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LETTRE CXIV

A LA MEME

Assurances de prières pour un ami de la communauté. — Annonce du sacre de l'église. — Estime de la Sainte pour les contradictions. — Elle parle de plusieurs bonnes prétendantes; incertitude pour l'époque de leur réception.

[Annecy, 26 août 1617].

Ma très-chère Fille, Vous pouvez penser si nous avons prié pour le pauvre

1 Après le prochain Aient que le Saint devait prêcher à Grenoble.

M. [Austrain] que nous chérissons grandement et particulièrement pour l'amitié qu'il porte à cette chère maison de Lyon ; Dieu, par sa bonté, lui donne ce qui lui est nécessaire ! Nous espérons que si Notre-Seigneur le laisse, il nous tiendra parole de retirer sa petite d'ici au mois de septembre; nous le désirons fort, car elle se gâte avec nous qui ne pouvons rien gagner sur elle.

Je ne sais, ma très-chère fille, si vous avez reçu toutes nos lettres, car nous avons souvent écrit. Je vous supplie de vous souvenir d'envoyer au plus tôt qu'il se pourra la custode. Le mois que l'argentier avait demandé est bien passé; nous avons les prières [le Jubilé] la semaine prochaine; plut à Dieu qu'elle vînt! mais il n'y a point d'apparence. Nous espérons de faire sacrer notre oratoire le mois prochain , et je crois que nos chères dames les présidentes y seront; pensez quel contentement ce nous sera.

Nous avons enfin les maisons et la fille1, laquelle me plaît bien; mais les Pères de nous veulent empêcher notre bâtiment, ce qu'ils ne pourront, mais oui bien nous donner de la peine. Dieu soit béni, il faut avoir des croix, et qui portera les plus grandes sera le plus heureux.

Nous avons toujours grande quantité de filles qui demandent, lesquelles la plupart me reviennent grandement; mais toutes pauvres, excepté deux qui ont un peu de commodité. Quand nous pourrons voir Monseigneur avec un peu de loisir, car il est quasi accablé, et nous n'avons pu seulement être confessées de lui pour le Jubilé, excepté quelques professes; quand, dis-je, nous l'aurons avec loisir, nous tiendrons un petit conseil pour résoudre si nous croîtrons en nombre ou non, car s'il n'y a point d'apparence de fondation, il faudra prendre haleine,

1 Les maisons de M. le fiscal. Sa fille vécut saintement au monastère d'Annecy, sous le nom de Sœur Marie-Louise Barfelly.

216 LETTRES DE SAIXTE CHAXTAL.

parce que celte maison est grandement chargée et pleine. Madame la comtesse de Rossillon a été ici huit jours ; elle a Fait sa confession générale; c'est une brave femme; sa demoiselle aussi l'a faite ; elle a un esprit bien fait, et ardente au désir d'être céans. Nous serons contraintes et forcées d'en recevoir au moins trois ou quatre, quoi qu'il arrive, et en outre une fille de prophétie, je veux dire, qui a été prophétisée dès le ventre de sa mère pour être religieuse, laquelle se convertit pendant qu'elle la portait; mais je dirai le reste une autre fois, étant contrainte de finir. L'on dit que le sire Pierre part. J'aurais grande envie d'envoyer un billet au cœur de notre très-chère Sœur Barbe-Marie; mais je ne pourrai. Adieu à toutes que j'embrasse très-amoureusement.

Dieu soit béni!

Conforme à une copie de l'original gardé à la Visitation de Chambéry.

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