‹ Lettres, journal et documents pour servir à l'histoire de canal de SuezChapitre 30 sur 69 · A M. DE CHANCEL, A PARIS · texte numérisé non relu

A M. DE CHANCEL, A PARIS

Port-Saïd, le 17 juillet 1865.

L'assemblée générale étant renvoyée au 5 octobre, nous n'avons, jusque là, en ce qui concerne la question politique, qu'à nous en tenir strictement aux conclusions de la lettre à M. Droiiyn de Lhuys (du 13 juin) et de la note à l'Impératrice (du 18 juin.)

On a beau croire, ou promettre à je ne sais qui, soit à Londres, soit à Constantinople, soit à Paris, qu'on reviendra sur la sentence (ou qu'on la reco/wW^Vera, suivant l'expression de lord John Russell), nous n'avons qu'une seule chose à faire, c'est de nous en remettre au jugement de la prochaine assemblée générale des actionnaires, pour toute proposition quelconque officielle qui nous serait faite, relativement à une question qui ne serait pas considérée par nous comme Vexécution liftéraie de la sentence de l'Empereur.

En ne sortant pas de là, nous sommes inébranlables. Toute personne qui promettrait ou agirait sans la Compagnie, ferait, ainsi que je l'ai dit à M. Drouyn de Lhuys, le mariage d'Arlequin.

Que chacun de nous soit bien convaincu qu'en restant sur notre terrain, il n'est au pouvoir de qui que ce soit de nous débusquer. Nous n'avons, je le répète, absolument rien à faire qu'à répondre, dans l'occasion, que nous soumettrons à nos actionnaires, en assemblée générale.

toute proposition différente de celle acceptée par cette assemblée, en conséquence de la sentence arbitrale, sans appel, officiellement communiquée à la Compagnie et à la législature de notre pays, après avoir été signifiée au public^ par le Moniteur, avec la signature du Souverain et le contre-seing de son ministre.

Factam consummatum est!

Nous le tenons; bien bonnes gens nous serions d'é^ coûter les belles paroles et d*ouvrir le bec pour le lâcher.

A M. VOISIN, DIRECTEUR GÉNÉRAL DBS TRAVAUX, A I8MAÏLIA.

Port-Saïd, le 18 juillet 1865.

Il résulte des conférences que nous avons eues, à Port- Saïd, avec M. Lavalley, qu'il y a deux manières de creuser un chenal maritime à la profondeur voulue entre le kilomètre 20 et le kilomètre 34.

L'une est de draguer dans le chenal, du côté Asie, avec des dragues à long couloir^ en déposant les terres en cavaliers définitifs.

La seconde manière est de draguer dans le chenal, côté Afrique, avec des dragues à court couloir, en déversant les produits au milieu du Canal, sur le terre-plein existant, et en ne faisant qu'une passe minima de 16 mètres de large sur i^'ôO de profondeur.

Le premier mode serait le meilleur, et je comprends qu'on Tait préféré, lorsque l'on avait des raisons de croire que MM. Borel et Lavalley auraient des dragues à long couloir; mais il vient d'être constaté qu'il était impossible maintenant, en raison de l'absence de dragues à long couloir, de l'employer en temps voulu. D'un autre côté, il y a urgence à ouvrir la communication facile, à partir du kilomètre 20, car à quoi serviront les écluses du canal d'eau douce, si les barques chargées sont arrêtées dans le canal maritime^ sur un poiixt intermédiaire entre Port-Saïd et ismaïlia ?

Il faut donc recourir au second moyen qui peut être effectué par les ressources actuelies de Tentreprise et pour lequel M. Lavalley, qui l'aurait proposé déjà, il y a quelquelque temps, ne demande que le payement, à titre d'avances et comme moyen d'installation^ des frais occasionnés par ce genre de travail.

Si vous approuvez ce programme, qui me parait indiqué aujourd'hui par les circonstances actifelles, s'il ne Tétait pas précédemment avant la perte ^w. Hambourg (qui avait à son bord un long couloir), je vous prie de donner le plus promptement possible vos ordres à M. Lavalley pour qu'il soit exécuté, et à l'Ingénieur chef de la division pour veiller à son accomplissement .

A M. LB DUC d'aLBUFÉRA, A PARIS.

Ismaïlia. le 27 juillet 1865.

J'ai quitté avant-hier Port-Saïd où le choléra, qui a été plus persistant qu*à Ismailia, quoique moins meurtrier, disparaît. Ce qu'il y a de curieux, c'est qu*il n'y a pas eu un seul cas dans le village arabe composé de 3,000 personnes qui ne se gardaient d'aucune manière — hommes, femmes et enfants.

Nous avons continué ici, hier, avec M. Lavalley et M. Savon, de Marseille, nos conférences de Port-Saïd.

Le passage incomplet du chenal maritime entre le kilomètre 20 et le kilomètre 34 va être vigoureusement entamé et sera approfondi par quatorze dragues.

L'écluse d'amont, à Ismaïlia, est terminée, celle d'aval a été reprise hier avec 200 manœuvres arabes, 40 tailleurs de pierres et maçons, plusieurs monteurs de M. Gouin pour les portes en fer. MM. Chrétien et Pierre vont donner, avec leur entrain habituel, leur dernier coup de collier. Tous les deux avaient été atteints par le choléra, ils sont aujourd'hui en parfaite santé. J'ai fait installer ma tente sur un monticule au bas duquel est l'écluse d'aval ; je compte y passer plusieurs heures de la journée jusqu'à ce que le travail soit terminé (15 août).

Je vous envoie deux projets importants de convention. La- convention pour les déchargements de Port-Saïd est pour moi d'un grand intérêt. MM. Savon sont connus à

Marseille de tout le commerce, et, de père en QIs, sont dans cette ville les plus intelligents pour les décharge-* ments ; ils sont en outre très estimés. Je vous écrirai une lettre spéciale au sujet des déchargements que nous faisions faire à Port-Saïd, et qui étaient mesurés d*une manière pitoyable, sans compter de très regrettables abus de confiance.

Je reçois, mon cher duc, au moment de fermer à la hâte mon courrier, votre aimable billet du 18. Je suis très sensible à tout ce que vous m'y dites de gracieux et d'obligeant. Je remercie votre famille de la commission qu'elle vous a donnée pour moi. De telles opinions rendent heureux, mais vraiment je n'ai accompli que le plus sim ^ pie des devoirs et ma tâche a été rendue bien facile par mes collaborateurs.

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