LETTRE LXXXI
A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE
SUPÉRIEURE S LVOX
Inquiétudes pour la fondation de Moulins; prévoyances pour celle de Riom. — Sollicitude pour la santé de la Sœur de Chàtel. — Nouvelles de diverses personnes.
vue f JÉSUS.'
Annecy, 11 septembre 1616.
Ma très-chère fille ma mie, je vous le dis confidemment , je suis bien en peine de nos Sœurs [de Moulins]. L'esprit de ma Sœur***1 est un terrible esprit; je crains qu'elle n'ait encore reçu celle que nous vous envoyâmes. Je vous conjure de leur faire porter diligemment, mais très-sùrement, ce paquet;
1 Madame de Gouffier.
que si vous ne trouvez bonne commodité, envoyez homme exprès, lui donnant de l'argent pour la moitié de son voyage, et écrivez à ma Sœur [de Bréchard] qu'elle lui donne pour s'en revenir; nous payerons ce que vous donnerez. Loué soit Dieu de tout, nous apprendrons à nos dépens.
Faites que vous sachiez dextrement si ceux de Riom continuent à nous vouloir; car si cela est, il faudra que M. l'aumônier aille jusque-là pour voir les choses spirituelles et temporelles, si elles sont bien disposées ainsi que nous l'espérions. Sachez si les filles de Sainte-Ursule disent le petit Office de Notre-Dame au chœur ou en particulier, et ayez à reprendre votre patience avec le bon Mgr l'archevêque qui vous exercera; je le salue en toute révérence. Ne doutez qu'aussitôt que nous pourrons, vous n'ayez des nouvelles de Rome. Je ne puis écrire pour le coup à AI. [Austrain]; mais disposez le selon que vous le jugerez à propos; c'est une enfant terrible que cette petite !
Dieu vous donne bonne fortune et accroisse votre nombre; je suis bien aise de cette brave prétendante. Je ne fais pas état de répondre à vos lettres, je n'en ai pas le loisir; car outre que ce porteur presse, il est passé midi; il faut aller dîner, car il me semble que je vois ma fille toute tendre qui me dit: Ma pauvre chère Mère , il faut dîner et ne point écrire à votre cadette; et j'obéis simplement , encore que je voudrais bien autrement.
Je ne sais ce qu'il en sera des lassitudes de la pauvre Sœur Péronne-Marie [deChàtel], les médecins y perdent leur science; j'en suis bien marrie, car elle servirait bien, c'est un bon cœur. Je loue Dieu de ce que tout va bien chez vous. Mille saluts à tous, et un mot de nouvelles de Mgr de Bourges et du fils1, si Mgr l'archevêque les a vus. Adieu, ma mie ma fille
1 Le jeune baron de Chaulai.
toute cbère. Vive Jésus et sa sainte Mère! Amen. Ce 17 septembre. Hélas! ma fille, l'on défait le paquet, et la petite Marie-Aimée1, qui mange la dragée selon votre désir, ma trèschère fille, vous salue bien doucement de tout son cœur: elle ne savait point que l'on écrivît à ma très-chère fille. Que Dieu vous fasse toute sainte. Je vous recommande derechef ce paquet de Moulins.
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Chambéry.