‹ Lettres, journal et documents pour servir à l'histoire de canal de SuezChapitre 32 sur 69 · ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 5 OCTOBRE · texte numérisé non relu

ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 5 OCTOBRE

SITUATION DES TRAVAUX

Ce fut, VOUS le savez, Messieurs, au moment où nous allions retirer de la première phase de notre installation tous les profits de temps et d'argent que nous étions en droit d'attendre, que la suppression des contingents est venue bouleverser toute notre organisation et nous mettre dans la nécessité d'étudier et de résoudre le difficile problème d'un changement complet dans le système de nos travaux.

La politique qui avait inspiré cette mesure pensait nous porter un coup qu'il nous serait impossible de parer.

Remplacer au milieu du disert le travail des hommes par celui des machines était une entreprise qui demandait du temps, des dépenses, de nouvelles et profondes études; c'est à cette œuvre que nous nous sommes appliqués, et nous pou» vons vous annoncer aujourd'hui que la question est entièrement résolue.

Vous en trouverez la démonstration dans le compte qui va vous èlre rendu de la situation de tous les chantiers de l'isthme et de la puissance des moyens d'action que possèdent la Compagnie et ses entrepreneurs, au point de vue d'une bonne et rapide exécution des travaux.

Entreprise Dussaud frères pour la construction des jetées de Port-Saïd en blocs artificiels, suivant marché en date du 20 octobre 1863.

L'installation des chantiers de MM. Dussaud frères est complètement termii]ée depuis la fin de juillet dernier. Cette installation comprend ;

m LETTRES

10 Le chantier de fabrication de mortier, composé de dix broyeurs mis en mouvement par une machine à vapeur de 60 chevaux.

Chaque broyeur est capable de fournir 35 mètres cubes de mortier par jour, ce qui donne pour les dix broyeurs une fabrication journalière de 350 mètres cubes de mortier, produisant 35 blocs de 10 mètres cubes chacun, soit, pour un travail minimum de 20 jours par mois, une production annuelle de 8,400 blocs. Ce chantier est établi sur une plateforme élevée en charpente sous laquelle viennent se placer les wagons destinés à recevoir le mortier pour le conduire ensuite sur le lieu de fabrication des blocs. Il est desservi par deux chemins de fer en rampe aboutissant au magasin de dép6t de la chaux et au quai d'approvisionnement du sable. L'ascension des wagons amenant ces matières se fait au moyen d'un treuil puissant, mis en mouvement par la machine de 60 chevaux ;'

2*> La plate-forme de fabrication des blocs où ceux-ci sont mëtliodiquement rangés par lignes parallèles.

Cette plate-forme peut contenir 1,900 blocs; elle est complètement remplie aujourd'hui. Au fur et à mesure que les blocs sont enlevés pour être conduits à la mer, ils sont remplacés par de nouveaux blocs fabriqués, qui doivent rester sur place pendant trois mois environ pour acquérir une dureté suffisante. Ces blocs de 10 mètres cubes chacun^ et du poids de 20,000 kilog., sont composés de 45 pour 100 de chaux hydraulique du Theil et de 55 pour 100 de sable et d'eau de mer;

3* Les appareils de levage, de transport et d'embarquement des blocs.

11 fallait, pour soulever et faire mouvoir ces masses énormes, de puissants appareils mus par la vapeur; ils fonctionnent de la manière la plus satisfaisante;

4° Enfin les grands chalands pontés, destinés à conduire les blocs sur les points ot ils doivent être immergés.

Les entrepreneurs possèdent en outre deux remorqueurs à vapeur et dix chalands pour le service des déchargements eu rade de leur matériel et de leurs approvisionnements.

Le sable destiné à la confection des blocs est fourni par les déblais du chenal du port, en vertu d'une convention passée entre MM. Dussaud et les entrepreneurs de dragages. Ce sable est amené au point de déchargement sur des chalands qui le reçoivent dans des caisses à la sortie du couloir de la drague ; Tcnlèvement et le déchargement des caisses s'effectuent ensuite au moyen d'une grue tournante à vapeur.

Un grand hangar, susceptible de recevoir 5,000 mètres cubes de chaux, des maisons d'habitation pour les employés et les ouvriers, des bureaux, des magasins de vivres et de malières diverses, un atelier de réparation et d'autres constructions de moindre importance complètent l'ensemble des installalious.

