EXPOSE
Messieurs,
Nous Bout sommM toujours présentés à VÀssembiée générale de nos actionnaires avec confiance, mais jamais avec autant de saiisfaelion qu'aujourd'hui.
Il n^existe pas d'inconnu sur les moyens d'exécution de nos travaux. Le succès de leur transformation n'est plus una espérance, mais un fait incontestablement acquis. (Très bien! très bien! Marques générales de saiis faction.)
Nous n'avons plus de question douteuse dans noire situation générale.
Le flrman de S. M. L le Sultan, que vous assurait la sentence arbitrale de l'empereur Napoléon, a été promulgué.
Nous n'avons aucune incertitude sur la rentrée de nos ressources financières.
Nous vous apportons une convention qui vous fait toucher en trois années, c'est-à-dire pendant le temps où nos travaux doivent être payés, l'indemnité de 84 millions, dont les versements étaient répartis sur quatorze années.
Enfin, si nous étions convaincus, l'année dernière, que les ressources de l'art de l'ingénieur permettraient de vaincre, dans la transformation de nos travaux, des difficultés qiie
nos adversaires regardaient comme insurmontables, le public en général, ne partageait pns celte conviction, ou du moins les opinions qui nous étaient !e plus favorables, sans contester la réussite dans un temps indéterminé, n'osaient compter sur un succès prompt, immédiat.
Trouverait-on tout de suite dans les appareils mécaniques d'usage général les engins suffisants et nécessaires? Trouverait-on tout de suite les différents moyens de les appliquer aux terrains diversement constitués que doit traverser le canal? Faudrait-il des essais multipliés, dispendieux, exigeant une longue préparation?
Le matériel convenable étant trouvé, construit, pourrait-on recruter le personnel destiné à le faire fonctionner et à Tentrelenir?
Une population de travailleurs européens se ferait-elle facilement au climat de Tisthme? s'habituerait-elle à la vie du désert, malgré les ressources accumulées par nos efforts et nos dépenses de plusieurs années?
Depuis un an, les faits ont répondu à ces questions, iU y ont répondu affirmativement.
Plus des trois quarts du matériel destiné à terminer le iravaii est sur place et fonctionne; éprouvé déjà par plusieurs mois de service journalier, il donne un i'endement supérieur à celui que nous attendions. Tous les essais sont terminés; Timprévu a disparu. {Nouvelles marques de satisfaction.)
Nos entrepreneurs n'ont éprouvé aucune difficulté à recruter le personnel des mécaniciens, ajusteurs, forgerons, chaudronniers, charpentiers, menuisiers, nécessaire à la construction ou au fonctionnement d'un immense matériel.
Les travailleurs arrivent en grand nombre de la Syrie, de TArabie, de tous les points du littoral méditerranéen. La population sédentaire de l'isthme, qui était, l'année dernière, de 10,000 individus, s'est élevée, cette année, à 18,800.
Notre personne], emprunté à toutes les nationalités, s'est fondu d'une manière remarquable. Nos équipages de dragues, par exemple, où le patron est Français, Italien ou Grec ; le mécanicien. Français, Anglais ou Allemand; les chauffeurs» Égyptiens ; les matelots, Grecs ou Maltais, ne sont nullement
JOURNAL ET DOCUMENTS ÎDférîeurs aux équipages homogèDes que duuh Yaj( chaDtiers de nos pays.
C'est un des plus lieureux donn du caraclère et frauçais de produire celte fusion, que l'on a reiroi tes cbautiern de travaux publics ouverts depuis quin tous 11 s pniuts de l'Europe par l'abondance des capil çais, par l'aclivité de nos ingénieurs et de nos entrf
La fermeté au travail, l'eutraiD de nos ouvriei communiqués aux Orieulauic qui les eoiourenl.
Aussi les visiteurs de l'isthme sont-ils frappés de lion de nos ateliers. Ils se retrouvent, surtout à Port milieu d'uu étourdissant mouvement, comparable i plus grands cenlr<:s mélallurgiques de France el terre.
Les jetées sur la Uéditerraiiée s'avunceut avec i donnoQl déjèi un calme complet k une partie cousit la rsde.
Le bassin de Port-Saïd est creusé activement par des dragues, à une protondeur de (> à T mètres. Il i à présent l'entrée et l'abri à des b&timents de mer, € liéremeot à ceux qui on i établi des services réguliei port et Alexandrie.
Se Port-Saïd à Suez, le canal maritime est attaqué U ligne, àtoute profondeur, à toute largeur.
