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A LA MÈRE MARIE-CONSTANCE DE RRESSAND

SUPÉRIEURE A MOULIXS

Conseils au sujet de la Sœur de Morvillc.

VIVE -J- JESUS

[Annecy], 10 décembre [1626],

Quel sujet de bénir Dieu que celui de la guérison spirituelle de cette pauvre petite Sœur NI... ! Souvenez-vous de ce que je vous en écrivis à Lyon, car il me vint un grand doute qu'il n'y eût de l'artifice. Oh I Dieu soit loué, qui avait réservé cette cure à son digne et véritablement très-humble serviteur,

J'ai peine à vous conseiller de donner à notre Sœur Marie- Aimée [deMorville] la charge de l'économie, surtout parce que ce n'est pas l'avis de ce très-vertueux et bon Père. Je crois pourtant qu'un peu d'emploi lui serait tout à fait utile et quasi nécessaire. Je ne craindrais pas tant son irrégularité de mœurs et d'observance (car il m'est avis que les Sœurs ne doivent plus y prendre garde) que la liberté et les occasions que cette charge donne de communiquer dehors ; toutefois, si les Sœurs tourières sont loyales, la portière a tort de la faire assister au parloir, comme l'on a jugé qu'il fallait le faire, et ne les exempter de la règle; je crois qu'elle ne ferait pas grand mal. Si elle a

1 Les procédures pour la béatification de saint François de Sales allaient

bientôt commencer, et la Sainte devait être appelée à déposer devant les

commissaires apostoliques sur les vertus et les miracles de son Bienheureux Père.

envie de bien faire, cette charge lui aidera fort; mais si son esprit est toujours plein de desseins , elle ne la désire que pour penser mieux faire ses pratiques. Au bout, lui donnant une bonne assistante , l'on connaîtra bientôt de quel pied elle marchera; si elle fait bien, tant mieux ; si elle fait mal, on lui ôtera. Je soumets cette opinion à celle du Révérend Père , que je crois avoir l'esprit de Dieu , et à vous, ma très-chère fille, qui connaissez son état présent.

L'on fait tout ce que l'on peut pour m'exempter du voyage de Piémont ; nous en attendons les finales résolutions dans quelques jours, et du temps qu'il faudra partir. L'hiver s'avance, et la montagne se charge de tant de neige, que peut-être passerait-on ici jusqu'après janvier. Nous attendons lundi notre Sœur [Favre] , Supérieure de Dijon, laquelle est destinée là. Notre Sœur [Michel] l, Supérieure de Belley, a été élue en sa place , et une des Sœurs d'ici sera Supérieure à Belley. Voilà nos petites nouvelles. Une autre fois, nous parlerons du temps de vous aller voir. Certes, ma très-chère fille, je le désire autant que vous , surtout que j'y puisse rencontrer notre digne et trèsbon Père Binet. Je le salue cordialement et me réjouis de la sainte consolation et assistance que vous en recevez. Je salue toutes nos Sœurs.

Dieu soit béni!

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Voiron.

1 Voir la note de la lettre DCCCXXVIJI.

LETTRE DCCXLVIII (Inédite)

A LA MÈRE ANNE-CATHERINE DE BEAUMONT

SUPÉRIEURE AU PREMIER MONASTÈRE RE PARIS

Désir que la Sœur H. A. Lhuillier soit élue Supérieure au premier monastère

de Paris.

Annecy, 12 décembre 1626.

VIVK f JÉSUS !

MA TflÈS-CHÈRE FILLE,

Si les parents de notre Sœur Marie-Aimée [de Morville] continuent à la gouverner, comme vous m'écrivez qu'ils l'ont fait sur ses propositions, infailliblement elle se déterminera à mieux faire, et je vous prie d'obtenir d'eux cela, et qu'ils s'assurent qu'elle n'aura jamais sujet de notre part de se mécontenter de nous, moyennant la grâce de Dieu.

