‹ Lettres (volume 3)Chapitre 70 sur 351 · LETTRE LXXIX · texte numérisé non relu

LETTRE LXXIX

A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE

SUPÉRIEURE A LYON

Joie de sa guérison. — Avec quel désintéressement on doit procéder pour la dot dans la réception des sujets. — Il faut témoigner peu d'empressement pour les fondations.

vive ■[- jésus!

[Annecy], ce 4 septembre [1616.]

Hélas! ma très-chère fille, que nous avons eu bon marché de votre maladie; je loue Dieu qui nous a mandé les nouvelles de la santé avec celles de l'accroissement du mal; car hier au malin nous reçûmes deux paquets qui portaient l'une et l'autre nouvelles, comme aussi n'avons-nous encore rien d'assuré de la maladie de notre pauvre Sœur Barbe-Marie [Le Blanc]. Dieu soit béni encore une fois de vous savoir Joutes guéries. Sachez, ma fille, que votre santé n'est pas vôtre; laissez-la gouverner par ma Sœur Marie-Aimée , et gouvernez la sienne en contreéchange, et celle des autres. Avant-hier M. de Saint-Pierre nous vint trouver et nous dit la persévérance de sa cousine; je lui promis de vous écrire que vous la gratifiassiez en tout ce qu'il vous serait possible, et je vous en prie.

Certes, il ne faut pas être si tenace, elle a sept cents écus, on pourrait bien s'accommoder à cela, gardant deux mille francs pour sa dot et deux cents francs pour le reste; ce serait bien peu , mais je crois que la mère donnera l'habit de la profession et quelques pièces de toile; enfin, si elle est brave fille,

il ne faut pas regarder de si près. Vrai Dieu! nous qui recevons des demoiselles qui n'ont que cent ducatons! Dieu bénit la charité que l'on fait à celles qui le désirent; faites votre pouvoir, ma fille, pour alentir ce désir que l'on a tant aux choses temporelles '. Au reste, je vous prie, [une ligne illisible\ j'en suis en peine; Dieu, par sa toute bonté, les gouverne; elles auront prou d'affaires, ainsi que me mande N***2. Si ceux de [Riom] persévèrent, sans doute, Dieu aidant, nous leur enverrons des filles qui les serviront bien au mois de mai, lesquelles seront : ma Sœur Marie-Madeleine [de Mouxy] avec la petite Paule-Jéronyme [de Monthoux], et une brave novice, car ils en demandent une, sinon il nous fera grand bien de demeurer [de les garder] pour quelque autre ville. Si je n'y suis pas absolument nécessaire, je n'irai pas; car je crois que d'ici là nous aurons douze ou quinze novices, si la guerre ne les retient, et des filles d'élite. Adieu, ma plus que très-chère fille; je suis uniquement toute vôtre. Vive Jésus !

Conforme à une copie de l'original gardé à. la Visitation de Chambéry.

1 Les Supérieurs ecclésiastiques du monastère de Lyon tenaient à n'admettre que des sujets dont la fortune fût une ressource pour la communauté naissante; les deux saints Fondateurs, au contraire, ne considéraient ce point que comme très-accessoire.

2 II s'agit des Sœurs de Moulins, qui éprouvèrent beaucoup de difficultés.

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