‹ LettresChapitre 14 sur 17 · VIII CHARLES FONTAINE A JEAN DE MOREL · texte numérisé non relu

VIII CHARLES FONTAINE A JEAN DE MOREL

Monseigneur et bon amy, sachez que je vous ay escript deux ou trois foys depuis mon partement, et esperois tousjours (comme encore j^espère) faire en brief un voyage a Paris et là vous voir et faire mon debvoir envers les amis ; mais je ne sçay comment s"est faict que le temps s'est

1 Lettre autographe inédite (Lat. 8489, ff. 6r-68); v. plus haut, Introd. p. 18. Le papier est déchiré en plusieurs endroits; quand j'ai pu remplir les lacunes, j'ai mis les mots suppléés entre crochets; dans le cas contraire, on trouvera des points, — Charles Fontaine, né à Paris en i5i5, établi en 1640 à Lyon, où il se maria deux fois, mort vers la fin du XVIe siècle, a joué un certain rôle parmi les poètes du temps, surtout à Tépoque de la publication du livre dont il récuse la paternité dans cette lettre. 11 se réconcilia bientôt avec la Pléiade, et on trouve des dédicaces à Ronsard, Dorât, Baif, Belleau, Jodelle, et à tous les autres poètes du groupe dans le recueil intitulé : Sensiiyvent les ruisseaux de

fontaine, oeuvre contenant Epitres, Élégies et Estrenes

pour cette présente année 1 555. Par Charles Fontaine, Parisien. Lyon, Th. Payan, i555. Page 199 figure même un quatrain à Joachim du Bellay, Seigyieur de Gonnor. D'autres dédicaces à Du Bellay et à la Pléiade trouvent place dans le recueil publié par Fontaine en i557 et intitulé Odes, Enigmes et Epigrammes... (Lyon,Citoys).

coulé et les affaires m^ont retardé jusques a présent que j^ay receus unes vostres lettres uniques depuis deux ans passez, en date du xiiij^ mars dernier, par lesquelles en premier lieu usez de prière et trop grande humiliation en ce qui n'estoit besoing, et cela appartiendroit mieulx a moy envers vous, comme vous entendez, qu^au contraire. Or bien soyez très asseuré que je ny vouldroye faillir ny en plus grand chose pour vous, comme j\' suys tenu ; et suys allé a ce matin a la Teste noire, ou n'ay trouvé vostre porteur qui bailla hier voz lettres a ma femme, moy estant [absent]. Mais j'y retourneray a Pyssue du disner. C'est quant à ce p[oint].

Quant au second point de voz lettres, par lequel m'advertissez que vous estes employé en mes affaires par delà, je vous sçay gré, et vous en suys attenu plus grandement que de chose qu'ayez onc faict pour moy par cy devant. Mais puisque ja avez tant fait pour moy et me monstrez encore amitié si grande par voz lettres qui sont fidèle tesmoing de vostre noblesse de cueur, laquelle avec vostre cler esprit vous tient en grand estime et révérence a l'endroit de toutes gens amateurs de la vertu, de la bonté et des lettres. Je vous vueil aussi advertir

de quelque chose qui concerne mon nom et honneur et vous prier mV aider et pour la raison. Car soyez asseuré qu'a tort et sans cause Ton me charge par delà d'avoir fait un petit traicté intitulé Quintil sur la Deffence et illustration de la langue françoise \et en ay jà y a environ trois sepmaines que j'en ay escrit response, et m'en suis purgé a

^ Le Quint il-Horatian sur la défense et illustration de la langue françoise. Lyon, i55i, in-8o, anonyme. Telle est rindication que donne le Manuel du Libraire, Ni Brunetj ni aucun de ceux qui ont cité ce livre ne me paraissent avoir eu entre les mains cette édition originale; je n'ai pas été plus heureux. Il portait à la dernière page le quatrain suivant :

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