SITUATION DFS TRAVAUX AU 1" FÉVRIER
Canal maritime. — Les travaux de creusement du Canal maritime, entre Port-Saïd et le lac Tirasah, ont été poussés avec toute l'activité que comportaient l'importance du matériel de dragage dont dispose la Compagnie et celle de la portion des contingents qui n'étaient pas employés à rachèvemcnl du canal d'eau douce.
Les ouvriers des contingents ont éié occupés à enlever, dans tonte la largeur normale du Canal, qui est aujourd'hui de 60 mètres à la ligne d'eau, de la Méditerranée, et entre les deux digues formant les berges d'Afrique ei d'Asie, les quelques Seuils qui existaient entre le lac Mensaleh et l'extrémité 8ud du lac Ballah. Ils ont en outre creusé à sec le Canal lui-
même, partout où il a été possible de le faire, jusqu'à i'"20 en moyenne au-dessous du même niveau. Le cube total des déblais ainsi exécutés par les contingents, entre El-Ferdane et Port-Saïd, a été de 1,200,000 mètres cubes.
Oq a enlevé également à sec, bien que le terrain fût en contre- bas de la Méditerranée, un banc de pierres à plâtre qui forme, dans une certaine étendue, le fond du lac Ballah. Le cube total de blocs de pierre gypseuse que ce travail a fourni a été de 131,000 mètres cubes. Les pierres, déposées sur la berge, forment une réserve importante d'alimentation des fours à plâtre, pour l'époque où les villes de l'Isthme prendront leur développement inévitable.
La portion du canal maritime qui était en voie d'exécution au mois de juin de l'année dernière, entre le lac Timsah et le plateau de Toussoum ou du Sérapéum, a continué de recevoir encore, pendant quelques mois, une partie des contingents ; après quoi, tous les ouvriers ont été reportés sur le canal d'eau douce. La longueur de cette portion déjà entamée du can&l maritime est de 6,300 mètres; le cube extrait est de 2,150,000 mètres. (Mouvement.)
Dès le milieu de décembre dernier, une partie des contin- Igents a été portée sur le seuil de Ghalonf-el-Taraba, qui sépare les lagunes de Suez du petit bassin des lacs Amers. Nous avons établi sur ce point des constructions et des magasins pour en faire le siège d'une section de la division de Suez. Le travail du percement de ce Seuil est aujourd'hui très-vigoureusement attaqué. {Marquefi de sntia faction,) De Chalouf-el- Taraba jusqu'au grand bassin des lacs Amers, le canal pourra être creusé complètement à sec. La portion restante jusqu'à Sue/ devra être approfondie à la drague.
Canaux de jonction. — Deux canaux dérivés du canal maritime ont été creusés et ouverts, l'un pour le service d'une carrière de pierres, dite plateau des Hyènes, à l'est du lac Timsab; l'autre au débouché du Canal maritime dans le lac, au pied du chalet du vice-roi, pour faire communiquer le Canal maritime avec le canal d'eau douce à Lsmaïlia.
Canal d'eau dowte, — L'un des résultats les plus importants delà campagne a été l'achèvement du canal d'eau douce. Une
véritable branche du Nil vient aujourd'hui se jeler dans la mer Rouge, formant une excellente voie navigable, qui met en communication facile le port de Suez avec Port-Saïd et Tintérieur de rÉgyple ; ce canal est appelé à faire nattre sur tout rétendue de son cours la fertilité à la place du désert; enfin il enlève désormais à la Compagnie toute préoccupation sur la grave question d'alimentation d*eau douce, pour les grands chantiers de travaux qui doivent être échelonnés sur la ligne du Canal maritime entre Suez et le lac Timsah. (Approbation.) La branche de Suez présente, entre Néfiche près du lac Timsah et la mer Rouge^ une longueur de 89,700 mètres. Son exécution a donné lieu à un mouvement de terres de 3,347,000 mètres cubes ; on y a employé treize mois. Ce travail a été conduit, avec beaucoup d'intelligence et un dévouement depuis longtemps éprouvé, par M. Gazeaux, chef de la division du canal d'eau douce. Le Conseil d'administration a déjà exprimé sa satisfaction à cet ingénieur, ainsi qu'à ses chefs de sections et employés. [Vifs applaudissements,)
Nous espérons. Messieurs, que vous voudrez confirmer ce témoignage donné à des hommes qui ont essuyé tant de fatigues, couché des mois entiers sous la tente, et bravé toutes les rigueurs du désert. (Oui ! oui ! — Nouveaux applaudisse-ments,)
Quelques travaux d'amélioration ont été exécutés sur la branche principale du canal d'eau douce, entre le Ouady et Néfiche, dans des endroits où existaient des sinuosités et des rétrécissements préjudiciables à la navigation aussi bien qu'au libre écoulement des eaux. On a construit un canal de 1,400 mètres de longueur contournant le lac Maxamah, dont le dessèchement va donner à la culture de nouvelles terres formées d'alluvions du Nil. Ce canal est destiné à remplacer une navigation qui était difficile à travers le lac Maxamah. Enfin des travaux d'endiguement ont été exécutés dans le bassin de Ramsès, où un lac s'était formé. L'ensemble de ces travaux secondaires a donné lieu à un mouvement de terres de 75,000 mètres cubes.