L'immersion du premier gros bloc de 10 mètres cubes a eu lieu, le 9 août dernier. Le nombre de ces blocs immergés était, à la fin d'août, de 148; avant le mois prochain, le chenal, dans lequel travaillent deux dragues, sera assez large et assez profond pour que l'immersion puisse être conduite de manière à marcher parallèlement avec la fabrication des blocs.

Dès l'hiver dernier, les entrepreneurs avaient déjà coulé à l'extrémité de l'appontement, vers l'îlot, 204 blocs de 4"*50 pour former un musoir de protection, qui se trouvera naturellement englobé dans le massif de la jetée définitive.

Par la description qui précède et par les chiffres que nous avons donnés, on voit que les entrepreneurs des jetées de Port- SîJÏd possèdent des moyens d'action largement suffisants pour leur permettre de terminer, dans les délais voulus, c'est-à-dire en 1868, les deux jetées, comportant ensemble l'emploi de 23,000 blocs ou 2u0,000 mètres cubes.

Ent7'eprise Borel^ Lavaîley et C^^ 'pour Vexécution du premier lot de dragages entre Port-Said et le seuil d'El Guisr.

Le premier lot de dragages comprend, indépendamment du chenal et des bassins de Port-Saïd, la première partie du canal maritime, sur une longueur de 60 kilomètres et demi. Il comporte un déblai de 21,700,000 mètres -cubes.

En vertu d'un marché passé le iZ janvier i864, ce premier lot de dragages avait été concédé à M. W°^ Aiton, entrepreneur des travaux de terrassements, qui offrait des prix inférieurs à ceux de ses concurrents, et sur les antécédents duquel les meilleurs renseignements avaient été obtenus à Glascow. La Compagnie avait mis à sa disposition tout le matériel qu'elle possédait déjà sur les lieux et celui très considérable qu'elle avait commandé en vue de l'exécution de son lot. Nous vous disions, le 6 août de l'année dernière, que M. Alton était encore dans la phase de première installation où il lui était impossible de déployer toute la rapidité d'exécution que nous attendions de son expérience et de son activité.

M. Alton commença les travaux avec les ressources que la Compagnie lui avait fournies. Vers le milieu d'octobre, après avoir sollicité diverses modifications à son traité, qui lui furent accordées, M. Alton éleva la prétention d'obtenir le changement complet de son contrat.

Dans cet intervalle, une crise financière survenue dans les principales places commerciales de l'Angleterre, resserra et fit bientôt cesser les crédits sur lesquels il comptait; il éprouva, en conséquence, des embarras financiers, et se trouva dans l'impuissance de payer non seulement les fournisseurs de machines, les frets du matériel qu'il avait commandé en exécution de ses engagements, mais encore ses propres ouvriers. Ses travaux subirent des ralentissements que nous ne pouvions supporter. C'est dans ces circonstances que M. Aiton exigea, sous peine d'une interruption de ses tratravaux, un mode de mesurage des déblais contraire à son traité et à ceux des autres entrepreneurs. La Compagnie ne pouvait admettre de pareilles prétentious. M. Aiton suspendit ses travaux, nous plaçant ainsi dans une situation qui pouvait amener de fâcheuses complications.

Après avoir constaté que M. Aiton était sous le coup d'une des clauses du contrat, prononçant la résiliation pour défaut d'exécution de la quantité de cubes trimestrielle à laquelle il étnit obligé, et armés du fait non moins grave de la suspension arbitraire de ses travaux, nous lui fîmes signifier légalement la résiliation ^e son marché.

JOURNAL ET DOCUMENTS rST

CependaDt, H. Aitoa étaU <léleiilc:ir de autre matériel, la Compagnie ne pouvait se sobstitiier jk lui qu'après eo avoir repris possession; o'eat dans ces cooditionB qu'elle dut Ininsiger pour ne point subir les retards d'un procès, quoique l'issue de ce procès ne pût pas être ilouteuse. Uog, .demande d'indemnité, formulée par M. Aiton, fut jugée exorbilaQte par voire président, qui offrit comme dernière transaction une ^'omme de 200,000 francs. Cette offre fut finalement acceptée, et la Compagnie rentra en possession de son matériel et de ses chantiers.

Eu conséquence de la rupture avec H. Aiton, un nouveau fnarclié a été pasfé, le 12 décembre l86i, avec MM. Boreli Lavalley et C°, pour l'exécution des tp«vaux compris au pre" mier lot de dragages, avec cession du matériel précédemment remis à M. Ailon, et addition de dix porteurs à vapeur du prii de 150,000 francs chacun. Le dùlai final de l'exécution fut stipulé pour le f" juillet 1868.

