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Comté de Portneuf

Mes très chères sœurs,

La Paix de Notre Seigneur Jésus-Christ.

C'est toujours pour moi une satisfaction bien sensible d'apprendre de vos nouvelles ; notre âge et nos infirmités nous donnant lieu de croire que nous n'aurons pas encore bien longtemps commerce de société ici-bas. Je suis bien sensiblement affligé du triste état où est notre pauvre pays où nous avons vu autrefois dans les prêtres et les missionnaire la sainteté et le zèle des apôtres, et dans le peuple la piété et la charité des premiers fidèles ; que nous sommes heureux d'être nés dans toutes les circonstances que la divine providence nous a ménagé pour notre satisfaction, et qu'il est difficile aujourd'hui de ne se pas laisser entraîner par le torrent. Quelque déplorable que soit aujourd'hui l'état de notre pauvre Canada, la France est encore dans un état bien plus triste et plus lamentable devant Dieu, l'impiété, l'irréligion, l'incrédulité, le libertinage y font tous les jours les progrès les plus rapides. Je viens de

prêcher F A vent à Orléans, j'y avais prêché il y a dix ans ; j'y ai trouvé plus à travailler que jamais, et ce qui me désole c'est qu'après avoir inspiré au peuple la crainte et l'amour du Seigneur dans toutes les provinces que nous avons parcouru, il y a si peu de ministres du Seigneur qui travaillent à les maintenir, que l'ennemi du salut rentre bientôt dans les cœurs dont Dieu par notre ministère avait bien voulu les chasser ; dans les villes où il y a des curés ^t des prêtres vraiment zélés nous trouvons après un assez grand nombre d'années la même piété et la même ferveur dont nous avions été les témoins ; prions avec plus d'ardeur que jamais Notre Seigneur qu'il n^abandonne point l'ancienne et la nouvelle France. Vous m'avez fait un grand plaisir en me mandant que mon frère avait profita de la maladie que Dieu lui a envoyé pour calmer ses vivacités, ^t qu'il avait aujourd'hui pour sa respectable épouse les sentiments d'affection et les considérations qu'elle a si justement mérité. Dieu n'a pas permis que j'aie eu la consolation de l'apprendre de lui-même, je n'ai point reçu de lettres de lui ni d'elle, sans doute qu'on aura oublié au collège de les mettre dans la boîte aux lettres. Je n'ai point reçu non plus la boîte ronde où vous aviez mis les petits ouvrages sauvages que vous me marquez avoir envoyé au collège à mon adresse, on ne m'a point envoyé non plus l'année passé le petit panier où vous aviez brodé les armes de la duchesse d'Ayen ^.

1 Brouillon d'une lettre de la Mère Duplessis de l'Ënfant-Jésus à, la duchesse d'Ayen :

" Votre piété s'étend jusque dans les pays étrangers et même dans ce nouveau monde par les dévotes images du crucifix que vous avez fait imprimer. Cela nous a, procuré l'honneur de vous connaître et de savoir plus particulièrement les bontés que vous avez eues pour le Père Duplessis. Permettez s'il vous plait Mde ■à deux uniques sœurs qu'il a religieuses dans le Canada de vous témoigner leur

LETTRES Da P. DUPLESSIS 285

Je pars dans peu de jours pour aller prêcher à Alençon, de là à Brest, ensuite en Picardie, Flandre et Bourgogne, en voilà pour plus d'un an tout de suite, si ma santé se soutient. Elle a eu de rudes atteintes, et j'ai cru que je ne pouvais plus rien faire ; après avoir prêché 18 mois de jubilé, mes rhumatismes m'avaient réduit à une espèce de paralysie. Pendant la mission de Nevers on ine conduisait sous le bras et une canne à la main, et si on n'était venu me tirer du confessional comme un sac de blé, j'y serais demeuré. De plus mon tremblement des mains était venu à un tel point, que j'ai été quatre mois sans pouvoir dire la S te Messe, et j'avais lieu de croire que je ne pourrais jamais la dire ; j'avais fait à Dieu mon sacrifice, et ma consolation était de communier tous les jours ; j'ai fait quelques remèdes après avoir pris les eaux de Forges ^ et par les prières des bonnes âmes j'ai été soulagé et je dis maintenant la Ste messe avec plus de facilité que je ne l'avais dit depuis plusieurs années, et je vais continuer mes fonctions au risque de mourir à la peine, j'aime mieux mourir en travaillant pour faire connaître et aimer Dieu, que de

