‹ Lettres, journal et documents pour servir à l'histoire du canal de SuezChapitre 17 sur 67 · M. MIANI, A CONSTANTINOPLE · texte numérisé non relu

M. MIANI, A CONSTANTINOPLE

CoQstantinople, le 15 mars 1865.

Vous avez bien voulu me demander mon opinion, mes conseils et Tappui de la Société que je dirige, pour vous aider à poursuivre vos tenlalives de la découverte des sources du Nil, entreprise dans laquelle vous êtes décidé à périr ou à réussir.

C'est, en effet, avec cette résolution que vous avez toute chanc^ de réussir, puisque vous avez déjà en votre faveur des antécédents, une expérience et une connaissance des lieux que ne peut posséder aucun autre voyageur.

Vous me faites connaître que, pour exécuter votre projet, il vous faut, outre l'es moyens que vous avez à votre disposition, grâce à la libéralité de S. M. l'Empereur d'Autriche et de S. M. I. le Sultan, une somme de 100,000 francs, afin de pourvoir aux dépenses matérielles de votre expédition, en ce qui concerne rengagement, la nourriture, Tarmement et les frais de transport de 100 hommes choisis par vous en Italie. Il s'agit de vous procurer cette somme.

Pour chercher à l'obtenir, il convient de commencer par démontrer, dans un mémoire très court et très clair, accompagné de vos deux cartes comparatives, que de 1838 à 1860 vous avez remonté le cours du Nil jusqu'au deuxième degré de latitude nord, par 31 degrés de longi-

(ude, et que, diaprés les renseignements donnés par les indigènes, 1er cours du Nil qui redevient navigable à cet endroit, après avoir cessé de l'être près de Gondokoro, vers le 4°* degré, se dirige vers Téqualeur, à Test du lac Nlanza. Ces renseignements s'accordent avec ceux que j'avais recueillis moi-même, en 1856, dans mon voyage au fleuve Blanc au-dessus de Kartoum,etqui se trouvent consignés, dans un mémoire présenté, lors de mon retour en France, à l'Académie des sciences de Paris.

Les capitaines Speke et Grandt, auxquels personne ne pourra contester la gloire d'avoir, les premiers, traversé la ligne équatoriale, au centre de l'Afrique, du sud au nord, ont découvert, à l'extrémité occidentale du lac Nianza ou Victoria, non les sources du Nil, mais seulement les sources de la grande rivière Gieï qui, se dirigeant vers le nord et infléchissant ensuite à l'ouest, va probablement se jeter dans les immenses lacs et marécages d'où s'écoule, de l'ouest à Test, le principal affluent du Nil appelé Bahr-el-Gazal — fleuve des Gazelles. — Cette hypothèse semble confirmée par les récentes explorations de l'intrépide et intéressante M*^® Tyne et du savant géographe allemand Heuglin, que je viens de voir, il y a deux mois, au Caire, de retour de leur voyage au Bahr-el-Gazal. Ils m'ont raconté qu'ils étaient arrivés sur leur petit bateau à vapeur, après de grandes difflcultés, jusqu'au pied d'un plateau montagneux habité par les Nlam-Niam, à travers les bois de roseaux et les végétations touffues des lacs dans lesquels nous supposons, d'après les voyageurs français Malzae et Vaissière, que se jette le Gieï. Ce serait la rivière dont la source a été découverte par MM. Speke et Grandt.

Si, dans le siècle dernier, le voyageur anglais Bruce

avait cru découvrir les sources du Nil, en découvrant les sources du grand afluent oriental du Nil, c'est-à-dire du Nil Bleu, il en est de même aujourd'hui, lorsque Ton croit que Speke et Grandt, après avoir contourné à Touest le grand lac Nianza, auraient découvert les sources du Nil, tandis qu'ils n'auraient découvert en réalité que les sources du principal arfluent occidental, c'est-àdire de la rivière Gleï, se jetant dans les lacs supérieurs d(] Dahr-Ei-Gazal.

On saura alors qu'il reste une immense région encore inconnue, à l'est du 30""® degré de longitude, entre le 2°""* degré de latitude nord et le 2°"* degré de latitude sud, et que vous vous présentez pour avoir l'honneur de tenter l'exploration de cette contrée dans laquelle vous pensez découvrir les sources du NIL Vous indiquerez votre projet de faire ce voyage, en prenant, cette fois, votre point de départ au sud, en remontant*Ie lac ou cours d'eau Uniamesi qui parait être le plus rapproché de l'équateur et qui vient se jeter dans la mer des Indes.

Le projet ainsi conçu devra vivement intéresser le monde savant et commercial. A la faveur de cet intérêt, il y a lieu d'espérer que vous obtiendrez les moyens de continuer votre entreprise.

Voici maintenant la marche que je vous conseille de suivre :

Étant Italien, et la patrie italienne devant recueillir le principal honneur de votre découverte, vous devrez solliciter d'abord l'appui et l'assistance de S. M. le roi Victor-Emmanuel et des hommes si distingués de son gouvernement.