MM. Borel et Lavalley ne pouvaient reprendre immédiatemei:t la suite des travaux de M. Aiton;, ces travaux ont été naomenlanément continués en régie par nos ingénieurs jusqu'au mois d'avril de cette année.

Le matériel remis par la Compagnie aux entrepreneur^- se cjmpise de ;

Vingt petiies dragues;

Vingt grandes dragues;

Vingt grues à vapeur;

Cent vingt chalands en fer du port de iiO tonneaux ;

Six cents caisses t déblais ;

Et dix porteurs à vapeur pour conduire les déblais i. la mer.

Les nouveaux entrepreneurs reconnurent la nécessité de faire diverses réparations et modifications à ce matérii^l pour l'approprier & leur mode de travail. En même temps que s'exécutaient ces opérations de mise en état, ils ont eu à consacrer de grands efforts à leurs installations sur toute la ligne des travaux.

En soamissioDQHnl leur nouvelle entreprisedu lot de Por^Saïd, MM. Borel, Lavalley et C ont dû augmenter en coos^l"^"'^^

les commandes qu'ils avaient d'abord faites, en vue uniquement de leur lot de Suez.

L'ensemble de leurs commandes pour les deux lots comprend notamment :

30 grandes dragues nouvelles;

30 appareils élévateurs;

15 grands porteurs à vapeur pour la conduite des déblais à la mer;

42 porteurs à vapeur pour la conduite des déblais dans les lacs ;

90 chalands pour transports des caisses à déblais ;

i5 bateaux à vapeur pour transports de charbon ei de matériel sur toute la ligne des travaux ;

20 locomobiles sur roues ;

4 canots à vapeur.

Une grande partie de ce matériel est déjà montée ou en voie de montage à Port-Saïd.

Les crémières petites dragues remises en activité ont été employées, dans le bassin de Port-Saïd, à l'élargissement et à l'approfondissement des chenals qui sillonnent ce bassin dans diverses directions, en vue de préparer la place pour la mise en mouvement, aussi prochaine que possible, de grandes dragues desservies par des porteurs.

L'une des petites dragues creuse le chenal d'accès du port, en marchant de l'intérieur vers le large : elle fournit un sable excellent, utilisé pour la fabrication des blocs arti6ciels de M. Dussaud. Le produit des autres dragues est employé à l'extension des remblais de Port-Saïd, conformément à l'un des articles du marché qui oblige les entrepreneurs à faire ce travail, sans augmentation de prix, jusqu'à concurrence de 200,000 mètres cubes.

Une des grandes dragues a déjà été placée entre l'appontement et l'îlot pour approfondir le chenal en marchant du large vers l'intérieur du port; elle est desservie par deux porteurs. Une seconde drague va être afifeclée au même travaily de manière à obtenir sous très bref délai un chenal suffisamment large et profond, pour permettre aux navires de moyen tonnage de pénétrer dans l'intérieur du port sans

g&net la circulation des chalacds employés à l'immersioD des blocs, et dea porteurs qui coaduiroDt en mer les produits des dragages du bassin de Parl-Saïd et d'une partie du canal maritime.

Tout esl parfailemenl disposé aujourd'hui pour permettre aux entrepreneurs de pousser leurs travaux effectits avec l'aclivilé et la rapidité désirables.

Entrepi-ise CoïKreuœ pour les déblais de ta tranckie du seuil d'El Guisr.

D'après un premier marché passé avec M. Coovreux, le i" utlobre 1863, cet entrepreneur élail cbargé de l'ouveriure complète du canal maritime à travers le seuil d'El Guisr, sur une loDgueur de 15 kilomètres; l'entreprise comportait un cube total de 9 millions de mètres tant à sec qu'à la drague.

D'un commun accord, nous avons passé avec H. Couvreux une nouvelle convenlion pour limiter son enlreprise au percement des grandes hauteurs du Seuil, sur une longueur d'environ 9 kilomètres, et pour retrancher du marché primitif la majeure partie des déblais à faire sous l'eau, de manière à lui permettre de consacrer ses elTorts à l'enlèvement des déblais à sec. Il a été stipulé que les travaux seraient dirigés tout d'abord en vue de l'élargissement et de l'approfondissement du chenal actuel dé navigation, afin de compléter le plus promptement possible, entre Port-Saïd et Ismaïlia, un canal permellani, malgré la présence des drogues el des autres engins, de développer en toute liberté notre navigation de transit.

