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On ne connaissait jusqu'à ce jour aucun autographe de Joachim du Bellay. J'ai eu la bonne fortune de mettre la main sur huit de ses lettres originales, qui," grâce au silence des catalogues, gisaient ignore'es à la Bibliothèque nationale de Paris.

La première est tire'e d'un manuscrit du fonds latin, n° SSSq, qui contient la correspondance de Jean de Morel, gentilhomme d'Embrun, en Dauphiné , maréchal des logis de Marguerite de France, duchesse de Berry et plus tard gouverneur du bâtard d'Angoulême. C'était le meilleur ami de Joachim du Bellay, « son Pylade », comme l'appelle le poète en tête de l'élégie latine bien connue qu'il lui adresse ^

* Tous ceux qui s'occupent du XVI® siècle savent l'importance de ce personnage dans le mouvement littéraire du temps. Après avoir beaucoup voyagé, après avoir été lié avec Erasme dont il

Les autres lettres proviennent du fonds français, n° 10485. Le manuscrit qui les renferme est formé d'un assez grand nombre de lettres reçues à Rome par le cardinal Jean du Bellay. On y trouve des autographes de tous les cardinaux français du temps, les cardinaux de Bourbon, de Vendôme, de Lorraine, de Guise, de Châtillon, de Tournon, d'Armagnac, etc., et de plusieurs prélats italiens et allemands. Les lettres de famille y tiennent une certaine place. On en rencontre dabord d'Eustache du Bellay, évêque de Paris, et neveu à la mode de Bretagne du cardinal, au même degré que l'était Joachim (flf. i6o-i63i; je les reproduirai en appendice parce qu'elles parlent du poète, sous le nom de « Monsieur de Lire » *, ou font mention des mêmes faits que lui. Viennent ensuite une série de lettres des frères du cardinal, René du Bellay, l'évèque du Mans- (flf. 166-174), et Martin du

reçut à Bâle le dernier soupir, Morel s'était fixé à Paris. II v mourut en i5Si. La docte femme qu'il avait épousée, Antoinette de Loynes, avait contribué à faire de sa maison le rendez-vous favori des poètes et des érudits. V. les notes sur la lettre 1 de J. du Bellay; celles de M. Tamizey de Larroque aux Sonnets exotériques de G. -M. Imbert. réimprimés par lui en 1872; La Croix du Maine, Bibl. 1. 1, p. bb, 99, 557: Scév. de Sainte- Marthe, Elog,, Liv. III ip. 78 de léd. de i63o>

* Lire. Lyre ou Lyray, dans les Manges, s douze lieues d'Angers, immortalisé par un vers des Rep'ets, était le lieu de naissance et la seigneurie de Joachim du Bellay Les lettres de sa famille ne lui donnent pas d'autre nom que celui de cette terre.

* Les lettres de René du Bellay sont an nombre de sept. Elles sont

Bellay, l'historien ^ (ff". lyS-iSi); deux de Jacques du Bellay, frère d'Eustache (ff. 192-193); enfin, trois lettres de Joachim (ff. 182-186) à son illustre parent, et, immédiatement après, quatre autres sans suscription, adressées évidemment à Morel (ff. 1 87-191), qui trouvent place, on ne sait pourquoi, dans cette correspondance de famille^.

Une autre lettre, la septième de notre édition, est dans le manuscrit 8584 du fonds latin. Le volume a pour titre : Latinœ et Gallicœ claroj'um virorum epistolœ ad Joannem cardinalem Bellaium scriptœ. Il comprend la correspondance de divers savants : Sleidan, Sturm, Pomeranus, Latomus, Salmon Macrin, etc. Les deux derniers feuillets sont occupés

signées » R. Dubellay, e, du Mans ». La seule qui soit datée est du 27 avril i545, et nous savons que René occupa le siège épiscopal du Mans de i535 à 1546 (Gall. Christ, t. XIV, 414 B). Un manuscrit de Montpellier, dont il sera question plus bas et qui contient une copie de toutes les lettres dont je parle ici, a induit en erreur M. Revillout et, après lui, MM. Burgaud des Marets et Rathery (Œuvres de Rabelais, deuxième éd. t, I, p. 48), en leur faisant ajouter à la liste des frères du Cardinal un certain Joachim, qui aurait été, comme Jean et comme René, évêque du Mans. L'original de la Bibl. Nationale ne permet plus de croire à l'existence de ce personnage, dont mention ne se trouve nulle part.