L'Empereur des Français, qui vous a déjà aidé dans votre précédente exploration de 1858 à 18(>0, ne man-

quera certainemenl pas de vous aider encore. Je me ferai un plaisir de vous donner une recommandation pour S. E. iM. le marquis de Cliasseloup-Laubat, ministre de la marine et des colonies, président de la Société impériale de géographie de France.

La lettre que vient de vous adresser l'illustre géologue et géographe Rodrik Murchison, président de la Société royale de géographie de Londres, vous est on ne peut plus favorable. Elle vous assure à Tavance la protection de celle Société qui dispose de plus de ressources que la Société de géographie française, et qui provoquera sans doute la coopération du public anglais.

Je proposerai, de mon côté, au conseil d'administration du Canal de Suez de faire concourir la Compagnie au?c frais d'une œuvre qui ne peut manquer de contribuer, dans Tavenir, au développement des relations commerciales de l'Europe avec l'intérieur de l'Afrique, et qui, par conséquent, est de nature à ajouter aux produits de notre propre entreprise.

JOURNAL ET DOCUMENTS Ht

DÉPART DU CA»B, LB 25 MARS, AYSC 8IB HBNBT BULWBB, ▲MBASSADBUR ANGLAIS BM TUBQUIB.

MM. Henry Bulwer;

Herbert, soq secrétaire et neveu, deuxième secré-

taire de Tambassade britannique ; Sandison, attaché à l'ambassade ; Wilkinson, commandant du steamer de Sa Majesté

Britannique, Caradoc; Manby, ingénieur anglais ; Thurnburn, ingénieur anglais ; Tirton. avocat anglais ; West, ofOcier de l'armée anglaise des Indes ; Ismaïl-Pacba, gouverneur de l'Isthme ; Ismaïl-Bey, chambellan du vice-roi, chargé d'accompagner sir Henry Bulwer ; Colquhoum, agent du consul général britannique en

Egypte ; Reade, consul britannique au Caire ; Chancel (de), administrateur de la Compagnie ; Renouard, voyageur français ;

Jacquot,

id.

Fromageot,

id.

Schneider,

id.

blossay (baron de),

id.

Siebel,

id.

Bois-Chevalier (de),

id.

Charles-Aimé de Le

sseps.

ftU LETTRES

Arrivés à Tell-el-Kébir, — dîné et couché.

Départ de Tell-el-Kébir, le malin à 9 heures, le 26.

Arrivés à Ismaïlia à 5 heures; — grand diner dans la salie du Cercle; — concert le soir chez H. Voisin; — séjour à Ismaïlia le 27; — départ d'Ismallia, le 28.

Visite du chalet du vice-roi, au chantier VI.

Déjeuner à El Guisr, chez l'ingénieur Gioia; — visite du chantier Couvreux ; — arrivés à 5 heures, à Kantara ; — le 29, déjeuner à Kantara ; — départ à 9 heures et demie.

Arrivés à 5 heures, à Porl^Saîd.

Le 30, séjour à Port-Saïd; — visite de» chantiers et ateliers; — promenade en mer autour de l'Ilot et en rade sur le remorqueur à vapeur de M. Dussaud.

Arrivée du steamer de guerre anglais Caradoe; — invitation aux ofQciers de venir visiter Porl<^Saïd et dtner chez l'ingénieur Laroche.

A la fln du dtner, trois toasts ont été portés :

Le 1*% par M. Ferdinand de Lesseps à sir Henry Bulwer :

« Nous devons nous séparer demain de BOtre éminent u compagnon de voyage, mon noble ami sir Henry Bulu wer. Je vous propose de hoir» au rétablissement de sa (( santé.

(( Dans une récente réunion à Alexandrie, sir Henry u Bulwer, faisant allusion à un écrit d'ua illustre (( homme d*État français, où son état maladif était consi- (( déré comme étant quelquefois un moyen, avait dit (( avec son esprit habituel que le soin de sa saaté l'ayant (( obligé à venir en Egypte, sa maladie lui avait servi, (( puisqu'elle lui avait permis de venir étudier les res- (1 sources et les besoins d'un pays où tant d'intérêts

JOURNAL ST DOCUMENTS i!i

<( européens éiaienl engagés et Ini avait peut-être fourni « Toccasion d'être utile à ces intérêts. Noos pouvons (( nous féliciter nous-mêmes, non du motif du voyage de « sir Henry Bulwer, mais do voyage en lui-même, puis- (• qu'il a eu pour résultat de lui faire visiter une seconde (( fois nos travaux de l'isthme de Suez, et de lui permelire u de rendre compte des progrès de ces travaux. 11 aura vu (f que la Compagnie n*a aucun sentiment d'exclusivisme. a Elle espère que toutes les nationalités contribueront au u succès de l'œuvre, de même qu'elles sont appelées à « participer à tous ses bénéfices.