L'entreprise de M. Couvreux comporte un cube total de déblais à sec de i millions de mètres, et un cube de déblais Plus l'eau de 200,000 mètres.

Plusieurs des excavateurs de son invention, qui avaient si hier, réussi pour les déblais à sec, sont appliqués avec succès ntix déblais mouillés.

Les chantiers de M. Couvreux sont bien organisés. Ils sont desservis par trente kilomètres de voies de fer, dix locomotives, dix excavateurs à vapeur, quatre cents wagons de lefras-

sements, et par d'iroportaDts ateliers de réparation du matériel. Quatre nouvelles locomotives sont commandées.

Tout permet de compter que l'entrepreneur sera en mesure d'accomplir ses engagements dans les délais d'exécution assignés aux deux lots de MM. Borel et Lavalley.

Ouverture du canal à la traversée (TEl-Ferdane et dragages jusqu'au lac Timsah.

La portion de travaux retranchée de l'ancien lot Gouvreux a été concédée en presque totalité à MM. Borel et Lavalley, comme continuation de leur premier lot de dragages. La Compagnie s'est réservé, vu l'urgence, pour les exécuter par voie de régie directe, les travaux de débiais à faire immédiatement pour l'élargissement et l'approfondissement du chenal de navigation à la traversée dos dunes de Ferdane, sur une longueur de 6,700 mètres.

Ces travaux comprennent : 300,000 mètres cubes de déblais à sec, dont 130,000 mètres à la brouette, 170,000 à la locomotive, et 200,000 mètres de déblais mouillés.

Les chantiers de déblais à la brouette ont été promptement organisés et marchent d'une manière satisfaisante avec 600 terrassiers. Les chantiers de terrassements à la locomotive et au wagon commencent actuellement à fonctionner; enfîn, pour les déblais mouillés, six excavateurs ont été commandés en France, avec obligation d'en livrer quatre en Egypte, avant la fin de novembre.

Ces travaux en régie sont dirigés avec zèle et intelligence par M. Gioia, ingénieur chef de la division d'El Guisr,

Ils seront terminés au commencement de 1866, de manière à se raccorder avec ceux qui s'exécutent en deçà et au delà de Ferdane.

Les dragages à exécuter par MM. Borel et Lavalley dans la percée du Seuil et destinés à mettre le canal maritime à sa profondeur définitive de 8 mètres, seront commencés dès que le niveau des eaux du lac Timsah aura atteint le niveau de la Méditerranée : résultat que l'on compte réaliser pour le mois d'avril prochain. Le mode d'exécution consistera à recevoir

les produits des dr&gues daûa des chalands porteurs qui iront se vider dans certaines parties du lac. Les entrepreneurs auront tout leur matériel prêt pour l'époque indiquée.

Entreprise Borel, LavalUy et C pour l'exécution des travaux de terrassements et de dragages entre le seuil d'El Guisr et la mer Rouge.

Le marché relatil à cette entreprise a été passé le 26 mars 186*. I) comporte un cube total de 24,500,000 mètres de délilais.

MM. Borel et Lavalley se sont mis activement à. l'œuvre pour l'étude définitive des moyens qu'ils comptaient employer à l'exéculion de cette partie des travaux. Nous avons déjà indiqué leurs commandes de matériel dans les grandes usines de MM. ISfuest Gouin el C, de îa Sociélé des forges et chantiers de la Méditerranée et de la Sociélé des chantiers et ateliers de l'Océan, ainsi que la mise en montage de ce matériel à Port-Saïd.

Des agents expérimentés ont été envoyés sur le terrain pour combiner et arrêter les divers modes d'exécution; en mËme temps, les entrepreneurs ont dû consacrer leurs eiîorls aiiK installations des chantiers; Wa ont éiigé un ensemble de constructions imponaïUes au Sérapéura, principal centre de la direction et du ravilaillement pour les travaux à exécuter entre le lac Timsah et les lacs Amers, et à Chaluuf-eUTerraba, chi^f-lieu de la section des travaux embrassant toute la partie comprise eatri: les lacs Amers et les lagunes de Suez.