reconnaissance de l'affection dont vous l'honorez, et leur édification de remarquer dans une personne de votre qualité un amour tendre pour N. S. Nous avions

pas appris qu'

nait en France dans lequel peut-être il était nous aura privées de vous avoir donné des marques de notre dévouement. Si ceux qui partent actuellement font une plus heureuse traversée nous espérons Mde, vous faire goûter du fruit de ce pays préparé dans cette maison. C'est la moindre chose que nous puissions vous offrir pour vous donner des preuves du très profond respect avec lequel nous

avons l'honneur d'être Mde vos "

— Ayen, petite ville de France (Corrèze) fut érigée en duché en 1737 en faveur de Louis de Noailles. Depuis lors les aines de la maison de Noaillea portent toujours jusqu'à la mort de leur père, le titre de duc d'Ayen. I^a duchesse d'Ayen était l'épouse de TiOuis, duc de Noailles, qui fut maréchal de France en 1766, et à qui on attribue un pamphlet contre les Jésuites ; Les larmes de St Ignace. (1762)

1 Forges-les-Eaux, bourg de France, (Seine-Inférieure) célèbre par ses eaux thermales.

vivre en me reposant. Priez Notre Seigneur Jésus-Christ qu'il me fasse la grâce de réparer pendant le peu de ' temps qu'il voudra bien me laisser en ce monde l'indignité et la lâcheté avec laquelle je l'ai servi jusqu'ici.

Tandis que je vous écris, je reçois une lettre du frère Duval qui me mande du Collège qu'il vient de recevoir le baril de capilaire que vous m'envoyez, mais qu'une bouteille <ie baume qui était dedans s'étant cassé l'avait presque tout perdu. C'est un malheur dont il faut se consoler, il me mande qu'il m'en donnera du sien, car j'en fais usage par ordre des médecins avec du lait que je prends tous les jours il a trouvé à l'ouverture du l)aril la petite boîte où sont les ouvrages sauvages qui ne sont point gâtés, ainsi j'ai accui^é à tort les frères du collège de ne les avoir point mis dans la boîte aux lettres du collège où ^'ous me marquez qu'ils étaient, mais je n'ai point reçu celui que vous m'avez envoyé l'année passée pour Mme la duchesse d'Ayen. Je m'en suis consolé, car je n'entretiens aucune liaison avec les grands et je n'ai pas vu cette duchesse depuis près de deux ans.

On m'a conseillé pour me préserver des plus violents accès de rhumatisme de porter une camisole doublée en quelques endroits de peau de chat sauvage. Si vous pouvez m'en envoyer deux peaux en les adressant au frère Duval, vous me ferez plaisir. C'est une grande humiliation d'être obligé d'user de tant de précautions pour conserver une misérable santé, ma chère sœur de l'Enfant Jésus est dans le même cas, mais elle a plus de courage que moi, et elle surmonte toutes les difficultés qui s'oôrent à son zèle pour les intérêts des pauvres malades. M. de Lalanne conserve toujours le même empressement à vous rendre service, je suis honteux de me trouver hors d'état par mes

courses continuelles de me mêler d'aucune affaire temporelle, mais le frère Duval qui m'aime véritablement se porte de tout son cœur à exécuter les commissions de mon frère et les vôtres, je lui ai recommandé de vous envoyer le tableau du Sacré Cœur de la |Ste. Vierge, je m'estime heureux de pouvoir contribuer aux hommages qui lui seront rendus. Je mo recommande instamment aux prières de nos chères Srs. Ste. Cécile et Ste. Claire, à toute votre communauté et à vos Sts. Amis. Je suis toujours avec l'affection la plus cordiale, mes très chères sœurs, votre très humble et obéissant serviteur,

DuPLESSis, de la Comp. de Jésus.

A Paris, le 25ièrae février 1753.

Mes très chères sœurs,

La Paix de Notre Seigneur.

