‹ Lettres (volume 3)Chapitre 56 sur 351 · LETTRE DE SAINT FRANÇOIS DE SALES A SAINTE DE CHAXTAL · texte numérisé non relu

LETTRE DE SAINT FRANÇOIS DE SALES A SAINTE DE CHAXTAL

K \ Et K PO N' SE A LA PRÉCÉDENTE

Ma très-chère Mère , je sais bien qu'il me faudra demeurer encore aujourd'hui en solitude et silence , et peut-être demain; si ce n'est, je préparerai mon âme, comme la vôtre, ainsi que je vous dis. Je veux bien que vous continuiez l'exercice du dépouillement de vous-même, vous délaissant à Moire-Seigneur et à moi. Mais, ma très-chère Mère, entrejetez, je vous prie, quelques actions de votre part, par manière d'oraisons jaculatoires, en approbation du dépouillement, comme par exemple : Je le veux bien, Seigneur; tirez, lirez hardiment tout ce qui revêt mon cœur. 0 Seigneur, non, je n'excepte rien, arrachez-moi à moi-même. 0 moi-même, je te quitte pour jamais, jusqu'à ce que Monseigneur me commande de te reprendre. Cela doit être doucement entrejeté, mais fortement.

Encore ne faut-il pas, s'il vous plaît, ma très-chère Mère, prendre aucune nourrice : ains quitter celle néanmoins que vous aurez, et demeurer comme une pauvre petite chétive créature devant le trône de la miséricorde divine et demeurer toute nue, sans demander jamais ni action ni affection quelconque pour

là créature ; etnéanmoins vous rendre indifférente àtoutes celles qu'il lui plaira vous ordonner, sans vous amuser à considérer que ce sera moi qui vous servirai de nourrice; car autrement, prenant une nourrice à votre gré, vous ne sortiriez pas de vousmême, ains feriez-vous toujours votre compte, qui est néanmoins ce qu'il faut fuir sur toutes choses.

Les renoncements sont admirables : de sa propre estime , même de ce que l'on était selon le monde (ce qui n'était en vérité rien , sinon en comparaison des misérables), de sa propre volonté, de sa complaisance en toutes les créatures et en l'amour naturel , et en somme de tout soi-même , qu'il faut ensevelir dans un éternel abandonnement, pour ne le voir ni savoir jamais plus, comme nous l'avons vu et su; ains seulement quand Dieu le nous ordonnera, et selon qu'il le nous ordonnera.

Ecrivez-moi comme vous trouverez bonne cette leçon. Dieu me veuille à jamais posséder; Amen, car je suis sien ici et là où je suis en vous, comme vous savez, très-parfaitement; car vous m'êtes indivisible, hormis en l'exercice et pratique du renoncement de tout nous-mêmes pour Dieu.

Fraxçois, Evêque de Genève.

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