‹ Lettres (volume 3)Chapitre 345 sur 351 · A LA SOEUR ANNE-LOUISE DESPORTES · texte numérisé non relu

A LA SOEUR ANNE-LOUISE DESPORTES

ASSISTANTE A Él'IAN

Je l'eusse bien désiré de vous voir, ma chère fille , mais il n'a pas été possible. Je ne doute nullement que vous ne me continuiez votre chère dilection, et je vous en prie surtout devant Dieu, que je bénis de la résolution qu'il vous donne de le servir selon son bon plaisir et la raison, et non selon les inclinations delà nature; tenez ferme en cette pratique...

Conforme à une copie gardée à la Visitation de Thonon.

LETTRE DCCXLII

A MONSIEUR MICHEL FAVRE

CONFESSEUR DES RELIGIEUSES DE LA VISITATION d' ANNECY , A IIU.MILLY '

Le cordial support doit reluire en une Supérieure.

VIVE f JESUS !

[Annecy, 1626.]

[Les premières lignes manquent dans l'original.] Or, je loue Dieu du bon courage de nos filles : votre témoignage m'en vaut quatre, tant j'ai de confiance en vous. Mais, mon cher Père, vous m'eussiez fait un grand plaisir de me dire clairement et brièvement ce que vous me dites, qu'il est besoin que Mgr et moi sachions avant que rien changer; car si bien l'on m'écrit tout plein de choses, je n'y fais pas si grand fondement que sur ce que vous me diriez; je vous prie donc que ce qui se pourra vous me le mandiez. Croyez que ce n'est pas peu que d'être en charge parmi tant d'esprits, lesquels prennent licence d'examiner; il faut être bien ferrée pour n'avoir rien à redire. Il faut,

1 M. Michel Favrë était allé à Rumilly, connue l'indique une lettre précédente, pour recevoir les confessions annuelles des Religieuses.

et je vous en prie, inculquer le retranchement des légèretés, et que l'on prenne une douce gravité avec une modestie rabaissée, car cela est plus nécessaire pour une Supérieure qu'il ne se peut dire, avec le cordial support. Seigneur Jésus! mon très-cher fils, que c'est une chose importante que ce support : l'on fait plus par là qu'il ne se peut dire.

Je vous prie, assurez notre bon M. N, comme si j'étais sa sœur. Dieu le remplisse de ses bénédictions et enfin tous nos amis et la N.... avec les autres que je ne puis nommer.

Souvenez-vous de notre défi de la simplicité; ici je l'ai tiré avec notre glorieux saint Joseph. Mais souvenez-vous aussi de faire le recueil que je vous ai tant prié, des beaux traits de la divine Providence ; car, voyez-vous, il n'y a rien de tel que se jeter là et y demeurer en la façon qu'il lui plaît de nous y tenir. C'est mon amour et mon désir incomparable. Vous savez ce que je vous suis, certes, toute vôtre en Notre-Seigneur.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE DCCXLIII {Inédité)

A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE BLOXAY

SUPKIUEUIIE A LVOX

Les Religieuses non réformées ne peuvent entrer dans le monastère. — Conseils pour la maison de Paray. — Projet d'un voyage en Piémont; désir de visiter au retour les monastères de France.

VIVE y JKSls!

[Annecy], 22 novembre [16-26j.

Je ne vous dirai maintenant, ma très-chère fille, comme je fais; il n'y a pas moyen , ni ce qu'on me fait, qui est plus que je ne mérite. Un jour, nous dirons tout, Dieu aidant. Voilà donc le bon Père Arnoux content. Mgr de Genève lui écrit. Il a fait grande difficulté d'approuver celle réception , mais il a vu

qu'il n'y avait moyen de s'en excuser, les choses ayant été conduites comme elles l'ont été. Certes, ma très-chère fille, je trouve que M. de N*** est trop libre à [accorder] ces licences pour [l'entrée de] ces dames qui ne sont réformées; notre Bienheureux Père ne les eût pas données; cela est contre le Concile, puisque tout à fait elles ne sont ni utiles ni nécessaires.

Au reste, je suis bien assez inconsidérée pour avoir dit à ce bon monsieur-là ce que vous m'écrivez de Paray; toutefois, je n'en ai nulle mémoire. S'il est vrai, j'ai tort, et vous supplie me le pardonner. J'écrirai à Mgr d'Autun. Mais, mon Dieu, ma très-chère fille, ne donnez pas encore les fonds des dots des Sœurs que vous enverrez, mais seulement leurs pensions; car, voyez-vous, avant que de faire là un plus grand établissement, il faut être assurée de celui de la mission des Jésuites, et bien considérer le lieu où sont ces pauvres Sœurs; car il m'est avis que difficilement on aura de la place là pour bâtir un monastère; mais vous pourrez avec le temps envoyer là quelque homme d'esprit et fidèle pour visiter le lieu , et je prie Dieu de faire connaître sa sainte volonté afin que nous la suivions. Enfin demeurons en repos, nous confiant que sa Providence en tirera sa gloire.

