‹ LettresChapitre 16 sur 32 · DUPLESSIS J · texte numérisé non relu

DUPLESSIS J

A ma Révéreiule Mère

Ma Révérende mère Duplessis de V Enfant- Jésus, Religieuse hospitalière de V Hôtel-Dieu de Québec

A Québec.

1 Avis I et I pratiqius | pour profiter | de la mimon et de la retraite | et en conêerver lefru% \ à Vusage | des Missiom [ et des retraites \ du Père Duplessis» de la compagnie | de Jésus | première partie i contenant les méditations et les prière» | à Paris I chez Hyppolite. Louis Guérin, rue St. Jaques \ vis-à-vis les fniUhurins à St. Thomas ctAquin ]MDCCXLIV, | avec approbation et privilège du roi.

La première partie de l'ouvrage oontient des avis pour profiter de la mission et de la retraite, les prières de la mission, pratiques de piété. La seconde partie contient les cantiques de la mission. Une grande partie du livre est consacrée à publier les grâces extraordinaires accordées à ceux qui ont imploré le secoure de Dieu au pied des croix qui ont été plantées pendant le cours des missions : guérisons miraculeuses, conversions innombrables, éclatantes. On y trouve aussi la plupart des mandements lancés par les évoques de 1735X1^744 à l'occasion des prédications du P. Duplessis. En tôte du livre on voit une image gravée par de Poil ly représentant la croix miraculeuse plantée sur le rempart de la ville d'Arras par le R. P. Duplessis. Le missionnaire est au pied de la croix revêtu du surplis et dans l'attitude du prédicateur. Au premier plan la pauvre fille miraculeusement guérie présente ses béquilles à la croix.

Mes très chères sœurs,

En passant par Paris j'apprends qu'il y a encore une occasion pour écrire en Canada et que le messager part tout à l'heure, j'en profite volontiers pour vous demander à tous pardon de ce queje vous écris si rarement et si brièvement je viens de faire une mission avec Mgr de Sens dans une ville de son diocèse où il n'y avait pas dix bons catholiques quand nous l'avons commencé et dont par la miséricorde de Dieu il n'en est pas resté dix qui ne fussent bien revenus et poui' la foi et pour tes mœurs. C'est la ville de Provins à quelques lieues de Troyes. Quelque fatigué que je sois je pars pour aller commencer un autre à la cathédrale de Senlis. Je n'ai que te temps de me recommander aux prières des personnes que vous connaissez avoir du cr^it auprès du Seigneur et de vous marquer avec une main tremblante combien je suis

Mes très chères sœurs Votre très humble et obéissant serviteur et frère

DiTPLBSSis de la comp de Jésus.

A Paris, le 3ième juin 1744.

Recommandé au R. P. St. Pé.

A ma Révérende Mère

La révérende mère Dupleasis de Ste Hélène,

Religiewe hospitalière de rHôlel-Dieu de Québec

A Québec en Canada.

Mes très chères sœurs

La Paix de Notre Seigneur.

Le seigneur m'a conservé encore cette année la vie et assez de santé pour travailler continuellement, outre les travaux ordinaires, j'ai commencé dans trois nouveaux diocèses, j'en ai fait une avec Mgr l'archevêque de Sens en Bourgogne, une en Anjou avec Mgr l'évêque d'Angers qui vit comme un saint et une avec Mgr l'évêque de Sées en Basse-Normandie. J'avais eu l'honneur de connaître ce dernier, lorsqu'il était conseiller clerc au parlement de Kouen. Si Dieu me conserve la vie, je crois que je serai obligé d'aller passer cinq ou six mois dans l'archevêché de Bordeaux ^ l'année prochaine ou la suivante. C'est une parole que j'ai donné au prélat îorsqu'étant abbé plein de;

1 Louis-Jacque d'Audibert de Lussan était alors archevêque de Bordeaux.

piété et de religion il voulut bien partager avec moi le travail d'une mission et me fit promettre lorsque je Tembrassai en le quittant que je ne l'abandonnerais point lorsqu'il serait placé ; sa naissance et sa piété me donnaient des assurances que cela ne devait pas tarder, et le témoignage (jue j'en rendis à Mgr l'évêque de Mirepoix lui fit plaisir. Je vous avoue Mes chères sœurs que c'est une grande consolation pour moi de voir que malgré l'irréligion et le débordement effroyable de mœurs qui régnent dans ce siècle jamais l'église de France n'a eu un si grand nombre de prélats fidèles imitateurs du zèle et de la piété des premiers apôtres j'ai l'honneur d'en connaître près de vingt-cinq qui ne cherchent que la plus grande gloire de Dieu. Prions Dieu qu'il en augmente le nombre. Je viens de finir les prédications d'un carême dans la paroisse de St. Laurent où j'ai eu la consolation de voir plus de vingt mille personnes qui n'avaient presque jamais reçu d'autres sacrements que le baptême revenir sincèrement à Dieu. J'ai été obligé plusieurs fois de prêcher une seconde fois dans le cimetière, après avoir prêché dans l'église, pour contenter la piété de la multitude de ceux qui n'avaient pas pu entrer. Je vais aller passer au célèbre calvaire du Mont Valérien qui est à deux lieues de Paris l'octave de l'invention de la Ste-Croix ; j'y prêcherai tous les jours et il y viendra processionnelJement huit paroisses de Paris successivement ensuite le travail du jubilé que nous allons avoir et les missions pour lesquelles je suis engagé ne me laisseront peut-être pas le loisir de vous écrire une autre lettre. Malgré toutes mes occupations j'ai fait agir pour l'avancement de mon frère auprès de M. de Maurepas qui parait prévenu contre lui. Outre le P. Latour et le P. Confesseur du roi, j'ai employé

le crédit de Mr. le duc de Penthièvre ^ et de Madame la comtesse de Toulouse ^, cette princesse m'a fait Thonneur de me venir voir plusieurs fois, et j'ai été obligé de l'aller voir à sa campagne dans une maladie qu'elle a eue mais vous savez quels sont mes sentiments. Dieu m'a fait la grâce de mépriser la faveur des grands, et d'aimer les pauvres. Je me défie de tout ce qui pourrait me faire changer desentiments. Les reproches d'un très grand nonbre depersonnes à la cour sur ce que j'avais pris pour le carêmela paroisse la plus éloignée du beau quartier de Paris, nem'ont point ébranlé, et je bénis Dieu des bénédictions qu'il y a répandu. Vous trouverez dans la caisse du frère Ancelin des livres et des images. On n'a point trouvé leslivres que vous demandez. Les anciens livres qui étaientmeilleurs que ceux d'aujourd'hui, ne sont plus à la mode, on ne les trouve plus. Priez bien Notre Seigneur qu'il ait pitié de moi et qu'il me fasse la grâce de l'aimer et de le faire aimer, je me recommande aux prières du R . P. Aubery je garde une de ses lettres comme une relique dan& mon oratoire avec celles du Père Carheil, à celles' de me& chères sœurs de Ste-Cécile et de Ste-Claire, de nos quatrevertueuses communautés et de tous nos bons amis en Notre-Seigneur. C'est dans son divin amour que je suis et> que je veux toujours être

Votre très humble et obéissant serviteur et frère DuPLESSis prestre de la compagnie de Jésus.