^ On trouve des lettres des quatre frères du Bellay (Guillaume, Martin, Jean et René) dans le vol. 369 de la collection Dupuy.

* Si leur contenu et la formule dont se sert Du Bellay « vostre frère, serviteur et amy » ne suffisaient pas à l'établir, on n'aurait qu'à comparer l'écriture des notes mises au dos avec celle de Morel, telle qu'elle se trouve au ms. 858g du fonds latin.

b INTRODUCTiaN

Les autres lettres proviennent du fonds français, n° 10485. Le manuscrit qui les renferme est formé d'un assez grand nombre de lettres reçues à Rome par le cardinal Jean du Bellay. On y trouve des autographes de tous les cardinaux français du temps, les cardinaux de Bourbon, de Vendôme, de Lorraine, de , Guise, de Châtillon, de Tournon, d'Armagnac, etc., et de plusieurs prélats italiens et allemands. Les lettres de famille y tiennent une certaine place. On en rencontre d'abord d'Eustache du Bellay, évêque de Paris, et neveu à la mode de Bretagne du cardinal, au mêmie degré que l'était Joachim (ff. i6o-i63); je les reproduirai en appendice parce qu'elles parlent du poète, sous le nom de « Monsieur de Lire » *, ou font mention des mêmes faits que lui. Viennent ensuite une série de lettres des frères du cardinal, René du Bellay, l'évêque du Mans^ (ft\ 166-174), et Martin du

reçut à Bâle le dernier soupir, Morel s'était fixé à Paris. 11 y mourut en i58i. La docte femme qu'il avait épousée, Antoinette de T,oynes, avait contribué à faire de sa maison le rendez-vous favori des poètes et des érudits. V. les notes sur la lettre 1 de J. du Bellay; celles de M. Tamizey de Larroque aux Sonnets exotériques de G. -M. Imbert, réimprinaés par lui en 1872; La Croix du Maine, Bibl. t. I, p. 55, 99, 557; Scév. de Sainte-Marthe, Elog., Liv. III (p. 78 de l'éd, de i63o).

' Lire, Lyre ou Lyray, dans les Mauges, à douze lieues d'Angers, immortalisé par un vers des Rep'ets, était le lieu de naissance et la seigneurie de Joachim du Bellay Les lettres de sa famille ne lui donnent pas d'autre nom que celui de cette terre.

^ Les lettres de René du Bellay sont au nombre de sept. Elles sont

Bellay, l'historien ^ (ff. lyS-iSi); deux de Jacques du Bellay, frère d'Eustache (fF. 192-193); enfin, trois lettres de Joachim (fF. 182-186) à son illustre parent, et, imme'diatement après, quatre autres sans suscription, adressées évidemment à Morel (ff. 187-191), qui trouvent place, on ne sait pourquoi, dans cette correspondance de famille -.

Une autre lettre, la septième de notre édition, est dans le manuscrit 8584 du fonds latin. Le volume a pour titre : Latinœ et Gallicœ clarorujn virorum epistolœ ad Joannem cardinalem Bellaium scriptœ. Il comprend la correspondance de divers savants : Sleidan, Sturm, Pomeranus, Latomus, Salmon Macrin, etc. Les deux derniers feuillets sont occupés

signées « R. Dubellay, e. du Mans ». La seule qui soit datée est du 27 avril i545, et nous savons que René occupa le siège épiscopal du Mans de i535 à 1546 [Gall. Christ, t. XIV, 414 B). Un manuscrit de Montpellier, dont il sera question plus bas et qui contient une copie de toutes les lettres dont )e parle ici, a induit en erreur M. Revillout et, après lui, MM. Burgaud des Marets et Rathery (Œuvres de Rabelais, deuxième éd. t. I, p. 48), en leur faisant ajouter à la liste des frères du Cardinal un certain Joachim, qui aurait été, comme Jean et comme René, évêque du Mans. L'original de la Bibl. Nationale ne permet plus de croire à l'existence de ce personnage, dont mention ne se trouve nulle part.