Mes infirmités et la continuation de mes travaux ne me laissent pas le pouvoir de vous écrire aussi souvent que je le voudrais, je mets souvent la main à la plume, et le tremblement de ma main me refuse le service ^. J*ai prié le frère Duval d'y suppléer. Je vous ai tous les jours présentes devant Dieu et je lui demande que votre ferveur supplée à mes misères, je suis depuis six mois avec Mgr l'évêque de Langres qni travaille dans le même goût que Mgr l'évêque d'Amiens, et nous tâchons de sauver du naufrage une partie des âmes que la tempête excitée contre la religion fait périr tous les jours ; je n'ai vu mon frère que

1 Le 20 Mai 1755, M. de I^lanne, prêtre, écrivait à la Mère de TEnfant-Jé*

sus , ,

•* Le révérend Père Duplessis travaille avec autan^ de force que jamais. Vouloir rol>lii^cr à prendre un peu de reuos ce serait le rendre malade. II mourra dans le lit d'honneur. Il s'y attend bien ".

dans les trois occasions que j'ai eu de passer à Paris depuis qu'il est en France. J'appréhende fort qu'après toutes les peines qu'il s'est donné il ne retire pas le fruit qu'il s'est proposé dans son voyage, il m'a promis de fréquenter les sacrements avec plus d'aseiduité et de ferveur et de s'appliquer avec plus d'attention à reprimer ses vivacités. J'ai eu bien de la peine à le convaincre qu'il était trop vif, et il appréhende si fort que je ne vous marque quelque mécontentement de ses vivacités et de son imprudence dans la poursuite qu'il se proposait d'obtenir qu'il m'a^ fait promettre que je vous manderais qu'il a fait de son mieux. C'est toujours une preuve de son bon cœur il a beaucoup versé de larmes quand je l'ai embrassé pour la dernière fois dans un voyage que j'ai fait à Paris presque uniquement pour le voir, je prévoyais que je ne pourrais pas quitter l'ouvrage que je pourrais avoir ici après Pâques quoique je lui fisse espérer que je pourrais encore le voir avant son retour en Canada ; il m'avait promis de me mander le succès de ses projets, mais n'ayant point reçu de ses nouvelles depuis deux mois que je suis reparti de Paris, je crains qu'elles n'aient pas été favorables. Quoique j'aie rompu toute liaison avec les grands qui pouvaient me troubler dans mon ministère, je lui ai procuré les protections les plus fortes au bureau de la marine et surtout celle du P. de la Tour qui est l'intime ami de M. de Machaud et de Mr. de la Porte. Prions Dieu qu'il lui fasse la grâce de profiter des événements que la divine providence conduira toujours pour le salut de son âme. Il est celui pour qui nous devons plus particulièrement nous intéresser devant Dieu. Je suis aussi bien sensible à tous les malheurs de notre pauvre pays qui participe d'une manière bien affligeante à tous les maux spirituels.

•et temporels de la France. Quel bonheur pour nous que le Seigneur nous ait mis tous trois dans un état où nous pouvons avec tranquilité malgré toutes les tempêtes aller droit à lui. Le terme ne peut pas être bien éloigné, et je ne pars point de Paris que je ne m'attende à n'y pas retourner, j'ai eu la fièvre pendant tout le carême et je n'ai interrompu mon travail en chaire et au confessionnal que deux ou trois jours que Mgr l'évêque de Langres m'a interdit. Le Seigneur vous conduit par la même voye des infirmités et •des croix ^ C'est le vrai chemin du ciel, priez mes bons •amis en Notre Seignenr qu'ils demandent à Dieu qu'il nous y fasse marcher constamment en esprit de charité et d'amour. C'est dans l'union de ce divin amour plus intime «ncore que celle de la nature que je suis Mes très chères «œurs votre très humble et très obéissant serviteur et frère,

DuPLESSis, de la Compagnie de Jésus.

A Langres, le lOième Août 1755.

-jI ma très Révérende Mère^

La Révérende Mère Duplessis de Ste Hélène,

Religieuse hospitaliè^'e de V Hôtel-Dieu de Québec.