A Paris, le 27 avril 1745.

1 Fils du comte de Toulouse, enfant légitimé de Louis XIV et de madame de Montespan.

'2 Sophie de Noailles, mère du duc de Penthièvre.

-Mes très chères sœurs

La Paix de Notre-Seigneur.

YoB lectrea du mois de décembre nous ont tiré d'une Igranâe inquiétude, nous n'avions point reçu de vos aouvelles comme vous n'avez point reçu des nôtres. Mr. de Manrepas chez qui j'étais allé pour lui recommander mon frère me fit entendre que notra pauvre pays était en grand -danger. Il répondit à ma sollicitation comme font les «ourtiaanE, des politesses, sans me faire aucune promesse positive. Je le lui ai fait aussi recommander par les personnes que j'ai l'honneur de connaître. Mme la duchesse d'Aiguillon ^ lui en a parlé plusieurs fois j'ai employé jus-

d'un petit nevta de Harie-HEuieleine de V^erot, duchesse d'AiKuiU'

qui employa unegTBDde purtie de ufortune à la tondaiClon de l'UAtel-Dieu

Qufljec. L» duo a- Aijuillon fut appelé mminiaWre des aflaires étruiKtrea

-Dieu de

«qu^à M. le duc de Penthièvre, et madame la comtesse de Toulouse sa mère. Ainsi c'est à tort que mon frère se per- -suade que je ne m'intéresse point à son avancement. Il -est vrai •que je ne ménage point en politique la protection des personnes qui ont quelque bonté pour moi car je ne ^ois les grands que le plus rarement que je peux, et précisément lorsqu'il s'agit de leur intérêt spirituel, je ne vais Jamais à la cour, et quoique j'aie pa«sé bien des fois à Versailles, je n'y suis jamais arrêté pour en voir les beautés. Les fonctions de mon ministère m'occupent uniquement et continuellement, le jubilé que nous avons eu l'année dernière m'a^ engagé dans un surcroit de travail. Je l'ai prê ohé successivemeut dans cinq diocèses où les prélats l'ont placé précisément dans le temps où je pourrais m'y rendre je l'ai commencé par Paris d'où Mgr. l'archevêque m'avait défendu de sortir avant qu'il fut fini. Ensuite j'ai été à la cathédrale

1771. Après la cession du pays à l'Angleterre la çluchesse d'Aiguillon s'intéressa vivement au soit des Hospitalières de Québec, à l'œuvre fondée par l'illustre aïeule de son époux. Elle écrivit au comte die Chatam, et Pitt donna instruction au

Soiivemeur de Québec, le uénéral Murray, de protéger et d'aider les reliineuses u monastère de l'Hôtel-IMeu.

'«•-'mH Voici le brouillon d'une lettre qu'écrivait la mère de l'Enfant- Jésus à la duchesse d'Aiguillon en 1761 :

Madame,

Si j'ai lieu de me flatter de la protection de notre vertueuse fondatrice par l'attachement ^ue N. S. m'a inspiré en entrant dans cette maison pour suivre ses pieuses intentions, que j'ai soutenu de mon mieux et me suis même exposée à des contradictions assez dures, depuis 27 années que la providence m'a confiée en qualité de dépositaire des pauvres le soin de cet hôpital qui a fait le sujet de ses sollicitudas pendant sa vie, et qui je crois fait une partie du contentement de sa béatitude dans le ciel, ne dois- je pas espérer madame quelques petites parts dans l'honneur de vos bonnes grâces. Ma sœur prend la liberté de vous informer du besoin que nous avons de votre protection. Si le ministre s'aperçoit de votre affection pour cette fondation il ne lui faudra pas d'autre motif pour l'engager à être favorable, comme j'ai soin de faire un petit régal à la communauté des Religieuses et à nos pauvres à l'anniversaire du décès de madame la duchesse d'Aiguillon nous avons été porté à vous faire coûter madame aux fruits de ce pays, et à l'excellent sirop de capilaire qui s'y fait. Si les vaisseaux se rendent en France heureusement j'espère que vous voudrez bien accepter cette petite marque de notre reconnaissance et être persuadé du très profond respect avec .lequel j'ai l'honneur d'être. •••. •

d'Amiens, à celle de Noyon, à celle de Beauvais, et dans lediocèse de Boulogne dont le nouvel evesque est aussi saint que son prédécesseur, et j'avais l'honneur d'être fort de sesamis avant son épiscopat ^. Je dois encore l'aller *joindreimmédiatement après la quinzaine de Pâques, et de là à Abbeville avec M. l'évêque d'Amiens, ensuite à St-Quentin avec Mgr l'évêque de Noyon, et au Havre avec M. le duc de St. Agnan qui en est gouverneur et qui me sollicite pour cela depuis plusieurs années . Il y viendra avec toute sa famille pour nous loger et donner l'exemple à tout le peuple. Voilà mon ouvrage pour le cours de cette année. Je crois que l'année suivante je serai obligé de l'aller passer presque toute entière à Bordeaux dont le prélat avait fait une mission avec moi avant d'être nommé archevêque et m'avait fait promettre que lorsqu'il serait en place j'irais dans son diocèse. Je ne passe à Paris que le temps de l'hiver que je partage mon ouvrage pour trois paroisses où je prêche une ou deux fois par jour. Quoique cela ne s'appelle pas une mission parce que je suis presque toujours seul, j'en suis la même méthode et Dieu veut bien y répandre ses bénédictions, autant que le;s Parisiens sont capables de lès recevoir. J'ai commencé cette année par St. Louis de l'île où j'ai prêché tout l'avent et j'ai continué jusqu'au carême. Je prêche maintenant dans deux des plus grandes paroisses, St. Sauveur et St-Laurent. Quelque bien qu'on y puisse faire, si la volonté de mes supérieurs ne m'y attachait pas, je travaillerais plus volontiers dans toute autre province où il y a communément plus de fruit et de consolation. Vous m'avez'ïait plaisir de me mander que quel-

i François-Joseph Gaston de Partz de Fressy

ques curés de notre pays se servent des pratiques de reli gion que nous avons inséré dans le livre des exercices de nos missions pour reveiller la piété des fidèles et la ranimer ^^ Celles du renouvellement des engagements du baptême^ de la réparation des outrages faits à Jesus-Christ Notre Sei gneur au St-Sacrement et de la consécration, sous la protection de la très Ste. Vierge se font tout les ans dans une grande solennité dans bien des paroisses où nous avons annoncé les vérités du salut. Dans celle de St-Sulpice qui est la plus grande et la plus noble du monde chrétien elles se font avec un concours, une piété et une édification charmante. Si les vaisseaux arrivent à bon port, vous recevrez deux paquets des livres de mission que vous avez demandé à Toronton . Il y en a 24 dans chacun je vous prie de les distribuer lo à nos missionnaires 2o aux curés qui en vou dront faire usage pour le bien de leurs paroisses. Vous medemandiez quelques autres livres anciens qu'on ne peut trouver à présent. Je les ferai cependant encore chercher. Plus j'avance dans ma carrière et j'approche de mon termeplus je sens combien j'ai besoin des grâces et des miséricordes du Seigneur pour ne pas me perdre moi-même en travaillant à sauver les autres. Je les demande souvent par les mérites de ces Sts que nous avons connus en Canada priez et faites beaucoup prier pour moi. Vous avez vu dans la retraite du St. Père de LaColombière qu'il appréhendait les fonctions du ministère évangélique à cause des dangers et des occasions où on y est exposé. Jugez ce que nous devons craindre. Priez et faites beaucoup prier pour

