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LETTRE XLIII

A LA MÊME

Avis louchant les fondations demandées. — Annonce de plusieurs prétendantes et de deux professions à Annecy. — Conseils de direction pour madame la présidente Le Clanc. — Mépriser les inquiétudes qu'on a sur soi et sur autrui. — Affaires diverses.

VIVE 7 JÉSUS

[Annecy, 1615.]

Ma très-chère Sœur ma mie, tout premièrement, c'est la vérité que je suis toute vôtre, et puis, que ce n'est point faute de diligence que vous êtes si longtemps sans avoir de nos nouvelles ; car fort souvent nous avons envoyé chez les marchands savoir s'ils allaient à Lyon. Or, de cela, il ne faut point que vous doutiez que je n'y aie du soin et de l'affection, et ne sais comme est passé ce marchand que vous dites. Je prends vos lettres pour y répondre, ma très-chère fille, et vous écris fort à la hâte, je vous assure.

Nous envoyons nos heures. Nous avons reçu tout du carrossier, et la belle bougie dont je vous remercie, et surtout les crucifix.

Cela ira très-bien que les filles de Riom aillent à vous pour se dresser, Dieu vous donnera prou ce qui sera nécessaire. Nécessairement, il faut que les filles se viennent dresser ou à Lyon ou ici, car il est impossible de fournir des filles et d'en tirer de céans, d'un bon espace de temps. Oh Dieu! ce n'est pas chose sitôt faite que des Supérieures.

M. le premier président de Toulouse a écrit à Monseigneur d'en mander [des Sœurs pour une fondation], et on lui répond qu'il en envoie [des sujets pour les former]. La maison de céans s'en va être une grande famille et de grand soin et peine.

Mademoiselle du Chàtelardet mademoiselle d'Avisé étaient ici

la semaine passée, qui ont requis avec une grande humilité et ferveur que l'on tirât les voix pour être admises à la probation, de sorte qu'elles les ont eues et viendront commencer en ces fêtes prochaines; [ce] sont deux âmes tout à fait à mon gré. Plusieurs autres demandent.

Nous ferons les professions de nos Sœurs M. -M. [de Mouxy] et Marie-Françoise [de Livron], le jour de la Saint- Jean [l'Evangéliste], comme nous espérons. Vous voyez, ma très-chère fille, s'il est nécessaire que nos deux professes et les novices se rendent de bonne observance pour l'exemple de celles qui viendront.

Certes, N*** a tort de nous engager à de grandes obligations vers la bonne madame la présidente Le Blanc ' ; mais il la faut supporter avec charité, et employer le vert et le sec pour éloigner d'elle ses frères et sœurs, et puis lui faire retrancher le commerce des lettres , c'est son lien ; jamais elle ne s'affranchira bien de ce côté-là si elle n'est aidée. Dieu , par sa bonté , la prenne de sa bonne main , et la conduise hors de tout soin superflu. Mgr l'archevêque a prudemment fait de lui trancher court que sa sœur ne sera pas reçue; il n'est pas expédient de faire autrement. Mille cordials saluts à la bonne madame la présidente Le Blanc: c'est une des femmes du monde que j'honore le plus. — Pour Dieu, ma très-chère fille, ma mie, écrivez-moi toujours tout naïvement vos petites affaires, et ne vous peinez point de les faire doubles, je veux dire d'écrire à part à notre bon Seigneur et à moi ; écrivez seulement à l'un ou à l'autre, il suffira. Aussi ne sommes-nous pas deux, par la grâce de Dieu, et je vois que tant écrire vous fait mal à la tête ; et puis cela mange votre temps. Tout le monde vous excusera bien, sinon quelquefois le cher frère de Boisy ; pour le reste, il faut qu'ils vous écrivent et qu'ils n'attendent point

1 Voir la note de la lettre lxxvh, p. 137.

de réponse, sinon quand vous le pourrez et voudrez pour vous récréer.

Je ne sais si je pourrai écrire à AI. Austrain; en tout eas, vous aurez soin de faire mes honneurs. Certes, leur petite est bien heureuse ! nous sommes trois qui en avons un soin tout particulier. Elle sera bien gentille, mais il faut toujours que M. et madame Austrain lui recommandent l'obéissance et qu'ils se tiennent en crainte ; je l'aime tendrement et toutes nos Sœurs aussi -, assurez-les-en , et du grand désir que j'ai de les servir et de les contenter en ceci.

Vous faites bien aussi pour les tendretés qui vous saisissent pour mon regard. Hélas! ma très-chère fille, nous n'en sommes point exemptes ; mais il faut pourtant tenir l'esprit en grande générosité, et n'en guère parler, ni moins y penser; le mieux est de les souffrir, et les sentir doucement sans faire semblant de les voir.

Que je serais consolée si M. D. .. se prenait au filet! le bon Dieu lui ferait grande miséricorde. Je serai bien aise que vous nous mandiez les sentiments du Père général des Feuillants, et quelques nouvelles des affaires temporelles de feu notre bonne Sœur Marie-Renée [Trunel]; le premier papier que ma Sœur

P. -M. [de Chàtel] envoya était un brouillon Vous aurez

reçu celle que nous vous écrivîmes par M. Voullart.

Pour Dieu, ma mie, faites tout ce qui se pourra, afin que l'argent de ma Sœur F. -A. nous soit bientôt apporté; nous sommes nécessiteuses, personne ne veut payer. M. Voullart a la procure pour recevoir [deux lignes illisibles}. Notre bonne madame Voullart, que je salue de tout mon cœur, fera bien cette emplette.

Adieu, ma très-chère fille ma mie, que j'aime de tout mon cœur. Je me porte fort bravement et toute désireuse de bien faire quand j'aurai le loisir d'y penser; et je prétends de me bien prévaloir de ma coadjutrice; je ne sais qui choisir, sinon

ma Sœur N-***. Notre Sœur P. -M. est excellente pour cela; un jour, Dieu aidant, je la prendrai; mais, cependant, je vous conseille de vous en servir.

A Dieu , derechef, soyons-nous à jamais.

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Chambéry.

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