à Québec, en Canada

1 Anusion à la maladie de la mère de Ste. Hélène :

*' J'ai pensé partir pour l'autre monde il y a six mois. On est surpris de

nie revoir sur pieds. Le lait qu'on m'a fait prendre m'a fait beaucoup de bien. Cependant depuis quelques semaines il m'a repris une toux qui m'annonce une fin prochaine, malpré les ménagements dont on m'oblige d'avoir. Pourvu que nou> mourrions dans la grâce de Dieu le plutôt est meilleur, mais la volonté divine fv manifestera. Je tâche de m'y soumettre entièrement comme étant la disposition qui peut mieux réparer toutes mes lâchetés. Quoique je parle ainsi ne nie croyez pas à l'extrémité. On languit quelquefois longtemps. On me prédit autrefoisque j'enterrerais toute ma famille, et qu'ayant un corps de France il me faudrait assommer. Je ne crois qu'on soit à cette peine car je trouve que les années se font «entir et amènent des infirmités qui démolissent peu à peu le bâtiment "

Lettre du 6 9bre 1754. écrite à madame Hecquet par la mère de Ste. Hélène.

Ma très chère sœur,

La Paix de Notre-Seigneur.

Depuis quatre mois que je suis à Paris, j'ai été si occupé des fonctions de mon ministère, que je n'ai pu vous écrire par \es premiers vaisseaux. J'ai supplée par le frère Ancelin et le frère Duval qui vous ont mandé que le bon Dieu m'ayant donné une santé un peu plus vigoureuse, je m'étais livré an travail presque comme dans les premiers temps. Je vais partir dans peu de jours pour cinq missions en différentes provinces qui me donneront de l'occupation hors de Paris jusqu'au carême de l'année prochaine ; je crois que nous devons travailler maintenant au salut des âmes avec d'autant plus d'ardeur que nous voyons que l'enfer fait plus d'efforts que jamais pour détruire par tout le monde la connaissance et l'amour de Dieu et de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ce qui m'afflige singulièrement c'est d'apprendre qu'il n'a que trop réussi dans notre pauvre pays, où Dieu n'est plus servi comme il l'était, quand nous y avons eu tant d'exemples de la plus solide piété, ces mal-

heurs me touchent eocore plus que la misère temporelle extrême où nous avons sujet de croire que vous êtes et à laquelle on se voit dans une difficulté extrême à porter de» secours. Tous nos vaisseaux ne peuvent sortir d'aucun des ports, sans s'exposer à un très grand danger d'être pris par les Anglais qui bordent toutes nos côtes, c'est ce qui me fait craindre que mon frère ne s'en retourne pas encore cette année. Il est toujours d'une vivacité étonnante dès qu'on lui donne quelque avis qui n'est pas conforme à sa façon de penser. Cependant je bénis Dieu de ce qu'on ne lui reproche aucun dérangement dans les mœurs . Je vous envoie encore un nombre de médailles choisies pour les sujets (le dévotion de votre goût, la Ste Trinité, la Ste Famille et le Sacré-Cœur de Jésus et de Marie. Si vous en avez de reste, envoyez en quelques-unes aux dames Ursulines que j'estime plus que jamais depuis les bontés qu'elles ont eues pour vous après votre incendie ^. J'aurais bien voulu pouvoir m'intéresser plus efficacement pour procure^ à votre hôpital les secours dont il a si grand besoin ; je me suis joint à Mr. de Villars '^ pour le recommander aux prësi-

1 Le monastère de THÔtel-Dieu fut incendié le 7 juin 1755. I^es UrsuUne» donnèrent l'hospitalité aux Hospitalières.

" .nous avons tout perdu (dans l'inoondie), ling°, hardes, meubles,

vaiselle, livres, tout en un mot. Le feu qui avait pris sans savoir comment par les greniers et par le toit de la maison, n'eut pas plutôt paru qu'on nous contraig^nit de sortir, et qu'on nous arracha pour ainsi dire avec violence de notre maison, et nous n'emportâmes que le peu que nous avions sur nous.