1. C'est vers 1743 que les religieuses Hospitalières firent planter une croix dansleur seigneurie de Dombourg (paroisse St- Augustin, comté de Portneuf^ près, d'un lac qui porte encore le nom de lac Calvaire.

moi les âmes vertueuses que vous connaissez ; je vous le demande encore une fois, et si nous avons été si unis de <îœur en Jésus-Christ dans le désir de le connaître et de Taimer que nous ne soyons pas séparés 'de lui dans Téternité. Je suis dans son saint amour, Mes très chères sœurs

Votre très humble et obéissant serviteur et frère,

DuPLESSis de la Comp. de Jésus.

A Paris le 14ième Mars 1746.

Il est difficile que vous n'ayez appris que depuis bien des ^innées je suis celui de tous les catholiques que les jansémittes calomnient avec plus d'acharnement. Je n'avais encore répondu à aucun de leur libelles mais j'ai été engagé par un assez grand nombre de prélats et de personnes de première condition à donner au public la réponse ci-jointe ^. Il n'y a point d'impiétés, de folies et d'extravagances qu'ils n'aient publié sur mon compte mais j'ai toujours renaarqué •que dans les villes où ils m'avaient décrié avec plus de fureur Dieu y répandait ses bénédictions avec plus d'abon- •dance.

1 Cette réponse n'a pu être retrouvée.

Mes très chères sœurs,

Etant obligé de partir aussitôt après la Quasimodo pour mes courses évangeliques qui m'occuperont hors de Paris jusqu'au carême prochain, je dérobe un moment à mes occupations pour vous donner encore de mes nouvelles en vous adressant une lettre pour mon frère et une pour sa chère épouse. Chaque lettre que je vous écrit je m'imagine toujours que c'est la dernière, car mes forces s'affaiblissent sensiblement ; cependant malgré cela j'ai prêché le vendredi St. dans deux des plus grandes paroisses de Paris et dans une troisième moins considérable ; j'ai été encore ce jour là six heures en chaire ; quoique je sentis bien qu'il y avait quelqu'indiscrétion qu'on m'a reproché, je n'ai pu refuser l'occasion de faire connaître à plus de vingt mille personnes Jésus-Christ crucifié dans un jour où on est plus disposé à se déterminer de l'aimer. Je m'estimerais bien heureux si je pouvais mourir au milieu de mon travail. Je reponds à tous ceux qui me disent que je me tue qu'il y a douze ans ce que je veux et que je ne peux pas réussir. Tout ce que

Je fais me parait si peu de chose en comparaison de ce que

Dieu mérite, que je me regarde comme cet arbre stérile

qui devrait être arraché depuis longtemps. Priez Dieu et

faites beaucoup prier Dieu pour moi. La cloche pour me

-disposer au sermon m appelle. Excusez mon griffonnage.

DuPLESSis de la Compagnie de Jésus, A Paris, le 17 Avril 1746.

A ma révérende mère la révérende mère Duplessis •de Ste-IIélène, supérieure des religieuses de VHôtel-Dieu de

Québec, à Québec, en Canada.

Mes très chères sœurs,

L'on m'avait dit qu'il ne partirait pas de vesseau pour le Canada qu'au mois de may, mais je viens d'apprendre qu'on va faire partir ceux qui doivent conduire votre gouverneur général ; ainsi quelque accablé que je sois d'ouvrage dans le fort du carême que je prêche dans une des plus grandes paroisses de Paris malgré l'avis des médecins qui voulaient m'obliger à reposer ma poitrine une année entière après la violente maladie que j'ai eu cet été, je me dérobe un moment pour vous témoigner combien je suis in- <iuiet, depuis que j'ay appris que ma chère sœur de l'Enfant Jésus était dangereusement malade, lorsque les vessaux sont partis l'année dernière. Quelque détachéb que nous soyions du monde et de la vie, je suis plus sensible de vous voir mourir avant moy que de mourir moy même ^ J'ay ^té conduit aux portes de l'éternité par une violente flu-

1 Extraits des lettres de la mère de Ste-Hélène au sujet de la maladie de sa «œur :

xion de poitrine que j'ai eu au mois de juillet et pour laquelle j'ay été saigné onze fois en quatre jours ; la veille du jour que j'en ai été attaqué j'avais prêché cinq fois, le jour que j'en ay été attaqué j'ai confessé et prêché jusqu'à ce qu'étant tombé en faiblesse on m'a conduit à l'infirmerie. Monseigneur l'évêque d'Amiens dans le diocèse duquel j'étais a eu pour moy des soins aussi grands que si j'avais été son propre frère. Le grand avantage que j'ai tiré de ma maladie a été de goûter les douceurs de la solitude où je me suis retiré sous prétexte de mes incommodités sans voir presque personne, n'ayant de plus grand plaisir que de m'entretenir seul avec Dieu seul. Je passerais volontiers le reste de mes jours dans cette situation, mais je crois que la volonté de Dieu est que nous mourions les armes à la main ; ainsi j'ai repris mes fonctions et je vous prie de demander à Dieu que ce soit pour sa gloire. Je suis toujours

Mes très chères sœurs,

Votre très humble et obéissant serviteur et frère. DuPLESSis, prestre de la compagnie de Jésus.

A Paris le 13 mars 1747.

... Ma sœur dont la santé est faible ordinairement est actuellement d'une grosse fièvre "

10 9bre 1746

" Ma sœur de l'enfant Jésus a été languissante tout l'hiver J'ai une

petite nièce de 4 ans et demi qui est pleine d'esprit et qui apprend tout ce qu'elle veut, je souhaite qu'elle soit élevée dans la crainte de I^en '

10 8bre 1747.

" Ma sœur est beaucoup plus incommodée qu'à l'ordinaire, elle sort d'une fluxion de poitrine dont elle a de la peine à revenir. J'ai craint de la peidie mais Dieu me la laisse encore ; (quoique ce soit une santé bien fêlée elle^st dépo-'

sitaire des pauvres et cet emploi est laborieux Nous avons une petite mè^

ce dont l'esprit est admirable. Elle a de fort bonnes inclinations et si elle est bien

cultivée ce sera de ouoi faire un aimable enfant. On ne croit pas que sa mère

ma belle sœur, en ait davantage parce qu'elle est devenue extrêmement *

je ne serai pas fâchée que leur famille se bornât à cette petite fille, car après tan^ de pertes il ne leur reste pas trop de bien "

30 8bre 1748.

