MAITRESSE DES NOVICES, A DRAGUIGXAN
Toute notre félicité consiste à faire la volonté de Dieu.
vive -j- JÉSUS.'
[Annecy, 1635]
Je veux vous faire ces quatre lignes pour vous dire, ma chère fille, que si bien vous êtes dehors de cette maison, je ne vous tiens point pour être séparée de cette bénite famille : je vous tiendrai toujours dans mon cœur. Or ce que je désire le plus du vôtre, c'est un grand amour à l'humiliation, à la pauvreté et simplicité d'esprit. Pour Dieu, ma fille, faites que l'on voie reluire en vous ces saintes vertus. Je suis bien aise que ces bonnes novices vous soient remises ; conduisez-les bien, ces chères âmes, et les portez fort à l'amour de l'oraison et du recueillement, le tout avec une grande simplicité. Ma fille, notre félicité en ce monde ne doit pas être à y faire notre volonté, mais celle de Dieu, dans laquelle aussi consiste une partie de notre béatitude éternelle. J'offre votre cœur avec ses souhaits à la divine Bonté à ce qu'il lui plaise vous combler de son pur
1 Cette fervente Religieuse, que sainte J. F. de Chantai disait être « un
ouvrage extraordinaire de la grâce », fit profession au premier monastère
d'Annecy en 1G32, et trois ans après fut envoyée à celui de Draguignan,
où elle exerça la charge de maîtresse des novices. Plus lard, elle seconda
les Sœurs fondatrices du monastère d'Agen, et, par ordre de l'évêque de
cette ville, travailla à la réforme d'une communauté que l'hérétique Labadie
avait égarée. Elle eut la consolation, avant son retour à Annecy, de voir ses
efforts couronnés du plus heureux succès. « Toujours et partout, (disentses
contemporaines), Sœur M. -Suzanne se montra un modèle de toutes sortes
de vertus, une règle vivante, vraie observatrice de ses trois vœux ; et si
le Paradii est promis aux humbles de cœur, nous avons tout sujet d'espérer,
M divine miséricorde, que cette chère défunte en est maintenant jouis-
Mnte. Livre de* Vaux du premier monastère oV Annecy.)
;iii!o!ir. Lei Iréson des âmes pures oe consistent pas a .noir des laveurs de Dieu, mais à le rendre content, ne voulant ni plot ni moins que ce (ju II donne, Pries pour celle qui lera sans fin votre, <tc.
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LETTRE UCCCLXXXI
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Je voua nomme <!>■ ce cordial nom, de très— cher cousin, parce que, svec votre permission, je ne puis perdre la continue de notre ancienne alliance.
Ehl mon Dien, mon clin- cousin, que nous voici dans de grandi s douleurs, pour la perte générale que <•» tic pauvre Église do Genève tut \ pour celle de votre digne maison el pour I.» nôtre en particulier, liais puisqu'il a plu à la toute divine Providence do nom priver d'une vie si précieuse, comme nous t-tait (•••ll<- <!<• ifu notre très-bon et véritablement ; vertueui prélat, le cher frère de notre Bienheureui el votre < h. i on< If. j'espère qne cette incompréhensible bonté de notre
<Iiv.ii Maître nous redoublera a tous -on m. m, >,•> a>>i>lama - i !
(loni li moindre partie vaul mieuique loul le monde
ensemble OuYIIr soil à jamais lirnilr «I a.lm.r n-llc >.nntf
volonté de Dieu, en noi joies « t ■ - ■ ■ nos ina,, ^, ,' \ ,,,)s s lV( ,
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que notre cher prélat défunt en était tout amoureux; il en a produit des actes signalés. Il est bien raisonnable que nous l'imitions en cette vertu, aussi bien qu'en plusieurs autres que vous savez mieux que moi qu'il possédait en haut degré. J'espère certes, en la débonnaireté de notre Sauveur, qu'il a retiré ce vrai bon pasteur au bercail éternel, et il me semble que notre Bienheureux Père aura eu une joie toute nouvelle de voir avec lui, au port assuré, un si cher frère. Dans ces pensées, il ne nous reste donc qu'à faire nos actes de soumission à Dieu.