Je suis très-marrie de l'accident arrivé à votre pauvre petite novice , je prie Dieu la guérir et la conserver. — Au reste , ma très-chère fille , il faut que je vous dise, selon ma confiance ordinaire , que je crois que notre Sœur Hélène-Angélique [Lhuillier] serait plus propre à vous succéder qu'aucune que vous ayez, en cas qu'elle ne soit pas déchue, comme je le crois, de ce que l'on m'a dit d'elle et de ce que vous m'avez dit et écrit, et me semble que nous l'avions, vous et moi, toujours regardée pour cela. Je ne sais pas si vous aurez pensé à la mettre en crédit parmi les Sœurs pour cette fin; mais je crois bien que si vous l'avez fait, elle donnerait une plus universelle satisfaction dedans, et surtout dehors, à quoi il faut avoir un grand égard pour mille raisons dont faisait état notre Bienheureux Père. Or, je pense que si vous ne l'avez désignée à cela, il serait encore assez temps pour la mettre en estime parmi les Sœurs, par celle que vous leur témoignerez d'en avoir, et en ce cas il faudrait la mettre assistante cette année , pour l'introduire insensiblement dans les cœurs des Sœurs et de ceux de dehors. Voilà mon sen-

timent, que j'ai été sollicitée intérieurement de vous dire; je le soumets au vôtre et surtout à la Providence divine, que je supplie de conduire cette affaire comme très-importante à sa gloire et à notre Institut. Je le sais bien, à cause que je sais ce que c'est que Paris.

Vous ne m'avez rien répondu sur la proposition de notre Sœur Claude-Agnès [Joly de la Roche]; si elle était forte de santé , certes, ma très-chère fille, il la faudrait là, je le sens bien ; mais je ne pense pas qu'elle puisse longuement vivre. Voilà, ma très-chère fille, comme en toute confiance je vous dis mes sentiments, que je soumets derechef à Dieu et à vous. Je supplie celte infinie Bonté de vous combler de ses grâces. Je suis de tout mon cœur toujours plus vôtre, et à nos chères Sœurs que je salue avec les amis.

Dieu soit béni!

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Toulouse,

LETTRE DCCXLIX

A LA MERE MARIE-HÉLÈNE DE GHASTELLUX

SUPÉRIEURE A AUTUN

Emplacement du monastère d'Autun. — Conduite à tenir à l'égard de diverses personnes. — Prochain voyage en Piémont,

VIVE -}• JÉSUS.'

[Annecy], 12 décembro 1626.

[De la main d'une secrétaire.] Mon Dieu , ma très-chère fille, que j'ai été touchée de la mort de M. Grimont ! Vous ne sauriez croire combien mon cœur l'a ressentie; mais enfin il est bien heureux puisqu'il avait tant bien servi Dieu, et qu'il a été assisté des divins sacrements. J'ai communié et prié de bon cœur pour lui.

Pour le choix de vos places , vous ne sauriez manquer en le

faisant avec l'avis de ces messieurs qui vous font l'honneur de vous aimer, et surtout de notre bon M. de la Curue; mais c'est la vérité qu'il me semble que vous seriez bien en ce premier verger que nous vîmes, pour tout plein de raisons que l'on trouvera bien sans que je les dise. Vous aurez un plan à la première commodité; mais nous ne pouvons pour ce coup. 11 faut pour la contenance du monastère cent ou six-vingts pieds carrés sans les jardinages.

Si madame la marquise de Laigneux vous veut donner sa fille pour l'élever, vous ferez bien de la prendre. — Véritablement cette bonne abbesse atort et très-grand tort si elle ne veut pas cor* respondre à Dieu et à son salut; enfin il y a danger que Dieu ne l'abandonne. Je vous conseille de lui parler fortement; mais au bout, si elle n'en profite pas, Dieu ne laissera pas de vous en savoir gré, et j'espère de sa Bonté que tout ne sera pas perdu, et qu'au moins quelques-unes de ses Religieuses en feront profit. Je voudrais bien que la pauvre madame de Toulonjon fût une de celles qui tireront profit de votre conver^ galion.

Je suis très-aise de ce que nos Sœurs ont fait heureusement leurs solitudes. J'espère que la bonne Sœur Comtoise fera bien; il la faut conforter doucement. Je l'aime de vous avoir si bien découvert son cœur. — Je ne vois rien qui vous puisse empêcher de recevoir madame de Saint-Julien pour l'aider en son bon dessein , puisqu'elle a l'esprit bon et résolu. Je crois qu'elle en fera profit. — M. Tissier changera bien d'avis d'ici en un an, et [il] ne [serait] nullemeut juste qu'il vous fît sortir de sa maison pour la louer à d'autres. — Je suis fort aise que la petite fille de mademoiselle Barbotte se veuille rendre parmi vous. Si elle désire ardemment cette entrée de quinze jours, je ne vois pas que vous lui dussiez refuser; car si elle est bien appelée, ne doutez point que cette entrée ne la confirme en son dessein , quoique j'en doute. Il serait mieux, comme vous dites, qu'elle

entrât pour ne plus ressortir; néanmoins, je ne crois pas que l'entrée lui soit autre que profitable.