Mes très chères sœurs,

Le P. Charlevoix vient de me mander que la voye la plus sûre pour vous écrire était celle qui se présentait inopinément. J'en profite pour vous mander que je ne suis pas mort comme on l'avait annoncé dans plusieurs gazetqui ont couru la France, et comme le P. Louis Picquepusse m'a dit vous l'avoir mandé sur les bruits publics. Je vous avoue que par la confiance que j'ay en la miséricorde de Dieu j'aurais quitté ce monde bien volontiers, et j'ay fait des reproches à bien des personnes qui ont demandé ma guérison de n'avoir pas demandé plus-tôt une bonne mort. On a fait des prières publiques pour moi dans plusieurs diocèses, et je croy que l'effet le plus avantageux qu'elles ont eu a esté que Dieu m'a inspiré un désir plus ardent que jamais de l'aimer et de le faire aimer. Après avoir été longtemps dans l'inaction au dehors, ce qui m'a fait gouster le plaisir d'être seul à seul avec Dieu, j'ai repris mes fonctions et Dieu me

donne assez de force pour les soutenir. J'ay toujours re-

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marqué qu'on ne fait jamais plus de bien pour la grâce de Dieu que quand on soufire, ou qu'on est per- BÀmtë, et je le vois encore à présent que je prêche dans une des paroisses de Paris des plus g&tées pour la religion et pour les mœura. J'ay la confiolation de voir un grand nombre d'âmes revenir à Dieu de bon cœur. Priez beaucoup poor moi et procurez moi des prières de tous nos bons amis en Notre Seigneur.

Le frère Ancelin a été surpris. Comme il est compagnon du conlesseuF de MadameJa Dauphine, il a été obligé de faire un voyage en Allemagne pour aller au devant et depuis son retour ses fréquents voyages de Versailles ne lui en ont pas laissé la liberté. Il parait disposé À les faire avec afiéction, et je croy que vous en serez plus contente -que vous ne l'avez été du P. Calpin qui est bien fâché des rapports désavantageux qu'on a fait de luy à ma sœur de l'Entant-Jésus

Je suis avec toute l'afiêction possible

DurLEssis prestre de la compagnie de Jésus.

A Paris le 15 mars 1747.

A ma Révérende Mère

La Jtévérende mère Duplessis de Sle. Hélène,

Su]iérieure des Religieueea hospitalières à Québec.

A Paris, le 10 février 1748.

Mes très chères sœurs,

J'ai été fort inquiet de la situation où vous vous trouviez et du danger auquel vous étiez exposé ; ainsi vos lettres m'ont donné bien de la consolation. Depuis le peu de temps que je suis à Paris, j'ai vu Mr. de Lanouillier, et le plus grand plaisir qu'il m'a fait a été de me dire de vos nouvelles. Elles sont plus sensibles quand ce sont des personnes qui vous ont vu. J'ai vu deux fois Mr. Coton et je vous prie de le gronder de ce que je n'ai pu le retenir qu'un moment ayant des affaires qui le pressaient. Je l'ai prié de parler à la Rochelle à M. Darguy apoticaire à la Rochelle à qui vous avez adressé du capillaire pour me le faire tenir ; si je le reçois, je dédommagerai les personnes qui m'ont fourni du sirop de capillaire depuis ma fluxion de poitrine qui n'est pas encore bien rétablie. Cependant j'ai continué mon travail presqu'aussi vivement qu'auparavant

c'est ce qui m'a empêché d'agir aussi fortement que je l'aurais souhaité pour mon frère. J'ai fait plus de 900 lieues depuis Pâques de l'année dernière et je ne suis revenu à Paris que pour y prêcher le carême, le travail qui m'occupe à présent prêchant et confessant tous les jours ne me laissant pas la liberté de solliciter.

Si mon frère continue à croire que je n'ai que de l'indifférence pour lui, il a grand tort, mais il doit savoir qu'étant presque toute l'année hors de Paris et entièrement occupé des fonctions de mon ministère il est impossible que je puisse me trouver au temps des promotions pour solliciter son avancement. De plus je vous avouerai simplement que les liaisons ^ et les visites des grands du monde altèrent en moi l'esprit de recueillement qui doit être l'âme des fonctions de mon ministère, et que j'en sens par la grâce de Dieu l'éloignement le plus grand. Je ne connais de plus grand bonheur au monde que celui qu'on goûte quand on est seul avec Dieu seul, les jours et les moments sont rares dans l'état où je vis, mais je n'ien ai point perdu le goût et rien ne me chagrine et ne me trouble davantage que quand il faut me mêler de quelque affaire temporelle, aussi Dieu permet que je n'y réusisse pas. Dans les travaux qui n'ont que la gloire de Dieu et le salut des âmes pour fin, je m'y livre avec confiance et tranquilité, et Dieu qui l'exige de moi daigne y répandre ses bénédictions. J'ai fait cette année une mission où je l'ai expérimenté ; c'est à Saumur l'ancien boulevard des calvinistes et le nouvel arsenal des Jansénistes, quand nous y sommes entrés, nous

1. T/e commencement de cette lettre est malheureusement perdu et Jusqu'aux mots : et us visites du grand monde, nous l'avons reconstitué sur une copi> faite dans le temps.

a'avons entendu que brocards et qu'injures, et nous avons eu ia consolation d'y laisser aussi peu d'hérétiques que nous y avions trouvé de bons catholiques. De là j'ai été à la célèbre abbaye de Fontevrault où il restait un levain des erreurs nouvelles. C'est une maison composée de cent» quatre-vingt religieuses et où la piété et l'exemple de trois dames de France ^ qui n'ont pas manqué un exercice de la retraite que nous y avons donné ont renouvelle l'esprit de catholicité et de ferveur religieuse qui était bien altérée. J'envoye à mon frère et à ma sœur quelques petits ouvrages qui ont été travaillé par mes dames de France et les demoiselles qui ont l'honneur de les servir, elles ont eu pour moi des attentions et des soins qui ne peuvent être que l'effet des sentiments de religion que Dieu a gravé dans le fond de leur cœur, priez le Seigneur qu'il les conserve dans les sentiments de piété qu'il leur a inspiré, on attend ces jours cy à Versailles Mme. Victoire '^ qui est l'aînée des trois, on a besoin à la cour de pareils exemples, car le monde est aujourd'hui dans un tracas si éloigné de ce qui conduit à Dieu qu'on est bien à plaindre quand on est obligé d'y demeurer. Bénissons Dieu mes très chères sœurs de nous en avoir délivrés et n'estimons et n'aimons que lui.

Ma santé est bien meilleure que l'année passée quoique je ne sois pas encore tout à fait guéri de ma fluxion de poitrine, ce qui m'a procuré plus de soulagement c'est d'avoir prirf du Baume, selon la recette de notre pauvre oncle le curé de St, Sénevé qui m'a laissé un papier où il a

1. C'est dans cette abbaye de Fontevrault que jadis les filles de France recevaient leur éducation.

2 Victoire de France, fille de Louis XV et de Marie Lesczinzka.

marqué les effets qu'il avait produit. Vous me ferez plaisir de m'en envoyer, je m'en étais jusqu'ici beaucoup servi pour les autres, mais jamais pour moi-même . On vient d'ordonner à la cour que la flotte parte incessamment, ainsi je ne sais si j'aurai le loisir d'écrire par cette première occasion à mon frère et à ma belle-sœur. Je le ferai le plus tôt que je pourrai. Je suis toujours avec le plus cordial attachement en Jésus-Christ Notre-Seigneur.

