‹ Lettres, journal et documents pour servir à l'histoire du canal de Suez (volume 2)Chapitre 17 sur 87 · A ALEXANDRIE · texte numérisé non relu

A ALEXANDRIE

La Chênaie, 13 septembre 1861.

J'ai eu, dans la matinée du 11, une conversation confidentielle avec M. Thouvenel, qui a bien voulu me faire connaître la pensée de TEmpereur.

Sa Majesté et le ministre sont très-satisfjaits de la manière dont vous remplissez vos difficiles et délicates fonctions, et en particulier de la protection sage, éclairée et efficace que vous avez su, le premier^ donner en Egypte à Tentreprise de Suez dont on désire grandement la réussite.

Votre maintien en Egypte, regardé par nous, depuis longtemps, comme la principale condition de cette réussite, est aujourd'hui admis sans conteste. En vous conservant à ce poste, on donne, au vice-roi et à vous, la preuve de l'intérêt que Ton porte au Canal.

Sa Majesté pense qu'il n'y a pas lieu d'écrire de dépêche officielle à ce sujet, dépêche qiii pourrait créer une question politique que personne, parmi ceux qui veulent le succès, ne doit provoquer. Le cas de cette dépêche arrivera seulement le jour où, d'un côté quelconque, il serait attenté à nos droits, et où la Compagnie demanderait protection contre qui que ce soit, en déclarant que les nombreux intérêts français engagés dans l'affaire peuvent être compromis par un acte déterminé.

De celle manière, l'entreprise conservant son caractère privé et commercial aura une bien plus grande force que si un gouvernement se mettait en avant pour la patronner. On croit aussi que le vice-roi aura, de son côté, bien plus de force, d'indépendance et de liberté pour nous soutenir, sans qu'on puisse lui reprocher de subir une influence étrangère.

J'approuve tout à fait cette marche qui, dès le principe, m'avait été personnellement recommandée par l'Empereur lui-même, et je reconnais qu'il n'y a pas lieu, pour le moment, de la modifier.

Enfin, m'a répété M. Thouvenel : « M. de Beauval va (( bien , il a bien compris ; il a été approuvé dans tout « ce qu'il a fait^ qu'il continue. »

« Pourvu qu'il reste, je n'en demande pas davantage, » ai-je répondu.

J'ai prié le ministre de faire connaître à l'Empereur que cette situation me convenait tout à fait et que je continuerais à agir comme je l'avais toujours fait, en suivant les vues et les désirs du gouvernement de l'Empereur.

Le résultat dont je me félicite, mon cher collègue et ami, c'est que nos dernières démarches qui, en définitive, aboutissaient à démontrer la nécessité de votre maintien en Egypte ont eu un plein succès.

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