(( Notre hôte a bien voulu me féliciter sur le mouveu ment industriel et marilime, sur Tactivilé des chanu tiers de Port-Saïd. Dernièrement, je faisais un rêve ; « c'était de voir un jour, de l'autre cdté du grand bassin, a à l'est de notre établissement fondé par l'industrie a française, un autre établissement créé par l'industrie u anglaise.

a Je voyais déjà, dans ce rêve, se développer les chan- ((-tiers, les docks et tout ce qui sera nécessaire à Timu mense développement que donnera notre canal aux tt relations de la Grande-Bretagne avec la mer des u Indes.

a Tel est le vœu que je forme; j'espère qu'il se réaii- (( sera. Je m'honore d'être Tun des champions d'une « lotte pacifique entre la France et l'Angleterre ; ayons « les uns envers les autres la jalousie du bien : non u point pour empêcher le bien, mais pour le faire d'un

commun accord. »

2*. — Toast de sir Henry Bulwer :

(( Je bois à mon honorable ami Lesseps et à mes com-

(( pagnons de voyage. Parmi eux, plusieurs ne sont pas « des connaissances nouvelles ; j'ai déjà eu occasion « d'apprécier leur amabilité et leur esprit. J'ai été reçu « dans l'Isthme avec cordialité, et si quelqu'un me disait que la vieille politesse française est perdue, je lui (( répondrais maintenant : Allez dans Tlstbme, où elle a « été retrouvée.

« Dans ma précédente visite, j'avais dit qu'il y avait (( des circonstances qui ne permettaient pas à un diplo- (( mate de dire tout ce qu'il pense. Aujourd'hui je suis « heureux de pouvoir m'exprimer plus librement. Je ne « fais point difliculté de convenir que tout ce que je (( viens de voir me donne confiance dans le succès de « l'entreprise et m'a inspiré le sentiment de sa gran- (( deur ; mais je crois que la chose indispensable à son (( succès, la chose nécessaire pour mettre fin aux diffl- « cultes qu'elle a rencontrées jusqu'ici, c'est que vous « prendrez bien soin de ne pas donner prise, même quand (( ces défiances reposent sur des préjugés ou sur des (( erreurs, à la pensée que l'œuvre ne serait point uni- « verselle. Rien ne doit faire supposer qu'elle puisse (( être poursuivie dans un intérêt de personne ou de « nationalité. Ne froissez pas les idées du gouvernement (( local et de l'Egypte, ne leur demandez que ce qui vous (( est nécessaire pour vos travaux.

(( Mon ami Lesseps vient de faire une offre très sédui- « santé. Je serais très heureux de pouvoir fonder ainsi « Tassocialion Bulwer-Lesseps. Ce ne sera pas mon « affaire, mais mes compatriotes pourront en profiter.

« A mon ami Lesseps I A la prospérité de l'entre- « prise I »

3*. — Réponse de H. de Lesseps.

(( £n réponse à ce que vient de dire mon honorable <( ami sir Henry Bulwer et comme témoignage de nos « sentiments envers le Vice-Roi d'Egypte, je vous pro- « pose un toast à S. A. Ismaïi-Pacha. Nous travaillons (( sous la protection et sous Taulorilé de ce prince a éclairé, qui est le lien des relations de la Compagnie a avec toutes les nationalités, sans privilège particulier u pour aucune d'elles. Certainement nous maintiendrons c( toujours, comme nous n'avons jamais manqué de le « faire jusqu'à présent, le caractère universel de notre (( entreprise.

« A Son Altesse le Vice-fioi d'Egypte I »

xxn

JOURNAL

6 aTrU 1865.

Le 31 janvier 1865, une circulaire avait été envoyée aux principales chambres de commerce d'Europe et d'Amérique, pour les prier d'envoyer des délégués char* gés de visiter les travaux du canal de Suez. Cette invitation qui avait pour but de combattre les doutes répandus partout, au sujet de la réussite de l'entreprise, était iinsi conçue :

(( Une première communication est ouverte entre (( la Méditerranée et la mer Rouge.

« Depuis le 1*' janvier, un service journalier de bate- « lage est établi de Port-Saïd à Suez et d'Ismallia à « Zagazig. Il dessert en même temps toutes les stations « intermédiaires de Tlsthme. Le moment est venu ({ où le commerce doit se préparer pour l'ouverture « du canal maritime à la grande navigation et, dès « à présent la Compagnie de Suez l'appelle à étudier f< avec elle les moyens de tirer parti d'un batelage qui « peut déjà effectuer des transports entre les deux mers, (( sur une ligne d'eau continue.

« J'espère que cette situation éveillera la sollicitude de tt la Chambre de commerce de..., et si elle veut bien « nous prêter le concours que nous lui demandons, il « conviendrait que le délégué de son choix fût rendu à « Alexandrie, le 6 du mois d'avril prochain. Je serai en

JOURNAL ET DOCUMENTS lit

(( Egypte pour recevoir MM. les délégués ; Je m'empres- (( serai de leur faciliter tous les moyens d'inspecter les « travaux de l'Isthme, et de mettre à leur disposition les (( renseignements qu'ils Jugeront nécessaires pour Tac- « complissement de leur mission. »

Les délégués se trouvèrent réunis, le 6 avril 1865, dans un banquet, au nombre de 120.