Le mode d'exécution arrêté par les entrepreneurs pour la majeure partie des travaux du deuxième lot consiste à profiter du plan d'eau du canal d'eau douce, placé à plusieurs mètres au-dessus du niveau du canal maritime, pour effectuer par voie de dragages la plus grande portion des déblais. A cet effet, on doiï ouvrir, dans l'emplaci^ment même du canal maritime, un premier chenal, mis en comm uni cation avec le canal d'eau douce au moyen d'une dérivation déjà construite dans ce but, et par laquelle on fera pénétrer les dragues ainsi que tout le matériel accessoire et les approviBionDements.

D'un autre côlé, on utilisera des bas-fonds existant le long du canal maritime pour créer des bassins artificiels qui seront remplis avec l'eau du canal d'eau douce et où Ton ira déverser, au moyen de barques à clapets, les produits des dragages.

Afin de hâter le moment où ce programme sera réalisé, les entrepreneurs ont, dès Tannée dernière, organisé des ateliers de terrassements à la brouette; ils comptent pouvoir attaquer ie seuil du Sérapéum par les machines à vapeur dans le courant de janvier prochain. Trois mois plus tard, le lac Timsali sera plein et il pourra recevoir des dragues destinées à compléter l'approfondissement des grandes tranchées déjà ouvertes à toutes largeurs, par les anciens contingents, sur un parcours de 6,000 mètres, depuis l'extrémité sud du lac Timsah jusqu'au delà de Toussoum.

Sur la portion comprise entre les lacs Amers et Suez, les entrepreneurs n'ont pas encore commencé les terrassements, mais ils prennent leurs dispositions pour continuer vigoureusement l'attaque du seuil de Gljalouf, déjà eniamé par les contingents de fellahs. Avant de songer à employer|la drague, il faut d'abord enlever un banc calcaire qui présente une masse de 25,000 métrés cubes. Ce banc, qui descend jusqu'au plafond du futur canal, pourra probablement être extrait à sec. Les pierres qui en proviendront seront réservées pour servir ultérieurement à l'enrochement des berges.

Le tracé primitif du canal dans les lagunes vis-à-vis de Suez avait révélé aux sondages des bancs de roche que nous avions intérêt à éviter. Par une nouvelle série de sondages dans celte région, nos ingénieurs ont été conduits à penser qu'en rejetant suffisamment le tracé vers Test, on parviendrait peut être à éviter les bancs de roche. L'événement a heureusement justifié ces prévisions. L'ingénieur chef de la division de Suez, M. Larousse, a arrêté aujourd'hui, sur le terrain, un nouveau tracé où des sondages très rapprochés n'ont pas indiqué la moindre existence de roche. Ce tracé passe à 1,100 mètres à l'est du lieu dit : la Quarantaine de Suez. Bien qu'il présente, par rapport au premier tracé, un excédant de cube d'environ 300,000 mètres, il ofTre tant de facilité et d'économie, qu'on ne peut hésiter à lui donner la préférence.

Canal d'eau douce.

Vous V0U8 rappelez que le gouvernement égyptien est chargé de la consiruclion de la première partie du canal d'eau douce, depuis le Caire jusqu'au Ouady, y compris la prise d'eau au Nil. Aux termes du contrat passé, le 18 mars 1863, avec S. A. le vice-roi Ismaïl-Pacha, ce travail aurait dû être terminé au l<^''mars de la présente année.

Le cube total des terrassements pour cette partie du canal, dont la longueur est de 70 kilomètres, forme environ 7 millions de mètres cubes. Les travaux ont été entrepris seulement dans les derniers mois de 1864 sur une longueur de 22 kilomètres. Interrompus pendant six semaines, à l'époque du jeûne du Ramadan et des fêtes du Baïram, ils ont été repris en mars, puis bientôt complètement suspendus pendant et après le choléra. 'Les travaux exécutés jusqu'à ce jour ont produit un cube de déblais dépassant 2 millions de mètres.

Au moment de l'étiage, le gouvernement égyptien a fait commencer les travaux de la prise d'eau du Caire; la construction de ce difficile 'et important travail d'art est entre bonnes mains, puisqu'elle est confiée à l'ancien ingénieur en chef de l'exécution de nos travaux, M. Sciama, dont nous n'avions plus à utiliser les éminents services, du moment que cette exécution était livrée à des entrepreneurs. M. Sciama est entré au service du gouvernement égyptien, avec l'autorisation du Ministre des travaux publics de France, en qualité de directeur général des ponts et canaux d'Egypte ; ce choix a été pour nous un témoignage des dispositions de S. A. le viceroi pour l'accomplissement de son contrat avec la Compagnie, et pour les bons rapports de son gouvernement avec la direction de nos travaux.

