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LETTRE XLII

A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE

SUPÉRIEURE A LYON

Nouvelles du président Favrc et de saint François de Sales. — Changement de cellule. — Désir de répondre à la confiance des Sœurs de Lyon. — Détails de ménage.

vive -j- jiîsus!

Annecy, 10 décembre 1 ti 1 5 .

Mais que pourrai-je dire à cette chère Sœur, la bien-aimée de mon cœur, car voici qu'il faut envoyer cette lettre à cause

iv. 5*

de la nuit qui vient, et je ne l'ai pas encore commencée. Or ça, ma toute chère fille, je vous dirai ce qui me viendra, et premièrement que votre très-bon père se porte très-bien, grâce à Dieu. Il faut déjà faire ici une pose pour aller trouver M. de Foras; nous parlerons un peu de ma pauvre grande novice ', foute chère etmignarde de sa Mère.

Je reviens, ma mie, et vous rapporte un cordial bonsoir de la part de ce cher père [le président], qui vous l'envoie ; je lui aifait vos recommandations. Notre bon Père*2 revint hier seulement de La Roche ; je ne l'ai quasi point vu depuis trois semaines, il est tout occupé autour de Mgr de Maurienne qui l'est venu voir.

Il sera bon d'attendre une année pour tirer les cellules ; aussi bien n'avez-vous que des novices, à qui il les faut donner chacune selon leurs besoins et votre discrétion. Oui, certes, ma chère fille , nos Règles sont très-aimables , et je loue votre zèle de les faire observer; j'en suis consolée. Il faut avoir patience avec ce bon Mgr l'archevêque, et encore ne sera-t-il pas mal à propos de commencer ces belles cérémonies un peu solennellement. Que plût au bon Dieu que ce fut pour madame de Grolée, que l'on me dit avant-hier qu'elle était entrée parmi nous.

Qu'il me tarde que je reçoive de vos nouvelles ; j'en suis déjà en appétit. Hélas! je n'ai pas fait la réponse qu'attendait la pauvre Sœur Françoise-Jéronyme3; accommodez un peu ce

1 Titre d'affection donné à la Mère Favre elle-même.

- Saint François de Sales.

3 Sœur Françoise-Jéronyme de Villette appartenait à l'ancienne noblesse de Savoie. Première professe du monastère de Lyon, elle fut élevée par la Mère Favre et se montra digne de ses soins. Toutefois, elle n'hérita pas de la mansuétude de cette digne Supérieure, car, au dire des contemporaines, u elle est venue dans la force et la vertu d'Elie, assurant par la vigueur de sa conduite le règne de la douceur et de l'humilité dans l'Institut. » Pendant de longues années, cette ardente Religieuse eut de pénibles luttes àsoutenir contre sa nature, et ce ne fut qu'au prix de nombreux sacrifices qu'elle put

manquement, je vous en ai déjà écrit, mais avec protestation que je fais de ne vouloir jamais manquer de servir toutes ces chères filles qui sont autour de vous, en tout ce qui me sera possible, et je vous en conjure, ma mie, de me le mander fort librement; que si mes lettres leur sont utiles, ou les puissent consoler, ne faites que me le dire.

Je crois que vous avez reçu des nouvelles de Besançon; je désire seulement que l'on change les écus de France en monnaie blanche, car ils ne valent pas tant ici. Si vous pouvez trouver commodité de si bien accommoder vos fruits secs, vous nous obligerez bien de nous en envoyer, car nous n'en avons point, et notre chère Sœur N***à qui ferait grand bien d'en avoir un peu, et surtout de la Gray. Si vous les donnez à ce porteur, il faudrait les bien recommander et surtout les bien accommoder.

Or sus, certes, il faut finir en commençant pour ce coup, ma très-chère fille, puisque je n'ai pas plus de loisir ni pour vous ni pour les autres très-chères Sœurs, que je salue avec vous; mais surtout je vous prie de saluer avec grand respect, amour et cordiale affection Mgr l'archevêque, certes, très-bon et digne prélat; comme aussi saluez d'un salut parfait le bon Père Aïarcellin ; je n'ai [pas] moins de désir de le voir, je m'assure qu'il le croit. Mille saluts aussi à M. de Saint-Nizier, au Père Philippe et à M. l'aumônier; je lui ferai réponse au premier jour, Dieu aidant. Adieu, ma fille ma mie. Je suis très-assurément toute vôtre, et prie Dieu que nous soyons toutes siennes. Amen.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Chambéry.

savourer le fruit de Y arbre de vie, promis aux triomphateurs d'eux-mêmes. La Mère de Villette, d'abord employée comme assistante et directrice à Moulins, gouverna ensuite les monastères de Dijon, premier de Rouen, Melun, fonda ceux de Saint-Etienne, Beaune, Semur et Châlon. Ce fut dans ce dernier qu'elle termina sa laborieuse carrière, l'année 1665. (Année Sainte, VIIIe volume).

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