IfO LETTRES

VOYAOB DBS DÉLÉGUÉS.

Nous venons de terminer notre excursion avec les délégués. Elle s*est effectuée dans des conditions inespérées. La température a été idéale, ni froide, ni chaode; l'eau était abondante, la régularité de la marche parfaite ; partout le service de table et de logement a charmé nos voyageurs étonnés de la réception que nous étions en mesure de leur faire dans le désert. Il faut reconnaître que cet ensemble a été dû au dévouement et à Tactivité de tout le personnel, qui n'a épargné aucune peine. MM. Borel et Lavalley, qui nous ont accompagnés jusqu'à Port-Saïd, ont fait preuve de Tunion d'intérêts et de sentiments existant entre eux et la Compagnie, par Tobligeance qu'ils ont mise à donner aux délégués les explications et éclaircissements qu'ils ont désirés.

Les bruits défavorables qu'on avait fait circuler sur notre compte en Europe, et surtout en Egypte, où on allait jusqu'à prétendre que nous n'avions pas d'eau dans le canal, ont produit sur ceux des délégués auxquels on avait essayé d'inspirer des préventions, une réaction, à la vue de tout ce qui a été fait et de ce qui se prépare.

Je vous ai déjà écrit que, le 6, les délégués, venus parles bateaux français, anglais, italiens, autrichiens, égyptiens, russes, étaient réunis à Alexandrie. Vous avez reçu le compte rendu du banquot que la Compagnie leur a offert, le 7, dans une des salles du Consulat de FrancOi

JOtTRNAL ET DOCUMENTS iti

et auquel assistaient M. Tastu, consul général de France, M. Testa, consul général de Suède, H. Bruno, consul général d'Italie, M. de Moya, consul général d'Espagne» M. Dumreicher, consul général du Danemark, M. Zigomala, consul général de Grèce. Plusieurs consuls généraux, et entre autres celui d'Angleterre, qui se trouvaient au Caire, ont exprimé leurs regrets dA ne pouvoir se trouver à cette réunion.

Le 7, on se rendait au Caire, d'où l'on repartait, le 9, au matin. Je vous envoie la liste des délégués. Sauf M. Christian, président de la chambre de commerce de Malte, et M. Grey, de Londres, membre d*une société scientiflque, les délégués anglais, qui avaient été chargés, par lettres de créance adressées au président, de représenter les chambres de commerce de Shefûeld, de Birmingham, de Plymouth et de Falmonth, et qui s'étaient réunis aux autres délégués pendant deux jours, à Alexandrie et au Caire, ainsi que l'agent de la Compagnie anglaise de navigation péninsulaire et orientale, ont fait connaître, au moment du départ, que des causes imprévues et importantes ne leur permettaient pas de participer à Texcursion projetée. Les copies ci-jointes indiquent qu'ils ont depuis rempli leur mission, dans une certaine mesure. Quelques personnes ont remarqué que cette abstention coïncidait avec le retour inopiné en Egypte de sir Henri Bulwer, qui, après s'être embarqué à Port-Saïd, le 31 mars pour la Syrie, était revenu à Alexandrie, le 7, et était arrivé, le 8, au Caire.

Un train spécial nous a menés à Zagazig, d'où les barques de la Compagnie nous ont conduits, vers trois heures, à Tell-el-Kebir. On a profité de la fin du jour pour visiter ce beau domaine, M. Duseigneur Kléber,

in LETTRES

délégué lyonnais et l'un des sériciculteurs les plôîTA'fh" tingués de France, a Tait doii à notre directeur agricole de graines de ver à soie du Japon. Vous savez que la Compagnie, qui a planté plus de 20,000 mûriers dans le OuadI, s'occupe de l'élevage du ver à soie. Plusieurs de ces messieurs, désirant étudier l'agriculture égyptienne. se proposent de revenir à Tell-el-Kebir ; quelques-uns aussi retourneront dans l'Isthme pour le visiter plus en détail.

Dans la cour du château, avait été préparée pour le dîner une salle construite en nattes, au fond de laquelle brillait un transparent représentant l'isthme de Suez, et dont la simplicité était artistiquement relevée par des drapeaux de toutes les nationalités, des guirlandes de lanternes vénitiennes mêlées de branches de palmiers.

Le séjour à Tell-el-Kébir devait être court; en effet, laplupart des délégués voulant prendre, àAlexandrie, les bateaux des 18 et 19 pour la France, l'Italie, l'Autriche et la Syrie, il n'était plus possible de stationner que sur les points des travaux sur lesquels MM. les délégués avaient à llxer leur attention.

On se remettait donc en roule, le 10 au matin, et on arrivait à Ismailia à quatre heures du soir, après s'être arrêté quelques instants à Rhamsès pour visiler le groupe de la statue de Rharnsës II, ainsi que l'emplacement des murailles dé l'ancienne ville.

Ismaïlia avait pris un air de l'été; tout le quai qui longe le canal d'eau douce était pavoisé.