Mes très chères sœurs.

Votre très humble et très obéissant serviteur et frère.

DuPLEssis, de la compagnie de Jésus A Paris, le lOième février 1748.

Recommandé au R. P. Charlevoix.

A ma Révérende mère

La Révérende mère Duplesêis de Ste, Hélène

Supérieure des religieuses hospitalières de V Hôtel Dieu

A QuébeCy

En Canada.

LXVIT

Mes très chères sœurs,

Je profite d'une occasion que m'annonce le P. de Jonquières pour vous donner de mes nouvelles, je vais commencer une mission 'avec Monseigneur Tévêque d'Amiens, qui se souvient toujoijrs de vous, qui prie pour vous et qui se recommande à vos prières. Je vous ai déjà écrit par plusieurs vaisseaux aussi bien qu'à mon frère et à sa chèreépouse, j'ai fait tout ce qui a été en mon pouvoir pour l'avancement de mon frère, mais je n'en sais point le succès,, parce qu'on n'a pas voulu dire au bureau de M. de Maurepa& ceux qui avaient eu part à la promotion i. Je n'ai point reçu le capilaire que vous m'avez envoyé parce qu'on ne l'a point remis à celui à qui vous l'avez adressé à la Rochelle. J'ai fait usage du reste du baume que j'aVais et qui me fit du bien. Vous me ferez plaisir de

1. Les démarches du P. Duplessis avaient réussi. Le premier mai 1749, le roi nommait Duplessis de Morampont, prévôt des maréchaux au Canada, en rem-^ placement du sieur de St-Simon, décédé.

Cf. Registre des insinuationa du conseil supérieur de Québec vol. 1 fol. 76

m'en envoyer une bouteille, je vous ai adressé dans 1a boite ■du frère Aacelin un -paquet de livres et autres bagatelles mais j'ai ouï dire qu'on n'avait osé le risquer, à cause de ia guerre, si cela est vous l'aurez au printemps prochain, puisque nous avons enfin la paix. Je continue mon travail à l'ordinaire quoique mes forces diminuent beaucoup. Je m'estimerai heureux, si j'ai le bonheur de mourir en travaillant au salut du prochain. Demandez à Dieu qu'il me fasse la grâce. Je suis pressé de partir ainsi je n'»i qu'un moment pour vous témoigner combien je vous suis très attaché en Jésus-Christ,

DuPLESsia de la Comp^nie de Jésus.

Amiens, ce 25 juin 1748.

A Paris, le 9 février 1749.

Mes très chères sœurs,

Le Seigneur m'a laissé assez de santé pour continuer mes travaux, et j'ai été toute l'année occupé dans difiérents diocèses ; je ne suis à Paris que depuis quelque jours et je vais en partir après demain pour aller gagner des âmes à Dieu dans des provinces où je n'ai point encore travaillé. Je vais en Champagne faire deux missions avec Mgr l'évêque de Langres, de là j'irai à Dijon en Bourgogne ensuite à Aix, capitale de la Provence, de sorte que je ferai plus de 300 lieues avant de revenir à Paris.

i'ai employé tout le temps que j'ai été ici à agir poui l'avancement de mon frère. J'ai vu cinq ou six fois Mr le marquis de Beauhamois et Mr Bégon. Ces deux Messieurs sont venus un jour diner chez nous avec 15 archevêques et évêques et tous les ambassadeurs le jour de la fête que nous faisons pour attirer la bénédiction de Dieu sur nos mis-

sions. Ils passèrent presque toute la journée dans ma. chambre où ils parurent sensibles à l'invitation que je leur avais procuré.

J'ai vu Mr. de la Jonquière, c'est celui qui m'a paru le mieux disposé. Il m'a dit que la procuration n'était point encore faite, et qu'il parlerait pour mon frère ^ . . . .

.... Mais venons à vous mes très chères sœurs, je puis^ vous dire avec autant de vérité que vous me le dites que vous êtes toute ma consolation et ma joie et que je n'ai de plus grand plaisir que quand je reçois de vos nouvelles. Vous ne cherchez que Dieu vous n'aimez, que lui, et vous ne souhaitez de liaison qu'avec ceux^ qui peuvent vous porter à l'aimer encore davantage, vousn'en trouvez plus guère de ce caractère, c'est pour y suppléer que je vous ai fait chercher tous les livres de Mission et des journées chrétiennes à Toronton, une années Ste en 18 volumes que je trouve charmante, un livre dumême auteur pour la préparation et l'action de grâce de la. communion, deux exemplaires de reflexions chrétiennes, cesont les méditations du fameux père Jude qu'un particulier qui avait ses papiers a fait imprimer en changeant le titreetc, je vous envoie aussi un tableau de la Ste Famille ^ pour avoir part au culte que votre communauté rend aux trois.

1 Toute cette première partie est prise sur une copie conservée aux archives de l'Hôtel-Dieu. La suite est prise sur le fragment de manuscrit autographe qui reste. Le copiste a passé les mots suivants qui ne donnent pas un sens complet:

" de mon ministère, que je n'entretiens aucune relation particulière avec toutes les personnes de distinction qui m'ont donné des marques d'amitié. Ainsi je serais absolument hors d'état de lui rien procurer de convenable, de plus il ne doit pas ignorer qu'on a encore plus de peine à vivre en France qu'en Canada."

2 On possède encore ce tableau au monastère de l'Hôtel-Dieu. C'est un groupe de l'Enfant-Jésus, de la Sainte- Vierge et de Saint'Joseph, au-dessus duquel plane le Père étemel environné d'anges. Sur le revers de la toile se lit Tins* cription suivante: de la part du Rd Père Dupleêsis^ de la Comp. de Jésus mis^

iontiaire 1750

augustes personnes qui la composent. J'ai donné à un peintre le dessein d'un autre tableau propre à inspirer la plus solide dévotion à la Sainte-Famille, il sera de votre goût et vous pouritez l'appeler la fournaise de l'amour divin ^, mais vous ne pouvez l'avoir que l'année prochaine. J'ai reçu le paquet de capilaire qne vous m'avez adressé, le baril de Baume est chez notre commissionnaire de la Rochelle, et le quart de capillaire est perdu cette année. Je continue à faire usage du baume et je m'en trouve fort bien ; je vous envoyrai le mémoire de mon oncle si je le trouve, car je l'ai déjà cherché, je sais par expérience de bien des personnes que pour les maux d'estomac, on en met un emplâtre sur le creux de l'estomac et il le fortifie. Pour les coliques sur le nombril, pour les rhumatismes sur l'endroit où la douleur est la plus vive pour les maux de tête ou des dents sur les tempes. Avant de finir je vous prie d'assurer de mes respects Mr. de Lalanne ^, Je pars demain avec deux ecclésiastiques des mission? étrangères qui viennent faire mission avec moi chez Mgr l'évêque de Langres et qui m'ont bien parlé de lui comme d'un, homme qui ressemble à nos Sts de l'ancien temps. Continuez à prier et à faire prier pour moi ceux que vous connaissez qui veulent véritablement aimer Dieu. Je prie tous les jours en particulier pour ceux qui prient pour moi. Vous me demandez des nouvelles du calvaire d'Arras, j'y vais tous les ans et j'ai vu encore cette année la piété se

1 Ce tableau qui existe encore çorte rinscription: Sanctificavit tabemaeulum suum aUissimuê Deus in inedio ejus. PsaJm 46. L'église de Tadoussac possède aussi trois petits tableaux qui furent donnés par le P. Duplessis au P. Maurice. Ils représentent Notre-Seigneur^ la Sainte- Vierge, Saint-Charles Borromée.

