A M. VOISIN, A DAMIETTE
Dépêche télégraphique, 2 janvier 1863.
Abd-el-Kader et deux officiers de la marine française partent aujourd'hui, pour visiter les travaux du Canal.
Informez Laroche à Port-Saïd et les agents de toute la ligne.
Accord avec Hardon pour remise des services. — Sala et lui partiront pour France avec notre projet. J'ai signé et expédié lettre à Sciama, — qu'il aille aux travaux. — Marchons vite.
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Alexandrie^ 3 janvier 1863.
\a vic^-roi va mieux ; il attend Bulwer au barrage pour c/innallre àe3 impressions sur sa visite au Canal; il me fait remettre le manuscrit et la traduction d'un Fetva ou mandement lu par le grand mufti de TÉgypte, à roccasion (Jfî rentrée des eaux de la Méditerranée dans le lac Timsah. — Ce document est trop curieux pour qu'il ne reste pas dans mes archives de Thistoire du Canal. — En voici la teneur :
« Le soussigné, Ismaïl TAlepin, mufti de la ville du Caire, (( intendant des biens des mosquées, membre de la So- (( clété scientifique et bienfaisante de TAziar, président (( jurisconsulte des questions religieuses, que Dieu pro- (( tt^go de tout malheur I
« Ainsi soit-il
u Au nom du Dieu clément et miséricordieux, honneur u i\ oolui qui a permis aux eaux du ciel de descendre u sur la terrt\ et en a fait jalUr des sources bienfaisantes u qui vivillenl toutes choses
«v Uion oerlainemenl. Thistoire des grands faits de Tan- XV ti\)uitt^ Ia recherche des moyens qui peuvent contri- XV bucr À l\Accrvns$enieot du bienn^lre matériel des peu- XV i^lc*. v^ul èle d^ N?ll<?$ actions.
A (U^n c^r^jiinemeal iu$si« ta mise en exploitation de v^ <^ ^Mi ^tfrt jk ni^ittS^rW et aa procr^ da monde, de
« même que les grandes découvertes qui facilitent les « communications des peuples entre eux, ont été descho- « ses admirables et que chacun doit aimer.
(( Mais tout cela est dépassé
(( Allah a voulu choisir de préférence, parmi les gran- (( des puissances, le pays de France, dont le rang et la (( dignité sont si élevés, et, dans le susdit pays, il a jeté « les yeux sur un personnage d'une naissance illustre ; (( il a révélé à cet homme sa volonté pour la création « de la grande et utile entreprise qui, après son achèvefi ment, doit produire de si beaux fruits.
(( L'élu d'Allah a dignement rempli la mission qui lui (( était confiée; il a apporté dans Taccomplissement de (( la volonté d'Allah toute sa haute intelligence. Il a suivi « avec droiture son chemin, sans arrêt ni retard, et c'est (( ainsi que cette grande œuvre, entourée des sympa- « Ihies du monde entier, est parvenue au point avancé « où nous la voyons aujourd'hui.
(( Ce résultat est dû à Mohammed-Saïd, à celui dont la « force procure à ses peuples le bonheur, la prospérité « ettoute sécurité pendant les jours etpendantles nuits...
« Que Dieu protège son règne et ses jours...
« Au nom du Dieu puissant, maître et auteur de toute (( création.
« Ainsi soit-il. »
Timsah, 26 giammad-awel 1279 de l'Hégire.
