LETTRE CVII
A LA MÈRE MARIE-JACQUELINE FAVRE
SUPÉRIEURE A LVO.V
Guérisoh de sœur Marie-Gasparde d'Avisé. — Charité de la Suinte pour le salut d'une âme. — Désir de voir une fondation à Grenoble. — Prévoyance pour le retour à Lyon d'une enfant qui lui avait été confiée. — Nouvelles de sa santé, et de la communauté d'Annecy. — Achat d'une custode.
vive \ JÉSUS !
[Annecy, 3 juillet 161"].
J'ai envoyé vos lettres à Monseigneur, ma très-chère fille; s'il y a quelque chose d'importance, je crois qu'il vous répondra. Grâce à Notre-Seigneur, toutes nos malades sont hors du péril de mort; elles nous ont fait belle peur, mais surtout la
Celse-Bénigne.
pauvre Sœur Marie-Gasparde [d'Avisé] ; elle peut bien compter pour une!
J'avais deux choses ou trois à vous dire, mais votre chétive Mère n'a mémoire qui vaille, ma très-chère fille; nous écrivons un mot à M. l'aumônier, en réponse de celle qu'il écrivit à Monseigneur Si cette pauvre créature veut, nous la retirerons
ici, et lui ferons de grand cœur l'assistance qui nous sera possible; mais comme nous vous avons déjà mandé, il n'y a moyen que vous lui donniez l'entrée à votre maison de Lyon; or, si elle ne cherche que Dieu , et sa réconciliation avec sa Bonté, elle agréera de venir ici, sinon la divine Majesté se contentera de notre bonne volonté.
N'est-il pas vrai, ma chère fille, que M. [Austrain] doit venir quérir sa fille, et non pas nous laisser la charge de la renvoyer? Vraiment, nous le ferions de bon cœur, si nous en avions la commodité; mais il ne se faut pas attendre de la rencontrer. Obligez-nous donc, ma très-chère fille, de leur faire savoir, et de leur persuader dextrement de l'envoyer prendre: il ne faut pas tant de façon, un homme à cheval l'emportera bravement devant lui. Or je vous recommande cela, ma trèschère enfant, et de nous bien mander de vos nouvelles et de votre famille; car j'en suis un peu affamée. Tout va ici à l'ordinaire; mais je ne vous saurais dire ce que j'y fais, car nous avons tant d'affaires que les unes poussent les antres dehors. Nos filles font prou bien, mais surtout nos Sœurs novices se rendent soigneuses. La pauvre Sœur *** a toujours ses passions vives; mais je dis ceci à votre cœur, auquel je parle en toute confiance. Nos comtoises prétendantes ' et madame de Rohier sont de bonnes filles. Maintenant que notre chère Sœur Barbe n'est plus à Grenoble, nous en savons rarement des nouvelles; les dernières pourtant que Monseigneur en eut
4 Les vénérables Sœurs Clément et les Sœurs Françoise-Marguerite Favrot et Claude-Thérèse d'Albamey.
étaient que les affaires de la nouvelle Visitation étaient en bon terme. Certes, ma chère fille, nous serions bien aises que le Seigneur nous établît là pour sa gloire. Je ne puis écrire à cette très -chère Sœur Barbe -Marie; mais je vous prie, ma fille, assurez- la toujours fort de l'entière affection de mon cœur pour le sien tout aimable en sa cordiale franchise. Eh! Dieu vous rende toute pleine de son très-saint amour!
M. le trésorier Bonfils a donné en aumône à notre église cent ducatons; nous les avons remis pour être employés en deux chandeliers et une custode, dont nous envoyons le portrait pour montrer à peu près notre intention; non que nous ne laissions à la discrétion de [l'orfèvre] ce qui est raisonnable. J'écris un mot à madame Voullart, pour qu'elle soit entremetteuse en cette occasion. Je suis contrainte de finir; depuis dix ou quinze jours je ne me porte pas trop bien de ces accidents : j'en ai eu un assez fort; mais je me ravigorerai, s'il plaît à Dieu. Bonsoir, ma fille toute chère, et à votre bénite troupe que j'embrasse en esprit de toutes les forces de mon àme, sans oublier notre bonne Sœur Colin. Et, s'il vous plaît, ma fille, recommandez-nous à la révérende Mère des carmélites. Je salue tout à part ma chère cadette, et enfin tous. Je suis, mais de tout mon cœur, je suis entièrement toute vôtre en celle immense Bonté, qui vive et règne à jamais dans nos cœurs. yi/w^Az. Ce 3 juillet.
La petite Christine ' craint fort de retourner chez son père, voyant qu'elle n'y est pas désirée, et plus encore à Sainte- Ursule; elle prie grandement M. son père de la faire mettre à Neuville. Il y a eu ici une dame de là, et depuis elle a toujours désiré d'y être mise : aidez -nous, je vous prie, à nous en décharger, mais doucement et bravement.
Ma mie, s'il fallait le pied de votre calice pour la custode,
1 La petite Austrain, que l'on était obligé de congédier, comme il a été dit plus haut.
vous le donneriez; je le trouve beau, et me semble que s'il était bien redoré, il serait bien propre, et que cela aiderait; les 700 florins pourraient suffire bravement.
Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Chambéry.