* On trouve des lettres des quatre frères du Bellay (Guillaume, Martin, Jean et René) dans le vol. 269 de la collection Dupuy.

* Si leur contenu et la formule dont se sert Du Bellay » vostre frère, serviteur et amy » ne suffisaient pas à l'établir, on n'aurait qu'à comparer l'écriture des notes mises au dos avec celle de Morel, telle qu'elle se trouve au ms. 8589 du fonds latin.

par une lettre qui est de Joachim, mais qui ne porte pas de signature. La formule finale est reste'e inachevée : tout indique qu'on est en présence de la copie d'une lettre au Cardinal. Malgré une certaine analogie dans l'écriture, les particularités d'abréviations, d'orthographe, les fautes dans la transcription du latin, le caractère des ratures nombreuses qui s'y rencontrent, m'empêchent de croire que cette copie soit de du Bellay lui-même. Mais l'importance de la lettre exigeait que l'auteur en gardât un double et celui-ci lui a vraisemblablement appartenu; c'est, en effet, une sorte de mémoire justificatif, où Joachim réfute successivement les accusations calomnieuses que la publication des Regrets^ à son retour d'Italie, lui avait values auprès de son oncle.

Les lettres à Morel font allusion aux travaux littéraires de Du Bellay; mais les lettres au Cardinal, sauf la dernière dont je viens de parler, sont presque uniquement des lettres d'affaires ^ Le poète était revenu d'Italie, après avoir exercé auprès de Jean du Bellay, de i552 à i 555, les fonctions d'intendant de sa maison.

11 avait gagné là (au prix de quels sacrifices, les Regi^ets nous l'apprennent) la confiance du Cardinal. Celui-ci résolut d^utiliser, lors du retour en France de son

* La volumineuse correspondance diplomatique du cardinal du Bellay, disséminée dans différents recueils, ne contient, malheureument pour nous, aucune réponse aux lettres de ses neveux.

neveu, ses aptitudes et son dévouement. Ilavait occupé, parfois simultanément, plusieurs sièges épiscopaux en France, Rayonne, Paris, Limoges, Bordeaux, Le Mans; bien qu'il eût été obligé de les abandonner à des parents ou à des amis, à cause de la prolongation de son séjour à Rome, il s'était réservé certains droits dans leur administration *, et notamment, pour l'évêché de Paris, il gardait le plus important de tous, la" collation des bénéfices 2.

Pour seconder ses « custodinos » (comme on appelait alors les prélats qui administraient un évêché

* A la fin de sa vie, Jean du Bellay intervenait encore dans le gouvernement du diocèse de Paris, résigné par lui en i55o à Eustache du Bellay, du diocèse du Mans, dont Charles d'Angennes avait été investi en i556, et du diocèse de Bordeaux, dont le titulaire fut, de i553 à i558, François de Mauny ; pour ce dernier archevêché, il reprit son titre, via regressus, à la mort de Mauny, mais pour le garder peu de temps, puisqu'il mourut à Rome le 17 février i56o.

* Il avait obtenu, dès 1 533, dans un voyage qu'il fit à Rome, après sa nomination à l'évêché de Paris, pour prêter serment devant le sacré collège, le privilège de conférer directement et sans partager ce droit tous les bénéfices de ses diocèses. « Induisit ei summus pontifex bulla data 2 martii i533, ut omnia bénéficia tam secularia quam regularia ratione Parisiensis ecclesiae aut aliarum ecclesiarum, quibus pra;erat vel praeerit, ab ipso dependcntia conferre libère posset, quam approbavit concessionem Franciscus I, die prima octob. 1534. ') {Gall. Christ, t. VII, lôo D.) Les lettres de Joachim et de l'évêque de Paris le montrent exerçant ce droit sans quitter Rome, et nommant aux prébendes et aux abbayes d'un diocèse qu'il n'avait pas vu depuis douze ans. Les décisions du concile de Trente parvinrent à grand'peine à faire disparaître ces abus.