Conduite d'eau douce, — Les travaux de la conduite d'eau douce entre Port-Saïd et Ismaïlia, où sont établies les pompes
à ¥ap6ur de rentrepreoeur M. Lasseron, sont sur le point d'être acheTés. En partant d'Ismaïlia, la conduite d'eau anÎTe aujourd'hui à Raz-^l-Ëch, à i6 kilomètres de Port-Saïd. Par conséquent, les tuyaux de fonte sont plaeés et fonetionnent sur un parcours de 64 kilomètres. La conduite a été eonstainment utilisée, au fur et à mesure de son avancement, pour l'alimeHtation des chantiers de travailleurs.
PorUSatd. — Quatre dragues et deux grues à vapeur ont continué à être affectées au creusement des bassins de Port- Sud. Les terres extraites sont toujours utilisées pour la confection des remblais du terre-plein de la ville.
On a dû constituer de vastes terre-pleins pour l'installation des chantiers et ateliers de la Compagnie des forges et chantiers de la Méditerranée et de la maison Ernest Grouin ; pour le montage de vingt nouvelles grandes dragues, des chalands, des caisses à déblais, des grues et autres appareils de dragage que nous fournissent ces deux sociétés. Il a fallu exhausser et étendre les emplacements de nos dépôts de matériel, de bois et de combustible, enfin élever des digues de ceinture pour mettre les terrains bas de la ville à l'abri de l'envahissement des eaux du lac Mensaleh. La surface remblayée aujourd'hui, à 2 mètres au-desaus du niveau des eaux de la mer et du lac, est de 11 9,000 mètres carrés.
L'appontement sur lequel s'effectue le déchargement des barques qui font le service de la rade a été prolongé de 180 mètres. Celte nouvelle portion d'appontement a été construite avec des pilots en fer, afin de mettre l'ouvrage à l'abri dea chances de destruction inJiérenles à la présence des vers tarets.
Le massif d't-nrochement de l'flot en fer, fondé en mer, dans la direction de la jetée ouest, à 1,500 mètres âe Ta plage, est destiné, comme vous le savez, à permettre le déchargement direct des navires qui peuvent arriver dans les fonds de 5 mètres. II a été prolongé de 51 mètres vers le large et de 47 mètres vers la terre, de sorte que la longueur de l'abri s^est trouvée portée à 163^ mètres, longueur permettant de placer en même temps et du même côté deux navires en dédiargemeoid. Le cube d'enrochement mis en œuvre pendant ta c^m* pague a été de 17,500 mètres.
Canal du cheik KarpoutL — A partir de TaDgle sud<*ouesl du gprand bassin de Port-S^ïd, on a creusé un cheual d'une longueur de 630 mètres, et devant être encore prolongé de iOO mètres pour atteindre les fonds du lac Mensaleh, où naviguent en toute saison les barques de transport et de pécbe. Cette communication avait un double intérêt. D'une part, elle était' appelée à desservir les relitions de Port-Sa'ïd avec tout le lac, notamment Damiette, relations compromises par la continuité de la berge ouest du Canal maritime depuis Port-Saïd jusqu'à El Ferdane, et d'autre part, elle devait produire, dans It* bassin de Port-Saïd, et, parsuile, à Textrémité du chenal vers la m*'r, des courants alternatifs favorables au maintien d'un certain tirant d'eau sur ces points.
