‹ Lettres (volume 3)Chapitre 349 sur 351 · MONSEIGNEUR TRÈS-CHÈREMENT HOXORÉ · texte numérisé non relu

MONSEIGNEUR TRÈS-CHÈREMENT HOXORÉ

L'approche de celte grande et digne fête de Noël réveille en mon cœur mille souhaits de saintes bénédictions pour le vôtre très-cher, afin que le divin Enfant, qui a fait avec tant d'amour une si grande naissance dans votre bénite àme, y fasse journellement ses accroissements en toutes saintes vertus. Et pour cela, mon très-cher seigneur, je me réjouis de la sainle résolution que vous avez faite de vous retirer de la cour. Certes, ce tracaslà est meshui incompatible avec les sentiments que notre bon Dieu vous continue, et dont un brin vaut mieux que cent mille livres de l'honneur du monde, la vanité duquel, en ses espérances, nous a été si sensible en la mort de notre feu Mgr de Lyon '. Oh Dieu! mon très-cher seigneur, avec quelle Certitude cela, et mille autres tels exemples, nous fait toucher le néant des choses de cette vie ! Il n'y a rien que Dieu [qui soit] digne d'occuper nos affections et de rassasier nos espérances; il faut

1 Le cardinal-archevêque Denys-Simon de Marqucmonl, décédé à Rome le 16 septembre.

656 LETTRES DE SAIXTE CHAXTAL.

véritablement et tout de bon rester dans les biens véritables de la permanente et très-heureuse éternité ! Voilà mon continuel désir, pour vous comme pour moi, Dieu me faisant désirer votre salut comme le mien propre, par la sacrée union qu'il a faite de nos cœurs en son divin amour. Conservez-la bien de votre côté, mon très-cher seigneur, et que nos prières nous soient toujours communes, je vous en conjure. Je ne communie point sans vous; enfin, je vous porte en toutes mes chétives prières, toujours au milieu de mon cœur, respirant pour vous comme pour moi le salut éternel. Dieu me donne une si grande tendresse et sentiment d'amour pour vous, que je ne saurais l'ex^ primer; il n'en est pas aussi besoin.

Au reste , nous avons ici notre grande et si chère fille [la Mère Favre]. L'on nous avait si fort pressées pour passer en Piémont devant les neiges que cela nous la fit précipiter en son départ; et maintenant je ne pense pas, puisque nous sommes si avant en l'hiver, qu'il ne faille attendre le printemps. L'on fait ce que l'on peut pour m'exempler de ce voyage, comme aussi, en vérité, je serai inutile puisque ma Sœur y va.

Au reste, nous avons aussi une bonne mortification du retardement de la venue du bon Père dom Juste. Ils l'ont fait provincial de leur Ordre, de sorte que je crains qu'il ne puisse venir qu'au printemps, et, par ce moyen, que les affaires de notre Bienheureux Père soient d'autant retardées, car il faut que, comme procureur, il soit présent à l'ouverture des commissions et du procès. C'est pour cela que l'on ne peut rien faire niavancer cette bénite œuvre, ce dont je suis bien marrie; mais en tout il faut prendre patience et bénir Dieu. II nous ôle ce grand et universel commissaire deçà les monts; mais cela pourtant né vous nécessitera pas d'aller partout, ains seulement ici et èâ autres lieux qui vous seront commodes, parce qu'on â obtenu qu'à Paris, Bourges, Orléans, et encore en trois ou quatre autres villes, les prélats ou grands vicaires soient commis dans leurs

évêchés; de sorte, mon très-cher seigneur, qu'il y aura beaucoup moins de tracas pour vous que nous ne pensions.

Je suis un peu mortifiée de l'impertinence que je vous écrivis dernièrement. Je ne voudrais pas qu'on la sût, sinon vous, qui la prendrez de ma simplicité et confiance. Je vous prie, mon trèscher seigneur, aimez encore toujours quelquefois nos bonnes Sœurs de Dijon. La Mère [Michel] que nous y envoyons est bien différente pour l'extérieur de notre grande fille; mais, certes, elle est très-sage et capable du gouvernement qu'on lui commet. Et je prie Dieu qu'il nous tienne dans le sein de sa divine protection pour nous y combler de toutes grâces. Je suis sans fin, de tout mon cœur, mon très-honoré seigneur, votre très-humble et très-obéissante fille et servante en Notre-Seigneur.

