‹ LettresChapitre 15 sur 17 · LA FONTAINE A 1. D. B. A · texte numérisé non relu

LA FONTAINE A 1. D. B. A

lamais si tost ne t'aura Claire eau de ma fontaine vive, Que legier feu esleinct sera De l'huyle obscur de ton olive.

L'auteur a pris pour titre le nom même de ce Quinctilius dont parle Horace dans VÉpitre aux Pisons (v. 488 et sqq. Quinctilio si quid recitares...), comme d'un censeur impitoyable, mais utile, des œuvres poétiques de ses amis; la Défense avait rappelé ce souvenir au ch. XI de la 2^ partie. Le Quintil a été joint, à partir de i555, toujours sans nom d'auteur, à V Art poétique françoy s de Thomas Sibilet. — Le manifeste de la Pléiade avait pour titre : La Deffence et illustration de la langue françoise par 1. D. B. A. Paris, Arnoul l'Angelier, 1349, petit in-S». La

monsieur le Prévost du Fort PEvesque qui m^en avoit fait advertir, comment cela estoit mal prins et a mon desavantage. Sachez donc et maintenez franchement contre tous que je ne suis auteur dudict Quintil, mais le principal du collège de ceste ville, lequel me pensant faire plaisir y adjousta et feit un quatrain en la lin ou il a mis mon nom dessus \' dont Ton a prins l'occasion de m'estimer Fauteur dudict Quintil précèdent ledict qua-

Défense était précédée d'une épître datée du i5 février (i5 février i55o, nouv. style), et suivie de VOlive, qui portait un titre spécial, la même date, et les mêmes initiales I. D. B. A. (Joachim Du Bellay, Angevin). Le nom de l'auteur était trahi seulement par les distiques grecs et latins de Dorât qui figuraient en tête de la Défense et de VOlive. L'auteur du Quintil s'égaye fort au dépens des initiales mystérieuses et leur cherche mainte explication : « ... ou bien fault dire (ce qui est le plus vray semblable) que tu te contentes ton surnom estre déclaré expressément par les deux tresdoctes et bienfaictz épigrammes grec et latin de ton amy Dorât. Mais cela ne doibt suffire, car tous les lecteurs Françoys ne sont pas grecs et latins. » Toutes les critiques du Quintil ne sont pas aussi superficielles et ce petit livre n'est point sans valeur.

1 Le principal du collège de la Trinité à Lyon fut, de 1542 à i565, Barthélémy Aneau, qui a fait imprimer un certain nombre de vers latins et français. C'était un ami de Clément Marot et de Charles Fontaine. On comprend

qO LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY

train, qui toutesfoys ne sera point estimé estre sorti de moy ny sentir ma veine à tous qui avec bon jugement y adviseront de près, ny aussi plusieurs choses qui sont dans le corps dudict Quintil. Et davantage quant ledict quatrain ou est mon nom seroit mien (ce qu^il n^est, et vous jure mon Dieu que jamais je n^y ay pensé ny n^en ay jamais escript ny composé un seul vers ny une seule lettre), s^ensuit il qu^il faille incontinent et légèrement juger et conclure : ergo le Quintil qui précède ledict quatrain est dudict Fontaine? Mais pourquoy donc (respondra un homme de bon jugement) et plus tost ne mettoii ledict Fontaine

que ce dernier le choisisse pour lui renvoyer la responsabilité du pamphlet; mais aucun bibliographe jusqu'à présent n'a fait à Aneau un pareil honneur. Le démenti, d'ailleurs assez entortillé, que contient cette lettre, ne paraît pas avoir été écouté de son temps. La Croix du Maine (I, p. 107) cite sans hésiter le Quintil parmi les œuvres de Fontaine. Depuis Colletet et Ménage {Menagiana, 3^ éd., 1715, t. III, p. 322), jusqu'à MM. Egger [L'Hellénisme en France, 1869, t. I, p. 184) et Marty-Laveaux, personne n'a émis de doute sur cette attribution. Le dernier éditeur du livre, M. Em. Person , ne la discute pas davantage. V. La Deffence reproduite conformément au texte de l'édition originale... et suivie du Quintil Horatian (de Charles Fontaine). Bibl. historique de la langue française; Versailles et Paris, 1878, in-S».

son nom devant ledict Quintil, que le Quintil estant fini le mettre sur un Quatrain seul, qui ne correspond au Quintil qui est en prose, mesme attendu qu'il semble par ledict quatrain qu'il ayt promis et produit au dessus une oeuvre poétique par laquelle il se veuille donner gloire qui effacera rOlive? Je croy que vous et tout homme de bon esprit qui m'a congneu dedans et dehors, ou seulement dehors, par mes petites oeuvres juvéniles, ne m'estimera point si arrogant et immodeste que ledict Quatrain sonne.