appartenant en fait à un autre), et pour surveiller la gestion de ses revenus français, qui lui permettaient d'entretenir à Rome un grand train de maison, le Cardinal du Bellay avait besoin de mandataires fidèles et e'prouvés. Joachim *, qui lui offrait toute garantie, fut chargé de concourir à l'administration du diocèse de Paris, et les lettres qui suivent nous le montrent exerçant les pouvoirs de vicaire général ^. Ces délicates fonctions lui valurent plus de déboires qu'elles ne lui promettaient d'honneur. Sans cesse en lutte avec les vicaires de l'évêque de Paris et avec Eustache du Bellay lui-même, menacé dans sa faveur auprès du Cardinal par des dénonciations qui partaient de sa propre famille et qui s'en prenaient non seulement à l'administrateur,, mais encore au poète, aigri

' Le portrait d'homme mûr reproduit au regard de cette page vient de la Bibliothèque Nationale; c'est un crayon assez imparfait, qui se trouve au cabinet des Estampes, dans un cahier numéroté N a 27 (Pi, 5). M. Bouchot, qui a bien voulu me le signaler, estime que c'est un croquis d'après nature fait par un élève de Jean Cousin, à qui aurait appartenu le cahier.

' Étgit-il dans les ordres? C'est à peu près certain. Il avait le titre d'archidiacre de Notre-Dame. C'est ainsi du moins que Guillaume Colletet traduit ces mots de Sainte-Marthe : hi B. Virginis cède in qua sacerdotium prœcipuœ dignitatis obtinebat. » [Elog. Lib. I., éd. de Poitiers, 1602, p. 41). V. Revillout, Mémoires lus à la Sorbonne dans les séances des Sociétés savantes en 1867... Imprimerie Impériale, 1868, p. 38i. Quant à l'archevêché de Bordeaux, dont le cardinal aurait été, dit-on, sur le point de se démettre en faveur du poète, les lettres n'en font aucune mention.

par ces misérables soucis et par sa surdité croissante, attristé par le départ pour la Savoie de sa chère protectrice, la duchesse Marguerite, nous pouvons retrouver dans ces lettres les causes principales de l'accablement profond dont ses vers portent la marque et qui a certainement hâté sa mort.

Toutes les lettres conservées de J. du Bellay appartiennent aux derniers mois de sa vie (juillet-décembre iSSg). On sait qu'il mourut d'une attaque d'apoplexie, le i^' janvier i 56o, peu de semaines avant le Cardinal. Il avait à peine trente-cinq ans et se trouvait dans tout l'éclat de sa gloire; il partageait avec Ronsard le titre, si retentissant alors, de rénovateur de la poésie française ^ Mais plus que Ronsard, Du Bellay avait éprouvé des souffrances et des mécomptes, et sa correspondance nous révèle les embarras d'affaires et les discordes de famille qui achevèrent d'attrister ses derniers jours.

* Leurs deux noms sont souvent réunis dans l'admiration contemporaine. Je citerai ici un témoignage inédit, que Je tire des lettres reçues par Morel (f. 55). Un naïf et enthousiaste gentilhomme, qui fut ambassadeur en Espagne, Forquevaulx, lui écrit du fond de la France, de Narbonne, ville « voisine de la barbarie espagnolle et fort esloignée de la douceur françoise », dont il était le gouverneur: « Quelque ignorance et rudesse qui en moy soit, je me délecte néantmoins de veoir et lire les bonnes choses, et je vous asseure, Monsieur que j'ay merveilleux regret de n'avoir eu l'heur de veoir et cognoistre Monsieur de Ronsard et Monsieur Du Bellay, puisqu'il estoit à Paris, pource qu'il me semble de n'avoir point demy veue en mes yeulx, n'ayant veu et cogneu les deux lumières de

