A MONSIEUR LE BARON DE CHANTAL
SOX FILS
Elle lui recommande la patience dans une maladie, et le presse d'aspirer souvent à la bienheureuse éternité.
vive f jésus!
Il me tarde infiniment de savoir de vos nouvelles ; je ne puis m'empêcher d'en être en peine, à cause de l'incommodité qui vous travaille , que je ressens dans mon cœur, et j'aurais moins de peine de la souffrir en mon corps, le désirant pour votre soulagement, si c'était le bon plaisir de Dieu. Croyez, mon très-cher fils, que Dieu ne vous envoie ces douleurs que pour le profit de votre âme. Portez-les le plus doucement et patiemment qu'il vous sera possible, afin que par ce moyen elles vous aident à gagner le ciel. Les travaux de cette vie passent bientôt, et la félicité de celle que nous attendons est éternelle. Aspirez bien souvent à cette bienheureuse patrie , je vous en conjure, mon très-cher fils uniquement aimé de mon âme, et, tant qu'il vous sera possible, n'avalez point les eaux de la mer tempétueuse de ce monde, sur laquelle votre condition vous oblige de voguer; mais buvez souvent les eaux salutaires de la divine grâce , vous adressant en tous vos besoins à la source de miséricorde avec un amour et confiance toute filiale. Aimez souverainement, et craignez de déplaire à cette immense Bonté qui seule peut vous rendre bien heureux en cette vie et en l'autre. Je la supplie de vous combler de ses plus riches grâces ; c'est le souhait continuel de celle qui vous aime et vous chérit uniquement. Voire bonne mère incomparable en affection.
LETTRE DCCXLVI (Inédite)