'2 Âugfuste Lalanne arrivé au Canada en 1742. Vieaire général et supérieur du séminaire de Québec. Repasse en France vers 1753.

soutenir avec le même concours ; et pour conserver le Christ qui commence à être altéré par Tinjure du temps, j'ai demandé qu'on Fenveloppât d'un étui de vermeil battu sur le bois et on le fera cet été, il pèsera 50 marcs d'argent et avec la dorure il coûtera environ 20,000 Ibs. Je suis charmé qu'on commence à planter des calvaires en Canada. Cela fait faire aux passants bien des actes d'amour de Dieu. Je le prie de le graver plus que jamais dans le plus profond de nos cœurs. C'est dans ce divin amour que je veux toujours être plus encore par la grâce que par les sentiments naturels. Votre très cher frère

DuPLESSis, prêtre de la

Compagnie de Jésus.

A Paris, le 9ième février 1749.

A Paris, le 4èrae juin 1750.

Mes très chères sœurs,

La Paix de Notre-Seigneur

Je suis bien fâché de n'avoir pu vous donner de mes nouvelles par le premier vaisseau, le travail violent et continuel que j'ai soutenu depuis cinq mois en Bourgogne où j'ai fait trois missions avec Mgr Tévêque de Langres sans aucune interruption a tellement augmenté le tremblement de ma main que je n'ai pu pendant ce temps écrire un mot sans Teffacer en l'écrivant. Je sens aujourd'hui en arrivant à Paris ma main un peu moins agitée n'ayant point prêché depuis quatre jours que je suis parti de Troye où l'on m'a retenu dix jours pendant lesquels j'ai prêché dixneuf fois. Malgré la résolution que j'avais prise de mettre des bornes à mon travail, l'occasion de gagner des âmes à

Dieu m'a fait passer pardessus tout et quoique mes forces soient bien diminuées le travail ne fait qu'augmenter. J'ai prié le cher frère Duval de vous donner le plus souvent qu'il pourrait des nouvelles de mon état, il vous a mandé les longues courses que j'ai été obligé de faire l'année dernière qui ont été à plus de six cents lieues et le reste du temps dans les fonctions de mon ministère ; si nous avions la consolation de nous entretenir ensemble, je vous parle- •rais de la joie que j'ai eu de visiter sur ma route les tombeaux de plusieurs Sts pour lesquels nous avons eu dès la .jeunesse une dévotion particulière Ste. Marie Madeleine St. Bernard, St. Bonaventure, St. François de Sales, St-Jean François Régis, tous Sts. qui ont si ardemment aimé Notre Seigneur Jésus-Christ, je leur ai bien demandé pour vous et pour moi qu'il vous obtiennent la grâce de l'aimer plus parfaitement que jamais. Je vous ajouterai qu'étant au pied de la croix que St. André a si tendrement aimé et •entre les bras de laquelle il a consommé son sacrifice la première pensée qui me vint fut la joie qu'aurait ressenti ma chère sœur Ste Hélène si elle avait été à ma place, je tachai d'entrer dans ses sentiments que je savais bien qu'elle aurait eu et je demandai au grand St. dont elle porte le nom qu'il nous obtint cet amour qui doit être l'effet du solide et du généreux que nous devons avoir pour Jésus-Christ. Cette croix a été trouvée à Damas enveloppée dans un étui vermeil dans la première croisade et apportée è, Marseille où elle est dans l'église souterraine de St. Victor qui est le lieu où s'assemblaient les premiers chrétiens dans le temps des persécutions. J'en ai mesuré les dimensions, chaque membre de la croix a douze pieds de -long, huit pouces de large et cinq pouces d'épaisseur. On

y voit encore Tautel où les premiers chrétiens offraient le St. Sacrifice, et il s'appelle encore la confession des Martyrs. Il est environné d'un très grand nombre de châsses -et de tombeaux qui renferment les corps des martyrs de Marseille. J y ai vu ce grand et St. évéque qui pendant le temps de la peste à Marseille a passé les jours et les nuits dans la rue et les places publiques au milieu des pestiférés. C'est lui qui m'avait invité à aller prêcher à Marseflle aussitôt que la mission d'Aix serait finie avant de retourner à Paris. Il nous a retenu trois jours et j'ai vu qu'il y encore des évêques dans le goût des premiers apôtres. M. l'archevêque d'Aix est encore un prélat d'une éminente piété, c'est lui qui m'avait attiré dans cette province si éloignée, j'ai rencontré en revenant par Lyon un jésuite ■dans le degré de sainteté et d'amour de Dieu du P. Carheil ^t de nos anciens ^fondateurs de la mission du Canada. Pendant huit jours que j'ai demeuré dans cette grande ville pour y prêcher, je passais avec lui presque tout le temps que je n'étais pas en chaire, je m'imaginais être en Canada. C'était le père Galif et, frère de M . de Galifet que nous avons vu à Québec. Ce St. vieillard est mort •deux n^ois après, il m'avait bien promis de prier pour moi. En arrivant à Paris j'ai envoyé chercher le tableau que je vous ai promis, le peintre n'était pas chez lui. Dès que je l'aurai, je l'enverrai à votre commissionnaire à la Rochelle. Il représente un]autel où sont représentés les cœurs de tous ceux à qui nous sommes unis en Jésus-Christ qui s'offrent tous ensemble à Dieu par les Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie et Joseph. Vous recevrez les livres que vous avez demandé à M. Guérin. J'ai reçu le baril de baume et les deux barils de çapilaire par les soins que s'est donné le

frère Duval dont je vous suis bien obligé. Je suis avec l'affection la plus parfaite en N. S.

Mes très chères sœurs, Votre très humble et obéissant serviteur et frère,

DuPLBSSis, prêtre de la compagnie de Jésus.

A ma révérende mère

La révérende mère de Ste Hélène Supérieure des religieuses hospitalih'es de V Hôtel-Dieu

de Québec^ à Quéh^c^

Mes très chères sœurs,

La Paix de Notre-Seigneur.