Il y a plusieurs autres raisons que je diray paraventure quelque jour plus amplement, faisans du tout au contraire de l'estime que d'aucuns ont que soys auteur dudict Quintil ; mais à présent pour n'estre trop long je vous en diray encor une, que bien prendrez ou je suis bien deceu. Vous sçavez, Mons" et amy, que j'ay souvent et fort debatu avec vous que feu Mons"* de Langey (quem ego virum honoris causa nomino) n'estoit autheur d'ung livre qu'on [luy attri]buoit, ductus vel sola hac ratione, que l'autheur dudict [livre louoit] bien fort Mons*" de Langey, et qu'estoye en ceste opinion que [ledict] seigneur n'eust esté si immodeste de se louer tant en un sien livre et

en tierce personne*, qui me semble chose très mal consonnante et conforme a tout bon autheur qui veult tenir sa réputation, et a toute bonne œuvre escrite : or est-il que Tautheur dudict Quintil en certain passage extoUe la Fontaine pour abaisser un autre et en parlant de Fontaine en tierce personne, ce que jamais je ne ferois pour les raisons que je debatois avec vous a rhonneur de Mons'^ de Langey, comme j^ay dit. Pour conclusion, vous povez penser si je suis joyeux, id est que je suis bien fasché d'avoir esté nommé et imprimé en un bel quatrain qui n'est mien, et au moyen de quoy Ton pense que je soys autheur du Quintil. Il est vray aussi que

1 Guillaume du Bellay, seigneur de Langey, parle de lui-même à la troisième personne dans ses Ogdoades; mais, si c'est de cet ouvrage qu'il s'agit dans la lettre de Fontaine, celui-ci a dû le voir en manuscrit, car il n'a été imprimé qu'en lôôg, à la suite des mémoires de Martin du Bellay : Les Mémoires de Martin du Bellay, seigneur de Langey, contenant le discours de plusieurs choses avenues au Royaume de France depuis l'an MDXIII jusqu'au trépas du roy François premier, ausquels Vautheur a inséré trois livres et quelques fragments des Ogdoades de Guill. du Bellay... son frère, œuvre mis nouvellement en lumière par René du Bellay, baron de la Lande... Paris, P. L'HuiN lier, 1569, in-fol. Fontaine a inséré dans ses Ruisseaux une pièce De la mort de Monsieur de Langey (p. 121"*

Ton pourroit penser que je seroye fasché de quoy Pautheur de Plllustration auroit ainsi escript : « O quUl me tarde que je voye sécher ces prim temps, tarir ces fontaines ^ ; » mais je vous asseure que non suis, tant pource que je doubte sMl entend taxer ma Fontaine d'amour - ou quelque autre livre qui seroit nommé les Fontaines, car ij ne dit pas « tarir ceste fontaine » ; comme aussi parce que je ne fay pas cas de madicte Fontaine, qui est seulement mon adolescence que depuis

j'ay recourue, et en vouloir ny pensement

d'escrire contre ledict ceste occasion, et en

1 Voici le passage de Du Bellay [Défense et illustr. Livre II, ch. XI) : « O combien je désire voir sécher ces printens, châtier ces petites jeunesses, rabbattre ces coups d'essay, tarir ces fontaines, bref, abolir tous ces beaux tiltres assez suffisans pour dégoûter tout lecteur sçavant d'en lire d'avantaige. » — « Envieux souhait! » répond le Quintil, « par lequel tu désires les oeuvres d'autruy estrc anéantiz, qui ne sont moins dignes de durée que les tiens, et te mocques de leurs tiltres qui sont modestes, et non ambitieux comme le tien, et ne dégoustans les lecteurs (comme tu dis), mais plustost les invitans. »

2 La Fontaine d'amours, contenant élégies, epistres et cpigrammcs. Paris, J. de Marnef, 1546, in-i6; sans nom d'auteur. Je ne sais pourquoi tous les annotateurs de Du Bellay parlent, à propos de ce passage de la Défense, des Ruisseaux ^e/onf(32;2<? postérieurs de plusieurs années.

quelque sorte qu'il entende ce passage; car aus«i j'ay bien d'autres pensemens en ma teste. Il est vray que qui me taxeroit impudemment et nommeement, certes adonc je voudroys abandonner tous les présens pensemens et affaires pour ne prendre ung autre nouveau, a sçavoir de contr'escrire, me deffendre et purger, avec toute modestie toutesfoys, au moins autant qu'il me seroit naturellement possible. Je suis trop long, mais je vous pry m'excuser et soustenir fort et ferme contre tous que je ne suys auteur ny du QuintiJ ny du Quatrain qui est après, et que Ton y vise de près. En cest endroit me recommanderay a vostre bonne grâce et a la damoiselle de voz biens, que Dieu gard et vous et les vostres et siens. Il vous plaira faire mes^ recommandations a mess'^les conseillers du Lyon et Vérins et amons^de Villaines, quant l'occasion se trouvera, sans oublier les autres que sçavez estre de ma cognoissance, mesmement Mons'^ de Belle Isle et Mons'" Chesneau% auxquels vous plaira dire que j'espère

1 Fontaine a écrit me.

2 Dans les Ruisseaux cités plus haut, on trouve une dédicace « à Monsieur du Lyon, conseiller au Parlement de Paris » (p. 167), une autre « à Monsieur de Belle Isle »

estre bien tost a Paris, ou, si en brief je ny voys, quilz auront de mes nouvelles.

C^est de Lyon ce viij april par

Celui qui est vostre entièrement,

Charles Fontaine.

(Au dos) : Mons"" de MoreP.

(p. 193), une enfin « à Louis Chesneau, lecteur en Hébrieu, à Paris » (p. 202).

1 Le de est en surcharge; v. plus haut p. 43, note 2.

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