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une pipe dans le jardin. Il s'appuya sur moi pour descendre, et une fois installé dans un large fauteuil, il reprit tout à fait sa gaité habituelle, tout en exprimant de temps en temps ses idées de fin prochaine, sans manifester aucun regret ni inquiétude, depuis qu'il venait de régler la situation de fortune de la princesse sa femme, pour laquelle il avait la plus grande estime, de son fils Toussoum et de la mère de cet enfant. — Le vice-roi me raconta que Bulwer, lui ayant demandé un entretien, à la suite de la visite de rislhme,lui expliqua que, si le cabinet anglais s'opposait à Texécution du Canal, c'était par intérêt pour lui, parce que cette entreprise émanciperait trop rÉgypte et qu'il ne serait plus maître chez lui. «Vous « comprenez, me disait le prince, que je ne donne pas « dans le panneau. J'ai appris que, ces jours derniers, « l'ambassadeur avait fait des visites à mon neveu et « successeur; je ne sais pas s'il a reçu de lui des enga- « gements, mais j'ai des raisons de croire qu'il en a dece mandé; si je pars, vous êtes donc averti; vous aurez à « vous défendre, non pas contre lui personnellement, car (( je sais qu'il a de l'amitié pour vous, mais contre la « politique qui pèsera sur son gouvernement, w
Dans un moment où le domestique porteur de pipe passait devant nous, le vice-roi me dit à demi-voix : « Voyez « ce gaillard-là, il me surveille avec attention, car c'est « lui qui annoncera ma mort à mon successeur, et, tt suivant l'usage, il aura un bon bakchich (cadeau). »
Il y eut arrêt de la maladie pendant deux jours encore ; les préparatifs de départ pour Alexandrie étant faits, je me mis en route pour Suez, fondant quelque espoir sur la vigoureuse nature du prince et sur le calme de sa résignation.
i'ù LETTRES
A M. S.-W. RU YSSENAEKS, AU CAIKE.
Suez« 12 janvier 16(53.
Vous savez que, depuis moQ départ de Paris, le Conseil d'administration me presse vivement, et avec raison, pour terminer avec Son Altesse la question de liquidation de la participation Financière du gouvernement égyptien au capital du canal de Suez. En effet, la solution de cette ques* lion devient urgente, parce que. si l'on n'était pas en mesure de la présenter, il serait impossible, dansTintérétâe Son Altesse, d'aborder l'assemblée générale du mois de mai. J'avais pensé que, dans ce moment, et surtout pendant le séjour en Egypte de sir Henry Bulwer, il n'y avait pas lieu de traiter l'affaire. Mais, ces jours derniers, j'en ai entretenu le vice-roi, en lui disant simplement que j'ar* rangerai les choses à sa convenance et comme il l'entendra, pourvu que sa combinaison puisse mettre, en peu de temps, à la disposition de la Compagnie le capital correspondant aux trois versements de cent francs chacun. Il résulte, de ce que Son Altesse a bien voulu me faire comprendre, que notre projet d'obligations trenlenaires présentant certains inconvénients politiques, il avait un moyen de tourner la difGculté par un emprunt dont le succès serait assuré, vu le bon état des finances du pays et Tabsence de dettes. Maintenant, mon cher Ruyssenaers, considérant qu'il est fort important que je reste quelque temps dans l'Isthme pour veiller moi-même à la reprise et à
la mise en marche de tous nos services d'exécution, considérantque vous êtes plus au courant que moi des questions financières, que vous êtes aussi décidé que moi à ne jamais rien conseiller au vice-roi qui ne soitdans son propre intérêt, quejvous passez même, à ses yeux, pour être plus dégagé que moi vis-à-vis de la Compagnie, parconséquent plus impartial, je vous prie de profiter de la première occasion favorable pour lui lire ce billet et pour Tentretenir de l'urgence qu'il y a à prendre un parti définitif, en ce qui concerne la libération immédiate de ses actions. Je vous désigne donc comme une espèce d'arbitre financier entre lui et la Compagnie, pour terminer, à Thonneur des deux parties, cette question financière, en réglant la manière dont s'effectuera notre remboursement, dans l'hypothèse d'un emprunt.
La situation ne peut pas être meilleure qu'aujourd'hui sous tous les rapports. Les actions restent fermes au pair, et personne ne pourra dire que le vice-roi conserve une mauvaise valeur en échange des actions prises par son Trésor. De plus, il est en son pouvoir de donner promptement à ces titres une plus grande valeur, en profitant sans bruit de la saison actuelle, où les fellahs ne sont pas occupés aux travaux de l'agriculture, pour amener vivement le canal d'eau douce à Suez, avec un contingent de 20,000 hommes, que nous sommes prêts à y employer exclusivement, et en laissant au Canal maritime les 20,000 hommes qui lui sont nécessaires, afin de préparer le terrain aux dragues puissantes qui commenceront à fonctionner avant la fin de l'année*