Je pense que voilà vos deux lettres répondues. Je vous supplie de même que vous saluiez souvent le Révérend Père recteur, de notre part, et de lui dire que je me recommande à ses prières, que sa sœur est une bonne Religieuse qui vit contente etse porte bien. — Je me recommande aux saintes prières de M. Guyon, et le salue très-bumblement, comme aussi notre très-bon M. de la Curne et mademoiselle sa femme. — Oh! ma chère fille, nous voici encore en doute si nous irons en Piémont cet hiver. On fait ce que l'on peut pour m' éviter ce voyage. Notre Sœur Favre sera ici lundi qui vient, pour être Supérieure à Carmagnole '.

[De la main de la Sainte. ] Pardonnez-moi, ma très-chère fille, de ce que je ne vous écris pas de ma main , mes yeux m'incommodent un peu ; mais croyez que c'est de cœur que je vous parle et que je vous chéris parfaitement et entièrement, et je sens bien que votre cher cœur avec toute son affection est dans le mien, où je le conserverai soigneusement. Adieu et bon an, ma très-chère fille, et à toute la chère petite troupe de nos Sœurs, que j'aime de tout mon cœur. Je prie Dieu vous revêtir toutes de Lui-même afin que son pur amour règne en vous. Amen.

Conforme à l'origiual gardé dus Archives do la Visitation d'Annecy.

J Celte fondation ne s'effectua jamais.

LETTRE DCCL

A LA MÈRE PAULE-JÉRONYME DE MONTHOUX.

SUPÉRIEURE A BLOIS

Joie que cause à la Sainte l'avancement spirituel des Sœurs de Blois. — . Utilité des souffrances; il faut les recevoir avec soumission et amour.

VIVE •}■ JÉSUS

[Annecy, 1626.]

Ma très-chère et biek-aimée fille,

J'ai reçu avec consolation votre grande lettre, et loue le divin Sauveur du saint avancement qu'il donne à ces chères âmes qui vivent sous votre conduite. Je supplie sa douce Bonté de leur continuer cette bénédiction avec accroissement de toutes ses plus riches grâces, mais surtout à votre bon cœur, que je vois dans une disposition donnée de la bonne main de Dieu.

Oh 1 ma vraie très-chère fille , quel bonheur de pâtir et souffrir pour Celui qui nous a acquis le ciel en souffrant! Pour moi, je crois que ce Dieu de bonté veut que vous ayez toujours quelque exercice de souffrance. II les faut aimer, et se soumettre avec douceur aux effets de sa justice, comme à ceux de sa miséricorde. Mais je vous prie, ma fille, ne permettez pas à votre esprit d'accroître ni appesantir la charge que Dieu vous impose. Souffrez ce qui vous sera donné, sans le regarder; mais n'y contribuez rien du tout que votre acquiescement, ainsi que je Vous dis, et demeurez ferme dans les résolutions que nous prîmes sur ce sujet, et ne me dites jamais que vous m'importunez; non, ma chère fille, cela n'est pas; au contraire, je reçois une fort grande consolation de vos lettres et de votre confiance. Croyez assurément que je suis tout à fait vôtre , et de bon cœur. Je crois que vous aurez maintenant reçu celle que j'écrivis en réponse à M. Riollé au commencement de sep-

tembre. Je le salue très-humblement ; je vous écrivis aussi. Notre Sœur Mad. -Elisabeth écrira nos nouvelles, n'en ayant pas le loisir. Je supplie notre bon Sauveur de faire abonder en vous ses plus saintes bénédictions et sur toutes nos chères Sœurs.

Conforme à une copie gardée à la Visitation du Mans.

LETTRE DCCLI

A MONSEIGNEUR ANDRÉ FRÉMYOT

ANCIEN ARCHEVÊQUE DE BOURGES

Réflexions sur le néant des choses de ce monde. — Fraternelle union de prières. — Arrivée de la Mère Favre à Annecy. — Nouvelles du Père dom Juste et du procès de béatification. — Eloge de la Supérieure de Dijon.

VIVE -j- JlSsusI

[Annecy], 17 décembre [1626].

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