AU MEME
Ismaïlia, le 17 août 1805.
Je me suis rendu, le 11, à Port-Saïd, où, lel2, j*ai fait afficlier l'avis suivant :
« Le Président invite les habitants d'Ismaïlia à se (( réunir sur le quai du phare, demain dimanche, à « 7 heures du matin, pour assister au départ, pour Suez, (( du premier convoi de charbon de terre chargé sur la (( Méditerranée et se rendant sans transbordement dans « la mer Rouge.
(( Le passage de rOccident en Orient de cette matière (( commune, dont le génie de Thommeafait le principal (( agent civilisateur du monde, marquera le succès le plus (' important obtenu jusqu'à présent par les efforts des « braves travailleurs de l'Isthme.
f( Il y aura messe et Te Deum à six heures du matin, à « la paroisse Sainte-Eugénie.
(( Les ministres des divers cultes religieux béniront le « départ du convoi. »
Ce programme a été rempli exactement ; six petits bateaux à vapeur, ayant chacun à leur remorque deux chalands chargés de charbon et pavoises de pavillons de toutes les nations, ont effectué leur départ, aux applaudissements et aux acclamations des spectateurs. Au kilomètre 20, des mules ou des chameaux ont remorqué le convoi jusqu'à Ismaïlia où il est arrivé, le 14, dans la
soirée ; à la suite du convoi de charbon, se trouvait un long radeau provenant d'une cargaison de bois déchargée par un négociant à Port-Saïd, à destination de Suez.
Deux des remorqueurs fournis par la maison Gouin ont parfaitement fonctionné ; ce sont les seuls, sur les dix commandés, qui aient été terminés et reçus jusqu'à présent. Ils ont une forme très marine, très élégante, et ils ont filé, à l'essai, sous la remorque, 14 kilomètres à rheure. — Les quatre autres vapeurs qui ont remorqué les chalands étaient la Jeanne et la Mathilde, appartenant à la Compagnie, et deux bateaux appartenant à MM. Borel et Lavalley.
Pendant ce temps là, MM. Dussaud continuaient à jeter leurs blocs à la mer entre Tappontement et Tilot. 1,500 de ces blocs, représentant 15,000 mètres cubes ^ sont approvisionnés sur la plage et prêts à être immergés.
Le 15, la Saint-Napoléon a été fêtée à Ismaïlia par l'arrivée du convoi de Port-Said et par l'ouverture de récluse qui a offert un spectacle magnifique : 260 Bédouins dont quarante cheiks du Ouady et du désert, montés sur leurs chevaux ou leurs dromadaires, et tirant des coups de fusil, faisaient partie de Tassistance. Je laisse aux correspondances particulières le soin de donner les détails de la journée du 15, à Ismaïlia.
J'avais, dès le matin, télégraphié ce qui suit à l'Empereur :
(( Sa Majesté fêtée dans l'Isthme par première cargai- « son de houille transitant directement de Méditerranée « à mer Rouge. — Signé : Lesseps. »
Celle dépêche était partie de Suez pour Paris, le 15, à 8 heures du matin.
Le même jour arrivait à Suez, à 5 heures du soir, la réponse de l'Empereur, ainsi conçue :
« Napoléon, « A M. de Lesseps.
(( Je vous félicite du succès obtenu et vous remercie (( de me donner cette bonne nouvelle pour ma fête. »
Un pareil témoignage, que j'ai chargé M. Voisin de faire connaître à tous les services des travaux, et qui nous était si rapidement transmis par Télectricité, a véritablement élechusé io\is les travailleurs de Tlsthme, lo Président en lêle.
Vous en serez certainement aussi heureux que je Tai été moi-même.
Le Vice-Roi m'a fait dire qu'il me verrait avec plaisir, avant mon départ. Je vais lui annoncer ma visite au Caire pour le 27, devant profiter du paquebot du 29 pour retourner en France.
rOURNAL.
A bord du paquebot le Mœris» 30 août 1865.
Arrivée au Caire, le 27 août. — Visite au Vice-Roi, bon accord. — Reparti le môme jour pour Alexandrie. — Embarqué le 28, à 6 heures du malin, sur le Mœris. — Abordage, en sortant du port, avec un paquebot à vapeur égyptien, venant de Constantinople, et que nous avons coulé. Notre avarie demandant douze heures de réparation, nous avons jeté Tancre et je suis retourné à terre.
M. Outrey, notre consul général, m'a prévenu que Tambassade de France, à Constantinople, lui avait envoyé un projet de convention présenté par le ministre des affaires étrangères de la Porte pour m*étre communiqué. J'ai pris lecture de ce document, en faisant au fur et à mesure mes observations verbales à M. Outrey.
Le projet de la Porte est la reproduction de toutes les propositions inadmissibles qui ont été repoussées depuis longtemps, à diverses reprises.
J*ai dit à M. Outrey de répondre à l'ambassade de France que ce projet n'était même pas discutable.
La Compagnie ne connaît que ses contrats et la sentence de TËmpcreur. Elle n'en sortira pas, non seule* ment parce qu'elle est convaincue qu'elle doit agir ainsi pour maintenir intacts les graves intérêts qui lui sont conOés, mais encore parce qu'il lui serait légalement impossible d'admettre et de proposer à une assemblée
générale d'actionnaires un abandon quelconque des droits qui leur sont garantis par leurs actes de concession et par une sentence souveraine sans appel, sentence qui est devenue la loi des parties et qui n*appartient même plus au juge arbitral qui Ta rendue.