LETTRE LXIII
A SAINT FRANÇOIS DE SALES
Elle lui demande des nouvelles de sa santé et exprime le désir de prolonger de quelques jours sa retraite annuelle ' .
vive -j- jésus!
[Annecy, 1(316].
Comment vous portez-vous, mon pauvre très-unique Père? Toujours mieux moyennant la grâce de Dieu, n'est-ce pas? Hé Dieu! oui, s'il vous plaît, mon bon Sauveur, et pour longtemps je vous prie que celte chère santé de mon Père soit bien
1 Plusieurs historiens de sainte de Chantai ont avancé qu'elle fît cette retraite à Paris en 161*9, date évidemment supposée, comme il est facile de le prouver par les raisons suivantes : 1° l'original de cette lettre LXIIIC, la première concernant la retraite (lequel original est conservé aux Archives de la Visitation d'Annecy), ne porte aucune indication de jour ni d'année; 2° les annales du 1er monastère de Paris, annales où sont relatées les principales actions de la Sainte pendant son séjour dans cette ville, ne font aucune mention d'une retraite en 1619, mais oui bien des mille difficultés qui s'opposaient à l'établissement du monastère, et des accablants travaux de saint François de Sales, lesquels ne lui permettaient même pas de s'occuper de ses chères filles, ainsi que le prouvent plusieurs lettres de cette époque, A deux diverses reprises, la Mère de Chantai écrit : « Monseigneur se porte bien; nous le voyons quelquefois, mais nous ne lui pouvons quasi point parler. » (Voir les lettres CXCVII et CXCVII1).
S'il parait évident que la retraite en question n'a point eu lieu en 1619, des raisons convaincantes indiquenf la date de mai 1616 comme la seule vraie : 1° dans la lettre LX (page 103), sainte de Chantai parle de sa préparation à une prochaine solitude, où elle reverra son âme devant son Bienheureux Père. Or, cette lettre et les suivantes ont incontestablement été écrites en mai 1616, puisqu'il y est question de l'impression du Traité de
établie. Or bien nous en parlerons de cela; mais cependant, me pourrez-vous dire oui ou non simplement et courtement de ce que je vous ai demandé? Mes quatre jours sont passés auxquels vous m'aviez marqué ce que je ferais, et je vous rends compte en ces deux derniers petits feuillets de ce qui s'est passé; car les deux premiers, c'est ma confession en laquelle vous n'entendrez rien. Pourrai-je encore demeurer quelques jours en ma chère solitude, y continuant celte dernière affection? J'y aurais bien de l'inclination pour un peu bien accoiser mon esprit en Dieu ;carvraimentj'aiétéun peu distraite cesjours passés , et si bien votre mal ne m'a pas donné de l'inquiétude , il m'a donné de la douleur et de la distraction; à trois diverses
/'Amolli' de Dieu, lequel, comme on sait, parut pour la première fois à celte époque; 2° à la fin du même mois, dans la lettre IAVI, adressée à la Mère Favre, la Sainte fait encore allusion à cette retraite. Bien que cette lettre, simplement datée du 28 mai, ne porte aucune désignation d'année, nul doute qu'elle ne soit de 1616, puisqu'elle renferme des recommandations pour M. Michel Favre, lequel fit alors à Lyon un séjour de quelques mois, pour surveiller l'impression du Traité de l'Amour de Dieu. Au besoin, l'épitre LXII, adressée à M. Favre lui-même, viendrait encore corroborer ces témoignages; 3° pendant cette retraite, où les deux Saints échangèrent des lettres si admirables, saint François de Sales souffrit d'une indisposition qui donna de grandes inquiétudes à sa fille spirituelle, ainsi que les billets de celle-ci en font foi. Or, le 28 mai 1616, la B. Fondatrice écrit à la Mère Favre toutes les angoisses qu'elle éprouva, sachant son incomparable Directeur atteint d'un mal qui, selon son expression, fut court, mais trèsdangereux.
S'il est hors de doute que sainte de Chantai a fait une retraite en 1616. il n'est pas moins prouvé que c'est en cette circonstance qu'elle s'éleva à la pratique du plus parfait dénùment, ainsi qu'elle le certifie elle-même par les paroles suivantes, que nous retrouvons dans ses Papiers intimes : « Je u re confirme les vœux que j'ai faits à la sainte Trinité entre les mains a de ce mien Père (saint François de Sales) et l'entier dépouillement de .. moi-même, ainsi que je le fis sans aucune réserve le mercredi devant
la fêle du Saint-Esprit [18 mai] 1616. » (OElvres diverses, 1er volume, page 51.) D'autres preuves pourraient encore être produites, toutefois Cid!es-ci nous paraissent suffisantes pour lever tous les doutes.
ANNÉE lbl<>. 111
fois, l'on m'en parla assez pour nie toucher jusqu'au fond. Quand l'on me disait enfin qu'il était dangereux, pensez, mon très-cher Père , où cela allait. Oh bien ! Xotre-Seigneur m'assiste, qu'il soit béni !
Mon très-cher Père, un mot de vos nouvelles, et si je demeurerai ou non en ma petite retraite; car, pour le reste, il se fera à loisir. Je demande ce mot pourvu qu'il n'incommode rien ; autrement ma Sœur Marie-J. me le dirait bien. Bonjour , mon pauvre très-cher Père, le doux Jésus soit votre tout!
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visilation d'Annecy.