Le parcours de ce canal, la vue des établissements d'Ismaïlia avaient démontré à la Commission que la conquête du désert était accomplie ; il ne s'agissait plus pour elle que de la question de temps et d'argent sur laquelle

la fin de son voyage devait flxer son opinion. Tels sont les sentiments qa*expriment les toasts portés pendant le diner par plusiears membres qui ont félicité les agents de la Compagnie des résultats obtenus par leurs efforts. Suivant l'expression heureuse, employée par M. Berteaut, dans un toast aux actionnaires de la Compagnie, on avait à bâtir sur le sable et on y a bâti solidement,

M. le sénateur Cacace, président et délégué de la Chambre de commerce de Naples, voyant dans celte réunion l'image de la fraternité qui doit relier les peuples, unis dans une même pensée de progrès paciflque. se félicite que l'Italie, naguère appelée le pays des morts^ ait dans sa résurrection, pris une si large part à cette grande manifestation du commerce universel.

En réponse à quelques paroles de M. de Lesseps, M. Cyrus Field, délégué de New-York, a proposé un toast, en ces termes :

« M. le Président, Je vous remercie très sincèrement (c des termes affectueux dans lesquels vous avez parlé de (c mon pays.

« Sur rinvitation de la Chambre de commerce de c( New-Tork, je me suis rendu ici pour assister à la (( jonction de TAtlantique et de l'Océan Indien par la M Méditerranée et la mer Rouge unies au moyen du Canal « de Suez. Je suis certain que tous ceux qui auront vu (( ce que nous voyons seront d'accord pour reconnaître « qu'un canal marilime peut être exécuté à travers « l'Isthme, moyennant un capital convenable, sous la « direction des ingénieurs les plus distingués du dix- « neuvième siècle.

« Vous avez entrepris, monsieur le Président, le « grand œuvre de couper deux continents, au profit de

t LETTRES

toutes les nations commerciales du monde v je Tais les vœux les plus ardents pour que vous en puissiez voir bientôt le succès complet, et pour que ce travail reste un monument, aussi durable que les Pyramides, de votre énergie et de votre talent. D'ici à trois mois, 'j'espère avoir le plaisir de voir deux hémisphères réunis par un cflble sous- marin, el lorsque ce travail sera accompli, vous pourrez traiismelire les télégrammes de ce lieu, en plein désert d'Afrique, à travers une partie de l'Asie, du continent de l'Europe, des proTondeiirs de l'Atlantique et par-di>ssus l'Amérique jusqu'aux rivages de la mer Pacifique, où votre message arrivera quelques heures avant le soleil, (c Je ne m'étonne pas que Moïse se soit longtemps u arrêté en Kgypte, et si ma Tamille était avec moi, si u mes affaires ne m'appelaiF<nt pas en Angleterre, je H resterais à coup sur plus longtemps dans cet Intéres- « sani pays. Je vous remercie, monsieur le Président, de (I votre courtoisie pour moi, et j'espère avoir le plaisir, (I lorsque votre grande entreprise sera terminée, de vous ri souhaiter la bienvenue en Amérique.

<i Avec votre permission, Messieurs, je propose la santé Il de M. Ferdinand de Lesseps, qui a dévoué les meiU (c leuree années de sa vie à opérer la coupure des deux II continents, pour le bien de l'humanité. i>

M. de Lesseps, rappelant que la ville d'Ismaïlia doit son nom à S. A. Ismaïl-Pacha, propose de boire à la santé de ee prince.

La journée du Ha été consacrée à visiter le domaine de Bir-Ahou-Ballah, l'immense tranchée de Toussoam et le chantier du Sérapëum, où MM. Borel et Lavalley préparent te terrain de manière à amener sur le tracé du

canal maritime Teau du canal d'eau douce, par le moyen d'une dérivation opérée dans ce but, et qui leur permettra d^enlever, à la drague, toute cette partie.

MM. les délégués, afin de témoigner d'une manière matérielle du concours qu'ils désirent apporter à l'œuvre, ont pris pour un instant la place des ouvriers, se mettant eux-mêmes au travail de la pioche et de la brouette.

Le 12, on partait d'ismaïlia sur une flottille de dixhuit barques, et l'on s'arrêtait au chalet du vice-roi. De cette élévation, on se rend un compte exact du vaste panorama qui s'étend sous les regards et qui embrasse le lac Timsah, Toussoum, le Gebel-Mariam, les montagnes de Suez, le canal d'eau douce, Ismaïlia et le canal maritime. Plus loin, la Commission, accueillie au Seuil par le salut perçant des locomotives, montait dans le train, qui lui faisait traverser les ateliers où se trouvent les machines, rails et wagons qui doivent compléter le chantier d'El Guisr, et la conduisait aux excavateurs à sec dont la simplicité et le travail rapide ont reçu des éloges unanimes.