" Une de nos R-ses fut consumée dans les flammes. Ma sœur, l'enfant Jésus, ne pût sortir de sa chambre qne par la fenêtre qui était au 4e étage, à la faveur d'une échelle qu'on eut de la peine à trouver et des hommes forts élevèrent sur leurs bras pour qu'elle pût atteindre si haut

" Nous sommes à présent dans un corps de logis que les PP. Jésuites nous ont offert chez eux et qui a été occupé autrefois par des pensionnaires. On a mis des retranchements qui nous séparent entièrement d'eux, mais qui ne les empêchent pas de nous assister. Nous y resterons jusqu'à ce que notre maison soit assez rétablie pour que nous y puissions retourner "

25 8bre 1755. Lettre de la mère de Ste-Hélène. •-' Dlicctcur du Séminaire des Missions Etrangères à Paris

dents du bureau des communautés. On promet toujours et les temps sont si malheureux que je ne sais ce qu'on exécutera. Je vais aller encore aujourd'hui avant de partir chez Mr. de Villars pour le prier de ne se point rebuter . Après tout ce que Dieu permettra sera le plus utile pour votre sanctification, et s'il veut que nous participions plus que jamais à la pauvreté et aux souffrances de notre Seigneur, c'est la plus grande preuve qu'il puisse nous donner de son amour et de sa prédilection pour nous ; je vous envoyé les œuvres du P. Huby ^ qui était bien pénétré de cette maxime fondamentale de l'Evangile et dont la lecture me charme. Demandez à Notre Seigneur qu'il imprime bien profondément dans mon âme l'amour de Jésus Christ crucifié que nous ^annonçons sans cesse, mais que nous n'aimons et n'imitons point assez. Je le prie de tout mon cœur qu'il vous perfectionne dans son saint amour pendant l'année jubilaire de votre consécration à son service '^. Pardonnez mon griffonnage, j'ai été obligé d'interrompre presqu'à chaque ligne à cause de mon tremblement des mains. Je suis avec vous dans l'union du Sacré-Cœur de Notre-

1. Le p. Vincent Huby, jésuite, (1608-1693). Pendant 30 années s'occupa de retraites. Ses écrits ont été réunis sous le titre biŒuvres spirittielles. (Paris 1755).

2 La mère Duplessis de Sainte Hélène célébra ses noces d'or le 8 janvier 1759.

Extraits des lettres de la mère de Ste-Hélène.

" Il y a près de 45 ans que je suis en religion, ce temps m'a passé

comme nn écloir* "

8 9bre 1751.

'* Ne me laisser pas ignorer, s. v. p., l'état où vous êtes. Notre âge

amène les infirmités. Comme Dieu voit mon pauvre esprit travaillé de plusieurs soucis, il veut bien épargner mon corps. Je me porte assez bien, et à la pesanteur près, je ne croirois pas être vieillie. Le temps passe bien vite et nous conduit à l'éternité, j'espère vous y voir, chère amie. Travaillons à la mériter heureuse. Ne m'oubliez point, et croyez (yie vous m'êtes fort présente et queje serai toujours avec la même tendresse et respect. (2 oct. 1758^.

Seigneur dont je vous envoie deux petits tableaux pour suppléer à vos oratoires qui ont été brûlées.

Ma très chère Sœur Votre très humble et très obéissant

Serviteur et frère DuPLESSis de la Compagnie de Jésus.

A Paris le 22 avril 1756.

A ma très révérende mère

La révérende mère Duplessis de Ste Hélène

Supérieure des religieuses hospitalières de V Hôtel-Dieu de Québec,

A QuébeCy en Canada.

LXXVT

Ma très chère sœur,

La Paix de Notre-Seigneur.

L eloignenient où je suis de vous depuis bien des winées n'a rien diminué de la sensible douleur que m'a causé la mort de ma chère sœur de l'enfant Jésus ^. Ce que vous.

1 lia mère de l'Enfant Jésus était morte le 12 de Mai 1756. Sa santé tou*jours chancelante n'avait pu soutenir les pénibles émotions et les fatigues qu'elleavait dû subir après l'incendie du monastère. Elle était âgée de 64 ans et elleavait 43 ans de profession religieuse. Elle fut enterrée dans la chapp' 1 e du collè-ge des Jésuites.

Extrait d'une lettre de la mère de Ste. -Hélène :

*' A cette affliction comme à toute notre communauté le Seigneur m'en

a envoyé deux autres qui me sont personnelles. La première est le poids de la supériorité dont je suis encore chargé, et la seconde la mort de ma sœur de l'enfant Jésus arrivée le 12 de mai. Cette séparation de l'unique sœur que j'ai eue a été pour moi un coup bien douloureux, étant plus unie avec elle par le sentiment que par le sang, elle m'a laissée dans une grande soUitude, c^uoique toutes me», sœurs lui aient donné et à moi des témoignages de la plus sincère amitié. Elle était âgée de 64 ans et ma cadette de 5 ans. Sa dernière maladie qui a durée deux mois a été une suite de ses infirmités habituelles et continuelles. Un catar«rhe l'a tourmenté depuis plus de 30 ans, et l'a enfin épuisée..»."