Cette correspondance, saui la première lettre à Morel, e'tait connue par la copie qu'en a faite le président Bouhier et qui se trouve parmi les manuscrits de l'Ecole de me'decine de Montpellier •. M. Revillout, professeur à la Faculté des lettres de cette ville, a découvert cette copie, l'a publiée et a eu le mérite, dans une substantielle étude, de mettre en œuvre à peu près tous les renseignements biographiques qu'elle contient^. M. Marty-Laveaux l'a donnée aussi dans sa remarquable édition des œuvres françaises de Joachim du Bellay^. Mais la copie du président Bouhier est très fautive, surtout dans la transcription des noms propres, et l'orthographe du poète n'y est point du tout respectée.

On comprendra facilement l'importance de ces lettres pour fixer l'orthographe tant discutée de l'au-

France, comme toutz les hommes de bon jugement les estiment. » (Lettre du 8 mai i558.) Dans son sonnet sur la mort de Du Bellay (Œuvres françaises de J. Du Bellay, Rouen, iSqj (f. 517), la femme de Morel le comparait aussi à Ronsard :

.... Du Bellay estoit des poètes l'honneur ; Et si ne perdray pas de Ronsard la faveur. Car je ne puis ne veux lui faire aucune offence.

* Bibl. de l'Ecole de Médecine de Montpellier, H, 24,— Les lettres au cardinal et les lettres à Morel y sont rangées dans le même ordre que dans le ms. original. La lettre VII est dans une série à part.

- Les derniers mois de la vie du poète Joachim du Bellay, dans le recueil de Mémoires cité plus haut.

^ Ce sont les deux premiers volumes de la Pléiade française Paris, Lemerre, 1866-67). T-^s lettres sont au t. II, pp. 53 1 et suiv.

l6 INTRODUCTION

teur de V Illustration de la langue françoise. Je la reproduis avec la plus grande exactitude, en respectant ses contradictions d'une lettre et même d'une ligne à l'autre; je n'ai ajoute' que les accents et les cédilles, toujours absents du manuscrit, mais nécessaires pour faciliter la lecture ^ J'ai, pour le même motif, distingué les V des m, et les 7 des i. L'orthographe de J. du Bellay, bien loin d'être simplifiée, se plaît aux formes latines ou pseudo-latines^. On remarquera, parmi d'autres différences capitales entre la copie et l'original, la singulière désinence vot'{, mot:^^ etc. et le pluriel des mots en e, qui est toujours en e:^^ ainsi que la seconde personne du pluriel des verbes. La publication des lettres de Joachim, d'après une copie postérieure de près de deux siècles, pouvait donner lieu aux plus regret-

* L'écriture de Du Bellay n'est pas plus constante que son orthographe. Il a au moins deux écritures, et l'on s'aperçoit du changement, quand il introduit des mots latins ou italiens. Les lettres au cardinal montrent une main beaucoup plus posée que les lettres à Morel ; au premier abord on pourrait croire qu'elles sont d'un secrétaire. Mais, après un examen minutieux, et dont je le remercie, M. Etienne Charavay a conclu, comme moi, qu'elles sont olographes.

* « Quand à l'Orthographe, j'ay plus suyvy le commun et antiq' usaige que la Raison... (Epitre au lecteur à la fin de la Deffense et illustration de la langue françoise). J'approuve et loue grandement les raisons de ceux qui l'ont voulu reformer [Louis Meigret, Jacq. Peletier du Mans] ; mais voyant que telle nouveauté desplaist autant aux doctes comme aux indoctes, j'ayme beaucoup niieulx louer leur invention que de la suyvre » (Préface de VOlive.)

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tables erreurs. C'est ainsi que le plus récent éditeur de Du Bellay ' paraît prendre pour une habitude orthographique de notre poète ce qui n'est qu'une habitude du président Bouhier.