Pendant le déjeuner, qui a eu lieu, en plein air, sous une galerie gracieusement ornée de feuillage, M. de Lesseps s'est exprimé ainsi :

« La ville d'ismaïlia où nous étions hier, ne rappelle (( pas seulement le nom de S. A. Ismaïl-Pacha, mais « encore celui d'Ismaïl, fils d'Agar, qui a jadis parcouru a ces déserts et qui est Tancétre des tribus arabes. Le (( chantier où nous nous trouvons, situé sur le plateau « d'El Guisr, mot qui signifie seuil en arabe, n'a donc (1 pas encore de nom propre. Je vous proposerai de profi- (( ter de votre passage, qui marquera parmi nous une u époque si importante, pour appeler Mariam notre chan-

« lier n° 5, où, non loin d'une mosquée conslruile parla u Compagnie, s'élève la chapelle Sainle-Marie, consa- II cranl le passage de la sainte Famille en Ëgyple.

u Déjà une monlagne voisine est connue sous le nom u de Mariam, nom également respecté par les Arabes et u par les chréiiens.

s Enfin, Mme Ityer, cotre jeune compagne de voyage, « qui suit son mari, représentant ici San-Francisco, la u capitale de la CaliTornie, se nomme aussi Marie. Elle « sera ta marraine de cet ëlablissement, et ainsi l'Améu rique sera venue sur la limite de l'Afrique et de l'Asie Il donner la main aux travailleurs européens. »

Avant de quitter le Seuil, MiM. les délégués, désirant laisser un souvenir de leur passage dans l'isthme, ont lait, sur la proposition de M. Duseigneur Kléber, une collecledontle produit est destiné à l'achat d'un ornement pour la chapelle deSainle-Marie-du-Désert.

Nous étions quelques heures après à Kantara, où MM. Borel et Lavalley procèdent à l'installation d'un chantier. Plusieurs baraques sont élevées, tout est prêt pour la construction des maisons.

Au dîner de Kantara, M. Vilia-Pernice, de Milan, porto un toast, en italien, qui peut se résumer ainsi : u il n'avait u accepté son mandat qu'avec une certaine hésitation, à u cause des préventions qu'il avait entendu manifester » en Europe à certaines personnes sur l'accomplissement <i de l'œuvre, mais ce qu'il en a déjà vu l'a complètement Il converti, et il ne doute pius de la possibilité de percer " l'islhme. »

Mais je dois appeler particulièrement l'attention sur l'allocution de M. Alfred de Lindheim, délégué dfi la Société impériale et royale de Vienne, pour l'encourage-

ment de riadustrie, qui a exprimé en ces termes la pensée autrichienne, à l*égard du canal de Suez.

Messieurs ,

(( Qu'il me soit permis d'esquisser la situation de Vienne, (( vis-à-vis du canal de Suez.

« Cette situation est bien simple.

« En peu de mots» la métropole de rAutriche bénira le « jour où Tunion de la mer Rouge avec la Méditerranée c< sera au service de la grande navigation. Que ce fait « s'accomplisse, qui pourrait en douter ? Nous tous, eu « retournant dans notre pays, nous n'aurons pas seule- « ment à faire l'éloge du bon accueil, de l'aimable et grâce cieuse hospitalité avec laquelle la Société a bien voulu <« nous recevoir, nous pourrons dire à nos compatriotes : « Le canal n'est plus un rêve» il est assuré à jamais.

« Mais nous pourrons faire mieux encore. Nous tous, u nous pourrons, chacun selon son influence, ses et moyens, sa capacité, prêter nos forces à cette grande, « à cette glorieuse entreprise.

« Pour moi, même dans ma position modeste, j'avoue a franchement que j'aime à penser qu'à mon retour, « S. M. l'Empereiu sera assez gracieux pour me xece- <« voir. C'est bien dans ce moment que j'oserai lui dire : « Sire, vous avez fait le bonheur de l'Autriche, vous lui u avez fait le don le plus précieux : elle vous doit la « liberté. Qu'il plaise à Votre Majesté de mettre sous son u auguste protection le canal de Suez, une entreprise u ({ui favorise le commerce de l'Autriche et qui ne connaît • pas d'autres intérêts que les intérêts du monde entier. »

Le 13, noua repartions de Kantara ; à quelques kilomëtrea 4q Port-Saïd, nous montlausi sur 5 bateaux à

ISS LETTHES

vapeur: le Jérôme Napoléon, doa du prince Napoléon;

la Jtunne et la MalhUde, destinés au service des voyageurs sur le canal d'eau douce et livrés depuis peu de jours par la Société des lorges et cliantierd, le bateau à vapeur de M^l. Dussand et celui de MM. Borel et Lavalley ; passant au milieu de l'actir mouvement des grues et des dragues, noua étions directement et sans interruption portés en mer Jusqu'à l'extrémité de l'Ilot, d'où nous sommes retournés débarquer à Porl-Saïd.