Dans un an, le trnvail aura été avancé partout leDe activité, et nous aurons une telle expérience < de nos nouvelles machines, que nous pourrons a eraindie aucune erreur, vous Qxer et le jour de 1' du canal à la grande navigation et le cuAt définitif ( prise. [Mouvement de satisfaction.)
En altendnnt, nous organisons une navigalion pri transit de la Méditerranée k la mer Rouge, et vice matériel commundé sera rendu sur les lieux avac l'année, de manière a répondre immédiatement, concurrence de 1,000 à2,000 tonnes par jour, aus qui nous sont faites pour le transport des m&Tcbaii mer à l'autre. {Vifs applaudissements.)
Vous aureï, Messieurs, la démonstration succeaB
qoe nom signalons à toire atleation, dans Taxposé q^i va vous être présenté de notre situation des travaux et de notre sitoattOD géoérale.
SITUATION DES TRAVAUX
L— Fort'Said.
La construction da port qui donne ouverture à notre canal sur la Méditerranée, a fait cette.année de très grands progrès et a été modifiée de la manière la plus heureuse.
On sait que, dans les preniiMv projets, les jetées, destinées à protéger le chenal creusé à travers la plage, devaient être parallèles entre elles et placées à une distance de 400 mètres Tune de Paulre.
M. Pascal, ingénieur en chef des ports de Marseille et membre de notre commission des travauï, nous a proposé de changer cette dieposibion, en vue d'anurer aux navires im abri plus vaste et plus sûr.
Son projet méritait l'examen le plus attentif. La marine y était vivement intéressée. Votre Conseil d'administration a donc pensé à demander l'avis de quelques-uns de nos marins les plus éminents. D'un autre côté, votre comité consultatif des travaux,. eon)posé d'iaspoeteurs généraux des ponts et chaussées, d'ingénieurs en chef et d'ingénieurs ordinaires, était naturellement appelé à participer à la même étude. Grâce au bienveillant a^pui des ministres de la oiarine et des travaux publics, grèce î la cordiale sympathie des marins rt des ingénieurs, une commission spéciale a été nommée et s'est réunie au mois de novembre de raonée dernière.
Les membres de cette commission étaient : MM. l'amiral Rigdult de Genouilly, président; le vice-amiral Jurien de la Gruvière, aide de camp de l'Empereur ; le vice^amirai Jaurès, et les membres de la commission supérieure des travaux.
A la «uite des plus intéressantes disfiussions, le projet de M. Pascal a été adopté, et il en résulte les changements suivants :
JOURNAL ET DOCUMENTS S5i
La îeiéedè l'est partira détend à 1,400 mèU^eB d« la jetée de roueôt et, se dirigeant obliquement vers cette dernière, s'arrêtera de façon à laisser entre elles une entrée d'e&ytron 400 mètres.
Nous obtenons ainsi, entre les deux jetées, au lieu d'un long chenal, une vaste nappe d'eau abritée de 230 hectares environ, en forme d'érentail, qni va en s'agrandissant à mesure qu'elle s'approche du littoral, et assure aux navires un mouillage dans une rade couverte, située immédiatement à l'etatrée des jetées, c'est-à-dire dans la positton la plus avan* tageuse. '
Les dragues y creusent, en tfe moment, le chenal qui donne accès dans le bassin de Port-Saïd, et qui présente dès aujourd'hui une ligne d'eau de plus de 5 mètres de profondeur sur une largeur variant de 60 à 100 mètres.
Des dragages ultérieurs augmenteront, au fur et à mesure du développement de la navigation, l'espace nécessaire au stationnement des navires.
La création de cet avant-port a permis de changer la disposition et l'étendue actuelles du bassin de Port-Saïd* Ce bassin cessant d'être un lieu de stationnement des navires arrivant pour traverser leeanal, ne présente plus une grande surface carrée peu commode pour le mouvement des marchandises. Sa forme est maintenant plutôt celle d'une embouchure de fleuve sur les bords duquel seront ménagés des bassins transversaux qui se succéderont pour servir au déchargement des bMiments du trafic*
€es changements n'ont entratné aucune augmentation de dépenses. La jetée de l'est, seulement déplacée, n'augmente pas de longueur.
