‹ Lettres, journal et documents pour servir à l'histoire de canal de SuezChapitre 48 sur 69 · IV. — Canal d'eau douce · texte numérisé non relu

IV. — Canal d'eau douce

La première partie du canal d'eau, douce allant du Caire à notre ancien domaine du Ouady (t que le gouvernement égyptien est chargé de construire, n'a pu encore être terminée, malgré toute la bonne volonté du Vice-Roi. Mais les travaux ont fait de notables progrès pendant la dernière campagne.

Le cube total du terrassement de cette portion du canal était de 7 millions de mètres cub^s. A l'époque de la dernière assemblée générale, réunie le 5 octobre 1865, les contingents d'ouvriers du Vice-Roi avaient enlevé 2 millions de mètres.

Depuis lors, une véritable armée d'ouvriers indigènes, environ 80^000 hommes, envoyés dans la tranchée du nouveau canal, a fait, en un mois, un cube de 3 millions de mètres.

Avec de pareils moyens d'action,' le gouvernement pourra terminer aisément et rapidement les* 2 millions qui lui restent encore à exécuter.

Mais la difficulté était la construction de la prise d'eau du

Caire, ouvrage d'art dont la fondation devait être établie à 3 mètres au-dessous du plus bas étiage du Nil.

L'année dernière, les travaux n'avaient pu être entrepris assez tôt pour qu'il fût possible d'achever les fondations avant le retour de la crue du Nil ; mais, cette année, les ingénieurs du gouvernement se sont mis de nouveau à l'œuvre dès le début de la période d'étiage, et les travaux sont aujourd'hui si avancés qu'on ne peut douter du très prochain et heureux achèvement du massif général de fondation de l'ouvrage d'art.

Une fois cet important travail terminé, les autres parties ne présenteront plus aucune difficulté d'exécution. D'un autre côté, tout le matériel des portes et appareils de manœuvre est arrivé sur place.

On peut donc être assuré que pour le retour de la première crue du Nil, en juillet de l'année prochaine, les canaux d'eau douce de l'isthme seront pourvus directement par le nouveau canal venant du Caire. Ce sera un immense progrès au point de vue de l'abondance et de la régularité de notre alimentation.

Pour raccorder à l'ancien bief du canal d'eau douce le nouveau bief que le Vice-Roi fait construire, la Compagnie avait à creuser elle môme, de Tell-el-Kébir à Gassassine, environ 15 kilomètres de terrain. Cette dépense, à la charge de la Comnagnie, avait été prévue par la sentence arbitrale de l'Empereur, et comprise dans la somme de 10 millions de francs stipulée pour prix de la cession du canal d'eau douce au gouvernement du Vice-Roi.

Cette portion du canal, comportant un cube total de terrassement de 874,000 mètres, a été à peu près achevée par nous. Il ne reste guère que 40,000 mètres de terrassements à faire.

Le prix de ce travail et du curage général, que le gouvernement s'est engagé à achever pour le 15 septembre, es d'environ 700,000 francs qui sont à déduire du payement des 10 millions.

La prise de possession immédiate des canaux d'eau douce résulte des conventions des 30 janvier et 22- février derniers, conclues entre le Vice-Roi et la Compagnie.

SITUATION GÉNÉRALE

Notre précédente assemblée générale du 5 octobre 1865 s'était montrée très préoccupée de la question du fîrman de la Porte Ottomane, qui devait être la conséquence de la sentence arbitrale rendue par S. M. Tempereur Napoléon III^ le 6 juillet 1864. Aux diverses interpellations qui nous furent adressées à ce sujet, nous dûmes répondre avec réserve, vous invitant à avoir confiance dans le gouvernement de l'Empereur. Nous vous disions qu'il s'agissait d'une affaire politique à laquelle nous, membres d'une Compagnie commerciale, devions rester étrangers, du moment que nos droits se trouvaient consacrés- et que notre aclion n'était point arrêtée.

Nous n'avons pas besoin de vous apprendre. Messieurs, que cette affaire politique était l'opposition du cabinet anglais, qui n'a cessé de nous apporter des entraves, depuis l'octroi du premier acte de concession en novembre 1854 jusqu'en février 1856, date de nos arrangements définitifs. (Sensation.)

L'illustre M. Gladstone avait dit en plein Parlement que l'opposiliondu gouvernement anglais au canal de Suez ferait plus de tort à l'Angleterre que dix révoltes aux Indes. Cette vérité a fini par être comprise. L'opposition s'est éteinte pour jamais, nous, sommes heureux de vous en donner l'assurance* Nous n'aurons plus à remplir le devoir pénible de vous en entretenir et de vous signaler un désaccord entre deux pays dont l'entente dans les questions de progrès général est nécessaire à la paix et à la civilisation du monde. [Applaudissements redoublés. Bravo! bravol )

Nous ouvrirons bientôt à deux battants les portes de notre canal maritime à la navigation et au commerce de la Grande- Bretagne: ce sera la meilleure réponse aux préventions ou aux préjugés qu'on a trop longtemps semés contre nous au delà du détroit.

La Compagnie doit exprimer sa reconnaissance à la diplomatie française qui, obéissant à d'augustes inspirations, a su, par sa fermeté habituelle aussi bien que par son loyal esprit

de conciliaiioD, triompher de toutes nos difûcullés politiques, {Applaudissements,)

Nous devons aussi rendre hommage à la Porte Ottomane et k S. A. le vice-roi d^Égypte.