Au djner, M. de Lesseps l'aisaït part de la mort de M. Richard Cubdi^n a ces représentants de tous les pays réunis à la môme table. «Au milieu de notre voyage, a-t-il « dit, nous venons d'apprendre une douloureuse nouu velie. liichard Cobden, l'apùire de la liberté commer- « claie, n'est plus ; je demande aux délégués du com- « merce universel de m'autoriser à envoyer, en leur (I nom, une dépêche télégraphique à M"" Cobden, pour Il lui exprimer la pan que nous prenons à sa douleur. ><

M. Cyrus Field, d'une voix émue, a répondu à cette proposition en ces termes :

a Monsieur le président, les paroles ne peuvent pas w vous exprimer la tristesse que j'ai ressentie aujour- (I d'bul, en recevant par le télégraphe la douloureuse Il nouvelle de la mort de M. Richard Cubdem.

Il La santé de M. Cobden était faible depuis plus d'un •■ an, et, il y u un mois, il quitta son habitation dana le Il Sussex pour se rendre à Londres, alin de parler à la Il Chambre des Communes sur une question qui tou- (I chait l'Amérique. Mais, à son arrivée dans cette ville, (I il se sentit plus mal et déclina jusqu'au matin du î « de ce mois, Jour où il expira, entouré de ceux qui lui Il étaient le plus chers, parmi lesquels se trouvait son " ami fidèle el bien aimé M. John Bright.

« J'ai rencontré pour la première fois M. Cobden, il y (( a plusieurs années ; j'ai eu le plaisir de le recevoir « chez moi, de l'autre c6té de TAtlantique, et le con- « naître, c*était Taimer. M. Cobden était un bon Anglais, « en même temps qu*un véritable ami de l'Amérique, de « la France, de l'Italie et de toute entreprise qu'il jugeait « propre à accroître les relations entre les peuples, et à « développer le bien de rhumanité.

(( Je suis assuré. Monsieur le président, que vous « voudrez informer la famille affligée de M. Cobden du cx chagrin avec lequel les représentants orFiciels de dix « gouvernements, de huit compagnies ou sociétés cons- (( tituées, de soixante* deux chambres de commerce élues a par diiïérentes villes, appartenant à quatorze nations et « à quatre continents, ont reçu ici, sur les bords du canal (( de Suez, la nouvelle de la mort de ce grand et excellent (( homme.

(( Je prie Dieu de consoler et de proléger sa veuve et « ses enfants. Les générations présentes ou futures revécu reront sa mémoire. »

Un télégramme a été immédiatement adressé, au nom de la réunion, à Mme Cobden.

Le 14, MM. les délégués ont parcouru les chantiers, bassins et ateliers de Port-Saïd, et ont assisté au lancement d'une drague.

Au déjeuner, M. le baron Lévi, délégué des chambres de Livourne et de Pise, a rappelé les visiles précédentes qu'il avait faites dans Tlsthme.

« Jusqu'ici je n'ai pas voulu parler, a-t-il ajouté, je « n'aurais pu que vous dire : Vous verrez. Maintenant « vous avez vu, et je puis prendre la parole. <( On m'accusait d'être allé trop loin dans les rapports

lîO LETTRKS

(f que j*ai publiés sur l'entreprise, en 1862 et 1863. Les u incrédules peuvent voir que je m'étais teau au-dessous « de la vérité. Mes conclusions étaient que le percement <t de l'Isthme était résolu, que son exécution n'était plus <i qu'une question de temps et d'argent. N'est-ce point, " apr^<» examen, votre conviction à tous ?

c( Les ^'randes idées soulèvent toujours des objections (' et des minuties. On n'y veut pas croire. On les traite (( d*utopies. Je suis italien. On a traité aussi l'unité ita- (I lienne d'utopie comme le canal de Suez. Aujourd'hui, tt ritalie est faite, et le canal de Suez est fait. »

De son côté, M. Alexandre de Smelsky, vice-consul, chargé des pouvoirs du consulat général de Russie en Kgypte, adressait à M. de Lesseps, sur les sentiments du gouvernement de Saint-Pétersbourg à l'égard du canal, ces paroles non moins remarquables que celles prononcées par M. de Lindheim, au nom de la Société impériale et royale de Vienne, sur les sentiments de l'Autriche :

Monsieur le Président,

« Je vous adresse par écrit l'expression des sentiments (( dont n*on gouvernement est animé pour le succès de '( l'œuvre (|ue vous dirigez.

« Permettez -moi, Monsieur le président, de vous té- (( moigner, en présence des délégués des différentes (( chambres de commerce, l'intérêt sincère que le gou- « vernement de Sa Majesté l'Empereur, mon maître, porte « à la grande aiïaire du percement de Plsthme de Suez, (( et la sympathie qu'il a pour vous, initiateur de celle « grande entreprise, brave et fidèle champion des inté- « rôts du commerce et de la navigation universelle.

(( Le commerce extérieur de la Russie se développe de

« jour en jour avec les amélioralions de nos voies de corn- « munications. Nos vastes et fertiles plaines, nos vigou- « reux travailleurs attendent avec impatience le jour ou '( ils pourront envoyer, par la voie dont vous leur ouvrez (c la porte, le produit de leur travail aujourd'hui libre.

a La construction du chemin de fer de Moscou à Odessa « va commencer cette année, et nous voici à la veille du « jour où, du sud au nord, et du nord au sud, la civiv< lisalion va marcher à la vapeur. C'est bien elle qui est « la paix et le bonheur des peuples.