Hélas! ma vraie fille, je voudrais bien, selon la nature, ne point aller en Piémont; mais de bon cœur j'obéirai, n'y contribuant que mes soumissions , non plus qu'à y mettre notre chère Sœur de Dijon. Ne laissez pas de bien dresser notre chère Sœur [M. -Elisabeth]. Je résous de parler nettement à Mgr de voir nos maisons au retour du Piémont, qui sera en mars, Dieu aidant, au cas que nous y allions, comme je le crois. — M. Michel [Faire] répondra pour l'Office. Nous faisons transcrire le Coutumier ; il sera bon d'imprimer tout ensemble. Je vous l'enverrai au plus tôt, Dieu aidant. — Je vois dans votre lettre la joie que vous avez de ce que nos bonnes Sœurs ont été satisfaites de moi; c'est l'amour filial qui fait cela en votre cœur. v. 41

Pourvu que Dieu soit satisfait, mon Dieu, que ce sera bien prou !

Certes, le cœur me fait mal de ce que vous m'écrivez de M. le prieur l, qui est tant bon. C'est la vérité que ce bon prélat est grandement fort et absolu ; je lui en dirai mon sentiment. Je le lui ai dit ce matin touchant de revoir nos maisons, et comme c'est l'avis de toutes nos Mères. Il l'a approuvé sans nulle difficulté. Ce sera donc, Dieu aidant, pour le retour du Piémont; que si cette fondation est différée, nous commencerions au premier beau temps. Dieu accomplisse en tout son bon plaisir ; c'est tout mon désir, nonobstant ma misère.

Je parlai hier à Mgr de revoir nos maisons. Je lui dis les sentiments des Mères et le mien; il l'approuva et le juge bien nécessaire, si Dieu me donne santé; mais n'en faites guère de bruit.

Ma chère fille , ne faites pas fermer la lettre de cette présidente ; mais faites faire un petit paquet d'elle, et de celle de notre Sœur la Supérieure de Blois. — Voilà lescahiers de l'Office; j'en dis mon opinion; voyez-les. Je serais bien aise qu'ils s'impriment bientôt. Dieu soit béni ! Bonjour, ma très-chère fille.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d' Annecy.

* Frère de la Mère de ttlonay, curé d'Evian.

LETTRE DCCXLIV {Inédite)

A LA MÈRE ANNE-CATHERINE DE BEAUMONT

SUPÉRIEURE AU PREMIER MONASTÈRE DE PARI8

Regarder Dieu plutôt que ses divines opérations. — La Sainte est élue Supérieure à Orléans. — Prochain voyage en France. — La Règle ne permet pas de gouverner deux monastères à la fois. — Impression du Coutumier.

vive •{• résus!

Annecy, 22 novembre 1626,

Tout ce que vous me dites de votre chère àtne, qui est si précieuse à la mienne, n'est que bon; faites le moins de vues sur vous-même qu'il vous sera possible; mais arrêtez simplement votre esprit en Dieu, regardant plus sa bonté que son opération : voilà , ma très-chère fille , ce que je vous puis dire en attendant que nous nous revoyions, si c'est le bon plaisir de Dieu. J'y ai trouvé Mgr de Genève tout disposé, tant sur les continuelles prières que nos maisons lui en font, qui disent en avoir tant de besoin, qu'à cause de l'élection que l'on a faite à Orléans de nous pour Supérieure l; Non qu'il veuille que j'accepte , car je ne le pourrais aussi; mais puisque cela est, il juge à propos que j'y aille, si Dieu me donne la vie, pour une couple de mois , et y faire élire une Supérieure ; cela sera aussi

1 Les six ans de supériorité de la Mère Joly de la Roche étant expirés en automne 1626, les Sœurs d'Orléans, d'une commune voix, choisirent pour lui succéder la Vénérable Mère de Chantai. — Les anciens historiens qui placent cette élection soit à l'Ascension de 1626, soit à l'Ascension de 1627, se sont donc également trompés, comme il est facile de le prouver par les raisons suivantes : 1° Elle n'a pas eu lieu à l'Ascension de 1626, puisque, le 3 novembre, sainte de Chantai, l'ignorant encore, parait prèle à condescendre au désir de la Mère de Beaumont qui la priait d'accepter le gouvernement du second monastère de Paris [voir la lettrehCCXXXlV) . Elle ne se lit non plus en mai 1627, puisque, le 22 novembre 1626, la Bienheureuse Fondatrice en parle, mais comme d'un fait tout récemment accompli, ce qui s'accorde parfaitement avec une lettre de la Mère Joly de la Roche, en

un grand et spécieux prétexte pour voir les autres maisons qui le désireraient. Mais, ma très-chère fille, il faut parler de tout cela fort sagement, afin qu'il soit approuvé et que Dieu en soit loué de tout.