Obre 1756

me marquez des circonstances qui l'ont accompagné me donne lieu de croire que Notre-Seigneur Jésus-Christ, qu'elle a toujours aimé de tout son cqeur, Ta voulu faire parti- <îiper à tout ce qu'il y a de plus douloureux dans Tamertume de la Ste agonie sur la croix. Cet abandon où la partie inférieure de son âme était réduite, tandis que la partie supérieure demeurait parfaitement soumise et attachée à la Ste. Volonté de Dieu, les plaintes que faisait alors notre chère sœur n'étaient que l'effet du désir qn'elle avait d'être dans les derniers moments de sa vie plus intimement unie que jamais à son céleste époux, et ce sont les désirs du cœur que Dieu écoute plus que les sentiments sensibles qui flattent toujours l'amour-propre qui cherche jusqu'au dernier moment à se satisfaire. Quoique j'espère que Dieu Aura déjà récompensé la charité qu'elle avait pour les pauvres malades et tout ce qu'elle a fait et souffert pour la ■conservation et l'augmentation de ce qui devait contribuer -à leur subsistance, je recommande tous les jours son âme à Dieu au St-Sacrifice. Pour moi qui croyais mourir le premier de nous trois, Dieu me fait la grâce de continuer mon 'travail sans presque aucune interruption. J'ai prêché cette année cinq mois avec la lièvre, j'ai encore des engagements jusqu'après Pâques de l'année prochaine dans cinq diocèses différents. Je viens de finir une mission des plus consolantes que j'ai jamais faite. C'est dans l'hôpital de Bicètre où il y a près de cinq mille pauvres ou prisonniers. Je pars dans deux jours pour Rouen où j'ai trois missions à faire et le carême à prêcher à la cathédrale. Cette continuité de travaux qu'exige mon ministère me met hors d'état de rendre efficace le désir que j'avais de procurer par moi-même à votre maison les secours dont elle a si

LETTRES DU P. DUPLBSSIS 297

grand besoin ; j'ai donné a Mr. de Villers ^ et au P. de Launay procureur des missions du Canada ^ des blancs signés pour les personnes de qui ils pourront tirer quelques secours par considération pour moi . J'ai représenté aux ^vêques de la commission établie pour le secours des communautés qui sont dans le besoin l'indigence entière de la vôtre, ils ont promis d'y avoir égard. Mr. de Lalanne m'a promis qu'en mon absence il les pousserait pour l'exécution. Je ne vous dirai rien de bien consolant de mon frère, je le vois très rarement, quand je passe à Paris. Les petits reproches que je suis obligé de lui fairp., malgré les caresses dont je les accompagne ne s'accordent point avec l'idée qu'il a de lui-même II m'a cependant assuré plus positivement que jamais la dernière fois que je l'ai vu qu'il partirait certainement au printemps ^. L'estime que j'ai pour votre communauté et la confiance que j'ai dans les prières

1 Lettre de M. de Vîllars, prêtre, datée de Paris, le 18 février 1757, à la mère de Ste Hélène "M. Hocquart me parait bien disposé en faveur de votre communauté. . . .M. de Lalanne et le P. Duplessis travaillent en votre faveur. J'espère que leurs travaux et leurs soins ne seront pas stériles mais tout se fait ici avec beaucoup de lenteur."

2 Lettre de M. de Launay, jésuite, à la mère Ste Hélène, datée de Paris le 25 Mars 1757 ....

'* Tout ce qui a rapport au R. P. DuplessiH m'est très cher et très respectable. Il connait mes sentiments pour lui depuis longtemps et mon zèle pour vos intérêts z^\e que vos malheurs n'ont fait qu'exciter davantage. Je compatis très sincèrement à votre triste situation et je suis bien éloigné de vou6 refuser les petits services qui dépendront de moi. Je ressens avec vous et avec toute votre communauté la perte que vous avez faite d'une sœur dont on m'avait dit toute sorte de bien. "