« Je vous propose, Messieurs, de porter un toast à la « réussite de la grande entreprise et à tous ceux qui y « contribueront. »

Dans la même journéa, M. de Lesseps a réuni MM. les délégués et a répondu à diverses questions qui lui avaient été adressées par écrit, ainsi qu'à celles qui lui ont été faites de vive voix sur les travaux et sur les conditions auxquelles s'opérera le batelage par le canal. M. Voisin, directeur général des travaux, rédigeait en même temps toutes ces réponses qui seront adressées, dans quelques jours, aux délégués. D'après ce document, et sous réserve de ladécision du conseil d'adminlslralion, le charbon de terre et toutes les marchandises pourront être transportés par le batelage de la Compagnie, d'une mer à l'autre, y compris les frais de -transbordement de bord à bord, à cinquante pour cent de moins que les prix actuels des chemins de fer entre Alexandrie et Suez.

Le 15, nous faisions en 10 heures i/2 le trajet de Port-Saïd à Ismaïlia, où M. Field portait ce toast :

« Succès au Canal de Suez/ — Puisse- t-il être non « seulement un monument éternel à la mémoire de son « fondateur, mais aussi la richesse de ses actionnaires!

<( Puisse-t-il accroître le commerce du monde et promou- » voir la prospérité de TÉgypte I »

Le 16, nous nous rendions à Suez, en 16 heures et demie, sur lesquelles une heure avait été passée à Cha - Muf, où nous avons vu, à la lueur dès macballahs, la tranchée à toute largeur du Canal maritime. Total, de Port-Saïd à Suez, 27 heures.

Le 17, nous sommes allés en bateau à vapeur visiter les travaux intéressants et maintenant si avancés du /Dassin des Messageries, le Canadian, navire de la Péninsulaire, et le Tigre des Messageries impériales. L'adminis- ('*ation des Messageries a offert aux délégués, à bord de l'Impératrice^ un magnifique déjeuner.

A 4 heures et demie, nous quittions Suez dans un train spécial, nous visitions Técluse du canal d'eau douce, qui s !ra terminée dans un mois et demi ou deux mois, et Il )us nous arrôtions au Caire, le temps de dîner.

Au dessert, M. Cyrus Field a adressé à M. de Lesseps et à ses collègues des paroles d^adieu d^une cordialité et d'une effusion qui ont ému tout le monde. Ces paroles, les voici :

« Monsieur le Président, Messieurs, il y a treize « jours, j'arrivai tout étranger en Egypte, à 6, OCO milles a de mon pays ; mais vous m'avez reçu avec une telle « bienveillance que j'ai senti à l'instant que j'étais « entouré d'amis, et maintenant que nous sommes <' tous réunis ensemble pour la dernière fois dans ce « monde, j'éprouve un sentiment mêlé de joie et de tris- « tesse : de joie et de gratitude, pour avoir fait avec u vous ce très intéressant voyage à travers Tislhme de « Suez, afin d'examiner ce f^rand travail d'un canal « maritime aujourd'hui en pleine construction, de la

« Méditerranée à la mer Rouge; de tristesse, en pensant (( que nous allons nous séparer.

« Pour toute votre bonté envers moi, je vous remercie « bien sincèrement, et si quelqu'un de vous visitait « 1* Amérique, tant que mon cœur battra, vous recevrez « de moi une cordiale bienvenue.

(( Plusieurs des délégués, Monsieur le Président, ont c( jugé de leur devoir, avant de prendre congé de vous, « de rédiger une brève déclaration de ce qu'ils viennent « de voir, et j'ai maintenant le plaisir de vous la remet- « tre, avec l'expression du sincère désir que votre vie « se prolonge bien au delà de l'heureux succès de c( votre grande entreprise, et que vos derniers jours c( soient les plus heureux.

« Dieu vous bénisse, mon cher ami 1 »

M. Field a ensuite déposé entre les [mains de M. de Lesseps le procès-verbal dont je vous envoie copie.

Après le citoyen américain, M. Berteaut, l'un des représentants de la Chambre de commerce de Marseille, a pris la parole. Il a dit que MM. les délégués, désireux de laisser un témoignage de leur admiration pour l'œuvre, et en souvenir de leur visite, étaient convenus de faire frapper une médaille commémorative de ce voyage où tous n'ont formé qu'une seule et même famille, et qu'il était chargé de l'offrir, en leur nom, à M. le Président : que, d'ailleurs, il n'aurait pas été nécessaire de témoigner d'une façon matérielle de leur [dévouement et de leur reconnaissance : ces sentiments sontgravésbien plus profondément encore au fond de leur cœur. Il a ajouté que les liens qui se sont établis entre tous sont indissolubles, et que l'on ne doit pas se dire adieu, mais au revoir.

Enfin, le 18, à 5 heures du matin, nous arrivions à Alexandrie.

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