Les écluses d'Ismaïlia et de Suez sur le canal d'eau douce sont terminées, et l'ouverture de la ligne de navigation en transit, sans transbordement, entre la Méditerranée et la mer Rouge a été inaugurée à Ismaïlia, le 15 août.

Un convoi de douze chalands chargés de houille, remor. quant un radeau de bois de construction, ptrti de Port-Saïd,

a franchi Técluse de Suez et est entré dans la mer Rouge. Une récente dépêche nous apprend qu'une partie de ce convoi, réservée pour un retour de marchandises de la mer Rouge, est en route pour Port-Saïd, d'où l'on dirigera sur Marseille des gommes^ des dents d'éléphant, du café et des peaux acquis jsur la côte d'Ajabie par la maison Bazin.

Trois écluses intermédiaires sont en cours d'exécution sur la branche de Suez; elles sont destinées & diminuer la dépense d'eau pendant la période d'étiage du Nil. Entreprises par MM. Borel et Lavalley^ en vertu d'un marché spécial, elles doivent être terminées dans trois mois. En attendant, elles sont contournées par une dérivation provisoire du canal qui nialntient la navigation.

Nous rappellerons que la dépense de ces écluses, aussi bien que celle des agtres ouyra^es dy canal d^eau douce et des frais d'exécution du canal lui-même, sont comprises dans le chiffre tola) d'estimation de 10 millions de francs qui a servi de base à la fixation de l'Indemnité à payer par le gouvernement égyptien pour la rétrocession du canal d'eau douce.

Service de s^nté, lÎPMÇi ^Yona îmt, imprimer i p^rt, pogr YOys être distribué,

le rapport du médçQin en cUef^ Iç docteur Aubert-»Boche, sur rét&ti ^«taitaipe et msdipal des travailleurs et des établissements de ri^tbœe pendant l'exercice 1864-I9aa.

Qç dQCuroent, çt 1^ rapport ^uppl.éipentajr-e m sujet de l'invasiop du choléra PPl dç qouveau constat^ U salubrité du territoire de l'i^thnjç,

I^'aljm^iltatiQQi d^ im^ h^ ch^utiers ()e Vislboie eal txclusiveo^oV {^ui^pd'l'ui e^tpf \m ip^ins du cQoimdrce privé, JLa libellé it la (to^çurp^n^e ^nt «ufQ pour donner satisfaction à tous lei besoins eji pour tn^intenir le# deui^ée^de consouimation a. des prix raisonnables, compte tenu de la cherté générale de la vie en Ëgyptet

MM. Borel et Lavalley ont établi, sans subvention, le service régulier d'un bateau à vapeur entre Alexandrie et Port* Saïd. Ce bateau fait, chaque mois, quatre voyages d'aller et retour. MM. Bazin, de Marseille, organisent un service de bateaux à vapeur entre Marseille et Port-Saïd, Le premier voyage s'effectue en ce moment.

La Compagnie n'a plus à sa charge que le service des transports sur ses canaux. Il y a tous les jours à Port-Saïd, à Suez, à Zagaztg, des départs et des arrivées de bateaux à grande vitesse pour la poste et les voyageurs, et de chalands de moyenne et petite vitesse destinés aux transports des approvisionnements, du matériel et des marchandises ; ils desservent journellement tous les points intermédiaires.

Des propositions très sérieuses nous sont faites par MM. Bazin, de Marseille, pour entreprendre les transports de Port-Saïd à Suez et de Zagazig à Port-Saïd. Cette question est étudiée atec un grand soin par votre Conseil d'administration, qui la résoudra au mieux de vos intérêts.

L'attention des chambres de commerce de l'Europe et de l'Amérique a été appelée' sur les avantages que pourra offrir au commerce de tous les pays le premier passage établi d'une mer à l'autre. Les chambres ont envoyé dans l'isthme des délégués au nombre de cent. Nous leur avons promis le fonctionnement régulier de ce premier passage pour le commencement de 1866.

Un grand nombre d'entre eux ont déjà rendu compte de leurs impressions favorables, dans des rapports publiés, sur le résultat de leur importante inspection.