Après cela, mon très-cher cousin, revenons un peu à vousmême. Hélas! dites-moi un peu comme vous m'avez fait cela, de partir d'ici sans m'en dire un petit mot. Je n'avais garde de vous détourner de vos saintes intentions et de vous empêcher de suivre l'attrait du Ciel. Vous savez combien vous m'êtes cher, et tout ce qui est de votre bénite maison. Je prie Dieu que ses desseins sacrés et éternels soient accomplis en vous. Hélas! sur cette perte que nous venons de faire, chacun tourne les yeux vers vous, mon cher cousin, comme pour se soulager, par l'espérance que Dieu vous disposera à servir cette pauvre désolée Eglise. La divine Majesté vous veuille inspirer ses volontés toutes saintes ! Nous l'en supplions de tout notre cœur, et de combler le vôtre très-cher des lumières et grâces de son saint amour! Pour moi, j'espère toujours que ce bon Dieu vous ramènera pour employer tant de bons, grands et aimables talents, dont 11 vous a pourvu, au lieu où vos saints et dignes oncles et prédécesseurs ont consumé leur vie au salut des âmes ; mais cependant il faut adorer et se soumettre au décret de Dieu, devant lequel je veux continuellement aspirer pour votre bonheur. Mon trèsbonoré cousin, faites-moi la même charité, puisque je suis et * irai sans fin, votre très-humble, etc.
\I}. S.] Il faudra que je parte pour ce béni voyage de France, que notre (li,«me prélat m'a commandé, de lundi en huit jours.
ANNÉE 1635. m
Je mus conjure de nous faire non tout ce que vous peniezéire propre |><>ur ajout* r à l'impression qui m Gui h Paris, el <ju<- je Taie pour l'emporter, el Philothée.
Mil RE UCCCLXXXV1
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l'r . intératter m : i moto I évéqne de <•
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M IDAME,
La bienveillance donl lotir Altesse Royale bonorail feu Mgr notre très-vertueui prélat, lui aura lait, je m'assure, ressentir tendrement son départ de cette i ie, el surtout la perte commune .!<• ce pauvre el désolé diocèse, et de nous autres en particulier,
qui vivions si heureuses el contîntes sous la conduite de ce débonnaire pasteur el vrai père de nos âmes. Mus, puisque la volonté de Dieu est telle, il ne tant pas qu'il nous reste mtre « hosc que de L'adorer, et d'accompagner nos I trmei d'une trèshumide soumission à sa Providence. Pardonnez- moi, Ifadame,
cette confi que je prends à la douceur de Votre \h
Royale, pour soulagei nn peu mou cœur en lui témoîgnanl s.t juste douleur, et en conjurant votre piété, pai lei entrailles du divin Sauveur, de prendre en protection spéci il' leui «t affligé diocèse el vos pauvrei maisons d< li 1/isitatiOD, nous procuranl vers l'.\lles>e II \.il, de Monseigneur
nn irai pasteur (pu, par un s,,,hi /,•!,•, maintienne cel évéché
m bon rl.it < t s lin tes iini'iii (Uiduisr uns aines au ;; ranci
ni de l.i ti. s. saintr .1. i iis.diin cel. -s|e, pour \ adon-i
bénir éternellement noti iveraia Paatenr. Chacun a oon-
lianc:e, Madame, cjue l otn \lte>>e lloi, aie >e poi in i au-, un
soin et une affection toute particulière à nous procurer au plus toi la réparation de notre perte, comme derechef nous l'en supplions très-humblement.
Il y a environ trois mois, Madame, que des personnes de grande piété, et qui affectionnent bien fort notre Institut, représentèrent à Mgr de Genève la nécessité de ma présence à Paris, pour y traiter, avec Messeigneurs les prélats qui y sont assemblés, des affaires très-importantes à la conservation et affermissement de notre Congrégation. Il jugea que je m'y devais acheminer et m'en donna l'obéissance, de quoi tout aussitôt, je priai M. le chevalier Balbian d'avertir Vos Altesses Sérénissimes, pour savoir ce qu'il leur plairait me commander, car j'avais tout le printemps libre avant mon départ. Il me répondit que je pouvais faire ce voyage. Nous partons donc, Madame, pour l'effectuer et rendre ce dernier et important service à notre Congrégation. Nous retournerons, Dieu aidant, le plus tôt qu'il nous sera possible, pour savoir les commandements de Vos Altesses Sérénissimes, avec toute la soumission que nous devons, suppliant la divine Majesté de les combler de son saint amour; et leur faisant très-humblement révérence, je demeure en tout respect.
LETTRE MCCCLXXXVII