la Sainte.] Ma très-chère fille, ni Mgr, ni moi, ne serons point marris que vous changiez de confesseur; mais il désire d'aller faire un tour à Rumilly pour accommoder cela; car, si vous considérez la chose, vous verrez qu'elle mérite la conduite d'une grande discrétion, tant pour vous que pourM. B. et enco?-e pour M. le curé. Il faut craindre de faire chose qui donne sujet de mauvaise intelligence entre M. le curé et AI. B. Il faut donc manier ceci avec grande discrétion; parlez-en avec
ma Sœur de la Fléchère. Le prétexte de la trop grande pension et de votre pauvreté est le meilleur; mais il faut conduire le tout fort discrètement, afin de n'offenser ni fâcher personne. Au reste, ma très-chère fille, toutes ces aversions de N. N. à M. B., qui est homme de si grande piété, n'ont point un bon motif; tout cela sent fort l'esprit humain, imparfait et éloigné de la vraie charité. Je les supplie de s'en redresser, et tenir cela pour une dangereuse tentation; affranchissez leur esprit de ce mal, ma très-chère fille, et ne cherchons que Dieu très-simplement. Sa Bonté soit éternellement bénie, et vous comble de ses grâces, toutes, toutes, ma très-chère fille, et mes deux trèschères Sœurs.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE DCCXXXVIII
A LA SOEUR ANNE-MARIE DE LAGE DE PUYLAURENS
ASSISTANTE ET MAITRESSE DES NOVICES, A DOIRGES
Lue Religieuse doit toujours agir selon la Règle écrite, et être unie à la Règle vivante, qui est la Supérieure. — La timidité procède souvent de l'amour-propre. — L'exacte observance est la voie sûre de la plus haute perfection.
vive f jésus!
[Annecy, 1626.]
Ma très-chère fille,
Dieu vous a bien favorisée de vous donner sa sainte lumière, et la force de vous tirer de la dangereuse tentation que vous avez eue contre votre tant bonne et vertueuse Mère. L'esprit malin a fait cela; il voudrait par celte désunion vous renverser toutes deux; Dieu soit béni qui vous a délivrée de ce mal ! Gardez-vous bien, ma très-chère fille, d'y retomber jamais; et vous tenez toujours et invariablement unie à votre Règle écrite , et à la vivante, qui est votre Supérieure. Car, encore peut-être que
Dieu permettrait que vous en eussiez quelqu'une fort imparfaite, tenez-vous ferme là; l'Esprit de Dieu y est pour vous, et n'y devez regarder autre chose; assurément, jamais II ne vous manquera par cette voie, si vous êtes fidèle à votre devoir.
Cela est vrai, ma très-chère fille, que votre timidité procède d'amour-propre; et pour Dieu, surmontez vos inclinations et vivez, comme dit votre Règle, selon la raison et la volonté de Dieu. Si vous-même ne vous déterminez sur cela, personne ne vous y peut aider; l'on vous peut dire ce qu'il faut que vous fassiez, mais personne ne le fera pour vous. Bon courage donc, ma très-chère fille; Dieu requiert cela de vous, et vous appelle à une haute perfection. Correspondez fidèlement par l'exacte observance de votre Institut, car c'est votre vraie voie, et l'unique chemin par où vous y pourrez parvenir, et cela avec une sainte ferveur d'esprit tout humble, douce et simple.
Je suis consolée que vous ayez retranché vos réflexions, et que vous êtes plus tranquille au désir de votre avancement; ces empressements ne viennent que d'amour-propre ; gardez-vousen toujours, je vous prie, et vous habituez fort à regarder la volonté de Dieu en toutes choses pour vous y unir. — On n'a rien du tout changé au Cérémonial. Vous pouvez faire tirer du Coutumier le Directoire spirituel, s'entend ce qui est propre à vos Sœurs novices que je salue très-chèrement avec vous, que mon âme chérit d'un amour spécial et cordial, et vous conjure d'être cordiale et généreuse.
Dieu soit béni!
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Poitiers.
LETTRE DCCXXXIX