Mouvement maritime de Port-Saïd, — Du 1" avril au 31 décembre 1863, il est arrivé à Port-Saïd 112 navires' de la Compagnie jaugeant 11,255 tonneaux, et 183 navires affrétés jauge.int 37,504 tonneaux. Ces 205 bâtiments ayant leurs pleins chargements, de 48,759 tonnes, ont débarqué eu rade leurs cargaisons consistant en matériel et en approvisionnements de pierres ou charbons. {Mouvement.)
Bdtimentb. — Tout le personnel des bureaux de la direction générale des travaux, ainsi que l'ageiice principale des transports, ayant été transférés à Ismaïlia, centre de l'Isthme, il a fallu construire sur ce point de nombreux bâtiments d'habitation et d'exploitation.
L'ensemble des bâtiments de toute nature présentait, au 31 décembre 1863, une superfleie totale couverte de 107,531 mètres carrés. Il reste encore à terminer quelques bâtiments en cours d'exécution ou dont la construction a été décidée. Ces travaux seront achevc's avant six mois. La Compagnie aura alors une installation complète sur tous les points. {Très-bien ! très-bien! Bravo !)
Ligne té'éjraphique. — La ligne télégraphique, qui, au commencement de l'année dernière, ne s'étendait que de Zagazig au seuil d'El-Guisr, a rejoint Port-Saïd d'un côté et Toussoum de l'autre. Des postes ont été établis à Kantara, Raz-el-Ech et Port-Saïd. Les travaux entre Toussoum et Suez sont en voie J'exécution. Dans trois mois au plus tard^
l'installation de la ligne sera complète, et toutes nos villes et chantiers seront en communication électrique enire eux, aussi bien qu'avec le Caire et Alexandrie, par conséquent avec l'Europe, un fil télégraphique reliant déjà l'Egypte à Malte et à la Sicile. {Très-bien ! Très-bien !)
Observations générales. — Nous croyons devoir compléter les renseignements qui précèdent par quelques considérations sur l'ensemble des résultats obtenus, et sur la nouvelle phase dans laquelle nous sommes entrés quant au mode d'exécution des travaux.
Au commencement de l'année dernière, le traité en vertu duquel les travaux s'exécutaient par voie de régie intéressée sous le contrôle de la Compagnie, a été résilié dans le double but de ramener l'unité indispensable dans la direction des travaux et d'économiser un double personnel. Cette modifîca* tion ne pouvait être toutefois qu'un premier pas dans une voie nouvelle. Comme situation transitoire inévitable, les travaux ont dû continuer, pendant un certain temps, à s'exécuter en régie ; mais depuis que les grandes difficultés d'une installation complète dans le désert ont été vaincues, la Compagnie devaittendre à substituer le plus tôt possible au mode d'exéeu* tion directe celui par voie d'entreprises spéciales à forfait, devant donner toute sécurité sous le double rapport des délais et des dépenses d'exécution. {Vive approbation,)
Dans ce but, les travaux du canal et des ports ont été divisés par lots. Des projets de marchés ont été préparés ; un appel a été fait aux grands entrepreneurs de travaux publics en Europe. Cet appel a été entendu. Des entrepreneurs sont venus visiter l'Istbme ; ils ont trouvé à Porl-Saïd un port et des moyens de débarquement assurant l'arrivage de leur matériel et de leurs approvisionnements ; des ateliers où ils pourraient réparer leurs instruments ; des voies navigables dans toutes les directions et le long de la ligne des travaux ; sur les points principaux, de véritables villes bien approvisionnées, où le commerce libre a déjà pris assez de développement pour subvenir à tous les besoins de la vie; partout Teau douce en abondance pour l'alimentation des hommes, et même en quantité suffisante pour l'alimentation de la majeure partie
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des roachioes ; partout aasti la possibilité, prouyée par Teiemple, d'ane boDoe iostallation pour les chefs comme pour las ouvriers ; un service de santé, des hôpitaux et des senrices religieux parfaitement organisés ; les travaux en pleine activité sur toute la ligne du Canal et s'exécotant dans des conditions normales ; enfin, un nombreux matériel tout prêt à fonctionner immédiatement. (Sensation.) En présence de pareilles conditions d'exécutiun telles qu'on peut les reoeootrer sur les chantiers d'Europe, les entrepreneurs n'ont pas hésité. Plusieurs d'entre eux ont déjà soumissionné la majeure partie de nos travaux. {Applaudissements,)
C'est ainsi qu'un premier marché pour rachèyensent complet du Canal maritime aux abords et à la traversée du plateau d'El Guisr, aété passé, le 1®' octobre 1863, avecM. Goiivreux, entrepreneur expérimenté et connu en France par ses procédés de terrassement ; l'entreprise comprend une longueur de i^ kilomètres, un déblai de 9 millions de mètres cubes, et doit être terminée en quatre années.