Le 8 Mars 1758, l'abbé de l'Ile-Dieu écrit à l'Hôtel Dieu de Québec : " Vous aurez 140 livres de rente sur le legs de Mgr le duc d'Orléans sur la ville de Paris, .i commencer du 1er janvier 1756. "

:{ M. Sarrazin de l'Etang, fils du célèbre chirurgien et naturaliste Michel Sarrazin, écrivant de Paris le 25 Mars 1757 à la mère de Ste Hélène pour la remercier de» bontés (qu'elle avait eues pour sa famille et de l'amitié dont elle avait honoré son père, lui parlait longuement de Denis Duplessis qui logeait près de chez lui et qui le venait visiter très souvent. Tout en regrettant le caractère emporté de cet enfant prodigue il l'assurait que sa conduite et ses mœurs étaient irréprochables II ne voulait pins retourner au Canada.

de toutes les religieuses qui la composent m'engagent à vous envoyer pour chacune d'elles une médaille du Sacrécœur de Jésus et de Marie bénites par le Souverain pontife et auxquelles sont attachés des indulgences dont je vous envoie l'extrait. J'en ai mis une de plus que je vous prie de donner aux religieuses Ursulines qui voudront bien prier I

pour moi. Elles ont mon nom écrit dans leur registre du jour que Mgr de St Villier établit la confrérie du Sacré-Cœur dans leur église. J'ai par là une union plus intime dans ce Sacré-Cœur avec elles. Serrons de plus en plus par de fréquents et d'ardents actes d'amour les nœuds qui nous unissent malgré notre indignité à ce cœur tout divin et si l'oratoire que nous lui avions érigé a été consommé par le» flammes que rien au monde ne puisse détruire ni altérer la beauté de celui que nous lui avons érigé dans notre cœur. C'est dans l'amour de cet adorable Sauveur que je suis toujours dans la plus tendre affection, Ma très chère sœur,

Votre très humble et obéissant serviteur et frère,

DuPLESSis, de la compagnie de Jésus.

A Paris, ce 25ième janvier 1757.

A ma Révérende Mère,

La Révérende mère Dupleasis de Ste, Hélène, Supérieure des dames religieuses de V Hôtel-Dieu de Québec^

à Québec en Canada^

A Rouen, le 14 mars 1757.

Ma très chère sœur,

La Paix de notre Seigneur.

Je profite de Toccasion que me donne la lettre que Mgr Tévêque d'Amiens m'a adressée pour vous l'envoyer et je me dérobe un moment du travail continuel qui m'occupe. Je prêche actuellement le carême dans la cathédrale de Rouen et le bon Dieu me donne assez de force pour joindre aux prédications du carême deux espèces de mission une dans une paroisse, et une autre dans un hôpital où il y a plus de deux mille pauvres ^. C'est la dernière qui fait mes délices, parce qu'elle est plus conforme aux exemples de Notre Seigneur. J'ai laissé mon frère à Paris déter-

1. Lettre de M. l'abbé de l'Ile-Dieu, vicaire général, à la mère de Ste-Hélëne (Paris, 12 Mars 1757;

** Le révérend Père Duplessis qui est fort de mes amis se porte très bien. Il est actuellement à Rouen où il prêche le carême et donne des retraites. Cetteille en a <<rand besoin et je prie Dieu de tout mon cœur d'y seconder son zèle.'*

miné à partir au plus tôt. Je n'en ai point eu de nouvelles depuis que je suis ici. Il m'a promis de faire une retraite au Noviciat pendant huit jours, et afin qu'il n'y manquât pas, je lui ai fait accepter l'argent nécessaire pour la payer. Ne nous lassons point de prier pour lui. Je demande à Dieu tous les jours qu'il lui fasse la grâce de donner à sa vertueuse et respectable épouse autant de consolation qu'il lui a causé de chagrin. Je vous prie de bien l'assurer de mon respectueux attachement. Je salue de tout mon cœur toute votre communauté et je demande une Union et une participation plus particulière à leurs prières et à leurs mérites depuis qu'elles ont une union plus étroite avec la croix de Jésus-Christ. Redoublons, mes très chères sœui's, le désir que nous avons de nous unir plus intimement à Notre Seigneur, et souvenons nous tous les jours que dans les plus grandes sécheresses et les plus désolantes aridités notre soumission à Dieu est plus méritoire que les goûts et les consolations spirituelles les plus délicieuses. Mille fois plus de confiance que de crainte pendant la vie et encore plus à la mort dès que nous n'avons point d'attache délibéré et volontaire à ce qui déplait à Dieu. Les mérites infinis de Jésus-Christ suppléront surabondamment à ce qui nous manque.