[P. S.] Le bon M. le curé de Rumilly a pensé mourir ces jours passés; et, à ce sujet, Mgr de Genève me commanda de vous supplier de vous ressouvenir de la prière qu'il vous avait faite pour telle occasion, et de ce que vous lui en avez promis. Je ne sais s'il vous écrira; mais je sais bien qu'il vous honore excellement , et messieurs ses frères, et se réjouissent bien de vous voir et de vous faire bonne chère. L'on avait déjà marqué votre logis , mais il faut patienter.

LETTRE DCCLII

A LA MÈRE MARIE-ADRIENXE FICIIET

SUPÉRIEURE A RUMILLY

Elle lui recommande la douceur qui gagne les cœurs et édifie le prochain.

vive -J- JÉSUS !

[Annecy, 1626.]

Pour Dieu, ma très-chère fille, n'ouvrez point la porte de votre cœur à toutes les tentations que le diable vous présente v. 42

pour vous troubler, et divertir par ce moyen iTolre esprit de l'allenlion que vous devez avoir à l'éducation de ces chères petites âmes que Dieu commet à votre soin, ou du moins pour vous empêcher de le faire avec la douceur et suavité d'esprit qui vous est uniquement nécessaire pour le bien de votre famille, et pour la bonne édification de ceux de dehors. Au nom de Dieu, tenez la pointe de votre esprit en Dieu et travaillez comme cela, sans regarder vos attaques.

Je suis fort marrie de toutes ces petites reparties que l'on fait, quand on dit que l'on ne vous aime pas. Il ne faut pas dire cela aux filles; car outre que cela n'est pas (ou bien le cœur du peuple serait bien changé dès mon départ), s'il l'était, il faudrait en profiter par humilité , et tâcher par douceur , par suavité, bonté et modestie , de regagner les cœurs , et, pour l'amour de notre doux Sauveur, je vous conjure de le faire et toutes nos Sœurs. Cela est important, à ce commencement, de se mettre en bonne odeur par la douceur et affabilité franche , cordiale et dévote, et non affectée. Ma pauvre très-chère fille, mon âme vous conjure de vous appliquer à ceci soigneusement pour la gloire de Dieu, pour votre bonheur, pour l'honneur de notre saint Père, et de tout l'Institut qui ne doit respirer qu'humilité, douceur, suavité, modestie et piété, en telle sorte que la bonne odeur de votre conversation édifie le prochain. Je conjure nos Sœurs de ceci , et de vivre selon l'esprit de notre saint Père, et non selon celui de la nature et de l'amour-propre.

Supportez M. Billet. Dieu découvrira quelque moyen de remédiera cela. Ma fille, mon âme vous chérit fortement et vous souhaite l'esprit du petit Jésus. Qu'il soit bénil Amen.

Conforme à l'original gardé aui Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE DCCLIII

A L'INFANTE CATHERINE DE SAVOIE ' Remercîments pour la protection accordée aux monastères de la Visitation.

VIVE f JÉSUS !

Madame,

Bénite soit la bonté de Notre-Seigneur qui a donné à Votre Altesse Sérénissime la sainte affection de nous protéger, en l'affaire de l'affranchissement des biens nécessaires à l'entretien de nos familles [religieuses], laquelle, bien que très-juste, avait grand besoin d'être appuyée de votre zèle et autorité. Ce bienfait acquiert un si grand repos à nos maisons qui sont dans ses Etats, que nous désirerions de tous nos cœurs d'en pouvoir rendre à Votre Altesse Sérénissime les très-humbles remercîments que nous lui en devons; mais, Madame, nous trouvant dans l'impuissance, nous nous prosternons aux pieds de Votre bonté , lui offrant en toute humilité notre petitesse avec toute l'affection et soumission de nos cœurs, pour lui rendre à jamais une entière obéissance, avec nos vœux et prières continuelles à la souveraine Majesté de notre bon Dieu, afin qu'il Lui plaise de conserver Votre royale personne, et la combler de ses plus riches faveurs; demeurant, Madame, de Votre Altesse Sérénissime, la très-humble, etc.

1 Françoise-Catherine de Savoie, fille du duc Charles-Emmanuel et de Catherine d'Autriche, naquit en 1595. Agrégée au Tiers Ordre de saint François d'Assise, elle donna à la cour le spectacle d'une vie toute sainte, et mourut en 1641. Celte pieuse princesse honorait d'une protection toute spéciale l'Institut de la Visitation, et professait la plus grande vénération pour la Bienheureuse Mère de Chantai.

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