Nous devons consigner ici l'expression de notre satisfaction et de notre reconnaissance pour la sollicitude bienveillante et le dévouement avec lesquels les honorables délégués ont accompli leur mission^ et nous espérons que l'assemblée partagera ces sentiments. (Five approbation et applaudissements,)

Nous avons maintenant à vous entretenir de quelques faits qui ont leur importance, car ils concernent Texploitation immédiate d'un transit entre les deux mers.

Nous sommes eu itégociation avec la compagnie des Messageries impériales pour le transport, de Port-Saïd à Suez, des

grandes chaudières destinées à leurs paquebots de l'Iodo- Chine.

Le commerce de la houille nécessaire aux paquebots de toutes nations naviguant sur la mer Rouge et venant s'approvisionner a Suez, devra sans doute recourir à notre navigation de transit. Déjà nous avons reçu d'Angleterre des propositions pour faire passer annuellement un minimum de 300,000 tonnes de charbon de terre.

Nous comptons offrir aux gouvernements français, espagnol, anglais, hollandais et portugais de faire transiter par l'isthme la plus grande partie des approvisionnements qu'ils expédient dans leurs établissements de l'Inde, de la Chine, de la Cochinchine et de l'archipel Indien par la voie du chemin de fer égyptien, et que nous pourrons transporter à des conditions meilleures. Nous ne négligerons rien pour que le commerce général puisse profiler de la route que nous lui ouvrons, en attendant l'achèvement prochain du grand passage maritime.

Service agricole, domaine du Ouady.

Vous avez remarqué, dans la partie de ce rapport concernant la situation financière, que le domaine du Ouady (année agricole 1863-64) y figure pour un revenu net de i 18,399 francs 16 c.

Le l®"^ de ce mois, a fini la première période de trois ans des baux passés en 1862.

Les contrats renouvelés avec les fermiers indigènes pour trois autres années, dès le mois de mars dernier, ont porté les redevances futures à 522,580 francs.

Un mois après la signature de ces contrais, l'obligation dans laquelle nous nous sommes trouvés de priver d'eau nos cultivateurs pour maintenir ralimenlation du canal d'eau douce jusqu'à Ismaïlid et Suez, nous a amenés à faire d'abord remise de la moitié des redevances convenues, puis, en dernier lieu, à déclarer que les ferres qui, faute d'irrigatijn, ne pourront pas être ensemencées seront retirées de la location. Il ét?iit de

toute justice de ra^isurer les fermiers en allant au-devant de leurs réclamations et de surseoir à Texécution des nouveaux baux.

Les intérêts du service agricole souffriront forcément de cette situation, tant que le gouvernement égyptien n'aura pas achevé le bief du canal d'eau douce. Heureusement, les années de prospérité qui avaient enrichi les cultivateurs de notre do* maine, leur ont donné assez de confiance dans Tavenir pour leur faire accepter un temps d'épreuves. Il est iotéressaot de constater que la population du Ouady n*a pas diminué. Une grande partie des terres sera cultivée, sinon en coton, du moins en maïs et en céréales d'hiver, et le revenu net de Texer * cice prochain, sans atteindre le chiffre élevé auquel le portaient les nouvelles locations, ne sera pas inférieur à celui des années précédentes.

Tel est l'ensemble de nos opérations. Voire Conseil est convaincu que la marche acluelle de nos travaux vous assure dans trois ans un succès qui récompensera votre confiance et votre persévérance. {Applaudissements.)

SITUATION GENERALE

Après avoir donné lecture, dans notre dernière assemblée générale, de la sentence arbitrale, sans appel, prononcée par S. M. Napoléon III, nous vous disions :

« Vous avez compris, Messieurs, toute la portée de ce jugement souverain, qui consacre avec tant d'impartialité et une si haute équité les droits de la Compagnie, et la met désormais à l'abri de toutes les difficultés qui, jusqu'à présent, avaient ralenti la marche de notre entreprise. »

C'est en vertu de ces considérations que vous avez accepté unanimement et avec reconnaissanee une solution définitive, malgré les sacrifices qu'elle vous imposait.