Aux lettres publiées d'après les originaux retrouvés et qui doivent seules faire autorité pour l'orthographe, j'en ai joint une dernière, qui complète la correspondance connue de Du Bellay. C'est une lettre à Morel sur le départ de la duchesse de Savoie. Elle a été imprimée dans un Tombeau de Henri II, publié en iSSg. Mais la correspondance de Morel en contient une copie contemporaine qui offre quelques différences avec le texte imprimé; c'est cette copie qu'on trouvera

La Bibliothèque nationale possédait encore une autre lettre de Joachim du Bellay, dans un recueil intitulé : Gallorum prœstantium epistolœ (Lat. 8385) ^. Cette lettre, probablement autographe, était écrite en

' M. Becq de Fouquières, Œuvres choisies de J. Du Bellay, Paris 1876. Introd. p. VIII. Le dernier iravail publié à ma connaissance sur le poète est l'œuvre d'un de ses compatriotes, M. Léon Séché et a pour titre : Joachim du Bellay. Documents nouveaux et inédits (Paris, Didier, 1880); le sous-titre donne des espérances qu'il ne réalise qu'à demi.

- MM. Lalanne et Bordier, dans leur Dictionnaire des pièces autographes volées (Paris, i85i), parlent de cette lettre à l'article Guillaume du Bellay. Le nom seul du destinataire, que donne la table du ms., Bellaius Carolo IJtenhovio, suffit à indiquer qu'elle doit être rapportée à Joachim.

r 8 INTRODUCTION

latin par Du Bellay à son intime ami, le savant gantois Charles Utenhove ^ Elle a disparu, comme ont disparu de la correspondance de Morel des lettres de Ronsard, de Jodelle et de Marie Stuart.

Je crois intéresser les curieux d'histoire littéraire, en publiant à la fin de V Appendice une lettre adressée aussi à Jean de Morel et se rapportant à la Deffense et illustration de la langue française. Elle est du dernier fidèle de l'école de Marot, Charles Fontaine, à qui Ton a toujours attribué et, je crois, sans discussion, la réponse faite au manifeste de la Pléiade et connue sous le nom de Qiiintil Horatian. Fontaine écrit de Lyon; il consacre trois grandes pages à désavouer ce livre et prie Morel de « soutenir fort et ferme contre tous » qu'il n'en est pas l'auteur. C'est là un fait

1 M. Marty-Laveaux publie (Tome I, p. xxxvij) une lettre latine au même Utenhove, tirée d'un volume intitulé Epitaphium in mortem Henrici secundi... per Carolum Utenhovium Gandavensem et alios, duodecim linguis. Paris, Rob. Estienne, i56o. Je la reproduis pour être complet. Il s'agit d'un recueil de poésies latines, intitulées Illustrium quorumdam nominum Alliisiones, et qui ont paru plusieurs fois, tantôt sous le nom de Du Bellay, tantôt sous celui d'Utenhove.

Joach. Bellaius C. Utenh. suo s. Jam tandem saxum et truncus esse desii, mi Carole; factus sum enim ex surdo surdaster, speroque brevi, Deo juvante, melius me habiturum. Interea, si lubet, et vacat, vellem te paucis. Jamdudum ut sois parturio illas meas, vel potius tuas allusiones : sed vide ut quod cœpisti perficias ; nam hîc mihi obstetricem prœstes, vel Lucinam potius, citius Elephanti parient. Pluribus par otium tecum agam. Intérim vale, et nos, ut facis, redama. Vale. Cal. Martis. Anno MDLIX.

nouveau pour l'histoire de la première polémique importante de la littérature française.

Ce document nous reporte au début de la carrière d'écrivain de Du Bellay, tandis que toutes les autres lettres sont contemporaines de son déclin. Cette carrière de douze ans à peine, a été très active, très remplie, et il faut ajouter très douloureuse. Sans parler des contradictions littéraires, les souffrances morales ou physiques, et aussi les embarras matériels et vulgaires n'ont pas manqué à l'auteur des Regrets. Mais ne doit -il point aux inquiétudes de sa vie cette émotion personnelle et pénétrante, cet accent de sincère mélancolie, qui lui fait sa place à part au milieu de nos anciens poètes?

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