Les meilleurs rapports existent entre le gouvernement de S. A. le prince Ismaïl et votre président, auquel il a donné des marques publiques de sa haute bienveillance.

Non Seulement Son AUesoe exécutera^ avec la fidélité qu'elle apporte toujours dans Taccomplissement de ses eogagemeots, les obligations contractées avec la Compagnie, mais encore nous pouvons compter sur son concours personnel pour tout ce qui contribuera à la prospérité d'une entreprise qu'EUese platt avec raison à appeler égyptienne, tout en lui conservant son caractère et son but universels. {Très bien! très bien!)

Le Vice-Roi fait relier Alexandrie et le Caire à sa nouvelle province de l'isthme par une voie ferrée ai laquelle on travaille activement et qui sera prochainement terminée jusqu'à Ismaïlia. Il a commandé des phares pour éclairer les côtes de l'Egypte entre Al»ixrindrie et Port-Saïd ;il médite et fait étudier le projet grandiose d'amener à Port-Saïd Tune des anciennes branches orientales du Nil, probablement la branche Pélusiaque, qui se perd aujourd'hui à Pexlrémité sûd-est du lac Menzaleh, vers les ruines de Daphné, et il restituera ainsi à la culture, aux environs du canal maritime, les territoires les plus fertiles de Tancien Delta des Pharaons.

Le Vice-Roi sait que chacun de nous sera toujours dévoué aux iritérêîs.de sa f.imille et de son pays. Nous serons heureux de le seconder, pour notre part, dans la voie de civilisation et de progrès où il est entré résolument et qu'il poursuit, malgré beaucoup d'obstacles, avec une haute intelligence et une rare énergie. {Bravo! bravo! Vifs apphwlissementsJ)

Le gouvernement ottoman, de son côté, s'est montré désireux d'effacer toute trace des incertitudes passées.

Le firman qui a été rendu le 19 mars 1866, et dont la lecture va suivre, est le meilleur témoignage de la loyauté et de la bonne volonté delà Sublime Porte envers là Compagnie.

FIftXAN CONCERNANT LE CANAL DE SUEZ»

MoQ illustre vizir, Ismaïl-Pacha, vice -roi d'Egypte, ayant rang de grand vizir, décoré de l'Osmanié et du Medjidieh de première classe, en brillants :

La réalisation du grand œuvre destiné à donner de nouvelles facilités au commerce et à la navigation, par le percement d'un canal entre la Méditerranée et la mer Rouge, étant l'un des événements les plus désirables de ce siècle de science et de progrès, des conférences ont eu lieu depuis un certain temps avec la Compagnie qui demande à exécuter ce travail, et elles viennent d'aboutir d'une façon conforme, pour le présent et pour Pavenir, aux droits sacrés de la Porte^ comme à ceux du gouvernement égyptien.

Le contrat, dont ci -après la teneur des articles en traduc* tion, a été dressé et signé parle gouvernement égyptien con-> jointementavec le représentant de la Compagnie ; il a été sou* mis à notre sanction impériale, et après l'avoir lu, nous lui avons donné notre acceptation.

(Suit le contrat in-exfenso.)

Le présent firman, émané de notre divan impérial, est rendu à cet effet que nous donnons notre autorisation souveraine à l'exécution du canal par ladite Compagnie, aux conditions stipulées dans ce contrat, comme aussi au règlement de tous les accessoires selon ce contrat et les actes et conventions y inscrits et désignés qui en font partie intégrante.

Donné le 2 zilqydjé i282.

(49 mars 1866.)

Maintenant il nous reste à vous soumettre les conventions qui ont précédé cet acte important et qui constituent l'exécution de la sentence arbitrale.

Nous étions autorisés à les conclure, en vertu des voles des précédentes assemblées générales, et comme conséquence des négociations mentionnées dans le paragraphe suivant de VExposé de la situation de l'Empire, présenté au Sénat et au Corps législatif, au mois de janvier de cette année:

a Les négociations relatives à l'entreprise formée pour le

ce percement de rislhme de Suez oDt été poursuivies dans un « esprit mutuel de conciliation, et elles paraissent toucher à « leur terme. Il ne s'agissait donc plus que de rédiger le « nouveau contrat qui doit être signé par le Vice-Roi et la « Compagnie, et auquel le Sultan a promis de donner sa « sanction. L'ambassadeur de l'Empereur à Gonstantinople» « après avoir eu connaissance des observations des deux par- « tics, a préparé, conformément à ses instructions et de con- « cert avec les ministres ottomans, un projet de nature à « satisfaire tous les intérêts. 11 a été eu même temps convenu « que la France, la Turquie, le vice-roi d'Egypte et le Conseil <i d'administration de la Compagnie universelle désigneraient « chacun un commissaire pour déterminer les terrains néces- « saires à la bonne exploitation de l'entreprise, qui, suivant « les dispositions de la sentence, doivent être attribués à la c( Compagnie pendant la durée de la concession. Tout fait .« espérer que l'accord s'établira aisément entre eux sur les « questions techniques qu'ils ont à résoudre. Le Vice-Roi se « montre résolu à seconder l'achèvement de cette entreprise « en donnant toute l'activité désirable au canal d'eau douce. ^

Page 1