A la suite de notre réunion, le gouvernement de Sa Majesté publia le compte rendu de la situation de l'Empire adressé au Corps législatif et au Sénat. Ce document officiel contenait le passage suivant:

« Le gouvernement du Sultan ayant fait connaître sous quelles conditions il était disposé à 8anctit)nner la coneessioD primitivement faite par Saïd -Pacha, des négociations se sont ouvertes entre le gouvernement du Vice-Roi et la Compagnie universelle de l'isthme de Suez, à relFet de mettre la coàeession en harmonie avec les demandes de la Porte. Gomme raccord n'avait pu s'établir sur certains points, les deux par* ties sout convenues d'exprimer à l'Empereur le vœu quie ces difficultés fussent déférées à son arbitrage. Sa Majesté, désirant répondre k l'appel du Vice-Roi et voulant en même temps donner à la Compagnie un nouveau témoignage de son intérêt 'pour la grande œuvre qu'elle poursuit, a daigné accueil Lir cette demande; les deux parties ont alors signé un compromis, et l'Empereur a rendu une sentence arbitrale qui leur a été notifiée. Le gouvernement égyptien et la Compagnie ont déjà exécuté cellee des clauses de cet acte qui étaient immédiateiT>ent applicables.

« La sentence de Sa Majesté a été portée à la connaissance du gouvernement ottoman; la Sublime Porte n'a fait aocane difficulté pour reconnatlre que, par cet acte, les diverses condiiionSf à V accomplissement desquelles la Turquie avait subordonné sa sanction, se trouvaient remplies. »

Celle importante déclaration clôt, pour notre Compagnie exchitivemp^nt commerciale et industrielle, la question politique du firman promis pour autoriser les travaux.

Pour achever de vous en convaincre, il nous suffira de vous lire un télégramme que S. M. l'Empereur a bien voulu adresser du camp de Cbâlons^ le 15 ao4t, à votre préai4leut qui venaât de lui annoncer, de Suez, la célébration de sa fêle dans l'isthme, par la première cargaison die houille Iraoeitant directement de la Méditerranée à la mer Rouge :

« Je vous félicile du succès obtenu et voue remereie de me donner cette bonne nouvelle pour ma fête.

« Signé : Napoléon. »

(Acclamations et applaudissements.)

Nous espérons donc n'avoir plus à nous occuper à l'avenir» dans Texposé de notre situation générale, de questions poli-

tiques que, bien à coatre-cœur, nous étions obligés de traiter dans nos précédentes réunions.

C'est au gouvernement de l'Empereur quMl appartient, visà-vis des autres gouvernements, de faire ejcécuter la sentence arbitrale souveraine et sans appel. C*est à l'administration de la Compagnie qu'il appartient de bien gérer vds affaires et de conduire lés travaux de façon à vous satisfaire, et à satisfaire aussi l'opiaion publique justement impatiente d'obtenir le plus promptement possible le grand résultat auquel nous consacrons tout notre temps et tous nos efforts.

Vous avez toujours jugé que voire Conseil avait rempli ses devoirs envers vous; il sera heureux, si, après vous avoir présenté le bilan dé notre situation financière et la marche de nos travaux, vous lui donnez un nouveau témoignage de votre approbation et de votre confiance.

A M. FAUGÊRES, SOUS-DIRECTEUR DE LA POLITIQUE AU MINISTÈRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES.

Paris, 9 octobre 1865.

Je liens à vous envoyer, avant votre conférence avec M. de Moustier^la copie d'une note que j'ai adressée, il y a six mois, au gouvernement égyptien et qui est tout à fait de circonstance.

Il me semble que M. deMoustier, à son retour à Constantinople, devra prendre pour base de ses négociations le projet de convention rédigé par lui et minuté de sa propre main, d'accord avec le programme de la Porte et moi-même, et rejeter complètement le nouveau projet de convention, inadmissible et dangereux à discuter avec les Turcs qui y trouvent un prétexte pour éterniser la discussion. En leur proposant l'adoption du premier projet ou la rupture de toute négociation à ce sujet, je ne fais aucun doute qu'avec un ambassadeur aussi habile que M. de Moustier, l'affaire ne soit complètement dégagée de la fausse voie dans laquelle on l'avait conduite et dans laquelle je tiens plus que personne à ne pas laisser faire mauvaise Figure à notre politique vis-àvis de l'opinion publique de tous les pays. Personne ne comprendra jamais que nous puissions hésiter à faire exécuter littéralement par les Turcs la sentence del'Empereur.

Outre ma communication au gouvernement égyptien,

je vous remets une copie d'observations écrites, faites au vice-roi d'Egypte par le consul général d'Angleterre, observations que ma réponse en marge de chaque paragraphe du message britannique, met complètement à néant. Ceci nous montre de quel côté viennent les oppositions à la sentence impériale, tant au Caire qu*à Constantinople.

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