En passant à Paris j'apprends qu'il doit encore partir un vaisseau pour Louisbourg, je profite de cette occasion pour vous écrire un mot, car je repars demain pour la Picardie et la Flandre, où je vais encore tous les ans. Le régiment nouveau des grenadiers royaux composé de trois mille hommes m'attend à Arras et je leur ai promis Tannée passée que je leur donnerais une retraite de quinze jours^ je n'ai jamais fait de mission qui ait produit des biens plus solides que celles des militaires, il y a des régiments que je n'ai pas vu depuis dix ou 13 ans et où la piété et la religion se transmet par les règlements que je leur ai conseillé d'observer à l'égard de ceux qui s'engagent tous les jours dans leurs corps, de sorte que l'époque de la conversion d'un grand nombre dont la jeunesse a été fort dérangée est celle de leur engagement au secours du roi. Priez notre Seigneur-

qu'il nous fasse la grâce de travailler à procurer sa gloire :,

quoique mes forces diminuent beaucoup, je ne puis refuser le travail qui se présente sans interruption, c'est un grand bonheur devant Dieu de souffrir dans l'exercice du zèle et de la charité, on m'accuse d'indiscrétion, mais je me reproche toujours de n'en point faire assez. Peut-on voir tant <i'âmes qui périssent tous les jours sans faire tous ses efforts pour en arracher quelques unes à l'enfer . Vous savez que les prières y contribuent davantage que la prédication, ayez toujours du zèle pour m'en procurer. Je crois que vous aurez reçu mon tableau de la fournaise de l'amour divin, regardez le comme l'oblation des cœurs de toute votre communauté à laquelle je m'unis et qui s'offrent à la majesté de Dieu par le sacré cœur de Jésus. J'ai reçu le capilaire et le baume que vous m'avez envoyé et j'en ai déjà fait usage avec succès pour le soulagement des malades. Je ne vous ai point mandé qu'on murmure bien dans le diocèse •de Langres du délai de M. de Lalanne. S'il est encore à Québec assurez le de mes respects. Je suis toujours,

Mes très chères sœurs.

Votre très humble et obéissant serviteur et frère,

DuPLESSIS.

A Paris, le 21ième juillet 1750.

A ma révérende mère

La révérende inère Duplessis de V Enfant-Jésus Religieuse hospitalière de VHôtel-Dieu à Québec

En Canada,

Mes très chères sœurs,

La Paix de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Le temps du jubilé oii nous sommes et pour lequel je suis à Paris depuis deux mois me donne un ouvrage qui égale les fatigues des premiers temps où la vigueur de Tâge me soutenait dans les plus grands travaux. Je prêche tous les jours une, deux, ou trois fois et si je pouvais donner chaque jour toutes les vingt-quatre heures au confessionnal je ne ferais qu'une partie de la besogne qui se présente. Je me suis cependant dérobé quelques moments pour vous donner de mes nouvelles. L'affaiblissement de ma santé jointe à mon travail me fait espérer que quelque accident qu'on appellera indiscrétion me dispensera d'aller aux invalides. Je suis chjirmé quand je lis dans les lettres de ma sœur de l'enfant Jésus qu'il faut toujours travailler et mourir à la poine surtout quand on est occupé que de ce qui centribue au salut des âmes qui ont coûté si cher à Jésus- Christ. Son zèle pour les pauvres et sa fermeté à soutenir

276 LETTRES DU P. DUPLKSSIS

les intérêts de l'hôpital malgré toutes les contradictions ayant le même principe de la gloire de Dieu que je puis et que je dois avoir dans mes travaux, sera plus abondamment récompensé parce qu'il part d'un cœur et d'une intention plus pure ^ Mr. de la Lanne s'est donné tous les mouvements possibles pour les affaires de votre maison et j'ai employé tout le crédit que je puis avoir. Cependant le bureau de la marine paraît inflexible et je crois que vous aurez encore des croix pesantes à porter. Mais Dieu qui les permet vous soutiendra toujours, et elles contribueront à vous purifier davantage à ses yeux. J'ai été charmé de la connaissance de Mr. de Lalanne mais comme mon travail ne m'a laissé la liberté de le voir que quelques moments j'espère me dédommager pendant trois mois que je dois passer dans le diocèse de Langres dont il est vicaire-général. Sitôt que j'aurai fini à Paris ma troisième mission que j'y fais, j'irai successivement dans cinq ou six diocèses pour le jubilé. J'ai chargé Mr. Guérin de vous envoyer les livres que vous me demandez. Votre baril de capilaire n'a point eu le sort de la plupart des autres envois. Après bien des dangers il est arrivé et est actuellement en route pour venir de Rouen à Paris. Le cher frère Duval s'est donné tous les soins imaginables pour qu'il ne fut pas perdu. C'est un homme infatigable quand il s'agit de rendre service à vous, à mon frère ou à moy, il a fait plus de vingt voyages pour tirer l'argent qui était dû et il a réussi. Le frère Ancelin sest acquitté avec zèle de toutes les commissions qu'il a reçu, je lui fait prester de l'argent pour ache-

1 Par une lettre rie la Mère de l'Enfant Jésus, du 11 février 1753, on voit (quelles difficultés les dépositaires des pauvres éprouvaient pour se faire payer de» soins que l'Hôtel-Dieu donnait aux soldats malades.

ver le paiement des ornements que vous demandez. J'ai vu M. le Maire de Morempont et il m'a fait des reproches de ce qu'ayant fait une mission à Bar-sur- Aube qui est prêt de Morempont, je n'y avais pas esté, mais ma besogne est si suivie qu'en passant encore par là cette année, je n'ai pu y arrêter, j'ai été plus heureux dans l'occasion que j'ai eu de lui rendre service que dans tous les voyages que j'ai fait pour mon frère. Il avait un procès au parlement pour lequel il aurait encore langui bien des années, Mr. le premier président à ma recommandation l'a fait terminer et il l'a gagné, je lui ai demandé pour toute reconnaissance qu'il rendit à mon frère tous les services qu'il pourrait pour la succession de Morempont dont les partages ont été fait au détriment de mon frère ^. J'ai fait l'usage que vous marqué du mémoire que vous m'avez adressé, et ai fait dire à Mr. Rouillé ' par un de ses amis tout ce que je savais des misères de notre pauvre pays, mais il y a lieu de croire que les commis du bureau s'entendent avec ceux qui sont les auteurs de vos maux. J'y suis infiniment sensible et je vois avec douleur que l'impiété et l'irréligion qui régnent ici s'est communiqué à un pays où nous avons reçu une éducation si chrétienne ; adorons et bénissons sans cesse la «onduite de la providence infiniment aimable à notre égard •qui nous a fait naitre dans un teïnps, dans un lieu et dans des circonstances qui ont toutes contribué à nous faire con naître le Seigneur dès notre enfance et à nous faire renon- ■cer à tout ce qui aurait pu nous empêcher de l'aimer. Je ne m'occupe plus que de son amour, et j'expérimente que c'est

1 Charles-Denis Duplessis prit le nom de cette terre seigneuriale, ti Rouillé, comte de Jouy, alors ministre de la marine.

le moyen de pénétrer jusqu'au cœur des plus grands pécheurs. Priez pour moi afin que je Taime encore davantage et que je le fasse aimer. Je demande la même grâce à tous nos amis qui se souviennent encore de moi dans notre cher Canada, je vous ai envoyé de petites croix et des petits crucifix auxquels j'ai appliqué les indulgences que le souverain pontife a bien voulu nous accorder pour les communiquer.

