LETTRE LXXXII
A SAINT FRANÇOIS DE SALES
Motifs qui portent les saints Fondateurs à solliciter l'exemption du grand Office pour la Visitation.
vive \ JÉSUS !
[Annecy, 1616.]
Hélas ! mon pauvre très-cher Père , que le temps m'est long de ne rien entendre de vous! Il me semble, quand les petits billets ne viennent pas , que vous êtes bien empêché ; mais je ne me plains ni ne veux me plaindre , seulement je veux dire , mon très-cher Père, que si vous écrivez au Père dom Juste",
1 La baronne de Thorens.
â Dom Juste Guérin, originaire du Rugey, entra chez les Rarnabites, et contribua à établir des maisons de son Ordre à Turin, à Annecy et à Thonon. Son rare mérite le fit nommer confesseur des princesses de Savoie, qui lui offrirent plusieurs évêchés, sans pouvoir fléchir ses humbles résistances. Délégué en 1627 pour commencer les informations juridiques sur les vertus de saint François de Sales, il fut obligé, en 1639, par un commandement exprès d'Urbain VIII, de s'asseoir sur le siège épiscopal qu'avait illustré ce modèle des Pasteurs. Rempli de zèle apostolique, Mgr dom Juste Guérin appela dans son diocèse les prêtres de Saint-Lazare, el leur confia la direction du grand Séminaire ainsi que la charge de donner des missions au peuple de la campagne. Il mourut à Rumilly, le 3 novembre 1645, à l'âge de soixante-sept ans.
{Mémoires de l'abbé Bessoti.)
vous le priiez de faire considérer surtout la fin de notre Institut ; car si l'on nous donne ce grand Office, les femmes et filles âgées et de débile vue, comment l'apprendront-elles ? N'y a-t-il pas céans des Sœurs qui sont venues seulement pour cela; et ne faut-il pas que ceux qui tiennent le gouvernail de la sainte Église aient soin de pourvoir de bergeries, aussi bien pour les agneaux que pour les brebis, et que l'on ait soin des malades aussi bien que des saines? Certes , si l'on considère mûrement comme il faut ce point-ci , et que la charité se doit exercer également sur lésâmes qui ont des corps faibles, comme sur celles qui ont des corps robustes, il sera impossible de rien rayer. Enfin, mon très-cher Père, inculquez au Père que surtout il fasse comprendre la fin de cet Institut, et que les moyens marqués poury parvenir sont uniques. Jevousparle sans loisir de penser ce que je vous dis, mais vous m'entendrez prou; que si nous eussions pu écrire au Père dom Juste, nous l'eussions fait et longuement. Il est nuit; bonsoir, mon très-cher Père, tout uniquement bon.
Dieu soit béni!
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.