DIRECTEUR GÉNÉRAL DES TRAVAUX^ A ISMAÏLIA
Ismailia, le 24 décembre 1865.
Plusieurs agents des travaux m'ont écrit ou m'ont dit, dans ma dernière tournée, qu'ils avaient reçu parla poste, sans être abonnés, et dans un but inconnu, deux numéros d'un journal parisien intitulé les Travaux publics^ eu date du 19 octobre et du 49 novembre. Une centaine da ces numéros portant sur les bandes les noms et les titres des principaux chefs et employés, avec le timbre de la poste de Paris, ont été en effet distribués par notre propre service postal à Ismaïlia, à Port-Saïd et dans les autres chantiers.
Des destinataires ont exprimé le désir de répondre indi^ viduellement à ce journal. Veuillez dire à MM. les entrepreneurs que mon opinion est de ne faire aucune réponse aux articles qui leur ont été envoyés.
Si le Journal des Travaux publics s'était borné à entamer une polémique loyale, la Compagnie n'aurait pas manqué de redresser elle-même des erreurs ou de donner des explications sur des faits inexactement présentés.
Mais, dans cette circonstance, son conseil judiciaire a pensé que les attaques dirigées contre elle étaient provoquées par Tintention de nuire à ses intérêts.
En conséquence, elle a cité devant les tribunaux les
auteurs des articles en question. Il me parait évident que si la justice n*a pas encore prononcé à cette heure, la distribution dans Tlsthme des articles signalés sera une charge nouvelle contre les écrivains dont le projet a dû être d'apporter le découragement parmi les travailleurs européens et leurs chefs, en jetant des doutes sur la situation financière de la Compagnie qu'ils menacent d'une ruine prochaine.
Si leur but n'a pas été atteint, leur action n'en est pas moins coupable.
Les agents de la Compagnie et des entrepreneurs, à tous les degrés, ont profité de l'occasion pour manifester leurs sentiments de confiance et de dévouement envers l'administration supérieure et envers leurs chefs directs, dont les efforts et l'habileté couronnés de succès sont appréciés hautement par les hommes impartiaux et intelligents qui viennent tous les jours visiter l'Isthme.
Je vous prie de faire connaître au personnel de risihmequej6 suis fier de l'appeler, avec les plus éminents visiteurs de nos travaux, un personnel d'élite. J'ai iprouvé la plus grande satisfaction, après une absence de trois mois, en constatant les progrès accomplis, la reprise énergique du travail, l'activité déployée dans tous les chantiers depuis Port-Saïd jusqu'à Suez, l'ordre avec lequel tous les services fonctionnent, la foi vive qui anime toujours nos persévérants collaborateurs, en dénombrant enfin les dix mille travailleurs européens et les douze mille chevaux de vapeur qui se mettent en ligne pour gagner la dernière bataille.
Ma satisfaction est aujourd'hui d'autant plus complète que, tout en reconnaissant que je puis encore être utile à notre entreprise, à la tête de laquelle je suis résolu de
rester, malgré le vœu de nos adversaires, j'ai la convie* tion que la réussite de Tœuvre dont nous avons Thonneur d'être les serviteurs, est assurée désormais, en dehors de toute personnalité.
A II. Le duc d'aLBUPÉRA., A PARIS.
Caire, le 30 janvier 1866.
Je m'empresse de vous envoyer la convention qui vient d*ètre signée entre le gouvernement égyptien et la Compagnie. Nos collègues en apprécieront, comme nous, toute rimportance. Elle satisfait complètement les deux intérêts en présence. On peut dire aujourd'hui que nous allons marcher avec le Vice-Roi dans Tharmonie la plus complète, et que le succès financier de notre oeuvre est assuré.
Le résultat obtenu est dû, pour la plus grande partie, à rintervention officieuse, réclamée parle Vice-Roi, démon vieil ami M. Ruyssenaers, qui nous a donné, dans cette circonstance, une nouvelle preuve de son dévouement et a rendu aux deux parties un grand service. Gérardin vous enverra la copie de deux notes remises par lui au Vice- Roi, et qui ont successivement mené à bonne fin la négociation.