DuPlessis de la Compagnie de Jésus.

Ma très chère sœur,

La Paix de Notre Seigneur

Quoique j'adore avec respect la conduite du Seigneur qui veut nous conduire par bien des tribulations au bonheur de Faimer parfaitement et éternellement avec les Sts. je suis sensiblement touché des maux que souffrent et de ceux dont sont menacés ceux qui habitent notre pauvre Canada, oii Dieu m'a fait tant de grâces, et oii nous voyons sa S te religion prête à être détruite ; je suis saisi, quand je pense à quel danger, vous êtes personnellement exposé, si nos ennemis s'emparent de Québec. Quelle situation pour ma belle -sœur et sa chère tille, mais j'espère toujours que Notre Seigneur en qui nous mettons toute notre confiance vous protégera, je le demande de tout mon cœur tous les jours . Pour moi D ieu m'ayant donné plus de force que les années précédentes, j'ai travaillé toute l'année et prêché dans huit diocèses en Normandie, en Picardie, en Champagne et en Bourgogne, et j'ai "encore dans ces

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•quatre provinces des engagements pour toute cette année. Je suis pour quelque temps à Paris où Mgr. notre archevêque m'a engagé de venir prêcher le carême et où il m'a recommandé une bonne œuvre bien dégoûtante à la nature, mais qui me donne une consolation infinie : c'est Tinstruction des pauvres de l'Hôpital et des prisons de Bicêtre. Il y a cinq mille hommes et garçons dont deux mille sont des brigands ramassés de toute la France . Ce sont ceux-ci auxquels je me suis particulièrement attaché, et quoique l'infection des salles où ils sont renfermés m'ait donné plusieurs fois une espèce de scorbut, je viens d'y passer trois semaines où j'ai eu la consolation de voir toutes les exécrations et les blasphèmes imaginables changés en louanges du bon Dieu et en prières ; cela me dédommage abondamment des malédictions et , des calomnies dont on nous charge de toute part. Mes occupations et mes voyages ne m'ont point empêcher d'agir et de ... . pour procurer quelque secours à votre maison que j'estime que j'aime et au besoin de laquelle je compatis bien sensiblement. J'ai été plusieurs fois prier Marie de RuPellemende carmélite de la rue Grenelle pour la prier de ne point se lasser d'employer son crédit auprès des prélats de la commission pour les communautés dans le besoin, et si ce qu'on vient de me dire est vrai, on vient d'assigner à l'Hôtel-Dieu de Québec quatre mille livres de pension ^ Je ne vous parle point

1 liOttre de M. de Villars, directeur du séminaire des missions étrangèreH a Paris, du 28 février 1759, à la mère Duplessis de Sainte-Hélène :

"Nous parlons souvent de vous avec l'apôtre de notre France, le révérend P. Duplessis, le plus aimable et le plus gai des missionnaires La mort

de M. de Meaux vous prive d'un protecteur très bien intentionné. Mde de Ruppelmonde, Carmélite, avait beaucoup agi pour vous auprès de cet évèque. I^ commission établie pour les pauvres conmmnautés religieuses vous a attribué pour cette année 4(>0(> livres.—"

-de moa frère, il y a plus d'un an que je ne l'ai vu quoique j'aie été plusieurs fois à son auberge. Je juge qu'il n'ose pas paraître devant moi. Je ne me rebuterai point cependant, et je ferai mon possible pour le faire partir. Prions pour lui, recommandez-moi toujours aux prières de nos bons amis en Notre-Seigneur.

Je suis avec le plus sincère attachement ma très chère sœur. Votre très humble et très obéissant serviteur et frère.

DuPLESSis de la Compagnie de Jésus.

Paris, le 25 de février 1759.

A ma révérende mère.

La révérende mère Duplessis de S te Hélène, Supérieure des Religieuses Hospitalières De V Hôtel-Dieu de Québec,

A Québec. En Canada.

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