Pour ce qui est de l'élection d'une Supérieure au premier monastère de Paris, la chose est nécessaire et très-importante ; que si vos Supérieurs ne le voulaient agréer , il faudrait que vous y retournassiez et en mettre une au dernier couvent ; car déjà l'on censure de ce que cela n'ait pas été fait dès le commencement; mais je m'assure qu'ils seront bien aises que vous soyez Supérieure du dernier, afin de vous garder plus longtemps ' . Néanmoins , ma très-chère fille , c'est une chose trèsjuste et d'édification qu'en [attendant] que l'Ascension vienne, vous demeuriez au couvent premier , dont vous êtes légitime Supérieure par élection , le plus qu'il sera possible, car la famille est grande et lui est besoin de la présence de sa Supérieure. Je vous prie donc, ma très-chère fille, de le faire ainsi, tant qu'il se pourra. Je vous dis toujours mes petits sentiments , car je sais qu'ils sont bien reçus de vous j mais je n'ai pas mémoire que vous m'ayez rien écrit de celle que vous avez dressée, et

date du 10 novembre 1626. Dans cette lettre, dont l'autographe se conservé au premier monastère d'Annecy, elle témoigne sa joie de î'êlection de la Sainle, son espoir de la voir bientôt à Orléans, et lui offre de subvenir aux frais du voyage. Toutefois, Mgr de Genève s'opposa formellement à ce tjuë sainte Jeanne-Françoise se rendit aux vœux de cette communauté, jugeant, d'après l'intention de son illustre prédécesseur et frère, que pour être plus à même de secourir toutes les maisons de l'Ordre, elle ne devait s'attacher à la conduite particulière d'aucune, si ce n'est à celle d'Annecy. Il fut décidé cependant qu'elle irait séjourner quelque temps à Orléans et faire procéder à une nouvelle élection. Le départ, remis d'abord à cause d'un projet de fondation en Piémont, retardé encore par les affaires de la béatification de saint François de Sales, ne s'effectua qu'en septembre 1627.

1 Après avoir achevé la fondation du second monastère de Paris, la Mère de Beaumont y était demeurée en qualité de Supérieure, et continuait en même temps à gouverner le premier monastère.

que vous jugez la plus propre à celte charge. Il me semble que gi notre Sœur Hélène-Angélique [Lhuillier] est goûtée , elle serait fort au goût de ceux de dehors : à ce défaut, je ne sais si vous en avez aucune qui puisse bien satisfaire. Je vous prie de me mander vos pensées là-dessus; car cette maison étant de si grande importance, il y faut une maîtresse supérieure. J'avais pensé, au défaut de notre Sœur Hélène-Angélique, que si ma Sœur la Supérieure d'Orléans reprenait de la santé, elle y serait excellente. Je confesse que celte maison-là me tient un peu en souci; j'en remets toutefois le soin à Dieu, et ferons ce que nous pourrons.

Pour ce qui est de la béatification de notre Bienheureux Père, quand les deux mille écus que nous fournirons se diminueront, nous verrons par après de quoi l'on aura besoin, et toujours nos maisons, celles de Lyon et Orléans, trouveront assez promptement de l'argent; bref, nous ferons ce que nous pourrons toutes. — Nous allons faire imprimer notre Coutumier et les Règles; renvoyez-moi les corrections. Mgr de Genève trouve bon que nous fassions aussi imprimer à part tout ce que nous avons à dire pour l'Office. — Nous attendons qu'on envoie des Sœurs en Piémont; si elles viennent, il est résolu que c'est pour deux ou trois mois. Dieu fasse en tout son bon plaisir. — Bonjour, ma très-chère fille , et à toutes nos Sœurs et au bon M. Vincent. Je prie Dieu de nous rendre toutes siennes. Amen.

Si Mgr de Châlon est à Paris, je vous supplie de le saluer très-humblement de notre part, et notre très-digne archevêque ; dites-lui qu'on m'avertit de bonne part pour lui dire qu'il ne doit pas faire aller à Châlon la mère de la Sœur qui est restée à Orléans; qu'il s'enquière de notre Sœur la Supérieure de là, qui lui en dira les raisons véritablement.

Dieu soit béni !

Conforme à une copie de l'original garde! à la Visitation de Toulouse.

LETTRE DCCXLV

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