Un second marché a été conclu, le 20 du même mois, avec MM. Dussaud frères, entrepreneurs des ports de Marseille, d'Aigu et de Cherbourg, pour la construction en blocs artificiels des deux jetées de Port-Saïd dans le méine d^i de quatre années.
Un troisième marché a été signé avec M. Aïton, ^itrefrenetir de dragages et de terrassements sur la Glyde, à Glasgow, fleuve où Ton a exécuté des dragages qui sont cités parmi les plus considérables du monde. 11 doit achever, à toute profondeur, les 60 premiers kilomètres du Canal maritime depuis Port-Saïd jusqu'à l'origine du lot Couvreux. Son entreprise comprend l'enlèvement de 21,700,000 mètres cubes de déblais, et doit, comme les précédentes, être terminée dans quatre années.
Nous ajouterons que plusieurs autres entrepreneurs d'une grande notoriété, au point de vue de l'expérience et de h puissance des moyens d'exécution, sont de retour de l'Isthme, où ils ont étudié les travaux de la portion du Canal maritime comprise en^tre le lac Timsah et la mer Rouge, et des soumission» sérieuses nous donnent la confiance que la totaHté de
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C68 travaux pourra être irès-prochainemeDt donnée à l'entreprise avec fixation du même délai. (Vif mmivement d$ satisfao- Uon.)
La fin de 1867 marquerait donc Touyerture du Canal maritime à la grande navigation. (Applaudissements et oce/cimations.)
Le système des entreprises partielles à forfait, appliqué à la totalité des travaux, indépendamment de la sécurité et de la rapidité d'exécution, aura encore celle autre conséquence heureuse de nous permettre de réaliser d'importantes aimpliiications et des économies dans les services admiui&tratifs de rÉgypte, et de supprimer successivement toutes les exploitations accessoires qui, jusqu'à présent, étaient une nécessité de notre situation. En ce qui concerne les exploitations ajccessoires, nous sommes déjà entrés résolument dans la voie des réductions. La flotte de la Compagnie, par exemple, qui n'a plus de raison d'être depuis que, grâce à la réputation acquise par la rade de Port-Saïd, nous trouvons des navires à affréter à des conditions raisonnables, sera bientôt complètement supprimée. On profite de toutes les occasions favorables pour désarmer et vendre successivement les navires.
11 se présentera certainement des compétiteurs parmi les entrepreneurs de dragages, pour l'exploitation des grands ateliers de Port-Saïd.
Nous avons en ce moment à Texamen du Conseil une soumission sérieuse pour une entreprise générale de tous les transporta dans llsthme^
Grâce au développement du commerce Mbre dans tous nos campements, la Compagnie a pu réduire progressivement ses opérations en ce qui concerne la vente des dearées alimentaires, objets d'habillement et de ménage, mobilier, etc., et elle pourra, dans un bref délai, sans danger pour les intérêts et pour la sécurité de la population déjà nombreuse de l'isthme, cesser désormais toutes les opérations de cette nature»
Nous marchons donc à grands pas vers le moment où la Compagnie, ayant donné tous ses travaux à des entreprises, a'aura ptus- à remplir que son rôle naturel de direction et de
tonreilUnee, de telle sorte qu'en même temps que l'on obtiendra la plus grande somme de trayaux utiles, ou descendra au minimum des frais généraux. Ce résultat est l'objet de nos constantes préoccupations. {Bravo ! bravo l — ApplaudissemenU prolcnqés.)