Je suis toujoui-s avec Taffection la plus tendre en N. S. Votre très humble et obéissant serviteur et frère.

DuPLESSis de la compagnie de Jésus.

A Paris ce 11 Avril 1751.

Mes très chères sœurs,

La Paix de Notre-Seigneur.

Après quatorze mois de travaux continuels pour annoncer et faire gagner le jubilé aux fidèles, à Paris, en» Lorraine, en Champagne, en Bourgogne, en Franche-Comté et en ïouraine, où je suis actuellement chez M. Tarchevêquede Tours qui est neveu de défunt M. le cardinal de Fleury,. je profite d'un petit moment que je dérobe au temps que je donne au confessional en sortant du dernier sermon que je viens de faire dans Téglise métropolitaine pour vous donner quelque signe de vie. En relisant quelques une& de vos lettres je suis tombé sur celle que vous avez ëcritea^ toutes deux le jour de St. Martin, et la dévotion que^ vous avez à ce grand saint m'a fait tant de plaisir que j'ai pris la résolution d'aller demain avant mon départ direla messe pour vous et pour moi sur son tombeau. Je suis ici au milieu du théâtre de son apostolat, et dans le centrede l'église qu'il a conduit. Je l'ai invoqué tous les jours.

et j^ai lieu de croire qu*il nous a obtenu bien des grâces, car malgré les fureurs des ennemis de Féglise nous avons engagé bien des âmes à revenir de tout leur cœur au seigneur dont elles étaient éloignés depuis bien longtemps. Je pars pour aller commencer au plus tôt une mission pour la clôture du jubilé dans la cathédrale de Nevers, et de là j'irai sans presque interruption en Flandre, en Picardie, •en Normandie et en Bretagne, de sorte que j'ai encore de Touvrage de faite pour plus d'un an ; jugez si je ne suis pas excusable, lorsque malgré la plus tendre affection pour vous, je dirais presque la plus respectueuse, car vous êtes mes ainées, et pour d'autre raison encore, lorsque je ne vous écris pas aussi souvent que je le souhaiterais. Ma santé est toujours bien délabrée et je ne vais guère d'une province à l'autre sans penser que probablement j'y laisserai mes os, je les ai trainé depuis le commencement du jubilé plus de quatre cents lieues de chemin et j'en ai autant à faire avant de me reposer. Le grand besoin que les fidèles ont d'instruction partout m'a fait passer pardessus les règles de la prudence que l'on m'avait prescrit et la providence a permis que mes supérieurs pressés par nn grand nombre de prélats qui m'ont demandé, m'ont arrangé la besogne que je fais dans l'ordre que je vous annonce. Vous jugez sans doute que je ne puis exécuter toutes les commissions qu'on me donne pour Paris. J'ai chargé le frère Duval de faire ce qui dépenderait de lui pour exécuter celles qui vous regardent. J'ai prié le P. Martel de solliciter ce que mon frère demande, il est fort bien avec M. de la Porte. Ce qui m'est revenu de toute part de la conduite de mon frère avec sa vertueuse et digne épouse m'a beaucoup affligé. J'en ai eu de grandes plaintes de la part de toute la famille de M. de Guillemin qui veulent absolu-

LETTRE» DU P. DUPLËSSI8 281

inent, si cela se continue, qu'on en vienne k un acte de séparation. Je n'ai pu entendre ce qu'on en rapporte sana «n être touché jusqu'aux larmes. Je crains que du caractère dont est mon frère s'il passe en France, son voyage ne me cause encore bien des chagrins. Les voyages et les travaux auxquels je suis engagé ne me laisseront pas la liberté de le voir (mon frère) et moins encore d'aller -solliciter pour lui ; je n'ai plus aucune liiùson avec les personnes de la cour, et prêt d'aller paraître devant Dieu je ne veux œ'occuper que de lui et des fonctions de mon état. J'ai vu ces jours passés M. de la Lanne qui venait de son pays où il a été quatre mois malade. Ainsi le projet de vivre ensemble à Langres a, été rompu. Il est fort sensible à la triste situation où est notre pauvre pays, la France n'est guère mieux conduite c'est une misère efiroyable partout. Lorsqu'on vous a dit qu'on m'avait offert des sommes considérable d'argent pour -doter des religieuses, on vous en a imposé, l'estime et la considération particulière que j'ai pour votre communauté me ferait profiter avec bien du plaisir de l'occasion de lui rendre service. Vous me parlez dans plusieurs de vos lettres d'une boite brodée aux armes de madame la duchesse d'Ayen que vous dites m'avoïr envoyée, je ne l'ai point vu. Je prévois que je n'aurai point le loisir de répondre à non cbers et révérends pères missionnaires qui m'ont écrit. -J'ai mis entre tes mains du cher frère Duval l'argent qui m'avait été remis par Mgr l'évêque de Boulogne pour \e^ missionnaires des pays étrangers, et je l'ai appliqué aux nôtres comme aux plus pauvres. Je viens de recevoir une lettre du frère Duval qui me mande qu'il a reçu le baril de capillaire que vous m'envoyez et qu'il en a fait la distribution que vous lui marquez. Je ne saurais vous exprimer

avec quelle affection il se prête à tout ce qui peut vou& faire plaisir. J'ai lu volontiers les vers du P. Lâchasse sur le calvaire de St- Augustin ^. Je vaisjmander au frère Duval que s'il trouve à Paris les symboles dorés dont je fais décorer les croix que j'érige il vous envoyé de quoi garnir celui de ma chère sœur de l'enfant Jésus. Nous en avons érigé un grand nombre pendant le temps du jubilé, celui de Metz fut accompagné dans la translation du crucifix de neuf mille six cents personnes en cierges ou flambeaux. H a produit la conversion de bien des protestants, officiers, soldats, bourgeois. Il a même ébranlé les juifs qui m'ont avoué dans leur synagogue où j'ai fait quelques controverses avec eux qu'ils ne pouvaient pas répondre aux preuves de notre religion, mais qu'il ne pouvaient pas changer. Il y en a dix mille à Metz et ils n'osaient plus passer par la place où M. le Maréchal de Belisle a fait placer l'oratoire du crucifix. Priez notre Seigneur qu'il détruise en moi tous les obstacles que je mets à ses plus abondantes bénédictions afin que j 'employé le reste de mes jours à le faire glorifier et à l'aimer de plus en plus. Je me recommande instamment aux prières des personnes que vous connaissez qui aiment véritablement Dieu, je suis toujours avec l'affection la plus grande en Notre Seigneur Jésus Christ Mes très chères sœurs.

Votre très humble et obéissant serviteur et frère,

DuPLESSis de la Compagnie de Jésus.

A Tours le 6ème avril 1752.

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