Le port et les trois bassins que nous creusons actuellement et qui suffiront pendant les premières annéeè au oommerce local de Port-Saïd, offrent une superficie un peu moindre, mais bien plus utile que l'ancien bassin. Ces changements n'ont pas, non plus, entraîné de relard dans l'exéeulioa*
Lors de la dernière assemblée générale, rinstailation de M. Dussaud pour la construction des jetées en blocs artificiels était complètement terminée. Il faut rendre jufftice à
MM. Ûussaud^ qui ont creusé le» ports de Cherbourg, d'Alger et de Marseille. Ils ont uil atelier parfaitemeni monté; ils jettent trente blocs par jour. L'année dernière ils avaient à peine commencé à jeter leurs pierres à partir de l'appontemerU, et aujourd'hui les jetées se sont élevées au-dessus de l'eau comme par enchantement ; elles atteignent déjà les fonds de 6 métrés. La production de ces chantiers a suivi une marche rapidement croissante, et a atteint depuis plusieurs mois son chiffre normal. Aussi, la jetée de l'ouest, par laquelle il im* portait de commencer pour abriter les navires contre les vents dominants, s'est-elle avancée avec promptitude : elle a atteint et même dépassé actuellement les fonds de 6 mètres* Derrière elle, déjà, les bâtiments ne tirant pas plus de 5 mètres trouvent un calme complet. Elle a été commencée par MM.Dussaud à la suite de Tappontement déjà existant, le 9 août 1865.
La jetée de l'est marche depuis quelques mois en même temps que la jetée de l'ouest. Avaut la fin de 1867, tous les navires arrivant sur la rade de Port-Saïd pourront être abrités entre les jetées. Dès maintenant Port-Saïd est un lieu de débarquement et de relâche supérieur à tous les autres mouillages des côtes d'Egypte et de Syrie.
Cet abri est surtout précieux pour la facilité qu'il donne aux déchargements. Quant à la sûreté de la navigation, elle était complète, même avant la construction des jetées. La rade, tuujours bonne, ainsi que nous n'avons cessé de le dire, n'a pas vu cette année un seul sinistre, et cependant le mouvement maritime a été considérable à l'embouchure du canal. Il est arrivé à Port-Saïd, depuis le i5 juillet 1865 jusqu'au 15 juin 1866, o95, navires avec un tonnage de 108,539 tonneaux, soit environ 3Q0 tonneaux par jour. Le dénombrement de ces arrivages de navires, depuis l'origine des travaux, montre qu'avant même de livrer passage aux marchandises d'une mer à l'autre, le canal de Suez a donné au commerce maritime un aliment déjà important. Nous constatons en effet que Port-Saïd a reçu^ depuis sa fondation, 2,631 bâtiments, portant 468,087 tonneaux. La France, l'Autriche, la Grèce, la Turquie et TÉgypte ont été représentées dans ce mouvement par le plus grand nombre de navires. Dans ce concours cora-
mercîal^ l.i France est la première : elle y figure pour 500 navires et 100,000 tonneaux.
L'entreprise des déchnrgemenls à Fort-Saïi, confiée à M.^I. Su von frères etG% fonctionne d'une manière satisfaisante Elle possède un matériel qui lui permet de faire face à tous les besoins. Outre le service régulier à vapeur qu'ont organisé, entre Alexandrie et Port-Saïd, MM. Borel et Lavalley, en correspondance avec les Messageries impériales, notre port est touché trois fois par mois par les bateaux de MM. Fraissinet, de Marseille, et deux fois par mois par les bateaux de la Compagnie impériale russe de navigation à vapeur et de commerce.
Tout en poursuivant la construction des jetées et l'approfondissement du chenal, on imprime la plus grande activité aux travaux qui ont pour objet de creuser le grand bassin du port.
Ce grand bassin est précédé par un canal d'accès qui fait suite au chenal longeant les jetées. Ce canal a 50 mètres de largeur et 5 à 6 mètres de profondeur. L'entrée du grand bflssin est ouverte, dans toute sa largeur de 200 mètres, à la profondeur de 5 à 6 mètres. Une grande partie de la superficie de ce bassin est déblayée et peut recevoir les bâtiments de 4- à 5 mètres de tirant d'eau. La nécessité de laisser l'espace libre aux dragues et au mouvement des bateaux à vapeur qui emportent les déblais en mer est le seul obstacle qui s'oppose encore au stationnement de tous les navires auxquels leur tirant d'eau permettrait l'entrée du bassin.
Mais les dragues avancent rapidement; les espaces déblayés augmentent, et, sous peu, presque tous les bâtiments feront ou achèveront leur déchargement dans le bassin lui-même.
C'est par Port-Saïd que maintenant, grâce à la voie navigable existant d'une mer à l'nutre, nos chantiers reçoivent leurs approvisionnements.
L'état actuel de ces travaux, les progrès réalisés dans l'année qui vient de s'écouler, nous donnent la certitude que ce beau port sera terminé avant Tépoque prescrite.